IX. — Adénopathie trachéo-bronchîque
Définition. — L'adénopathie trachéo-bronchique (1) n'est autre chose que Vhijpertrophie des ganglions péritrachéaux ou péribronchigues, sous l'influence d'une infection locale, le pkis souvent d'origine broncho-pidmonaire.
Etiologie. — Bien des causes ou, pour mieux dire, bien des infections, reconnaissant une pareille origine, sont capables de pi'odmre l'adénopathie trachéo-bronchique.
Il faudrait, ici, faire l'énumération des diverses infections susceptibles de se localiser sur les bronches et les poumons, pour donner, du même coup, la liste des raisons habituelles de l'adénopathie. Nous énumérerons seulement les principales qui sont: labronchite aiguë ou chronique, à répétition, quelle qu'en soit l'origine; la grippe, la broncho-pneumonie, lapnewmonie, la tuberculose broncho-pulmonaire ; sans ouhUer la rougeole et le catarrhe bi'onchique rubéoleux, \ias plus d'ailleurs que la coqueluche, dont nous aurons à parler plus loin.
On peut dire, d'une façon générale, que toute infection à siège broncho-pulmonaire retentit avec plus ou moins de facilité, de rapidité, d'intensité, sur les vaisseaux lymphatiques et ganglions correspondants.
Vadénopathie trachéo-bronchique est ou concomitante de l'affection première qui lui a donné naissance, ou, au contraire, consécutive à cette affection. Elle peut revêtir la forme
(1) Voir la thèse de M. le D' Mahy sur l'Adénopathie trachôohionchique, Montpellier, i899.
primitire (l'emblèe, en apparence, ou \a forme secondaire. Vune et l'autre sont également fréquentes dans la tuberculose.
Dans le premier cas, les bronches ou le poumon donnent passage au bacille de Koch, sans qu'il reste la moindre trace de ce passage, vu la perméabilité extrême, dans l'enfance, non seulement des voies lymphatiques (vaisseaux principalement, non encombrés comme plus tard de poussières et de particules charbonneuses-Weill (1)), mais encore des parenchymes eux-mêmes et des tissus en général.
Or le bacille, dans ce cas, est arrêté par le ganglion correspondant, dans lequel il se développe et pullule, déterminant là, comme en bien d'autres points dans d'autres circonstances, une tuberculose ganglionnaire, en apparence primitire d'emblée.
Cette forme de la tuberculose est très commune dans l'enfance. Elle peut toutefois n'être que secondaire à une tuberculose pulmonaire, qu'elle complique presque toujours, ainsi que cela survient, même chez l'adulte, à une période plus ou moins avancée de la maladie. 7/ faudrait bien se garder, cependant, de considérer comme nécessairement tuberculeuse toute adénopathie trachéo-bronchique.
Le plus souvent, en effet, quand on l'observe en dehors de la tuberculose pulmonaire, cette adénopathie est de tout autre nature et relève directement de celle des lésions dont les bronches et le poumon ont été atteints (bronchite simple, grippe, coqueluche, rougeole, fièvre typhoïde, etc., etc.). Nous aurons à revenir, d'ailleurs, sur cette question, au point de vue du diagnostic et du pronostic.
Symptomatologie. — La symptomatologie de l'adénopathie trachéo-bronchique est véritablement spéciale. Elle comprend des symptômes fonctionnels et des symptômes physiques, que nous allons successivement étudier.
Comme symptômes fonctionnels, nous devons décrire, d'abord, une toux caractéristique et à peu près patJiognomo-
(1) Weill, Préface à son Précis de médecine infantile, Paris, Octave Doin, 19<X),
nique. Sèche, fatigante, elle se présente sous forme de quintes, qui ont une certaine analogie avec celles de la coqueluche, de là le nom de toux eoqtieliicfwïde, qui lui a été donné.
Elle s'en distingue, toutefois, par Vintemitè elle nombre des quintes, qui sont bien moindres. Dans certains cas, elles peuvent cependant être assez intenses pour faire craindre à l'entourage la suffocation et la mort du petit malade, qui devient cyanose, respire mal ou pas du tout à certains moments et semble menacé, passagèrement du moins, d'a.s7)/i?/.rie et de syncope respiratoire ou cardiaque.
Une toux sèche, nerveuse, spasmodique, persiste dans l'intertalle des quintes, surtout quand l'adénopathie est dégagée de tout élément de complication broncho-pulmonaire actuelle-, qui pourrait, on le conçoit sans peine, masquer ou modifier ses caractères propres.
