I. — IVéphrites
Définition. — La néphrite est ïinfJammation du rein.
Étiologie. — Les causes de la néphrite sont nombreuses chez l'enfant. Elles sont surtout d'ordre infectieux, mais aussi d'ordre toxique.
La plupart des maladies aiguës^ infectieuses (pneumonie, lièvres éruptives, scarlatine surtout, fièvre typhoïde, tuberculose même), la déterminent assez facilement.
Nous y ajouterons ïalcoolisme (usage habituel de liqueurs ou même de vin pur), l'application et l'abus de rJsicaloires (néphrite cantharidienne) ou l'administration de médicaments susceptibles de la déterminer par leur élimination rénale (acide salicylique, salicylates, etc.).
Symptomatotoqie. — Valbuminurie en première ligne, puis les œdèmes persistants et siégeant de préférence à la face et aux paupières, quoique susceptibles d'une généralisation plus grande, sont les deux symptômes cardinaux qui doivent faire penser à l'existence dune néphrite.
Et d'abord Valbuminurie. Dans tous les cas précités de maladie infectieuse ou toxique, aiguë ou chronique, le pédiatre doit systématiquement pratiquer l'analyse des urines, pour dépister une albuminurie ou une néphrite commençante.
Cest alors surtout que l'on a des chances de la guérir et non point lorsque des lésions irrémédiables se seront établies dans le rein.
C'est principalement dans la scarlatine que l'urine doit être examinée avec le plus grand soin, à ce point de vue, non
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seulement au début et pendant Vétat aigu ou fébrile, mais encore pendant la cnnmlpscence et durant plusieurs semaines, sinon plusieurs mois consécutifs ; non pas que l'analyse doive être faite tous les jours, mais deux fois par semaine, au moins ^ pendant la fiècre; tou^ les huit jours, pendant le premier mois d'apyrexie; enfin une ou deux fois, pendant les deux ou trois mois suivants.
Ht, même plus tard, quand le malade sera atteint de néphrite ou d'albuminurie, dites a friqore ou survenant dans le cours d'une autre maladie infectieuse, on devra se rappeler que le malade a eu, à telle époque, la scarlatine.
On s'expliquera, de la sorte, bien des cas, qui seraient, sans cela, inexplicables, en pathologie rénale. Il en est ainsi, nous l'avons vu, de beaucoup d'endocardites ou de lésions cardiaques, qui remontent à une pareille origine et qui resteraient à l'état d'énigme pathologique, sans cette interprétation pathogénique, qui est la vraie; l'unique, même, dans certains cas.
Nous ne voulons point dire que toutes les maladies infectieuses ou toxiques produisent fatalement et nécessairement la néphrite et l'albuminurie ou l'endocardite. Mais les cas de ce genre, restés longtemps méconnus, sont extrêmement nombreux, si nous en jugeons par nos propres observations. C'est pourquoi nous insistons volontiers sur l'importance de cette exploration, du côté des urines, aussi nécessaire, à notre avis, pour juger de l'état d'intégrité ou de maladie du filtre rénal, que l'auscultation, au point de vue des appareils respiratoire et circulatoire.
C'est surtout dans l'enfance, en efïet, que se produisent, dans les circonstances précédenles et dans bien d'autres encore (maladies cardio-pulmonaires, diphtérie, intoxications diverses, médicamenteuses ou accidentelles), certains états albuminuriques légers, qui, par leur persistance même, témoignent d'une altération, peu profonde c'est possible, mais chronique, de l'organe. Un rien (le froid, une maladie nouvelle, une alimentation vicieuse, l'usage du vinaigre ou du poivre, aue médication particulière) vient tout à coup aggraver ou révéler
cette lésion, alors que, depuis longtemps, elle existait latente et, nous pouvons le dire, insoupçonnée.
Le rein, ainsi touché pathologiquenient par une cause première et plus ou moins ancienne, est admirablement disposé à l'être, plus prolondément encore, par une des causes qui sont susceptibles de l'intéresser et que nous avons énumérées en partie, quand cette cause vient agir à une certaine dislance, à une époque plus ou moins éiorgnée, de la première.
