XI. — Tétanie
Définition. — On désigne sous le nom de tétanie une maladie convulsive, généralisée, caractérisée surtout par des contractures, qui prédominent aux extrémités.
Étioîogie. — Les causes de la tétanie sont difficiles à approfondir, vu la rareté des cas observés, vu surtout la pénurie des autopsies y relatives. Cependant, il paraît établi que la tétanie, loin d'être une maladie primitive, se présente, beaucoup plutôt, sous la forme d'une maladie secondaire et, le plus souvent, terminale d'un état, neuro-pathologique et cérébral, antérieur. C'est, du moins, ce qui est confirmé par le cas, unique jusqu' à ce jour, qu'il nous a été donné d'observer.
Il s'agit d'un enfant de 7 ans, W. G., fils d'un père qui se suicida. Sa mère avait reçu de nombreux coups, sur le ventre, pendant sa grossesse.
Dès Vâge de 1i jours, Venfant eut des convulsions.
D'apparence robuste jusqu'à i ans, il ne marchait cependant pas, encore, et ne parlait pas.
À partir de cet âge, ses membres semblaient, par moments, se raidir.
Il se servait, toutefois, de ses mains pour manger.
A cette époque et sur le conseil des médecins qui le virent, l'enfant fut électrisé, à l'aide d'une pile au chromate de potasse. Les parents déclarent qu'il supportait les courants les plus forts, sans se plaindre.
On lui avait donné, concurremment, du salicylate de soude et du phosphate de chaux.
Depuis 6 mois, avant son entrée à la clinique, ses parents avaient habité sur les bords de la mer. L'enfant étant agité, on lui avait administré, sur l'avis d'un médecin, du chloral.
Mais c'est, surtout, 8 jours avant son entrée, que ]e petit malade s'est mis à pousser des cris, nuit et jour.
L'enfant, dit l'entourage, était alors brûlant.
Symptomatologie. — Chez notre malade la cuisse droite était fortement fléchie sur le bassin, sans qu'il fût possible de rallonger, même en exerçant sur elle des tractions un peu énergiques ; la gauche était allongée.
A certains moments, les bras se raidissaient; à d'autres, l'enfant portait ses poings crispés à la bouche et se mordillait la peau des doigts qui recouvre les phalangines et les phalangettes.
A son entrée, les membres étaient vivement contraciurés ; les supérieurs fortement raidis, les avant-bras en pronation forcée, les mains crispées, le pouce recouvrant les autres doigts.
La membre inférieur droit était fortement fléchi sur le bassin, ]a jambe à demi fléchie sur la cuisse, le pied en varus équin, les doigts de pied également contractures, le gros orteil croisant les autres en avant.
La cuisse gauche était aussi contracturée, du côté des fléchisseurs surtout ; mais, Venfant rallongeait souvent et assez facilement. Le pied et les orteils étaient dans le même état que ceux du côté opposé.
Par moments, ces contractures s'accentuaient, l'enfant se mettait en arc et était fortement agité par les secousses convulsives. La respiration devenait haletante, CAïaque expiration s'accompagnait d'un mouvement de la mâchoire inférieure, sans contracture toutefois. Il se produisait même, alors et passagèrement, du cornage.
L'intelligence paraissait conservée ; mais, les douleurs semblaient très intenses. Rien d'anormal du côté des yeux, ni du côté de la sensibilité.
Dans ces moments d'agitation extrême, la température ne pouvait pas être prise; mais, l'enfant était brûlant.
Le malade demandait à boire, par un simple cri inarticulé {boi). Le ccBur était en arythmie. Rien au poumon, ni du côté de l'abdomen. Rate et foie normaux, en apparence du moins.
A peu près chaque jour, la température oscillait, de la normale à la fièvre intense.
Le 2* jour, il eut : le matin 37*3; à midi 38*9 ; le soir 39»3.
Le 3' jour : matin 37'>2; à 11 heures, il était froid; à midi,
il avait 38''4, nouvelle crise; puis, il dormit de 2 à 5 heures. A 6 heures, 36^6 ; à 8 h. 1/2. sueur froide, profuse. On le changea de linge. Nouvelle agitation.
Le 4« jour, les contractures paraissaient moins énerqiques, la température du matin était de 39'6. L'enfant alla sous lui deux fois (la seconde en diarrhée). Pouls faible (digitale). A midi: 39"2, face rouge, conjonctives injectées, cornape. Pouls irrégulier. On prescrivit du chloral,qui amena le sommeil. Soir 38°7.