Comme dans la coqueluche, la fièrre, allumée sous un prétexte quelconque {deni'iiion, broncho-pneumonie, angine, scarlatine, etc.), calme ou fait cesser momentanément la toux coqueluchoïde de l'adénopathie.
La respiration est plus ou moins courte, gênée, fréquente.
Parmi les symptômes physiques, les meilleurs sont incontestablement ceux que l'on perçoit à \a partie supérieure des gouttières costo-vertébrales, en arrière du thorax par conséquent et depuis le haut de cekii-ci jusque vers le milieu, c'està-dire jusque vers le voisinage du hile du poumon.
La percussion à ce niveau doit être pratiquée, le doigt percuté (médius gaiœhe) se trourant placé verticalement par rai> port à l'ensemble des côtes, c'est-à-dire dans la gouttière elle-même et suivant sa direction propre. Fonssagrives a depuis longtemps insisté, avec juste raison, sur cette nécessité pratique.
De la sorte eien déplaçant de Jiaut en bas dans la gouttière le doigt percuté, on s'apercevra bien vile que tel ou tel point, de l'espace ainsi parcouru et exploré, est le siège d'une matité ou d'une submatité particulière, qui contraste fortement avec la sonorité perçue seulement à la partie inférieure des deux gouttières, si l'adénopathie est bilatérale, et même avec les parties
correspondantes et stjmètriques fie la fjouttière opposée, si Vadènopaihie est unilatérale.
Bien que prédominant généralement d'un côté, celle-ci est ordinairement bilatérale.
Les points, au niveau desquels se perçoit plus facilement et d'une manière plus intense la submatité ou même la matité à laquelle elle donne lieu, sont les points extrêmes de la limite que nous lui avons assignée tout à l'heure, c'est-à-dire le sotnmet du poumon (la percussion étant toujours pratiquée dans la gouttière) et le toxsinaqe du hile (tiers moyen). Vamcultation révèle à ce niveau, d'ordinaire, un souffle plus ou moins intense, perçu à respiration autant sinon plus qu'à Vinspiration, contrairement à ce qui se passe à l'état normal où le bruit inspirateur, intense et doux (respiration puérile). est seul entendu.
A l'auscultation de la roijc, on perçoit un retentissement vocal, assez accusé.
La palpation, pendant que le malade parle, fait constater une exagération plus ou moins marquée des vibrations ihoraciques.
Tous ces signes physiques sont exactement ceux de Vinduration pulmonaire en général, symptômes que caractérisent ici et qu'individualisent, d'une part, la toux coqueluchoîde déjà décrite, d'autre par[,\esanamnestiques ou commémoratifs du sujet.
Toutefois, pour constater l'existence de ces diters signes, il faut que les lésions soient assez considérables, c'est-à-dire que Vhypertrophie ganglionnaire soit intense.
Ce ne sont pas les seuls, d'ailleurs, et souvent on est mis sur la voie du diagnostic par d'autres symptômes, qui, pour être moins constants et de siège plus variable, n'en sont pas moins précieux, à ce point de vue. Il arrive en effet, parfois, que Vauscultation du poumon, chez un enfant qui tousse depuis quelque temps, révèle, sur certains points du thorax, unsilence re/ati/'(afîaiblissement} ou absolu (aihsence) du murmure résiculaire, toujours d'étendue limitée et sur un seul ou sur les deux poumons. Ce silence indique, généralement,
la compression iVune ou de ptusieurs bronches par l'adénopatkie existant sur leur parcours, d'où oblitération partielle ou totale de leur calibre, expliquant V affaiblissement ou V absence du murmure vésiculaire dans le département pulmonaire correspondant.
On entend aussi, quelquefois, des râles bronchiques divers (sibilants, ronflants, plaintifs) ou même muqueux (d'œdème, de congestion pulmonaire) tenant, les premiers, à l'inflammation et à Vh]iper sécrétion bronchiques, les seconds, à la compression des vaisseaux (veines surtout) qui suivent le trajet des bronches.
Ces bruits, surajoutés ou au contraire supprimés, doivent être signiflcatifs pour une oreille tant soit peu exercée et faire immédiatement songer le pédiatre, qui les perçoit, à la possibilité de l'existence de l'adénopathie, qu'ils accompagnent d'ordinaire.
Diagnostic. — Tous les symptômes, fonctionnels ou physiques, que nous venons de décrire, suffisent à eux seuls pour faire reconnaître l'adénopathie bronchique. A plus forte raison en sera-t-il ainsi, quand les commémoratifs apprendront que le petit malade a eu plusieurs bronchites, broncho-pneumonies ou pneumonies successives, espacées par un intervalle plus ou moins court; quand on saura que l'enfant est à peine concalescent d'une coqueluche ou qu'il relève d'une rougeole.
