‹ Précis des maladies des enfantsChapitre 71 sur 100 · I. — Ictère du nouveau-né · texte numérisé non relu

I. — Ictère du nouveau-né

Définition. — Comme son nom l'indique, l'ictère du nouveau né est la jaunisse des enfants qui tiennent de naîtie.

Etiologie. — On a beaucoup discuté et Ton discute encore aujourd'hui sur la véritable nature de l'ictère du nouveau né.

Pour bien des auteurs, imbus des théories microbiennes modernes, cet ictère, comme beaucoup d'autres, serait mis, toujours ou à peu près, sur le compte d'une infection des voies biliaires, infection dont les origines pourraient être multiples, vu que le tube digestif aussi bien que lombilic pourraient en expliquer la provenance

Nous voudrions bien accepter celte manière de voir. Nous exigerions toutefois qu'elle fût étayée sur des bases solides, c'est-à-dire sur la constatation de micro-orgnmsmes dans les voies biliaires (à la nécropsie d'enfants nouveau-nés, morts

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avec de l'ictère) ou sur la présence de la phlébite ombilicale dans ces mêmes cas.

Si l'un et l'autre peuvent être rencontrés, cela n'indique point qu'ils soient la condition pathogénique indispensable de l'ictère.

La stagnation de la bile, qu'elle qu'en soit la cause, peut favoriser la pullulationdes micro-organismes dans ce liquide; la phlébite, lorsqu'elle existe, ne suffît pas non plus pour expliquer l'ictère. Nous dirons même qu'e//e ii'est pas nécessaire; à moins d'admettre qu'elle existe chez tout enfant nouveau-né, ce qui n'est pas accepté et reconnu, actuellement du moins.

Gomment d'ailleurs interpréter, par l'un ou par l'autre, la pathogénie de l'ictère du nouveau-né, dont la fréquence est telle qu'avec une attention même modérée on en constate l'existence dans l'immense majorité des cas, ainsi que nous l'avons affirmé il y a déjà longtemps (1), et, pour ainsi dire, chez tous les noumau-nés sans exception.

C'est plutôt grâce à un écoulement plus ou moins difficile de la bile, à une fonction biliaire lente à s'établir, aux perturbations survenues dans Vorgane hépatique et sa circulation sanguine, en raison des modifications qui y sont apportées par le fait même de la naissance, que se produit Victère.

C'est pour cela que nous avons toujours eu de la tendance, avec juste raison croyons-nous, à incriminer moins les microbes et la phlébite que le côté purement mécanique et les troubles, momentanés, survenus dans la circulation sanguine et biliaire du foie.

il y a là un équilibre rompu, qui demande nécessairement quelques jours pour se rétablir. Non seulement tous les nouveau-nés présenten t un degré plus ou moins marqué d'ictère ; mais, chose curieuse, les faibles congénitaux (nés avant terme ou non) .en sont atteints à un degré encore plus intense que les autres.

(1) L. Baumel. Ictère du nouveau-né, in Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson, 1893.

Cela tiendrait-il à ce que leur faible organisme se lais-

serait plus lacileraent envahir par les microbes ou que la phlébite ombilicale y serait plus intense ou plus fréquente ?

Ici encore, le côté mécanique de la question nous paraît jouer le rôle le plus important. C'est ainsi que, chez les laibles congénitaux (nous l'avons dit dès avant lb9J), toutes les fonctions se faisant faiblement, la respiration à son tour pai'ticipe à ceite faiblesse générale, d'où, stase dans le cœur droit, foie cardiaque ; mais, ce qui est plus important encore, faibles contractions du diaphragme.

Le foie, au lieu d'être normalement exprimé par lui de son contenu et de déverser librement et abondamment dans l'intestin grêle la bile qu'il sécrète, la conserve ; d'où, stase, rétention, résorption même de ce liquide et tous les symptômes de Victère ou, si l'on préfère, de la présence d'éléments biliaires dans le sang.

C'est absolument dans le même sens que nous paraissent agir, au point de vue de sa pathogénie, cerfam*- accouchements laborieux, ceux surtout qui s'elïectuent l'enfant étant en présentation podalique,pdiTce que ses parois thoraco-abdominales sont, dans ces conditions, fortement serrées au moment de l'expulsion et par suite endolories, d'où une certaine gêne, pour la respiration et pour les moutements normaux du diaphragme, amenant ïictère comme précédemment, à supposer qu'il ne s'y ajoute point de contusion, même légère, du foie.

Symptomatologie. — L'ictère, chez le nouveau-né comme chez l'adulte, se reconnaît à la coloration jaune de la peau et des sclérotiques. Chez le nouveau-né, il existe toutefois certaines causes d'erreur, qu'il est bon de connaître.

La coloration rosée d'un etijant de nausance, pendant les premiers jours qui suivent celle-ci, peut jusqu à un certain point masquer la couleur jaune du téguujent due à l'ictère.

Il en est de même de Vorijice palpebral, généralement étroit et dont la plus grande étendue (aior s même qu'on l'enlr'ouvre aussi largement que possible) est occupée par la partie colorée de iœil ou surface irieîine.

