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IV. — Péricardite

Définition. — La péricardite est l'inflammation de la membrane séreuse extérieure du cœur ou péricarde.

Étiologie. — Deux causes principales sont les premières auxquelles on doit songer en pareil cas : le rhumatisme d'abord, la tuberculose ensuite. On a vu toutefois la péricardite survenir au cours de bien des maladies infectieuses {fiècre typhoïde et surtout scarlatine).

Symptômes. — Comme pour la pleurésie, il faut distinguer la péricardite sèche et la péricardite avec épanchement. Elle revêt, dans les deux cas, la forme aiguë, d'ordinaire ; exceptionnellement, la forme chronique.

Dans la forme aiguë on constate, avec de la fièvre (38" à 40°), de la dyspnée (d'autant plus intense habituellement que l'épanchement est plus considérable), des étouffements, de la suffocation, de Vanxiét^ ou de la douleur précordiale que le petit malade n'accuse qu'à un certain âge (2^ enfance).

Les poumons sont souvent, dans ces cas, le siège d'une congestion intense donnant lieu, principalement à la base des deux côtés et en arrière, à la production de nombreux râles sous-crépitants, dus à la congestion elle-même et surtout à Vœdème concomitant ou consécutif.

Le pouls présente des caractères variables, suivant que l'on est en présence d'une péricardite sèche, dans laquelle il est fort et plus ou moins fréquent, où d'une péricardite avec épanchement, dans laquelle il est petit d'ordinaire et d'autant plus faible ou imperceptible et dépressible que Vépanchement lui-même est plus considérable.

La forme sèche est due à Vinégalité de la surface séreuse produite par l'intlammalion. à une exsudation fibrineuse plus ou moins épaisse, qui tapisse tout ou partie de la surface de la cavité péricai^dique (feuillet externe ou pariétal, feuillet interne ou viscéral).

Le liquide de l'épanchement offre l'analogie la plus grande

avec celui de la pleujésie. Comme celui-ci, il est, suivant les cas, simplement séreux (anasarque, mal de Bright), séro-fibrineux (péricardite infectieuse, le plus souvent rhumatismale, tuberculeuse ou même scarlatineuse), enfin purulent (tuberculose avancée, streptococcie) ou séro-sanguinolent (péricardite bourgeonnante, dite aussi hémorrhagique).

C'est surtout la percussion qui nous permettra, une fois l'attention attirée du côté du cœur, de reconnaître l'épanchement.

Non seulement la matité précordiale est augmentée, mais encore elle présente une disposition inverse de celle qu'elle affecte à Vétat normal, c'est-à-dire que, dans la péricardite acec êpanchement, cette matité a une formée triangulaire à hase dirigée en bas, à sommet supérieur. C'est là, on le sait, la forme du péricarde lui-même ou plutôt de la cavité péricardique.

Le triangle de matité e^t d'autant plus étendu que Cépanchement remplit et distend davantage la séreuse. Dans le cas contraire, la base seule du triangle est représentée, remontant d'autant plus haut que le liquide est lui-même plus abondant.

Le décubitus dorsal, quand l'épanchement est moyen, permet au cœur de plonger dans ce liquide et ses bruits sont alors plus sourds que si le malade est à moitié ou totalement assis.

De même, Vinclinaison du tronc en avant permet souvent au cœur de se mettre en contact direct avecla paroi thoracique antérieure et, par suite, à ses bruits d'être perçus plus facilement par Voreille appliquée, dans ces conditions, sur la région précordiale.

Dans la péricardite sèche, au contraire, Vau^cultation du cœur, le malade étant couché, fait entendre d'abord un bruit de frôlement, bientôt remplacé par un véritable frottement, qui dure jusqu'à ce que la résolution des exsudais fibrineux soit complète, qu'il se produise un épanchement, ou qu'enfin surtienne la symphyse du péricarde, que nous étudierons dans le chapitre suivant.

Le pouls veineux jugulaire peut exister dans la péricardite

avec épanchement. Il est faible d'ordinaire. Ce qui est plus accusé, c'est le foie cardiaque, révélé par V augmentation de volume de l'organe qui déborde les fausses côtes, par sa matité douloureuse, enfin par la production de troubles digestifs gastriques et de vomissements, qui attirent aussitôt l'attention du côté de l'épigastre.

Pour peu que V épanchement soit marqué, il s'accompagne fréquemment d'une voussure précordiale, dont l'intensité est en rapport avec celle de Vépanchement lui-même et le jeune âge de Venfant ou, si l'on préfère, l'élasticité de la paroi thoracique, toujours grande à cet âge. Cette voussure, quand l'épanchement est considérable, affecte la forme d'un triangle isocèle à sommet supérieur, décrite plus haut relativement à la matité de l'épanchement péricardique.

