VIII. - Hystérie
Défînilion. — L'hystérie est une névrose caractérisée par certain élnt nerceux, par des stigmates ou par des attaques particulières. Elle est, en quelque sorte, exclusive à la jeune fille.
Étiologie. — Si l'à^fe devait être incriminé, comme cause d'hystéiie. nous en écarterions volontiers la première enfance, malgré tout ce qui a été dit, à ce sujet, même ces temps derniers.
Tout nu plus, V admet trions-nous dans la seconde enfance, où on la rencontre, en effet, assez facilement.
Le sexe nous paraît avoir un rôle étiologique plus important à jouer que l'âge. C'est surtout chez des fillettes qu'on l'observe. C'est même exclusivement chez elles que nous l'avons vue. Elle débute, principal, ment, au moment de la puberté (de 12 à 14 ans). Elle peut survenir, toutefois, un peu plus tard.
Dans Ihystérie, comme dans la chorée, les nnotiows (peur, frayeur, etc.) peuvent jouer un certain rôle, au point de vue palhogénique. Elles ne sont, dans Tune comme dans l'autre, que des causes occasionnelles, agissant sur un terrain déjà fortement prédisposé.
11 en e«t de même du traumatisme, qui peut agir par les émotions qu'il provoque ou par action spéciale {hxfstéro-traumatisme). Nous préférons réserver à ces accidents nerveux
comècutifs au traunia, le nom de neuro-traumnlisHie, qui ne préjuge rien sur leur nature et qui est applicable dans les deux sexes. Or, malgré l'autorité incontestable des noms qui s'attachent à l'idée de l'existence de l'hystérie chez le garçonnet, nous avons de la peine à y souscrire. Notre délinitiou même et son appellation, d'ailleurs, font de l'hystérie une maladie du sexe féminin.
révolution des organes génitaux, chez la jeune fille, et l'établissement de la fonction menstruelle, ses difficultés, sont certainement pour la plus large part dans la production de l'hystérie. Il ne faudrait pas en conclure toutefois, parce que c'est, là, la cause prédominante ou capitale, qu'elle soit, aussi, la cause unique.
Vanémie, les excitations médullaires de tout ordre et d'origine dentaire (évolution) ou même gastro-intestinale (indigestion, dyspepsie, constipation), donnent efficacement la main aux causes précitées, soit qu'elles préparent admirablement l'action de celles-ci, soit que leur propre action s'ajoute à la précédente.
Nous avons vu, en effet, une lycéenne de 16 ans, arrivant au terme de ses études (qu'on a failli interrompre pour ce motif), présenter, à chaque menstruation, des attaques d'hystérie, qui commençaient invariablement par des douleur's de tête, puis se génpralisaient et laissaient la jeune fille dans une sorte de coma, qui durait plusieurs jours.
Rien d'anormal n'avait été aperçu du côté de l'appareil dentaire de la malade, par son médecin traitant. Un examen minutieux de la bouche, pratiqué avec une grande attention, nous permit de découvrir un point de carie, sur une petite molaire et sur sa face postérieure ou interstitielle.
Ces accidents redoutables et périodiques se calmèrent et disparurent, sous l'influence du traitement dirigé, contre Vhijstérie sans doute, mais aussi contre la carie dentaire (plombage pratiqué par un dentiste, qu'on alla trouver sur notre conseil). Il est évident que, dans ce cas particulier, la névralgie dentaire, qui toujours ouvrait la scène, était
réveillée, à chaque période menstruelle, par l'excilation génitale, retentissant sur l'axe médullaire.
L'hérédité est, ici, tout aussi importante, comme cause prédisposante, que dans l'épilepsie. Dans l'une ainsi que dans l'autre, à côté d'une hérédité nerveuse générale, nous devons admettre l'existence possible d'une hérédité nerveuse spéciale ; mais, seulement, à titre de prédisposition plus ou moins forte.
Symptomntologie. — Nous ne dirons rien du .caractère chanf/eant, variable, fantasque parfois, toujours plus ou moins impressionnable, des jeunes hystériques.