Le mal de Bright (néphrite parenchymateuse ou gros rein blanc), bien dénommé sans doute au point de vue de l'auteur qui. le premier, en a décrit les altérations, l'est peut être moins bien au point de vue clinique ; car, pour nous, il est un résultat (1). le plus souvent incurable, comme la néphrite interstitielle (petit rein rouge), qu'on lui oppose généralement.
S'il est important de savoir, au point de vue de Tanatomie pathologique, quelles sont les altérations différentes, que l'on observe dans les deux cas ; s'il est utile de connaître la glomérulite scarlatineuse, décrite par Charcot; il est bien plus intéressant, en clinique, d'approfondir la physiologie pathologique ou, mieux encore, la palhoyénie de ces divers états, afin de pouvoir les conjurer, bien avant leur production définitive, sans pour cela méconnaître l'intérêt qui s'attache à leur diagnostic et à leur pronostic, une fois qu'ils se sont produits.
Vexanien microscopique du dépôt urinaire devra être pratiqué toutes les fois qu'on se trouvera en présence d'une albuminurie; car. la présence de l'albuminurie seule, si elle indique généralement lexistence d'une néphrite, peut tenir à d'autres causes telles que la présence, dans les urines, de pus, de sang, reconnaissant même des origines diverses (urèthre, vessie, uretères, etc).
Lorsqu'au contraire on y rencontre des cylindres épithéliau.T,hyaU7is,àes cellules de Vépilhélium rénal de Valbumine rétraclile, l'on se trouve réellement en présence dune
(1) Sinègro. — Los néphrite? chroniques, consécutives à des maladies iofectit'uscs aiguës, chez l'enfant. Thèse de Montpellier, 1893.
néphrite. L'albuminurie qui provient du rein doit toujours faire pensera une altération, au moins fonctionnelle, du tiltre rénal.
Nous ne dirons rien des douleurs lombaires, que les enfants, même grandets, n'accusent d'ordinaire que lorsqu'on les interroge à ce point de vue et encore ne peut-on pas, même alors, trop compter sur leur dire, que leur réponse soit d'ailleurs positive ou négative, à cet égard.
Les œdèmes, lorsque l'albuminurie est déjà ancienne ou tant soit peu intense, ne tardent pas à se produire.
Sauf lorsqu'ils envahissent la face et surtout les paupières, au début /ils n'ont pas une grande importance diagnostique ; car, s'ils amènent le pédiatre à pratiquer l'examen des urines, à supposer qu'il ne l'ait point fait jusque-là, ils peuvent aussi être la conséquence de l'état cachectique luimême autant que de l'albuminurie, souvent ancienne au moment de leur production.
Sans insister sur la rétinite albuminuriquet les palpitations, les étouffements, les migraines, qui peuvent survenir au cours d'une albuminurie, dont ils sont parfois les premiers indices, nous devons signaler, parmi les complications les plus redoutables que l'on peut voir se produire, Véclampsie et l'urémie, quelle que soit celle des trois formes de cette dernière qui prédomine : cérébrale, thoracique ou abdominale.
On a signalé dans ces derniers temps, en pédiatrie, une albuminurie cyclique ou intermittente^ qui n'a lieu que lorsque le malade est levé et qui disparaît, au contraire, par le décubitus i^Dauchez) (1).
Diagnostic. — Le diagnostic de néphrite ou d'albuminurie aiguë est difficile, pour quiconque ne songe point à la dépister ; très facile, au contraire, pour le pédiatre avisé, qui la recherche aussi souvent qu'elle est susceptible de se produire.
Dans la forme chronique, il existe le plus souvent quelques symptômes révélateurs (migraines, palpitations, sutlo-
(1) Daucbez. Congrès international de Médecine. Section de Pédiatrie, Paris, 1900
cation, œdèmes cutanés ou profonds), qui ne tardent pas à mettre sur la voie le médecin, même le moins expérimenté.
La polyurie s'observe, avec la néphrite interstitielle; Vanurk ou la dysurie, avec la néphrite épithéliale.
La pollakiurie (Dieulafoy) est le fait de l'albuminurie.
Il en est de même de la sensation du doigt mort, etc.