Quant au bruit de frottement, qui peut précéder et suivre l'épanchement ou persister tout le temps comme dans la péricardite sèche, c'est un bruit surajouté et diastolique, que l'on perçoit entre les deux bruits normaux du cœur et non point leur dédoublement {bruit de rappel, bruit de galop).

Diagnostic. — Le diagnostic de la péricardite n'est pas un de ceux qui vont au-devant de l'observateur. Il est utile, au contraire, que le pédiatre y songe toutes les fois qu'elle lui paraît possible. C'est ainsi qu'il doit, dans une maladie infectieuse quelconque, ausculter le cœur, sinon tous les jours, du moins tous les deux ou trois jours.

Dans le rhumatisme, l'auscultation du cœur sera de rigueur tous les jours ; car, dans une intéressante et récente leçon, intitulée Cœur et rhumatisme chez Venfant, M. le D' Huchard (1) déclare, avec juste raison, que « le rhumatisme infantile aime le péricarde. »

Quant à la douleur ou anxiété précordiale, dont nous avons parlé, elle est rarement accusée par l'enfant au cours de la péricardite même aiguë, que celle-ci s'accompagne ou non d'épanchement. C'est à peine si, dans la seconde enfance,

(1) Huchard. Gazette des maladies infantiles. Paris, 2 Janvier 1902, p. 1.

certains malades l'accuseront et encore faudra-t-il, pour cela, attirer fortement leur attention sur ce point.

C'est aussi le diagnostic de nature qu'il importe d'établir, quand on se trouve en présence d'une péricardite chez l'enfant.

La péricardite rhumatismale y semble de beaucoup la plus commune. Cependant, toujours d'après M. Huchard, « la péricardite tuberculeuse est plus fréquente qu'on ne le croit. »

Pour notre compte, nous avons observé un cas de l'une et de l'autre ou, plutôt, la symphyse péricardique comme conséquence de l'une et de l'autre. Nous en parlerons plus longuement dans le chapitre suivant, dans lequel nous étudierons, nous l'avons déjà dit, la symphyse du péricarde.

Quant aux cas de péricardite aiguë, observés par nous, ils nous ont paru avoir trait à la péricardite rhumatismale. Ils ont tous guéri, d'ailleurs.

Pronostic. — Il est évident que la péricardite avec épanchement est toujours plus grave que la péricardite sèche. Le cœur, dans le premier cas, surtout si l'épanchement est considérable, peut s'arrêter en syncope mortelle.

En dehors de cette terminaison possible, rare pourtant en raison peut-être de l'élasticité du péricarde et de la paroi costale elle-même chez l'enfant, ce qui peut assombrir le pronostic ce sont : d'abord, le passage de l'épanchement à la purulence, ce qui est exceptionnel ; ensuite, les adhérences péricardiques, qui peuvent être partielles et plus ou moins longues (pointe, etc.) ou, au contraire, totales (symphyse).

La nature de la lésion joue aussi un rôle considérable. 0 On peut livre avec une péricardite rhumatismale, dit encore M. Huchard (1), on ne vit pas avec une péricardite tuberculeuse ».

La survie a été, en eflet, de quelques mois à peine dans le cas que nous avons publié, M. Abadie et moi (2), et dans

(1) Huchard, loc. cit.

(2) Baumel el Abadie. Un cas de cirrhose cardio-tuberculeuse chez Tenfant (symphyse du péricarde et méningite tuberculeuses). Nouv. Montp. méd., Tome XII. 1901.

lequel il s'était produit une symphyse péricardique, consécutive à une première localisation tuberculeuse. Le malade succomba, ensuite, à une méningite de même nature.

Traitement. — Le traitement de la péricardite aiguë fournit plusieurs indications à remplir :

\o Traiter la maladie générale qui lui a donné naissance, pour atténuer son action sur le péricarde.

2° Qu'il s'agisse de péricardite sèche ou de péricardite avec épanchement , ne pas se hâter d'appliquer un vésicatoire, à titre résolutif, à la région précordiale.

Comme dans la pleurésie (voir plus haut), il risquerait de favoriser la production de l'épanchement, s'il n'existe pas encore, ou de l'augmenter, s'il existe déjà.

3" Quand l'épanchement est considérable et qu'il se résout difficilement ou reste stationnaire, recourir à la paracentèse du péricarde avec aspiration, qui nous paraît devoir être très utile, à condition de la pratiquer vers la base de la matitê et de limiter la course du trocart à 1 ou 2 centimètres au plus.

Le traitement de la péricardite c/i/oniqit6 comporte surtout l'usage des toniques, des résolutifs (iode et ses dérivés); enfin, l'évacuation, dans le cas d'épancheraent séreux ou purulent.

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