III. — Hypertrophie «cardiaque dite de croissance
Définition. — L'hypertrophie du cœur (improprement dite de croissance) est, comme son nom l'indique, Vhyperlrophie des parois cardiaques et, mieux, du myocarde. Elle est plus fréquente et surtout plus marquée à gauche qu'à droite.
Étiologie. — On ne voit pas bien par quel mécanisme la croissance pourrait aboutir à un tel résultat, alors même que, théoriquement, on considère ces poussées rapides et considérables, qui s'opèrent dans la taille ou dans le dételoppement de l'organisme Tout au plus, pourraient-elles rendre compte d'un accroissement ou dun déceloppement cardiaque correspondant, c'est-à-dire rapide comme elles. On ne voit pas pourquoi elles pourraient amener l'hypertrophie proprement dite.
Cette dernière serait plus admissible, semble-t-il, si le développement du cœur, corollaire de celui de la croissance, rencontrait une anomalie, une résistance, par exemple, ou un arrêt de développement artériels. C'est dans ce cas seulement que nous pourrions admettre son existence. II y aurait là pour le cœur gauche, au moment de la croissance, quelque chose d'analogue à ce qui se passe, pour le cœur droit, dans certains rétrécissements de l'artère pulmonaire, chez la femme en particulier, rétrécissements qui ne se révèlent souvent qu'au moment d'une gestation par des troubles particuliers, sur lesquels notre attention a été depuis longtemps attirée par quelques auteurs et spécialement par le D' Dreyfus Brisac.
En analysant minutieusement les cas d'hypertrophie du cœur qu'il nous a été donné d'observer chez l'enfant, il nous semble que la plupart d'entr'eux sont susceptibles d'une tout autre interprétation.
C'est ainsi que nous avons souvent, pour ne pas dire toujours, rencontré, dans les antécédents personnels du su]e{, une maladie infectieuse quelconque (rougeole, scarlatine, variole.
rhumatisme, lièvre typhoïde, vulvite gonococcique, etc.) à laquelle nous étions obligé de faire remonter l'origine de la lésion cardiaque.
Le cœur acait été touché, comme nous l'avons dit ailleurs longtemps avant que se révélât manifestement, au moment de la- croissance, le moindre trouble cardiaque accusant la lésion préexistante. De sorte que, si la croissance et le développement du cœur jouent un rôle quelconque dans sa manifestation, il n'en est pas moins vrai qu'ils n'en ont joué aucun dans sa production. II s'agit, dans l'espèce, bien plutôt d'un cœur déjà lésé, c/î/i, par suite sedéceloppe mal, que d'un simple développement déterminant, à lui tout seul et de toutes pièces, la lésion cardiaque, par des déviations anormales qui resteraient inexpliquées.
L'importance d'une pareille interprétation n'échappera à personne, croyons-nous ; car, la conclusion à en tirer est la suivante : le meilleur moyen d'empêcher la production de Vhypei'trophie, dite de croissance, est d'abord de prévenir les lésions cardiaques se produisant au cours de la plupart des maladies infectieuses^ chez V enfant ; ensuite, de les traiter aussitôt établies ou diagnostiquées, pour en atténuer les effets ultérieurs et surtout V aggravation au moment où devra s'effectuer, rapidement ou lentement, le développement du cœur lui-même.
Une autre cause de production de l'hypertrophie du cœur (dite de croissance) et que nous n'aurions garde de négliger, réside dans tous les efforts plus ou moins violents (gymnastique, jeux, sports, ascensions ou marches rapides, etc.j, imposés, arec excès, à l'organisme de l'enfant. Dans le même ordre d'idées, nous mentionnerons l'exercice de certaines professions (bouchers, tonneliers, mousses, etc.).
Nous avons observé de nombreux faits se rattachant à chacune de ces diverses catégories, dans lesquelles la croissance, loin de jouer le rôle principal, joue au contraire un rôle bien secondaire.
Symptomatologie. — Chez l'enfant comme chez l'adulte, l'hypertrophie du cœur se révèle par des palpitations cardia-
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ques, des contractions et des claquements valvulaires plus énergiques que de coutume.
La main, appliquée sur la région précordiale, est soulevée avec plus ou moins de violence ; la pointe du cœur, exclusivement coDStiluée par le ventricule gauche, est généralement abaissée au-dessous du 6* espace intercostal correspondant (sa place habituelle); la percussion dénote une augmentation d'étendue de la matité précordiale dans le sens vertical, contrairement à ce qui se passe dans le cœur forcé (droit dans l'espèce) et globuleux, où la matité est augmentée dans le sens transursal, à la faveur de la dilatation, avec ou sans hypertrophie, du jentricule droit (1).
Le pouls est fort, plein, résistant, et donne lieu, sur le tracé sphygmographique, à une ligne ascensionnelle brusque, verticale et plus haute qu'à l'état normal.
