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V. — Idiotie. Imbécillité

Définition. — L'idiotie et l'imbécillité sont deux formes d'aliénation mentale propres à l'enfance et dues, l'une et Tautre, à un arrêt de développement cérébral.

L'idiotie serall toutefois congénitale, d'après Pinel ; Vimbécillité, au contraire, serait acquise et surviendrait, par conséquent, un temps plus ou moins long après la naissance.

D'après lui, Vidiot n'a jamais été intelligent, l'imbécile a pu l'être, pendant les premiers mois ou les premières années de son existence.

Cette définition doit être maintenue, à notre avis, malgré les tentatives faites, depuis Esquirol et dans ces derniers temps, pour admettre une idiotie acquise, qui n'est avtre qu'un degré particulier de l'imbécillité.

Notre savant et regretté maître, le Professeur Cavalier (de Montpellier), partageait la manière de voir de Pinel.

Nous l'avons défendue, dans nos leçons cliniques sur les Maladies des Rnfants (1893), comme plus conforme aux faits observés par nous.

Nous l'admettons encore aujourd'hui, comme renfermant la plus grande part de vérité et comme s'appliquant à l'immense majorité des faits, tout en reconnaissant, avec Esquirol et son école, des degrés dans l'imbécillité qui peut, ainsi, se rapprocher considérablement de l'idiotie. Peut-être, même, le jour n'est-il pas éloigné ou il faudra, aussi, en admettre dans l'idiotie (congénitale) et nous posséderons, alors, les divers intermédiaires qui nous manquent.

Il s'agit de s'entendre, au sujet de l'acception donnée aux termes dont on se sert. C'est surtout utile et indispensable, en pédiatrie.

Etiologie. — Toutes les causes d'arrêt de développement cérébral et même intellectuel peuvent amener Vidiotie, si elles exercent leur action pendant la vie intra-utérine ; Vimbécillité, si c'est, au contraire, après la naissance.

Parmi les premières, nous trouvons * les inflammations des méninges ou du cerveau, disons mieux, les infections de ces tissus ou organes.

La plupart des maladies infectieuses de la mère (fièvre typhoïde, variole, ç>ne\imonie, syphilis surtout, etc., etc.) sont capables de les détermineret, par suite, de produire l'idiotie, lorsqu'elles surviennent pendant la gestation, sans provoquer l'expulsion du produit de la conception.

Il en est de même, d'ailleurs, des affections propres au fœtus et, en particulier, de \sl syphilis héréditaire et paternelle.

Parmi les secondes, figurent encore, au premier rang, les méningites ou méningo -encéphalites, aiguës ou chroniques, développées sous l'influence d'une infection quelconque. lien est de même des convulsions en général, des hémorrhagies, des tumeurs cérébrales. Au nombre et en tète de celles-ci, doivent prendre place: les lésions syphilitiques (gommes), les scléroses de tout ordre (atrophie cérébrale) ; viennent, ensuite, la tuberculose, le carcinome, les kystes, etc., etc.

Symptomatologie. — Ce n'est pas au moment même de la naissance ou peu de jours après que Ton s'aperçoit, d'ordinaire, de l'existence de l'idiotie. Ce n'est guère que lorsque deux ou trois mois se sont écoulés, parce qu'à cette époque les enfants normaux commencent, habituellement, à donner quelques signes d'intelligence.

L'idiot se distingue des nourrissons de son âge en ce que, d'abord, son regard parait moins vif, moins expressif.

Rien ne Vintéresse, contrairement à ce qui se passe chez un enfant normal. Il reste impassible, au milieu de son entourage. Il est insensible aux caresses qu'on lui fait. Il ne suit point aussi facilement, des yeux, les objets brillants, la lumière, les personnes, qui sont journellement autour de lui.

Cet état, peu marqué ou du moins peu appréciable dès V abord, Vest beaucoup plus à mesure que le nourrisson idiot, devient plus âgé.

Plus il avance, en effet, dans la vie, plus la comparaison, établie entre lui et un enfant normal de même âge, est probante dans ce sens.

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Vafipect d'un idiot est un peu particulier. Il est décelé et reconnu de bonne heure, par un œil quelque peu exercé.

L'idiot est généralement un microcéphale, c'est-à-dire que les divers diamètres de son crâne et, par suite. \a circonférence de celui-ci, sont loin d'atteindre, étant donné l'âge du sujet, les dimensions qu'elles ont d'ordinaire. Cette microcéphalie contraste, souvent, avec un développement plus considérable des autres parties du corps, envisagées dans ieui- ensemble, ou avec celui, au contraire, de quelques-unes seulement.