Pronostic. — Le pronostic est toujours grave, même dans les formes les plus atténuées et les plus précoces, en raison de la difficulté, qui existe le plus souvent, à en débarrasser détiiiitivement le petit malade et de la facilité avec laquelle, à la moindre occasion, survient la récidive ou se produit l'aggravation.
Il est grave surtout quand l'inflammation, déjà ancienne, a pris droit de domicile et quelle a déterminé, dans le rein, des lésions incurables et le plus souvent mortelles à plus ou moins brève échéance.
Traitement. — Le traitement est surtout diététique et réside, presque exclusivement, dans le régime lacté absolu.
Les toniques, généraux et cardiaques, les reconstituants (fer, phosphate de chaux, arséniate de soude), les diurétiques, trouvent bien, parfois, ici leurs indications; mais elles sont d'ordre absolument secondaire.
11 en est de même du chloral hydraté, des bains chauds et de la saignée, générale ou locale, dans l'éclarapsie et les accidents urémiques.
IL — Cystite
Définition. — La cystite est ïinflammation de la vessie.
Étiologie. — Les causes de la cystite, chez l'enfant, sont d'ordre infectieux, toxique, diathésique ou thérapeutique.
De toutes les maladies infectieuses, celle qui, à part la blennorrhagie, produit le plus souvent la cystite, est certainement la tuberculose.
La cystite tuberculeuse est rare cependant. Nous ne l'avons observée qu'une seule fois.
Parmi les causes toxiques, Valcoolisme joue évidemment le rôle prépondérant, au point de vue patbogénique.
L'alcoolisme est plus commun qu'on ne pense, chez l'enfant. Tantôt celui ci, fils d'alcoolique, n'est point surveillé à cet égard; tantôt il n'est soumis à l'alcoolisme que tout-à-fait accidentellement; tantôt enlin, à titre thérapeutique, il reçoit, sous forme de potion alcoolique ou de vin de quinquina, de l'alcool, que ses organes (estomac, cœur, cerveau, rein, vessie) supportent plus difficilement encore que ceux de l'adulte, si c'est possible.
Parmi les causes dia l hé siques, nous signalerons Vuricémie produisant la goutte, la gravelle, la pierre ou calcul vésical, dont l'origine ordinaire, chez l'enfant, est, comme chez l'adulte, dans une mauvaise hygiène alimentaire (régime trop carné, insuffisance de boissons aqueuses, usage de l'oseille, abus de boissons alcooliques, de vin pur, de thé, de café, etc.).
Enfin, parmi les causes médicamenteuses, nous signalerons aussi la cantharide, absorbée à la suite de l'application d'un vésicatoire.Il est rare que chaque application vésicante, de ce genre, ne soit point suivie de symptômes urinaires (albuminurie, dysurie, cystite, mictions fréquentes et douloureuses).
Symptomatologie. — Tout enfant atteint de cystite a des envies fréquentes d'uriner [pollakiurie). Mais, s'il urine souvent, il urine peu à la fois ; c'est ce qui distingue la pollakiurie de la polyurie.
Les mictions sont, suivant la cause de la cystite, plus ou moins douloureuses. Très intense dans la maladie de la pierre, la douleur est moins vive dans la cystite tuberculeuse, moins encore dans la cystite alcoolique ou même cantharidienne.
Éphémère dans ces deux derniers cas, comme les causes qui l'ont produite, l'inflammation vésicale est durable, au contraire, dans les deux premiers.
Habituellement les urines, quand on les laisse reposer pendant un certain temps, abandonnent, dans la cystite, un dépôt au fond du vase qui les contient; dépôt que l'on aperçoit bien
surtout, quand on les recueille dans un récipient transparent (bocal, verre à pied).
Ce dépôt est-il léger ? Il prend l'aspect d'un ïiyofie plus ou moins épais, qui trouble, peu ou prou, la transparence de la partie inférieure du liquide. Ce nuage est constitué, le plus souvent, par des mucosités plus ou moins denses et abondantes.
Fréquemment et pour peu que la cjslite passe à l'état chronique ou dure un certain temps, il ne larde pas à s'ajouter, au nuage précédent, un dépôt blaîic-grisàtre, occupant la partie tout à fait inférieure du récipient, qui contient l'urine.
