Méning-ite aig^uë
Définition. — La méningite aiguë est V inflammation aiguë des méninges ou enveloppes du cerveau.
Etiologie. — Bien des causes sont susceptibles de produire
là méningite, chez l'enfant. Elles sont, à peu près toutes, d'ordre infectieux. On a rapporté des exemples de méningite à pneumocoque, à bacille d'Eberth, etc., etc.
Les plus communes sont, sans contredit : les méningites syphilitiques ; les oto-méningites, résultant d'une maladie aiguë ou chronique de l'oreille, le plus souvent d'une otite, externe ou moyenne, suppurée; enï\n,\a méningite tuhercu- /ei*se,que nous étudierons à part, et la méningite traumatique.
Toute localisation infectieuse sur les méninges est ou primitive (en apparence du moins) ou secondaire ; parfois, simplement prédominante. Delà, &e% méningites &\ies primiti'ces ; d'autres, qualifiées de .secondaires. Elles sont, en outre, aiguës ou chroniques. C'est la méningite aiguë, dont il est, surtout, question ici.
Elle peut être observée à tous les âges. Elle est plus fréquente toutefois de 4 à JO ans, en raison du développement subi par le cerveau, à cette époque, et de l'activité cérébrale plus grande, résultant du travail intellectuel (école, etc).
Symptomatologie. — Un enfant atteint de méningite aiguë présente, d'ordinaire, les symptômes suivants :
1' de la céphalalgie. Ce symptôme, généralement accusé par les enfants grandets ou dans la seconde enfance, ne l'est pas ou l'est peu, dans la première. Encore, dans la seconde enfance, faut-il, pour qu'il soit accusé, que l'intelligence soit conservée, ce qui n'a pas lieu dans tous les cas.
La méningite peut, en efïet, avoisinerles régions motrices, soit de la base, soit de la convexité, comme, au contraire, les régions sensitives et même intellectuelles, du cerveau.
2" des troubles digestifs. Ceux ci consistent surtout en vomissements et en constipation.
Les malades vomissent, d'abord, leurs aliments ou \es divers liquides qu'ils ingèrent; puis, de la bile jaune et, enfin, verte. Ils ont, parfois, de véritables vomissements porracés.
La constipation, souvent opiniâtre, contraste singulièrement avec ces vomissements incoercibles et d'une ténacité sans égSile.V abdomen du petit malade est excavé et en bateau.
3" de la fièvre. Elle est généralement interne et dans le voisinage de 39, 40 et 41".
4" de la dilatation, de l'inégalité, de l'insensibilité pupillaires ; du strabisme, des convulsions, la raie méningitique.
La raie méningitique n'est pas autre rhose qu'une traînée rouge, due à la persistance de la vaso-dilatation et se produisant à l'endroit où, arec l'ongle, on a rayé légèrement la peau du petit malade.
5" de Varythmie cardiaque et respiratoire.
On observe assez communément, au cours d'une méningite aiguë, que la respiration ne présente pas sa régularité habituelle. Souvent, même, elle semble s'interrompre et se suspendre momentanément. Elle reprend ensuile. Elle est, dans certains cas, saccadée, suspirieiise.
Le pouls, lui-même, présente certaines irrégularités. On observe parfois, rarement, de Y intermittence ; le plus souvent^ au coniraire, une fréquence extrême, au début, et, plus tard, un véritable ralentissement, une certaiue rareté, qui contrastent avec le degré de la fièvre, mais non point avec la gêne respiratoire,foute d'innervation, dont nous avons parlé tout à l'heure.
Il n'est pas rare d'observer, au cours et surtout au début de la méningite aiguë, une certaine raideur de la nuque, due à la contracture douloureuse des muscles de cette région. D'où, la difficulté d'effectuer les mouvements de la tète et du cou; d'où, la douleur provoquée par ces mouvements.
Le visage du malade est souvent le siège de grimaces, de mâchonnements, de grincements de dents, qui sont un peu spéciaux à cette maladie, bien qu'on puisse les confondre avec ce que l'on observe dans certains autres états pathologiques, ainsi que nous l'avons vu précédemment déjà (muguet, gastro-entérite, évolution dentaire). \ous y reviendrons, d'ailleurs, dans un instant, à propos du diagnostic difïérentiel.
La méningite aiguë comprend trois périodes: une de début, une &état, une d'aggravation ou de déclin.
La première éclate d'ordinaire subitement, se caractérise par la fièvre intense, parfois par les convulsions, toujours par les vomissements el la constipation.
La seconde est constituée par la persislance des symptômes précédenis, auxquels viennent s'ajouter les troubles oculaires et pupillaires précités. Souvent, même, le malade reste immobile, bien que le pédiatre passe un doiiçt ou la main devant ses yeux ouverts et à très grande proximité de ceux ci (sans les loucher toutefois). En temps normal, cotte tentative provoque immédiatement l'occlusion des voiles palpébraux.
A tous ces symptômes viennent s'ajouter ceux que l'on désigne sous le nom de cris hydrencêphaliques. Ce sont des cris aigus, plaintifs et persistants, provoqués par la céphalalgie et surlouii^nr Vhydropisie cérébrale, véritable hydrocéphalie aiyvë, lésultant des altérations vasculaires qui se produisent, quelle qu'en soit la nature (syphilitique, tuberculeuse, etc.).