Le 5® jour, notable amélioration. Contractures faibles. Température: le matin, 36"7 ; à midi, 38° ; le soir, 36°6.
Le 6* jour, au matin, V enfant était calme, cherchait à jouer, prenait le biberon pour boire seul, donnait la main quand on la lui demandait. Les doigts étaient légèrement fléchis ; mais, le petit malade les remuait de temps d autre. La nuit avait été excellente. W. G. avait bien dormi. Lui demandait-on quelle était la jambe dont il souffrait? Il montrait la rfroifp, toujours fléchie.
A midi, agitation. Il mordillait sa main droite, se raidissait par moments; température 37*6. Le soir, 38*; les contractures avaient augmenté.
Le 7« jour. Nuit précédente agitée. Température du matin 38*2. Venfant était calme. Il succomba peu de jours après dans des convulsions.
En résumé, contracture intermittente et plus ou moins généralisée, s' accompagnant toujours d'élévation thermique, plus ou moins intense: tel fut le tableau présenté par notre malade.
Sur une lésion nerveuse et cérébro-spinale, ancienne, était venu se greffer un état aigu, que deux causes pourraient également expliquer : T l'évolution dentaire (dent de 6-7 ans), se traduisant par le mordillement signalé et observé par nous, dans les poussées contracturales ; 2° Vimpaludisme, auquel nous n'avons songé qu'après coup, nous l'avouons sans peine, en raison peut-être de notre inexpérience d'une maladie si rare et si peu connue, dont les auteurs font une description hâtive, sommaire et incomplète.
Puisse ce cas, fort instructif selon nous, être utile à ceux
de nos lecteurs qui auront plus tard à observer, dans l'enfance, la tétanie, cette maladie nerveuse et cérébro-spinale, secondaire, que des causes, multiples à notre avis, sont susceptibles de déterminer, chez des enfants déjà porteurs de tares, disons mieux de lésiotis déjà anciennes, de Vaxe cérébrospinal.
Comme on a pu le voir, par l'observation que nous avons résumée et qui nous est personnelle, les appareils circulatoire et respiratoire ne tardent pas à prendre part à la perturbation nerveuse générale, probablement par troubles fonctionnels de leurs centres respectifs ; ce qui contribue, certainement, à amener la mort, tantôt par congestion pulmonaire ou cérébrale, tantôt et le plus souvent par asphyxie.
Pronostic. — Le pronostic de la tétanie, non seulement selon nous et de par le cas unique qu'il nous a été donné d*observer, mais encore d'après l'immense majorité des auteurs, est des plus graves.
Cette maladie est, en effet, le plus souvent sinon toujours fatale, en raison de la gravité qui résulte, pour les sujets, de l'état neuro-pathologique antérieur dont ils étaient atteints et que vient raviver et augmenter une cause, en apparence banale et commune.
Nous admettons toutefois (sans avoir pu jamais la constater nous-mème, mais en raison des observations relatées par quelques auteurs) la curabilité de certains casdetétaniey chez l'enfant.
Ce résultat est tout à fait en rapport, croyons-nous, d'une part, avec lé degré de Vatteinte portée au système nerveux par la maladie (nous pourrions dire l'infirmité) première, dont il a éfé frappé, et, d'autre part, avec celui de la cause seconde, qui, sur un pareil terrain, suscite, provoque et détermine la tétanie.
Traitement. — Comme dans les convulsions en général, dont on rapproche beaucoup la tétanie, trois indications fondamentales sont à remplir, dans cette maladie.
La première consiste à calmer le système nerveux. Le bromure de potassium, le chloral, l'antipyrine, seront, alternativement ou simultanément, employés à cet effet.
'ioS PRÉCIS DES MALADIES DES ENFANTS
La deuxième est d'éviter ou de supprimer toute cause ordinaire de convulsions. La diététique en fournira les éléments principaux (lait, toutes les 3 heures seulement). L'enfant sera, en outre, placé dans une chambre obscure et sans bruit (la lumière et les sons bruyants étant cause d'excitation nerveuse).
Une seule personne devra rester auprès du petit malade, pour lui donner son alimentation et ses remèdes, s'il veille; pour ne point contrarier son sommeil, en parlant à rjuiconque pourrait se trouver dans la chambre. Kl'e ne devra, même, parler à l'enfant que pour lui répondre brièvement ou pour lui faire pendre ce qu'a prescrit le médecin. Ce rôle, plus difficile à jouer qu'on ne pense, devra être confié à la personne la plus intelligente que l'on aura sous la main.