La couche de ce dépôt est plus ou moins épaisse et va de un millimètre à un centimètre ou même plus, variant, d'ailleurs, pour une même urine, suivant la surface du fend du vase qui la contient.
Sa nature est purulente ou phosphatique (phosphate ammoniaco-magnésien). Soupçonnée par le clinicien expérimenté, elle est révélée par Vexamen microscopique du dépôt.
L'/iémafwrie, elle-même, peut être observée. On la rencontre, de préférence, dans les cystites calculeuse et tuberculeuse.
Tous ces symptômes urinaires ont besoin, chez l'enfant surtout, d'être recherchés avec le plus grand soin. 11 est nécessaire, en quelque sorte, qu'on aille au-devant d'eux, sans attendre qu'ils viennent s'otïrir spontanément à l'attention de l'observateur ou que le petit patient les accuse, surtout sans interrogatoire préalable.
S'il est des malades, qui attachent peu d'importance aux symptômes qu'ils ont pu présenter précédemment, même du côté d'un organe actuellement lésé, ce sont bien les enfants. Aussi le pédiatre fera-t-il preuve de sagacité et de science en poussant l'interrogatoire dans la direction qui lui paraîtra la plus propice à lui fournir les renseignements qui lui sont nécessaires; du côté, entîn, où il croira devoir recueillir plus exactement et de façon plus précise Ips symptômes antérieurs, les commémoratifs en un mot, qui lui sont indispensables à connaître et qui doivent, en fin de compte, le conduire au véritable dia2nostic.
MALADIES LOCALES 47o
C'est surtout en matière de cliDique urinaircchcz l'en/ant, que le pédiatre devra procéder avec une méttiode rigoureuse : interrogeant non seulement le malade, s'il est à même de renseigner, mais encore l'entourage le plus direct ; posant, dans un cas commo dans l'autre, les mêmes questions de façon différente, pour voir s'il obtient toujours les mêmes réponses, positives ou négatives.
J'ai vu tout récemment un enfant de 15 ans, malade depuis 7 ans, atteint d'une lordose très prononcée et se plaignant de douleurs à la base de la colonne vertébrale et dans la verge. Un g7'os calcul, insoupçonné jusque-là par les nombreux confrères qui l'avaient visité avant moi, était la cause unique de ces symptômes Ce malade, opéré par M L. Imbert, à qui je radressai,de la taille hypogastrique, est actuellement tout à fait guéri (1).
Diagnostic. — Il ne suftit pas de constater qu'un petit malade urine souvent, peu à la fois, et que sa. miction est plus ou moins douloureuse, pour être autorisé tout de su. te à porter le diagnostic de cystite.
Nous verrons plus loin la tulvo-vaginite, chez la jeune fille, quelle qu'en soit la nature, les ad/iérenc65 balano-préputiales et la balano-posthite, chez le petit garçon, s'accompagner de douleurs au moment de la miction.
Nous avons vu bien des erreurs de ce genre commises, faute de pratiquer un examen direct et minutieux des organes génito-urinaires externes, dans l'un comme dans Vautre sexe.
H suffit dètre prévenu de la possibilité d'une semblable erreur, nous semble-t-il, pour faire, chaque fois, cet examen, qui la rendra facile à éviter.
Quand ou a reconnu que l'on se trouve en présence de phénomènes résicaux proprement dits et de symptômes positifs de cystite, il restera à déterminer la nature de celle-ci.
Un vésicatoire a-t-il été appliqué, pour une raison quel-
(1) L. Imbert. Cilc.il vésicil à symptonialol<>;:ie .monnaie (CommiinicHtion fai'e à la sîxif'ino session <l<' l'ass'»ciation française d'Urologie, Paris 190:i).
conque, pendant les quelques jours qui ont précédé l'apparition de ces symptômes ? L'enfant a-t-il, par habitude ou exceptionnellement, absorbé de l'alcool, sous une forme ou sous une autre, à litre même de médicament ? L'interprétation de ces symptômes devient relativement aisée.
Y a-t il eu précédemment des coliques néphrétiques (nous les avons observées chez le fils d'un alcoolique épileptique, alcoolique lui-même) ? On se rendra facilement compte de la pathogénie des accidents.