Nous n'insisterons point sur les goûts plus ou moins bizarres, sinon dépravés, qu'elles ont pour tel ou tel aliment, telle ou telle boisson, tel ou tel condiment.
La part est parfois difficile à faire, dans ces cas, de ce qui revient exactement à Vanémie, à la chlorose pure et à l'hystérie, souvent, sinon toujours, concomitantes.
Nous étudierons, simplement, les stigmates et les attaques hystériques.
Les stigmates sont de deux sortes : les uns douloureux, les autres anesthésiques. Parmi les stigmates douloureux se trouvent : le clou hystérique, ayant son siège xie prédilection sur le vertex et y occupant un espace fort restreint, delà son nom; les névralgies diverses, communes à l'hystérie et à Vauéime, la névralgie intercostale par exemple; mais, surtout, la gastralgie et Vovaralgie. Celle-ci est le plus souvent unilatérale et, lorsqu'elle existe, véritable contradiction symptomatique, elle s'accompagne, d'ordinaire, d'une hémi-anesthésie cutanée, occupant précisément le côté du corps correspondant à Vovaralgie.
Le pincement, la piqûre, sinon le transpercement de la peau par une épingle, sont insensibles, quand la pression de l'ovaire, non seulement est douloureuse, mais encore provoquerait facilement les attaques.
Les zones d'anesthésie peuvent être circonscrites. Elles sont le plus souvent pharynqiennes, sous-mammaires, ovariennes. Il est aussi des zones douloureuses, qui sont souvent
hyilérogènes (sous-mammaire, inter ou sous-scapulaire, ovarienne, vaginale, etc.).
Qu'elles soient cutanées ou muqueuses, leur compression un peu prolongée est pénible à la malade et prowque, aisément, le retour des attaques d'hystérie.
Quant aux accidents d'ordre cérébral, ils sont caractérisés, tantôt par certains orages nerveux (agacement, impatience, colères sans motif, fou rire) se terminant souvent par des larmes, tantôt par de véritables attaques, que les malades sentent venir d'habitude. Elles ont ainsi, contrairement à ce qui se passe dans l'épilepsie, le temps de prendre leurs précautions, pour ne point se blesser en tombant, c'està-dire de s'asseoir ou de s'allonger.
La malade, dans l'attaque, pousse des cris multiples et variés, fait des grimaces de toute sorte, gesticule, se débat, puis finalement revient à elle, sans avoir perdu la mémoire des faits qui se sont passés avant ou, pendant r attaque ellemême.
Si celle-ci est violente, un excellent moyen, pour la faire cesser, consiste à enfoncer vivement le poing fermé dans la fosse iliaque, du côté où existe en temps ordinaire ïotaralgie, et à exercer, sur l'ovaire, une compression un peu énergique, toujours plus ou moins atténuée, d'ailleurs, par la résistance des parois abdominales, de l'intestin, etc.
Une compression légère aggrave souvent les accidents, tandis qu'une compression forte les arrête, en général, rapidement.
Vhémianopsie, le daltonisme, mais surtout le rétrécissement du champ visuel, sont symptômes assez commuas au cours de l'hystérie. Il en est de même des diverses, formes ou moins bizarres, d'anesthésie (1).
Comme pour l'épilepsie, nous avons vu, dans l'hystérie, les poussées d'évolution dentaire s'accompagner d'attaques plus nombreuses, ce qui s'explique par l'excitation médullaire, résultant de cette évolution même et venant s'ajouter à celle
II) A. Pitres. Des anesthésies hystériques. GouDoiiilhou, Bordeaux, 1887.
(/Ml, déjà, a pour point de départ les organes génitaux de la jeune fille (congestion de l'utérus ou de l'ovaire, métrite ou salpingite, vaginite avec ou sans ulcération du col, leucorrhée, vaginisme, vulvite, etc.. etc.).
La vue d'un objet pénible ou désagréable, une odeur particulière, un son, un bruit spécial, peuvent déterminer une attaque à un moment donné.
