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VII. — Épilepsie

Définition. — L'épilepsie est une névrose caractérisée, tantôt par de simples absences intellectuelles aven perte momentanée de connaissance {petit inal); tantôt, au contraire, et le plus souvent, par des attaques subites, terrassant le malade en pleine santé apparente et le réduisant à l'état de masse inerte (sauf la respiration et la circulation qui persistent), et cela, pendant un temps plus ou moins long ; après quoi, surviennent des convulsions, toniques d'abord, cloniques ensuite, enfin du stertor et du coma. Le malade sort de son attaque comme hébété et ne se rappelle rien de ce qui vient de se passer.

Étiologie. — Les causes de l'épilepsie sont complexes. Elles nous paraissent avoir été, même de nos jours, incomplètement étudiées.

Sans doute la prédisposition joue un rôle considérable. On voit, assez souvent, des enfants d'épileptiques, d'hystériques, de nerveux, d'alcooliques, être atteints d'epilepsie.

3Iais il est des causes, occasionnelles ou déterminantes, de premier ordre, que tout praticien et surtout tout pédiatre doit connaître ; car, elles jouent certainement un rôle plus xonsidérable dans la production de la maladie.

Parmi elles,- nous citerons : les émotions morales (mort d'un proche parent), les frayeurs, la peur, la présence de vers intestinaux. Nous avons vu une jeune fille de 13 ans, dans ces conditions, avec de nombreux oxyures dans les fèces. Elle fut guérie, après la disparition des parasites.

Ces causes sont pour ainsi dire banales et exceptionnelles à la fois. Quelle que soit leur importance, elles n'ont jamais celle de deux autres, qui sont : la boulimie ou la polyphagie et Véwlulion dentaire. Les enfants gros mangeurs sont sujets à l'épilepsie. Et il ne faut pas voir, dans cette dernière maladie, la caw^e de la polyphagie ; mais, bien souvent au contraire, la conséquence, ainsi que nous le démontrerons plus loin.

C'est surtout l'étolution dentaire, qui nous paraît jouer un très grand rôle dans sa production, chez l'enfant.

Cela tient à Vétat d'éréthisme nerveux, à l'excitation qui résulte, pour la région bulbo-protubérantielle, de Virritation, dont les filets terminaux du trijumeau sont le siège, au cours de cette émlution.

A cet égard, nous rapprocherons volontiers les convulsions des attaques d'epilepsie et, même, des attaques épileptif ormes, qui semblent leur servir de trait d'union.

Beaucoup d'enfants épileptiques ont eu des convulsions dans leur jeune dge. Il semble , en outre, que la fréquente répétition de celles-ci, que les convulsions chroniques, en d'autres termes, soient le véritable passage des unes aux autres.

Plus elles se répètent, plus elles ont de la tendance à se reproduire. L'organisme les réalise, en quelque sorte, par habitude

io.

et à la moindre occasion (indigestion, évolution dentaire, parasites intestinaux, constipation, etc. — Voir convulsions).

Symptomatologie. — La symptomatologie est un peu différente, suivant qu'il s'agit du petit mal (absences) ou du grand mal épileptique {attaques). Dans le premier cas, un enfant est occupé, par exemple, à lire ou à écrire. Il s'arrête^ son regard se fixe immobile un instant (quelques secondes à peine), Vintelligence s'obnubile. Aussitôt après, l'enfant revient à lui, l'absence est terminée; le petit malade ne se rappelle point ce qui s'est passé. Tout se borne là, habituellement

Dans la grande attaque, l'épileptique pousse un cri subit, initial, et tombe, comme foudroyé, inerte.

Sa respiration s'embarrasse; sa figure, d'abord pâle, rougit et se congestionne. Le malade a du stertor. Ses muscles sont contractures dans leur ensemble et toniquement, c'est-à-dire sans qu'ils effectuent le moindre mouvement (i'"*' période).

Mais, à cette première période en succède bientôt une seconde, caractérisée par des contractions ou convulsions cloniques, plus ou moins généralisées.

La pupille est souvent dilatée et insensible, à la lumière d'une bougie, par exemple.