L'enfant est-il atteint de calcul vésical ? Le cathétérisme de la vessie, avec une sonde métallique, viendra généralement dissiper tous les doutes.
Deux fois, dans un même cas, nous avions affirmé la présence d'un calcul, dans la vessie d'un enfant âgé de 12 ans, puis de 14. Deux chirurgiens, appelés à le cathétériser après nous, ne purent affirmer son existence. Le second, même, pratiqua la taille périnéale dans ces conditions, pensant soulager l'enfant, alors même qu'il n'y aurait point de calcul dans la vessie. Grande fut sa surprise d'y en trouver un qu'il enleva, mais que le cathétérisme ne lui avait point révélé, et, dès ce jour, le malade, qui soutirait depuis 8 ans environ, fut définitivement guéri. Nous avons cité plus haut l'exemple de cet enfant de 15 ans, malade depuis 7 ans et qui, atteint d'une lordose des plus prononcées, avait été vu par bien des médecins, lesquels n'avaient nullement songé à la présence d'une pierre dans la vessie. Cette pierre, grosse et adhérente, une fois enlevée par la taille hypogastrique, le malade fut entièrement guéri, même de sa lordose, toute symptomatique, pour laquelle on avait songé à le mettre dans une gouttière, alors cependant que le décubilus dorsal élait absolument impossible et que le petit malade, assis sur un canapé, était même dans V impossibilité absolue de s'appuyer au dossier, bien que la compression du périné à l'aide de la main ne provoquât aucune douleur.
Pronostic. — Le pronostic varie suivant la nature de la cystite en présence de laquelle on se trouve. Seule la cystite
tuberculeuse, qu'on ne rencontre que très rarement, nous paraît devoir comporter un pronostic des plus graves.
Traitement. - Sans parler de la cijstite calculeuse, qui nécessite une intercention chirurgicale et le plus souvent la taille hypogastrique, la cystite fournit une première indication diététique, qui est le régime lacté exclusif.
Contre la cystite elle-même, l'usage des balsamiques et, en particulier, de la térébenthine est parfaitement indiqué.
Les bains généraux, tièdes ou chauds, fréquemmtnt répétés (tous les jours ou tous les deux jours), sont des plus utiles.
Si, des ulcérations s'étant produites dans la vessie même ou au niveau du col de cet organe, il en résultait des douleurs insupportables, les lavements laudanisés (1 à 5 gouttes suivant l'âge de Tenfant), les suppositoires à l'extrait de belladone (3 à 5 centigrammes), les sédatifs, en un mot, seraient avantageusement prescrits, dans ces cas.
m. — Incontinence nocturne d'urine
Définition. — L'incontinence d'urine est une maladie caractérisée par la perte involontaire des urines, sans lésion, apparente du moins, de l'appareil urinaire.
Elle est principalement nocturne; mais aussi diurne, dans certains cas.
Étiologie. — Bien des théories ont été émises pour expliquer l'incontinence nocturne d'urine, dans l'enfance.
Pour les uns, elle serait due à la paresse de certains enfants, qui, au lieu de se lever, principalement l'hiver, pour satisfaire le besoin d'uriner, préfèrent évacuer leurs urines dans leur couche ; pour d'autres, ce serait la peur qui, la nuit, retiendrait ainsi les enfants dans leur lit, quand se fait sentir le besoin de la miction ; pour d'autres enlln, ce serait le sommeil trop profond, qui empêcherait les enfants de s'éveiller à temps pour sentir et satisfaire le besoin.
Le D' Edmund Owen (1), dans son remarquable ouvrage de chirurgie infantile, déclare que lui-même a été atteint de ce mal.
Il insiste sur ce fait que l'incontinence d'urine, chez l'enfant, est bien une maladie et non point une simple paresse, comme le prétendent certains auteurs.
Ce témoignage est sans doute fort précieux à enregistrer; mais, il n'explique pas la pathogénie de Tincontinence d'urine, pour laquelle les divers auteurs sont encore en désaccord.