Pour remplir complètement cette seconde indication, l'on surveillera et l'on traitera au besoin : la constipation, l'évolution dentaire, les diverses maladies de l'appareil cardiopulmonaire (endo-myo-péricardite, pneumonie, pleurésie, broncho-pneumonie) qui pourront se produire.
La troisième, enfin, consistera à dépister et à combattre les causes, propres à chaque cas particulier (impaludisme, auto-intoxications d'origine gastro-intestinale, urinaire, etc., etc.), qui auront occasionné la tétanie.
En outre, si la maladie première du système nerveux (tumeur, sclérose) est susceptible de certaine amélioration, par les résolutifs ou de tout autre façon, on devra essayer de l'obtenir.
XIL — Tic de Salaani
Définition. — Le tic de Salaam n'est autre chose qu'un moutement contulsif, faisant exécuter à la tète, d'une façon presque rythmée, des déplacements oscillatoires de flexion antérieure ou de latéralité.
Étiologie. — Les causes du tic de Salaam sont nombreuses, à notre avis.
Une chute d'une hauteur de quelques mètres, la frayeur (^enfant voyant sa mère battue journellement par son père), ïèwiution dentaire {aiussi bien des premières dents de lait, à làge de quelques mois, que des dernières de la seconde dentition, à 14 ans), Vhérédilè nerceuse ou hystérique (enfant dont la mère présente elle-même ce tic, ainsi que sa grand^mére maternelle, atteinte en outre de tremblement sénile à l'occasion des divers mouvements voulus, des mains par exemple), entin, peut-être aussi, Vinfluence de l'imitation, sont tout autant de causes, qui nous paraissent susceptibles de produire cette maladie convulsive et limitée.
Telles sont, du moins, celles que nous avons trouvées, dans un cas relatif à un girçon de 14 ans, entré dans notre service en 1890.
Bien plus simples doivent être l'étiologie et la pathogénie de ceux rencontrés dans le tout jeune âge et, en particulier, dans les 6 premiers mois de la vie. Nous en avons observé un seul.
11 nous a paru que, dans ces cas, Vécolution dentaire, seule ou jointe au nervosisme héréditaire et produisant une excitation un peu plus forte qu'à l'ordinaire s'irradiant sur les muscles du cou (sterno-cleido-mastoïdien, trapèze, etc.) par l'intermédiaire du spinal, est susceptible d'en rendre suffisamment compte.
Symptomatologie. — Un enfant, de quelques mois à peine ou au contraire plus âgé et déjà dans la seconde enfance (jusqu'à 14 ans ou au-delà), présente un mouvement de flexion ou ae latéralité de la tète.
Ce mouvement, à peu près rythmé et se produisant une ou deux fois par seconde en moyenne, est tantôt continu, tantôt simplement intermittent.
Le plus saucent il a/Jecte cette dernière forme, bien que sa durée puisse être plus ou moins longue (de quelques heures, chez l'enfant tout jeune, à plusieurs jours, plusieurs semaines ou même plusieurs mois, chez l'enfant plus âgé — 14 ans).
11 n'est pas rare de voir des intermittences assez prolongées se produire. Elles peuvent être de quelques semaines ou
de plusieurs mois. On en a vu, même, durer plusieurs années.
Le cas, relatif à notre malade de 14 ans, en est un exemple.
11 est assez habituel aussi, de voir le tic de Salaam, ordinairement simple dans le tout jeune âge, se compliquer d'autres états nerveux, à un âge plus avancé.
C'est, en eflet, dans sa simplicité absolue que nous l'avons observé, chez le jeune nourrisson dont nous avons parlé plus haut; c'est, au contraire, au milieu d'accidents nerveux de toute sorte, que nous l'avons vu évoluer, chez le garçon de 14 ans.
Chez le premier, le tic de Salaam se produisait pendant quelques heures, pour s'arrêter, ensuite, pendant plusieurs jours ou même plusieurs semaines. Le traitement et l'hygiène alimentaire en eurent raison assez facilement.
Chez notre second malade, non seulement nous constatâmes l'existence de zones dites hysiérogènes, mais encore celle d'autres stigmates réputés hystériques (anesthésie cutanée, disséminée sur divers points du corps).
De plus, vers làge de 13 ans, ce malade présenta, à l'école même qu'il fréquentait, de nombreux vertiges et pertes de connaissance, que l'on pouvait, alors, facilement mettre sur le compte de l'évolution de la deuxième grosse molaire (dent de 13 à 14 ans).
Pendant son séjour à l'hôpital, il eut, aussi, certaines attaques nerieuses, extrêmement bizarres.
