CHAPITRE
§ 1. — Prostatite aiguë et péri-prostatite
Les travaux de J.-L. Petit, de Desault et de quelques autres chirurgiens du siècle dei*nicr ont établi sur des bases indiscutables l'existence de la prostatite aiguë.
±^ Etiologie. — Les causes de la prostatite aiguë sont extrément nombreuses, et pour les énumérer avec fruit, nous les classerons, à l'exemple de Segond et de Le Dentu, en causes prédisposantes et causes déterminantes.
A. Causes prédisposantes. — a. Les causes prédisposantes jouent un rôle considérable dans le développement de l'inflammation aiguë de la prostate, en déterminant du côté de la glande un état congestif habituel. Ce sont les habitudes sédentaires, la station assise prolongée, la constipation, l'exercice du cheval, du vélocipède, les excitations génésiciues comme les érections prolongées, le coït, la masturbation, l'abus ou parfois même, chez certains sujets, le simple usage de médicaments portant leur action sur les organes génito-urinaires, tels que copahu, cubébe, cantharides, les diurétiques (Thompson), les excès alcooliques, l'emploi intempestif de la médication suppressive au cours de la blcnnorrhagie (Fouhnier).
Les diathèses ne jouent qu'un rôle secondaire dans la prédisposition à la prostatite, elles agissent surtout parce qu'elles
créent un terrain favorable k une cause puissante d'inflammation de cette glande, A. la blennorrhagie, et parce qu'elles prolongent cette dernière. J^irmi ces diathèses, nous noterons la scrofule, l'arthritisnie.
liC plus grand nombre des causes précédentes se rencontrant surtout cbez l'adulte, on comprend pourquoi la prostatitc s'observe surtout dans la période "moyenne de la vie. Les vieillards, cbez lesquels les causes de la congestion de la prostate sont pourtant aussi si fréj|uentes. écbappent à. l'inflammation de cet organe, parce que les causes déterminantes font en général défaut.
li. Causes déterminantes. — Les causes déterminantes sont : \^ directes, ou 2" imlirectcs.
a. Causes déterminantes directes. — Au nombre des causes déterminantes directes, on trouve d'abord les traunuitîsmcs. S'il n'est pas absolument démontré «pie la contusion chronique du périnée chez les cavaliers, les cyclistes, puisse, en l'absence de tout état inflammatoire de Turétre, devenir l'origine de la prostatite aigué, la chose n'est pas inadmissible. Les plaies de la prostate produites de dehors eu dedans se compliquent assez rarement de phlegmasic aigué de l'organe ; par contre, les plaies de dedans en dehors, les éraillures de la mucpieusc m*étralo, les fausses routes la déterminent souvent, alors surtout ([ue les instruments sont chargés de produits septiciues.
Les cathétérismcs répétés, la sonde i\ demeure ne provoquent l'accident ([uc nous étudions que si le chirurgien commet quelque faute dans leur application. Les injections trop violemment poussées et contusionnant en quehiue sorte le canal prostati(iue, après avoir forcé le? sphincter interurétral, sont une cause non douteuse de prostatitc aigué ((iuYox). 11 en est de même des manœuvres, (|ue nécessite la cautérisation de l'arrièrecanal avec les divers porte-causti(iue.
Enfin, parmi les causes directes de la i)rostatite aiguë, les inflammations propagées pnr voie de continuité de l'urètre ou (le la vessie à la glande doivent être regardées comme les plus comnmncs. C'est ainsi que très souvent l'urétrite blennorrha-
gique se propage à la prostate (45 fois sur 115, suivant Segoxd, dans 70 p. 100 des cas d'après Mentagnoh et ERArn) et cela presque toujours à l'occasion d'une fatigue, d'un excès de table, d'une pollution, d'un coït, d'une masturbation. D'autres fois c'est l'inflammation développée en arrière d'un rétrécissement, qui gagne le parenchyme de la glande. Enfin, mais cela est exceptionnel, on a vu les phlegmasies du col de la vessie envahir la prostate. A côté de ces inflammations par continuité, signalons les inflammations par contiguïté, comme celles qui succèdent à diverses affections du rectum (liémorroïdes, rectite, rétrécissements, fistules, fissures) ou des vésicules séminales, b. Causes déterminantes indirectes. — Au nombre des cairses indirectes certains auteurs rangent d'abord l'influence du froid. Second en rapporte quelques exemples, mais la prostatite a frigore reste exceptionnelle. On voit aussi survenir indirectement la prostatite dans certaines maladies générales infectieuses, telles que les oreillons ((îossklix), la variole ((irvoN), la goutte ((lAiLLARD, de Rocbcfort), l'infection purulente (Désormeaux, Socin). Ce sont là les prostatites nhUasta tiques de Segond.