Lisons la remarquable leçon clinique de Trousseau sur ce sujet et nous y verrons que, pour les uns, il s'agit d'une parésie ou paralysie du sphincter vésical; pour les autres et pour Trousseau lui-même, c'est surtout une hyper ejccitabilité vésicaleet réflexe urinaire qui est en jeu.
Nous sommes absolument de l'avis de Trousseau, qui n'a qu'un tort, à notre sens, c'est de proclamer notre ignorance en matière pathogénique et étiologique de V incontinence nocturne d'urine, chez V enfant.
Sa leçon pourrait être faite, aujourd'hui encore, telle qu'elle a été conçue et formulée. Seule, la question étiologique doit être précisée et ajoutée.
S'il s'agissait d'une paralysie sphinctérienne, l'urine devrait s'écouler goutte à goutte, plus encore le jour que la nuit, en raison de la déclivité de l'orifice vésical de l'urèthre, plus grande, dans la station debout ou assis,que dans le décubitus dorsal ou latéral. Or, ce n'est point ainsi que les choses se passent, d'ordinaire.
Pendant le jour, le besoin, lorsqu'il se fait sentir, est pressant. Les petits malades ne peuvent pas toujours arriver à destination et. alors, ils urinent dans leur chemise, mouillent leurs culottes ou leurs jupes; la nuit, ils n'ont pas le temps (le s'éceiller, que leur besoin est satisfait.
Il s'agit donc bien là de rôflexes urinaires exagérés.
(l) E'Imund Owen (de Londre-). Traite pratique d" chiiurfîie infantile, 2' édition, traduite et augmentée par le D' 0. Laurent (de Bruxelles), Paris, G. Steinheil, 1891, page 4o9.
M. Guinon invor(ue l'intervention de ce qu'il appelle lenénrosisme. Il nous reste à en pénétrer la cause intime.
En observant attentivement les petits malades, atteints d'incontinence nocturne ou diurne, on s'aperçoit bien vite qu'il s'agit d'enfants en évolution dentaire.
Vexaqération des réflexes, nous l'avons dit il y a déjà longtemps (1) et plusieurs de nos élèves (2) ont depuis corroboré cette idée qu'ils ont appuyée sur de nouveaux faits, est tout simplement la conséquence de Vexcitation médullaire, générale et surtout supérieure, qui résulte elle-même de Véxolution dentaire c'est-à-dire de Vexcitation plus ou moins intense des filets terminaux du trijumeau, transmise à lamoelle et surtout à sa partie supérieure, au niveau de Vorigine réelle de ce nerf, une des plus vastes et des plus étendues que nous connaissions.
Symptomatologie — Un enfant mouille son lit, toutes les nuits; souvent, même, plusieurs fois par nuit ; parfois, seulement à plusieurs jours d'intervalle. Voilà le premier symptôme qui attire l'attention.
Si l'on y prend tant soit peu garde, on s'apercevra bien vite que cette incontinence d'urine, en apparence exclusivement nocturne, est, aussi, plus ou moins diurne. Le pantalon, s'il s'agit d'un petit garçon, la jupe, s'il s'agit d'une tillette, en portent les traces indélébiles, encore humides ou sèches, indépendamment de Vodeur particulière et sui qeneris, qui s'en exhale. Ce symptôme a besoin toutefois d'être recherché attentivement.
Ce qui frappe le plus, à notre avis, dans l'incontinence d'urine, c'est que, chez un enfant, qui n'avait pas l'habitude de mouiller so7i lit d'ordinaire, tout à coup se produit l'incontinence nocturne avec une certaine intensité (plusieurs fois par nuit) et une certaine persistance (pendant des semaines ou des mois), et cela, quelle que soit la saison (été ou hiver)
(1) L. Bauinel. — Incontinence nocturne d'urine, in Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson, 1893.
(2) Stefanini. — Thèse de Montpellier 1900, et Fosso (idem) 1902.
480 PRÉaS DES MALADIES DES ENFANTS
dans laquelle on se trouve, quelle que soit la quantité (considérable ou faible) de liquides ingérés. Fait important à noter, apy^ès avoir duré des semailles ou des mois, l'incontinence nocturne d'urine disparaît aussi facilement, ayssi rapidement, quelle s'était établie.