Après la période de convulsions cloniques, survient une troisième période, dite comateuse.

Le petit malade semble dormir, pendant un temps plus ou moins long. Il a, souvent, de réci*?/<e à la bouche; parfois, aussi, du sang, provenant des morsures qu'il s'est faites à la langue, aux lèvres ou aux joues, pendant la période de convulsions cloniques, où il grince des dents.

De là l'importance, au point de vue diagnostique, des cicatrices linguales (traces de morsures», que l'on observe, ou de l'usure de l'extrémité des dents, que l'on constate.

Le malade peut, en tombant, se faire des contusions, des plaies, sur les diverses parties du corps, en particulier à la face et au crâne. Il peut, suivant l'endroit où le surprend son attaque, dégringoler un escalier, se précipiter inconsciemment d'une fenêtre, dans un fossé, dans un puits, etc., etc.

Les attaques, suivant les cas, se reproduisent rarement ou, au contraire, fréquemment.

Tantôt elles sont simplement nocturnes et si l'on n'entend pas les divers bruits que le malade peut faire à ce moment-là, ce qui est rare, on constate, au lever, qu'il a uriné au Ut.

Au cours fie l'attaque, en efïet, on voit souvent s'effectuer rémission involontaire des matières fécales, mais surtout des urines.

Les attaques peuvent être uniques, ou ne se reproduire qu'à de longs intervalles. D'autres fois, elles sont quotidiennes et, même, multi quotidiennes.

Lorsqu'un malade a une ou plusieurs attaques coup sur coup et sans intertalle d'accalmie (attaques subintrantes), on dit qu'il est en état de mal.

Toute cause d'excitation périphérique .un peu forte ou persistante, peut les rendre plus nombreuses que de coutume. C'est ce que nous avons observé, il y a quelques jours à peine, chez un enfant entré dans notre clinique et venant du service de M. le Professeur Grasset.

Ce malade, âgé de 8 ans et fils d'une mère épileptique, eut plusieurs attaques le lendemain du jour où un de ses camarades lui avait arraché une dent, ébranlée par suite de iérolution de celle qui devait la nmplacer.

Vintellifience, rarement grande, de l'épileptique devient de plus en plus obtuse, à mesure que se répètent ses attaques.

Souvent, d'un caractère violent et impulsif, il peut être conduit kV irresponsabilité, au suicide, kValiénation mentale, à la démence.

Diaqnostic. — On ne peut guère confondre, avec l'épilepsie, que les convulsions.

L'une et les autres sont, à notre avis, de même nature et ne se distinguent, d'ordinaire, que par leur durée, plus éphémère dans le dernier cas que dans le premier, et par ]& rareté de reproduction des convulsions, une fois disparues, opposée à la fréquence ordinaire des attaques ou des absences épileptiques.

Bien n'est cependant absolu à cet égard. iNous avons vu, en eilet, un enfant de 13 ans, fils d'épileplique, présenter une seule attaque, reconnue telle par l'interne de garde et occasionnée par une indigestion, au moment de l'évolution de la

dent de 13 à 14 ans. On dira, peut-être, qu'il ne s'agissait là

Fig.^ 44 et 45.

Appareil denlaire d un enfant de 13 ans, ayant des attaques épileptifoiraes au moment où les 4cs molaires (2" grosses ou dénis de 13-14 ans), supérieure et inférieure, droites, effectuent leur évolution extra-maxillaire.

que d'une convulsion. On reconnaîtra donc aisément, avec

nous, que la délimitation n'est pas aussi nette, qu'on se l'imagine a priori, entre les convulsions et l'épilepsie, qui sont : les unes ïétat aigu, les autres ïétat chronique^ d'une même maladie.

Seules, les attaques épileptiformes proprement dites (épilepsie jacksonnienne), qui méritent bien et justifient pleinement ce nom, attaques habituellement limitées, circonscrites et liées à une lésion de V encéphale (tumeur, etc.), peuvent, jusqu'à un certain point, être confondues avec l'épilepsie ; mais, seulement, si elles viennent à se généraliser.