Le malade craint le bruit, la lumière, le moimlre contact. Il lui faut du silence, de Vobscurité, et, malgré tout cela, il n'arrite pas à obtenir le repos et le sommeil, qui lui seraient si nécessaires et dont il a si grand besoin.
Inutile d'insister, ici, sur la différence symptomatique de la méningite de la base et de celle de laconteaité du cerceau. La première porte surtout, à ce point de tue, sur les départements auxquels se distribuent les diverses paires de nerfs crâniens intéressés ; la seconde, plus spécialement sur Vidéation, la motncité et la sensibilité générales.
La troisième période est caractérisée, suivant les cas, par une atténuation des symptômes précédents ou, au contraire, par une agg razatio7i, ilaus laquelle frappe, tout d'abord, \ai prédominance du coma. Etant donnée, même, l'apparente tranquillité du petit malade, comparée surtout aux périodes précédentes, l'espoir renaît parfois au cœur des familles, sinon du médecin lui même. Erreur profonde, qui sera bientôt suivie, en général, des déceptions les plus grandes.
Aux difficultés respiratoires et circulatoires précitées, aux selles nulles, s'ajoute une miction involontaire, sinon une véritable rétention d'urine. On voit, parfois, survenir aussi une certaine dysphagie ou, du moins, une déglutition difficile des liquides ingérés, \)'€\r paralysie des muscles pharyngiens. Les
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mâchoires sont plus ou moins serrées, dans certains cas, par la contracture des masséters ou, d'une façon plus générale, des diioers muscles masticateurs.
La mort survient, soit par arrêt de la respiration ou de la circulation; soit en raison des vices de 7iutrition,résu\lauid\in pareil état ; soit, enfin, à la suite d'une injection générale, de la nature de celle qui a produit la^méningite ou de nature différente de celle-ci, à laquelle elle est consécutive d'ordinaire (suppuration, etc.)-
Quand /« guèrison doit être obtenue, au lieu de voir se dérouler le tableau précédent, on assiste, au contraire, à une atténuation progressive des divers symptômes énumérés dans les deux premières périodes. Bientôt, même, ils ne tardent pas à disparaître complètement.
Diagnostic. — La méningite peut être confondue avec : les accidents de dentition (fièvre, mâchonnement du muguet, grincement de dents) ei la pseudo-méningite, signalée par nous dès 1891 (1). Celle-ci s'observe assez communément au cours de l'évolution dentaire (voir.plus haut: accidents de dentition).
Une fois le diagnostic de méningite établi, il faut remonter au diagnostic de nature, dans chaque cas particulier, et savoir si l'on est en présence d'une méningite simple, traumatique, otitique, pneumococcique, syphilitique ou tuberculeuse, pour ne parler que des plus communes.
L'otite aiguë et même chronique, qui précède la méningite pendant un laps de temps plus ou moins long, reconnaît souvent pour cause une angine (simple, diphtérique, typhoïde, scarlatineuse, pullacée, tonsillaire, etc., etc.), l'eczéma du conduit auditif externe (voir eczéma) ou des altérations plus profondes et osseuses (carie du rocher) sur lesquelles nous reviendrons, à propos de la méningite tuberculeuse, qu'elles déterminent le plus souvent.
Pronostic. — Le pronostic est toujours grave. Car, si la méningite aiguë, quelle qu'en soit la nature, peut guérir, il
(1) L. Baumel. Quelques accidents de dentition, in Montp. méd., 2' série, Tome XVI, 1891 et Leçons clin, des mal. des enfants, 1893.
n'en est pas moins vrai que, fréquemment, elle est suivie de mort ou que, du moins, elle laisse des traces indélébiles de son passage et des infirmités souvent inci^mb/es (chorée chronique, atrophie cérébrale, hydrocéphalie, imbécillité, etc , etc.).
Traitement. — Le traitement de la méningite aiguë, la cause une fois déterminée, est des plus simples.
La glace, en permanence sur la tète (dans une vessie ou dans un bonnet en caoutchouc), est extrêmement utile.
Les boissons glacées {lait) sont souvent les seules supportées.
Contre la méningite suphilitique, les frictions à l'onguent napolitain ou à l'onguent mercuriel simple, suivant l'âge de l'enfant, sont habituellement salutaires. Elles nous ont rendu les plus signalés services.
Elles peuvent être utiles, même, dans les méningites aiguës simple, pneumococcique, traumatique, tuberculeuse, etc.
C'est dans ces cas aussi que nous paraîtrait, à la rigueur, justifié l'emploi du calomel fractâ dosi ou, encore, à dose purgative.
Contre les convulsions, l'hydrate de chloral.
Enfin, Viodure de potassium, que certains auteurs recommandent dans la méningite en général, rendra surtout des services dans la méningite syphilitique.
Il peut incontestablement être utile, à un moindre degré toutefois, dans les autres et, en particulier, dans la méningite tuberculeuse contre laquelle Fonssagrives lui-même le recommande.
Dans l'incertitude où Ton est, le plus souvent, sur la non existence de la syphilis et étant donnée l 'efficacité de l'iodure dans bien des cas où cette dialhèse ne paraissait pas exister, nous prescrivons assez habituellement ce médicament et nous conseillons, même, de le prescrire aussi souvent qu'il ne sera pas contre-indiqué par l'intensité des troubles digestifs, par les vomissements en particulier.
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