Ce n'est que par moments, lorsque l'enfant tourne par hasard son œil à droite ou à gauche, que l'on aperçoit faiblement, dans un coin, vers une commissure, \3l sclérotique

plus OU moins jaune. Ceci n'est pas absolument impossible à obtenir; c'est souvent difficile, toutefois.

Quant à la coloration rose du tégument, elle ne gênera qu'un œil mal exercé ; car si, comme on doit toujours le faire, on prend l'habitude d'examiner les enfants malades en général, les nouveau-nés en particulier, au grand jour, on dépistera aisément et bien vite le fond jaunâtre, qui se révèle malgré la coloration rose signalée.

C'est évidemment sur les points où cette dernière est le moins intense, en particulier au front, au pourtour des oreilles ou des ailes du nez, sur l'ovale inférieur du visage, beaucoup mieux que sur les joues par exemple, que sera plus facilement perceptible la coloration ictérique.

Même dans les parties les plus rouges, un œil exercé reconnaîtra la nuance plus ou moins jaune,qui y esl entremêlée.

Les urines, comme chez l'adulte, se chargent aussitôt en pigm€7ït biliaire et dénotent la présence de ce dernier par les taches qu'elles déterminent, sur les parties de lange qu'elles mouillent.

Ces taches, de forme tariée et plus ou moins irrégulièrement circulaire, présentent généralement une coloration jaunâtre, plus intense et plus appréciable sur leurs bords et vers leur périphérie qu'en leur milieu.

Les fèces, habituellement décolorées chez l'adulte ou dans la seconde enfance aussitôt que se manifeste l'ictère, le sont beaucoup moins dans l'ictère du nouteau-né.

Au lieu de prendre cette coloration gris ardoisé^ qu'elles revêtent si facilement à tous les âges, on les voit au contraire, le plus souient, très foncées et presque noirâtres.

Gela tient sans doute, pendant les premiers jours de Vexistence, à l'expulsion du mèconium. Après ce laps de temps, on ne peut guère mettre cette coloration jaune-foncé persistante des fèces que sur le compte d'une perméabilité relatite des voies biliaires, chez le nouveau-né ictérique, et du détersement, dans l intestin, d'une partie de la bile sécrétée.

S'il est un ictère qui mérite d'être dit par polycholie, c'est sans conteste celui du nouveau-né ; et, si l'on ne peut pas

interpréter ce mot dans le sens absolu de sécrétion biliaire trop abondante, il peut l'être dans celui de réplétion excessive des voies biliaires parla bile, dont l'écoulement est plus ou moins difficile à ce moment-là. Souvent aussi il s'y ajoute de la viscosité par trop considérable de ce liquide, tenant elle-même à un vice de sécrétion originel^ dû sans doute à la difficulté plus ou moins grande qu'éprouve cette nouvelle fonction à s'établir, peut-être même en raison de la perturbation circulatoire (sanguine) dont le foie est le siège à la naissance et qui peut influer sur la sécrétion et l'excrétion biliaires.

Le ralentissement du pouls est la règle. Des hémorrhagies diverses, mais surtout les convulsions, par infarctus biliaire rénal et urémie, y sont parfois observées. Dans les cas graves, elles annoncent généralement la mort.

Diagnostic. — Nous n'insisterons pas ici sur le diagnostic de cette maladie si commune. On la reconnaîtra d'autant plus facilement, qu'on l'aura déjà vue plus souvent et qu'on songera davantage à la rechercher dans tous les cas. On ne confondra pas, avec elle, Victère bronzé hémaphéique du nouveau-né, dont nous avons observé et relaté un remarquable exemple (1).

Dans ce dernier, à la coloration bronzée delà peau s'ajoutaient des symptômes urinaires particuliers. Les taches formées par les urines sur les langes avaient, aussitôt après Cêmùsion, une coloration vineuse très nette; puis, en vieillissant, elles passaient au bleu et au noir. Elles contenaient de Vindican, comme cela résulte des analyses qui en furent faites par M. le D"^ Moitessier, professeur agrégé de chimie de notre Faculté. C'est le seul cas, de ce genre, qu'il nous ait été donné d'observer jusqu'à ce jour. Il est donc infiniment rare.

Pronostic. — Le pronostic de l'ictère du nouveau-né, même intense et tel qu'on l'observe chez les faibles congéni-

(1) L, Baumel et Boiadjieff. — Ictère bronzé hémaphéique du nouveau-né. Indicanurie. Guérison. (Congrès de pédiatrie de Bordeaux, 1895).

taux, est généralement bénin. Il est pourtant grave, quelquefois ; mais, exceptionnellement mortel. Il faudrait se trouver en face d'une malformation ou d'une oblitération définitive des voies biliaires pour qu'il en fût ainsi.

Traitement, — Quant au traitement, plus il est simple, plus il est efficace. Le sein de la mère ou de la nourrice, comme alimentation, la couveuse en outre, chez les faibles congénitaux, suffisent d'ordinaire.

Rarement il est nécessaire de recourir aux alcalins. Des laxatifs {suppositoires à la glycérine), dans les cas de constipation opiniâtre, et, à la rigueur, quelques cuillerées à café par jour d'eau de Vittel (Grande source) s'adressant au foie, nous ont toujours paru largement suffisants.

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