2<* Bactériologie. — Nous ne savons encore presque rien de la bactériologie de la prostatite et de la périprostatite. Dans un cas Barbacci aurait trouvé le coli-bacille, mais comme le fait remarquer Lecîraix il est fort probable que ce microbe avait pénétré dans le foyer de suppuration prostatique après la mort. (îERHEiM pense que l'inflammation de la prostate au cours de la blennorrhagie est le résultat d'une infection mixte. FrRBRLNCiER aurait rencontré des bactéries volumineuses rappelant par leur disposition en chaînettes les bacilles du charbon, mais il déclare qii il n'accorde à ces micro-organismes aucune spécificité dans la genèse de la prostatite.
3"^ Anatomie pathologique. — C)n peut considérer dans révolution anatomique de toute inflammation de la prostate parcourant son cycle complet, trois phases ou périodes : a. une première période inflammatoire, caractérisée par une prolifération vigoureuse des éléments de la glande ; 6. une deuxième,
PRKCIS DES VOIES URIN AIRES. 10
pendant laquelle le i)us se colleclc en abcès : c. une troisième enfin, où Ton voit le processus, franchissant les limites de la prostate, déterminer de la périprostatite.
a. Phase inflammatoire. — On connaît peu les altérations anatomiques de la première période ; seuls les faits de Thompson, de Le DENTr, de Segoxd, ont permis de les décrire. La prostate est augmentée de volume dans sa totalité ou seulement en partie, un des lobes prédominant sur l'autre et faisant une plus ou moins grande saillie dans le rectum. Les plexus périprostatiques sont gorgés de sang. A la coupe le tissu est rouge et la pression exprime un liqinde louche, fonné d'abord de sérum, d'éléments lymphatiques et bientôt de leucocytes, c'est-à-dire du pus. L'examen microscopique fait "à cette période a montré à Brlssaud que les lésions inflammatoires, débutant dans les culsds-sac glandulaires et jirocédant par groui»cs, consistent dans la prolifération de l'épithélium qui perd bientôt ses caractères, subit la j'égression et forme une sorte de détritus au milieu duquel se voient quelques globules de pus. Cependant le tissu musculaire et cellulaire avoisinant les acini malades s'enflamme ji son tour et devient le siège d'une abondante prolifération nucléaire. Ainsi donc, d'après Brissaud, la prostatitc serait d'abord glandulaire, le parenchyme ne se prendrait que consécutivement, et il n'y aurait plus lieu d'admettre, avec Velheal' et plus récemment Harrison, une prostatite glandulaire et une prostatite parenchymateuse. Néanmoins il semble bien prouvé que certaines inflamuuitions, comme celles qui succèdent à un traumatisme ou qui surviennent dans le com*s de maladies générales, sont tout d'abord et d'emblée parenchymateuscs. En définitive, comme très rapidement glande et tissu interposé se prennent, cette distinction n*a aucune importance i)ratique.
b. Phase de suppuration. — Lorsque la phase précédente ne se termine pas par résolutiou, on voit apparaître i^ia et là dans la glande de petits foyers jaunâtres formés de pus épais et glutineux. (àe sont de petits abcès, dont le nombre est parfois considérable (30 dans un cas do Lallemand). Ces petites collections miliaires ne tardent pas à se réunir par destruction des tissus intermédiaires et à fonuor un vaste abiès pouvant occuj>er toute
SKLAUMATIL