Si l'hypertrophie était simple, indépendante et telle d'ailleurs qu'on la conçoit quand on la met sur le compte de la croissance exclusivement, les seuls symptômes que l'on devrait observer sont ceux que nous avons énumérés plus haut. Or, il n'en est rien d'ordinaire; car, le plus souvent, à ces symptômes s'ajoutent ceux des lésions d. orifice ou de valvules, aortiques ou auriculo-ventriculaires gauches, c'est-àdire des rétrécissements ou des insuffisances, qui peuvent exister à l'un ou à l'autre de ces orifices, sinon aux deux à la fois.
Ceci indique suffisamment que la lésion, en présence de laquelle on se trouve, est de date ancienne, quoique de manifestation récente.
Le pédiatre, une fois son attention fixée sur ce point, découvrira, par un interrogatoire bien conduit du malade lui-même ou de son entourage, l'existence de certains symptômes antérieurs, bien antérieurs parfois, au moment où le diagnostic est porté et qui sont absolument confirmatifs de la lésion cardiaque préexistante, qu'est venu révéler ou aggra-
(1) L. Baumel. Des lésions non congénitales du cœur droit et de leurs effets. Thèse d'agrégation. Paris, 1883.
cer Is dêceloppement ultérieur de Vorqane, plus encore que celui de l'organisme.
Ce n'est qu'avec une pareille réserce que peut être admise et conservée, dans la nomenclature des maladies de l'enfance, V hypertrophie du cœur dite de croissance.
Diaqnostic. — Le diagnostic d'hypertrophie cardiaque est relativement facile. Ce qui l'est moins, c'est le diaqnostic pathoqénique dans chaque cas particulier. Or, c'est précisément lui qui doit conduire à formuler les véritables indications, sans lesquelles toute thérapeutique est incertaine d'abord, inefTicace ensuite.
Pour s'arrêter au simple diagnostic d'hypertrophie du cœur, il ne faut pas que celle-ci se complique de lésions d'orifices ou de valvules.
Dans ce dernier cas, elle parait secondaire, tandis que, dans le premier, elle pourrait être considérée comme primitive.
Ce qui la caractérise surtout, c'est rallongement du cœur dans le sens rerticaL la violence de l'impulsion thoracique et des contractions, constatée à \apalpation et à V auscultation ; mais encore le claquement sec et exaqéré des bruits du cœur, enfin le pouls fort, plein et résistant, décrit plus haut.
Toute présence de souffle vient en masquer le tableau et la montrer plutôt, nous l'avons dit, comme secondaire.
Il faudi^ait que le cœur fût énorme (cor bovinum) pour que l'impulsion fût diminuée ou affaiblie.
On doit s'assurer que des exercices violents, s portiques ou professionnels, ne contribuent pas à la produire, à Ventretenir ou à l'augmenter.
On doit enfin surveiller les vêtements^ au point de vue des constrictions (\\ji'\\?, peuvent exercer sur le thorax ou Vabdomen (corset, ceintures), comme aussi sur le cou (cols, cravates) et les membres (jarretières, etc.).
Pronostic. — Le pronostic de l'hypertrophie, dite de croissance, n'est pas grave d'ordinaire. Il ne le deviendrait que par la persistance des causes, souvent accidentelles, qui lui ont donné naissance et dont la simple suppression suffit sou-
vent pour faire rétrocéder ou disparaître l'hypertrophie. Encore faudrait-il que celle-ci fût indépendante, ce qui doit être infiniment rare à notre avis, de toute lésion cardiaque antérieure et, le plus souvent, définitive.
Dans ces cas, l'attention du pédiatre doit, à plus forte raison, être portée sur l'organe au point de vue hygiénique et surtout professionnel, précisément au moment où il faut opter, au début de la carrière, pour telle ou telle profession plus ou moins compatible avec 1 "état du cœur de l'enfant.
Si l'examen des yeux présente, à ce point de vue, un intérêt majeur; celui du cœur ne le lui cède en rien.
Le pronostic est surtout assombri lorsqu'à l'hypertrophie du cœur s'ajoute une lésion rénale, que dénote le plus souvent Valbuminurie, symptôme toujours précieux à reconnaître de bonne heure et qui tient souvent l'hypertrophie cardiaque sous sa dépendance directe {cœur rénal de Potain).
Traitement. — Le traitement de l'hypertrophie, dite de croissance, découle tout naturellement de ce que nous en avons dit jusqu'à présent.
Nous le résumerons en ces mots : éditer tout ce qui est capable d'accroître l'action du cœur (efforts), mais aussi tous les excitants de cet organe (café, alcool, vin pur) et les libations copieuses, d'un liquide même aqueux, qui exigent de sa part une action trop intense, souvent inutile et toujours préjudiciable (fatigue).
Le coït et l'onanisme agissent particulièrement sur lui, dans le même sens.
Une alimentation douce, peu épicée; des viandes blanches de préférence ; le lait surtout, les œufs, seront pai faitement indiqués.
Le bromure de potassium, comme sédatif ; Viodure, comme résolutif, trouveront souvent ici leurs indications.
Le régime lacté exclusif sera de rigueur dans l'albuminurie.