Il en est de même d'une contrariété^ d'un chagrin, d'une frayeur, comme aussi du mauvais fonctionnement de Vappa* reil digestif (indigestion, dyspepsie, constipation) ou, même, d'une névralgie persistante, de carie dentaire ou autre. Ce qui revient à dire que, si toute excitation génitale, même physiologique (menstruation, premier coït) et à plus forte raison pathologique (voir ci-dessus), est capable de produire ou de provoquer l'hystérie, toute autre excitation extragénitale, surajoutée, peut très bien renforcer, à ce point de vue, iaction de la première cause ou, même, faire éclater des accidents hystériques, que la première, à elle seule, eût été insuffisante à produire.
La prédisposition ou Vétat latent ont souvent besoin, en effet, d'une occasion, pour se manifester.
Il est des attaques, dites hystéro-épilep tiques, qui appartiennent à la grande hystérie et qui semblent, quoi qu'on en dise, participer de la double nature hystérique et épileptique. Cela n'étonnera nullement quiconque acceptera la pathogénie que nous invoquons.
Dans certains cas, au contraire, les accidents sont des plus légers et sont constitués simplement par la boule hystérique, qui n'est pas autre chose qu'un phénomène nerveux et spasmodique, partant de Vovaire ou de l'utérus, pour gagner d'abord la région épignstrique (estomac), puis le cou (larynx) et y produire une sensation de constriction ou de serrement.
La sensation de cette boule, que la femnie accuse difficilement, est bien plus difficile à déceler, chez la jeune fille.
Il est impossible de décrire, un à un, tous les troubles nerveux qui peuvent résulter de l'hystérie (aphasie, supercherie, etc., etc.). Nous ne signalons que les principaux.
540 PRÉaS DES MALADIES DES ENFANTS
Diagnostic. — Le diagnostic de l'hystérie peut être fait en dehors des attaques, comme pendant celles-ci.
Dans le premier cas, les stigmates, les zones hystérogènes surtout, mettront le praticien en mesure de le porter.
Les attaques d'hystérie ne pourraient être confondues qu'avec celles de Vépilepsie, dont elles se distinguent complètement. Pas de cri initial unique, pas de chute brusque, perte de connaissance souvent incomplèlCy persistance de la mémoire des événements antérieurs à l'attaque, pas de coma final, pas d'écume à la bouche, ni de morsure à la langue.
La présence de symptômes inverses fera plutôt penser, au contraire, au mal comitial.
Pronostic. — Le pronostic de l'hystérie est moins grave que celui de Tépilepsie. Toutefois, une jeune tille hystérique fera généralement, plus tard, une mauvaise nourrice, sinon une mauvaise mère.
On devra, de bonne heure, diagnostiquer, traiter et guéî^r l'hystérie, qui, comme Vépilepsie, devient d'autant plus habituelle, d'autant plus chronique et incurable, qu'elle pst plus ancienne et que les attaques ou atteintes en ont été plus fréquentes.
Traitement. — Le traitement de l'hystérie donne lieu à deux indications fondamentales : l'une a trait à l'alimentation et à la nutrition ; l'autre, au système nerveux.
La malade devra être soumise à une alimentation régulière, de bonne qualité, peu excitante et réparatrice. L'anémie nécessitera, très souvent, le fer.
Les sédatifs du système neiDeux (bromure, etc.) seront parfaitement indiqués.
On devra y joindre le traitement de la plupart des excitatiojis, anormales et un peu fortes, d'ordre physiologique ou pathologique, propres à chaque cas particulier (évolution et carie dentaires, mastication incomplète et dyspepsie consécutive, constipation, maladies génitales). Enûn, on évitera les émotions fortes {ihéàiiTe, lectures; odeurs, bruits pénibles; vue d'objets désagréables).
MALADIES LOCALES o4l
Au point de vue du caractère et de Yéducation, la lillette hystérique aura besoin qu'on lui témoigne de la tendresse, sans doute; mais, aussi, qu'on use à son égard d'une direchon ferme, sans brusquerie toutefois.