Il est assez commun que telle ou telle partie du crâne et, conséquemment, du cerveau paraisse plus atrophiée ou moins développée que telle autre. C'est, surtout, la région frontale qui est généralement rétrécie. Ce rétrécissement peut porter également sur l'ensemble de l'extrémité céphalique.

Quand arrive le moment de parler (8à 10 mois), l'idiot est en retard.

Ce n'est que foi't longtemps après la première année, souvent au cours de la troisièmeou delà quatrième seulement, qu'il commence à articuler les premiers mots et, encore, le fait-il d'une façon anormale.

L'idiot parait toujours moins âgé qu'il ne l'est en réalité. Il reste enfant, on peut dire, toute sa vie, par sa tète, ses idées, ses gestes, sa parole.

Les fonctions végétatives ou automutiques se font relativement bien, chez lui.

C'est ainsi que ï alimentation, la digestion, la marche, s'effectuent encore assez convenablement.

Seuls les actes, dans lesquels Vidéation et Vintelligence sont mises en jeu, laissent à désirer.

De bonne heure, en effet, les enfants normaux et bien élevés demandent à satisfaire leurs besoins de défécation ou de miction. Vidiot, au contraire, reste longtemps gâteux ; il mouille et salit ses vêtements, sa literie.

Ces enfants deviennent, de ce fait, un objet de dégoût pour leurs petits camarades, qui se moquent d'eux facilement, les taquinent, les frappent.

Ce sont de petits martyrs, voués, d'ailleurs, à l'ignorance complète.

A supposer, en effet, qu'on les envoie en classe, ils n'y apprennent rien ou à peu près. Ils dérangent plutôt leurs jeunes camarades, par leurs cris, leurs (jestes, leurs grimaces.

C'est là une catégorie de ces enfants, appelés arriérés, pour lesquels la société moderne devrait bien faire quelque chose. Car, ainsi que nous l'avons dit ailleurs (1), ayant constamment besoin de leur mère, pour les garder et éviter les nombreux accidents (brûlures, chutes) qui leur arriveraient sans cela, ils l'empêchent de travailler et de gagner sa vie, ce qui augmente la misère dans les familles d'ouvriers, où on les rencontre malheureusement trop souvent.

Si, au contraire, il existait de vrais asiles pour ces enfants, comme il existe des hôpitaux pour les maladies aiguës du même âge, on pourrait les classer par catégories et en tirer tout le parti possible, au point de vue du développement, physique et intellectuel, dont ils sont susceptibles. C'est ce que fait à la Salpêtrière, avec l'autorité qui s'attache à son nom, M. le docteur Bourneville (2).

Ces enfants, dits arriérés, ne sont pas extrêmement nombreur, relativement du moins. Voilà pourquoi, une tentative de ce genre devrait être faite, à notre avis, pour la France entière.

Le pédiatre, surtout,està même de comprendre l'étendue des misères que l'on soulagerait ainsi (misères autant morales que

(1) L. Baumel. Discours d'inaugiiralion de la clinique des maladies des enfants de l'hôpital suburbain, en présence de M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, 12 avril 1899 ; in Montpellier Médical, même année.

(2) Voir à ce sujet, l'ouvrage de M. le D^ Pornain, intitulé : Assistance et Traitement des idiots, imbéciles, débiles, dégénérés anormaux, crétins, épileptiques (adultes et enfants). Assistance et Traitement des alcooliqnes.Colonicsfamiliales. Piéface duD^Magnan, in-8* de 212 [la^'es, Projirès médical et Kélix Alcan, Paris, iltOO.

Voir, aussi, le bran volume du l)^ H.Thu ié sur : Le diess.iye des jeunes dé^îénérés ou Orlhophrénopcdie, avec 53 ligures dans le texte, in-S" de 678 pages. Progrès médical et Félix Alcan, Paris, 1900.

physiques de bien des familles et de bien des mères) sans qu'il en résultât, croyons nous, une dépense qui fût en rapport avec l'immensité du service rendu, aux parents sans doute, mais aussi et par dessus tout, nous en sommes pertinemment convaincu, aux enfants eux-mêmes.