Le plus souvent toutefois, arant d'être débarrassé, au moins pour un laps de temps plus ou moins long, de son infirmité, le petit malade mouille d'abord son lit moins qu'à l'ordinaire; une fois par nuit, au lieu de plusieurs; tous les deux ou trois jours et non pas quotidiennement ; puis, enfin, plus du tout.
Après un répit de plusieurs mois, sinon de plusieurs années, les mêmes accidents peuvent se reproduire, avec une égale intensité et une durée aussi longue.
Comment interpréter ces récidives, sinon iparV évolution de groupes dentaires nouveaux, produisant Vcxc'ilalwn médullaire et l'exagération des réflexes urinaires, comme précédemment ?
Comment expliquer leur cessation^ sinon par l'apaisement de cette excitation médullaire, prenant fin avec l'évolution précitée ?
C'est par une observation attentive et suivie de ces accidents urinaires, dans leur rapport avec l'évolution dentaire elle-même, que l'on se rendra compte, définitivement et pour jamais, des relations intimes qui unissent les premiers à la seconde.
Cette opinion est faite, pour nous, depuis longtemps. Elle sera certainement partagée par quiconque voudra, comme nous, saisir les relations de cause à effet, qui existent entre l'évolution dentaire et l'incontinence nocturne d'urine, chez l'enfant ; incontinence dont la pathogénie et l'éliologie ne sont plus de nos jours, on le voit, aussi obscures que le déclarait hautement Trousseau à son épofjue.
Nous ne parlerons pas de l'inconlinence d'urine que l'on observe, presque normalement, chez les enfants àgcs de moins de deux ans.
Nous ferons remarquer, toutefois. (]uc c'est de 5 à 10 ans que l'on observe le plus de cas d'incontinence nocturne
(premières dents de remplacement et évolution de Ja dent de 7 ans).
Diagnostic. — Rien n'est plus facile, d'après Ja description précédente, que le diagnoslic de l'incontinence durinc, nocturne ou diurne, chez l'enfant.
Une seule cause d'erreur peut se glisser dans l'interprétation des faits, c est lorsque, comme nous l'avons observé dans un cas, cbez une jeune fille fièiniplêgique de H am, on se trouvera en présence d'une véritable paralysie du sphincter vcsical.
L'urine, dans ce cas, est déversée au dehors youtle à goutte et d'une façon presque continue, aussi bien la nuit que le jour. Cette incontinence paralytique de l'urine, exceptionnelle chez Vi'nfant, ne ressemble que de très loin à celle qu'on observe d'ordinaire et que nous avons décrite plus haut.
Pronos'ic. — Le pronostic est toujours bénin. Sous n'avons pas vu un seul cas, quelqu' intense qu'il fût d'ailleurs, résister au traitement que nous indiquons ci dessous.
Pour juQp.r de l'amélioration spontanée outhérapeutique du mal, nous faisons dresser un tableau ainsi composé : sur une ligne terticale se trouvent les quantièmes du mois, depuis 1 jusqu'à 31, et, m face, suivaiit que le malade a ounon mouillé S07i lit ce jour-là, le signe + ou — . D'un coup d'œil, on embrasse ainsi plusieurs mois de traitement et l'on juge beaucoup plus aisément des mioditi cation s survenues.
Traitement. — Le traitement consiste : 1° à réduire la quantité de liquides ingérés, seulement au repas du soir (une timbale, d'eau et de vin, est Ja lation habituelle) ; 2° à faire lever l'enfant, une ou plusieurs fois la nuit (suivant l'intensité de l'incontinence), à des heures fixes (minuit, 3 heures, 6 iieurcs du matin, d'ordinaire) ; 3^ à faire prendre, au petit malade, 1 pilule, de 7'/•o^/S5^a^^ (exirait de belladone \ cenligramuie, poudre de belladone2ccntigramuics). le soir en Je couchant. Tous les 8 jours on peut en augmenter Ja dose, suivant l'Age et la lolérance individueJle que l'on apprécie par la dilatation pupillaire, et cela, jusqu'à la dose de 3, 10, 15 et même 20 centigrammes, d après Trousseau.
Le phosphate de chaux est parfaitement indiqué et utile dans ces cas.