On appelle souvent, chez l'enfant, attaques épileptiformes, des attaques généralisées, qui ne paraissent pas susceptibles d'être qualiliées d'épileptiques ; mais, dont la répétition conduit, selon nous, à l'épilepsie. Four ne pas les confondre avec les épileptiformes pures, dont elles se distinguent par Vabsencc de lésion connue, on devrait les appeler épileptogènes.

Pronostic. — Le pronostic de l'épilepsie est toujours sérieux et grave.

Longtemps, nous avons cru à l'incurabilité de cette maladie, même dans l'enfance.

Nous devons reconnaître, toutefois, que, chez l'enfant, il faut bien se garder de la considérer comme telle.

Dès avant 1893, nous avions, nous-mème, publié deux cas d'épilepsie guérie (1).

c< Herpin (de Genève) dans son livre sur le pronostic et le traitement de l'épilepsie, dit Fonssagrives, a surabondamment démontré que les chances de guérir l'épilepsie sont en raison inverse du nombre d'attaques qu'ont eues les enfants au moment où on commence à les traiter ».

« C'est dire, ajoute l'ancien professeur de Montpellier, que Yincurabilité proterbiale (exagérée à mon avis) que l'on attribue à l'épilepsie ne peut s'entendre que de Cépilepsie de l'adulte; celle de l'enfant est autrement curable et comme l'épilepsie débute, dans la grande majorité des cas, dans

(1) Baumel. Deux cas d'épilepsie. Guérison. in Leçons cliniques sur les maladies des enfants. Paris, Masson 1893, p. 230.

Venfance, le pronostic du mal comitial perd, par ce fail, une partie de sa gravité (l) ».

L'un des deux malades, que nous avons relatés comme guéris, avait, non seulement des attnque< mais encore des idées de suicide, qui nécessitèrent un inlirmier spécial, au moment où nous l'avons soigné. Il est actuellement militaire (8 ans après), ce qui prouve qu'il n'est point malade ou, du moins, qu'*^ est bien débarrassa de ses attaques. Il vient, même, d'être passible d'un conseil de guerre, au sujet duquel nous avons eu à donner notre avis médical.

Depuis lors, nous avons guéri beaucoup d'enfants atteints de cotinulsions chroniques, d'attaques épdeplogènes si Ton veut, qui décalent les conduire fatalement, sans cela, à Cépilepsie et, qui plus est, à ïincurabilité.

Traitement. — Le traitement, on le conçoit sans peine, varie beaucoup, suivant les causes à incriminer, dans la pathogénie de chaque cas pris à part.

Sans doute, les sédatifs du système uerceu.i\ le bromure de potassium en particulier, sont généralement indiqués.

Les boissons alcooliques devront être proscrites. Le vin pur, lui-même, sera écarté.

Le café, le thé, tous les excitants du système nerveux, seront protiibés.

Mais, à côté de cela, combien d'indications spéciales à remplir î

Ici, c'est une alimentation à ?-égula ri ser (uombre de repas) ou à indiquer (nature des aliments). S'il y a, pour une raison quelconque, mas/ica/ion incomplète, les aliments liquides(lail) ou demi liquides (potages, soupes, purées, œufs) seront de rigueur.

Là, les purgatifs ou les lacratifs seront indiqués de préférence, parce qu on se trouvera, par exemple, en présence d'une constipation opiniâtre, (jui, en provoquant la fissure à l'anus et les douleurs aiguë'i qui l'accompagnent, peut entretenir, aggraver ou, même, provoquer l'épilepsie.

(1; Fonssagrives. Hygiène infantile. Delahaye et Lecrosnier. Pans. 1882, page b38.

Ailleurs, les parasiticides, les tomifuges ou tœnicides, les vennifurjes enfin (extrait éthéré de fougère mâle, santon ine, purgatifs.etc,) seront, tout d'abord et avant tout, administrés.

S'il existe une rnuse quelconque d'excitnlinn périphérique (fissure fi l'anus, plaies, névralgies de dentition ou de carie dentaire, etc.). elle devra être atténuée ou supprimée.

Quant à ïèvolulioti (générale et nerveuse, dentaire même), elle sera favorisée, à l'aide du glycéro phosphate de chaux.

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