Vimbêcillitê revêt un tableau clinique à peu près analogue à celui de l'idiotie. L'enfant, toutefois, a subi un certain développement intellectuel, jusqu'au jour où est survenue l'imbécillité par arrêt de développement, dans les circonstances précédemment signalées. Aussi existe-t-il, chez le petit malade, un certain degré d'intelligence, degré d'autant plus accentué que la maladie l'a frappé à un âge plus avancé.

Nous avons, dans nos leçons cliniques sur les maladies des enfants, établi un parallèle entre l'imbécillité et lidiotie, nous basant sur deux malades, que nous avons gardés longtemps, dans le service.

Tandis que Vidiot n'avait à sa disposition que deux ou trois mots, Vimbécile, au contraire, en avait beaucoup plus. Celui-ci pouvait, même, répéter tout ce qu'on lui disait, sans qu'on l'en priât d'ailleurs et par suite d'une coordination d'idées impossible à retrouver chez l'idiot. C'est ce fait que nous avons désigné, dans ce cas particulier, sous le nom de: parole en écho (1).

La dimension du crâne peut être la même, dansles deux cas, comme chez ces deux enfants. Nous parlons de la circonférence. Tandis, en effet, que l'un d'eux (Vidiot) avait un crâne presqu' uniformément microcéphalique, l'autre (Vimbécile) paraissait macrocéphale, vu de face, mais présentait un apZatissement, postérieur et occipital, des plus remarquables.

Vonanisme est assez fréquent, au moment de la puberté, chez ces enfants. Vimbécile semble devoir s'y livrer plus facilement et plus volontiers que l'idiot, en raison, d'une part, de la faible lueur qui lui reste et, d'autre part, des sensations bestiales plus faciles à être perçues ou provoquées, chez lui.

(I) L. Baum»^]. Idiotie et Imbécillité, in Leçons cliniques sur les maladies des enfaots, Paris, Masson, iy03.

On peut tirer, de Vimbécile, un parti plus grand encore que de l'idiot, j[7a7* le siistème d'hospitalisation et d'éducation dont nous parlions tout à l'heure, en raison de son développement intellectuel, incomplet sans doute, mais plus avancé que chez l'idiot.

Diagnostic. — Le diagnostic, de IMdiotieet de l'imbécillité, est relativement facile, comme cela ressort suffisamment, croyons-nous, de la description que nous avons faite de l'une et de l'autre,

11 est certains cas d'atrophie cérébrale et, même, de paralysie infantile qui, a priori tout au moins, peuvent être confondus avec ces deux états. Un peu d'attention et une certaine habitude d'observation permettront rapidement de les reconnaître et de les en distinguer.

On s'apercevra bien vite que le paralysé, en dehors des mouvements de marche, de préhension, de langage, qu'il ne peut exécuter normalement, répond, ne serait-ce que par signes, d'une façon satisfaisante et donne ainsi à comprendre que son intelligence est à peu près totalement conservée.

Bien des variantes peuvent cependant être observées, comme nous l'avons dit plus haut, entre ces états extrêmes, qui peuvent, sans se confondre, se rapprocher plus ou moins, ainsi que la clinique en donne, tous les jours, de fréquents et de nombreux exemples.

Pronostic. — Le pronostic est toujours grave, plus grave toutefois dans l'idiotie (absence à peu près totale de l'intelligence) que dans l'imbécillité, qui présente, elle-même, des degrés, variés à l'infini.

Il est évident que ces enfants, imbéciles ou idiots, seront toujours des arriérés ou, pour mieux dire, des incomplets.

Traitement. — Le traitement comprend quatre indications fondamentales.

La première c'est de soumettre le malade à une alimentation régulière et réparatrice, mais non trop copieuse.

La seconde, de prescrire des résolutifs (iode, iodures)

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tleslinès à irsoudre, dans la mesure du possible, /es' lésiom, cérébrales ou crâniennes, encore .susceptibles d'être amendées.

La troisième, d'administrer des recow.'îh'tMa«/5 et, en particulier, du phosphate de chaux, pour favoriser le déceloppenient, aussi considérable riue possible, de i encéphale et du crâne.

La quatrièwe, enliB, de teiller à l'instruction et à l'éducation morale de ces arriérés, alin de les rendre aussi utiles que possible, à eux-mêmes d'abord, à la société ensuite, et d'éviter qu'ils ne soient les victimes inconscientes et faciles des libidineux et des libertins ou qu'ils ne deviennent, à leur tour, non seulement des êtres vicieux, mais encore, en raison même de leur faible intelligence, de vrais criminels.

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