Disons, d'abord, qu'en temps ordinaire, son tic de Salaam s'accompagnait d'un certain degré de nystagmus (oscillation des globes oculaires, de droite à gauche et inversement).
Au moment des attaques, au contraire, ïagitation et le tremblement, loin de se limiter à la tète, entahissaient les membres supérieurs et injérieurs, qui subissaient des oscillations analogues à celles de l'extrémité céphalique.
Une foiSy même, l'enfant perdit connaissance et fut couvert d'une sueur profuse.
Pas de cri initial; pas d'hébétude ni de coma, pas même de perte de mémoire, après l'attaque.
Celle-ci pouvait être arrêtée par la compression de la zone
dite pré-ovai^ique^ gauche (anesthésiée d'ailleurs), ou, encore du testicule correspondant.
Chose curieuse, les yeux, aniuiés d'un mouvement de ny stag mus {^diinsi que nous l'avons dit plus haut) dans l'intervalle des attaques, étaient, au contraire, à peu près fixes pendant celles-ci.
Le caractère de ce malade était violent, emporté, enclin à la duplicité et au mensonge.
Si ces attaques peuvent, jusqu'à un certain point, être rapprochées de Cfiystérie ou, même, être qualitlées d'hystériques (on sait ce que nous pensons à cet égard ; voir plus haut, à ce sujet, notre chapitre sur l'hystérie), on n'en est pas moins obligé de reconnaître, avec nous, que, dans leurs intervalles, persistait /e tic de Salaam {dégagé, dans notre premier cas, de toutes ces complications nerveuses), que personne, à notre connaissance, ne songe à considérer comme un stigmate d'hystérie, à moins de faire entrer dans ce protée à mille formes, ainsi qu'on l'a appelée, la neuro-pathologie tout entière.
Loin de tomber dans une faute aussi grave, nous estimons qu'à l'instar du rhumatisme articulaire aigu, qui se dégage de plus en plus des pseudo-rhumatismes avec lesquels on l'a si longtemps confondu, le terrain de l'hystérie va s'amoindrissant de jour en jour, ce qui ne peut que s'accentuer par la suite à notre avis, surtout en pédiatrie, au fur et à mesure que nous seront mieux connues les diverses névroses, en général, et celles de l'enfance, en particulier, dont le nombre est si grand et les variétés si multiples.
Comme pour la chorée, un fonds d'anémie précède et accompagne souvent le tic de Salaam.
Diagnostic. — Le diagnostic de cette maladie est des plus faciles. D'après la description que nous venons d'en faire, il n'est pas possible de confondre le tic de Salaam avec une autre névrose quelconque.
Les conduisions en général, les maladies convulsives de tout ordre (chorée), sont, d'ordinaire, beaucoup moins limitées. Leur durée est, aussi, bien plus éphémère et bien moins longue.
La tétanie et le tétanos, le torticolis enfin, n'ont rien qui les rapproche, même de loin, du tic de Salaam.
Pronostic. — Le pronostic, quoique bénin, est cependant toujours entaché d'un certain caractère de gravité, moins à cause de la maladie elle-même, que de la tare nerveusù, héréditaire le plus souvent, qu'elle indique.
Les enfants atteints du tic de Salaam sont des malades qu'on ne saurait trop surveiller au point de tue hygiénique (aliments, climat, côté physique et moral du développement), au point de vue entin des diverses névroses (chorée, hystérie, épilepsie) ou des maladies nerveuses de tout ordre (neurasthénie) et, mèmey mentales (lypémanie, etc.), auxquelles ils sont si fortement prédisposés, de par leur hérédité nerveuse.
Traitement. — Le traitement doit être, ainsi que cela résulte des déductions pronostiques qui précédent, surtout hygiénique.
L alimentation, {'habitation^ le vêtement, le climat, les exercices du corps et de Vesprit, ïéduA^ation et l'instruction, mériteront une égale surveillance, même après la guérison du tic de Salaam.
Pour obtenir rapidement ce résultat, c'est surtout la diététique setère, qu'il faudra mettre en vigueur (voir, en tète de ce précis, nos conseils à cet égard).
Les frayeurs, de toute nature, devront être soigneusement évitées.
Une direction ferme, mais sans brusquerie ni violence, sera de rigueur, dans ces cas.
Les sédatifs du système nerveux (bains hygiéniques, bromures, hydrate de chlorai) seront parfaitement indiqués.
L'anémie devra être dépistée de bonne heure et traitée par les ferrugineux, principalement dans la seconde enfance.
Le phosphate de chaux, qui favorise l'évolution en général et dentaire en particulier, répondra fréquemment avec utilité a ces précieuses indications.