Ce n'est guère qu'avec la coqueluche que pourra être confondue la toux coquelîichoïde de l'adénopathie bronchique. Encore un pédiatre tant soit peu expérimenté n'hésitera-t-il pas longtemps à les différencier. C'est là que les anamnestiques ou commémoratifs du sujet seront des plus utiles. Nous n'insistons pas davantage sur ce diagnostic dilTérentiel, sur lequel nous aurons à revenir ultérieurement, quand nous nous occuperons de la coqueluche elle-même.
Les signes physiques d'induration et la toux (en dehors du caractère coqueluchoïde) pourront faire croire à une tuberculose pulmonaire 3iU début. Le siège spécial des premiers, dans les gouttières et à leur partie supérieure, dissipera bientôt un tel doute, à supposer qu'il puisse un instant s'élever dans l'esprit
de l'observateur. Enfin, les bruits surajoutés ou supprimés, dont nous avons parlé plus haut, viendront faire pencher la balance en faveur de l'adénopathie.
Celle-ci une fois reconnue et diagnostiquée, quelle en est la nature? Étant donnée la fréquence de l'adénopathie non tuberculeuse, c'est à elle que Von devra songer tout d'abord, surtout s'il a existé une maladie, infectieuse et locale, qui puisse en donner la raison d'être (coqueluche, rougeole, etc.). Ce n'est que lorsque ce précédent fera défaut et qu'on se trouvera en présence d'un malade notoirement scrofuleux, issu de parents atteints de tuberculose, ou ayant vécu à côté d'un tuberculeux, que l'on pourra croire à une adénopathie tuberculeuse d'emblée.
Quant à celle qui est consécutite à la tuberculose pulmonaire, il sera aisé d'en préciser la nature, par les lésions pulmonaires coexistantes, généralement faciles à constater et à reconnaître, comme nous l'avons indiqué précédemment (voir Tuberculose et Tuberculose pulmonaire).
Certains cas, malgré tout, présenteront de sérieuses difficultés. Ce sont ceux dans lesquels on verra survenir, au cours ou à la suite d'une rougeole ou d'une coqueluche par exemple (ainsi qu'il nous a été donné de l'observer), une tuberculose ai^?/ë, broncho-pulmonaire et adénopathique, venant se greffer sur la broncho-pneumonie et l'adénopathie rubéoliques ou coquelucheuses. Encore, dans ces cas particuliers, Vétat antérieur du sujet (généralement tuberculeux avant la rougeole ou la coqueluche qui semblent avoir tout créé dans l'espèce alors qu'elles ont simplement activé ou fait éclore une tuberculose déjà manifeste ou latente), la longue durée etlapersistance de la fiètre principalement le soir, enfin V examen bactériologique des crachats ou du contenu stomacal serviront à mettre le pédiatre sur la voie du diagnostic, qui, pour présenter de très grandes difficultés, dans ces cas, n'en est point pour cela absolument insurmontable ou impossible.
Pronostic. — Le pronostic, on le comprend sans peine, est tout différent suivant que l'adénopathie est tuberculeuse ou non.
Grare, trèsgrare même, dans le premier cas, en raison de la possibilité de la fonte tuberculeuse des ganglions eux-mêmes ou de la généralisation delà tuberculose à l'organisme, il est des plus bénins dam le second c'est-à-dire dans les cas cVadénopathie, de beaucoup les plus nombreux, qui reconnaissent pcrur origine une cause banale et commune, comme la grippe, la bronchite simple, la broncho-pneumonie, la pneumonie et surtout la rougeole ou la coqueluche.
Traitement. — Le traitement de l'adénopathie trachéobronchique est fort simple, il comprend : i° celui des maladies broncho-pulmonaires, au cours desquelles elle se développe. Nous venons de les énumérer. (Voir leur traitement spécial, au chapitre qui leur est consacré).
2" En dehors de cela, l'usage des résolutifs, en tête desquels figurent l'iode et les iodiques qui, administrés par la voie gastrique, sont des plus utiles.
Contre la toux coqueluchoïde, le sirop de Tolu belladone nous réussit, d'ordinaire, comme dans la coqueluche (voir le traitement de cette dernière). Peut-être se trouvera-t on bien ultérieurement, dans l'adénopathie eUe-mème, des pulvérisations phéniquées à 2o p. Voo, que nous préconisons nousniême dans la maladie précédente.
Ici encore, l'état du cœur doit être attentivement surveillé et la digitale prescrite aussitôt qu'elle paraît nécessaire.