CE QUE DISENT NOS ADVERSAIRES
Nos adversaires disent que nous ne sommes pas des hommes pratiques. Nous serions des rêveurs, des chimériques, des hommes d’imagination. Nos adversaires nous opposent la « nature humaine ». Et ils s'expliquent : « Vous voulez, nous disent nos contradicteurs, — qu'ils soient savants ou ignorants, académiciens ou gens du peuple — changer la société, assurer à tout le monde le bien-être et l'égalité des droits. Vous oubliez, malheureux, la nature humaine ! L'homme est méchant, égoïste. Il n'aime que lui-même. Vous n'arriverez jamais à changer l’homme. Votre idéal est beau. Vos intentions sont excellentes. Mais la mariée est trop belle pour l’homme qui est trop laid ».
A quoi les communistes répondent : On a opposé le même argument de la nature humaine aux adversaires de l’esclavage et du servage, à l'exploitation économique barbare de l'Antiquité et du Moyen Age. On invoquait également la nature humaine pour défendre la monarchie absolue, la servitude politique de l’immense majorité de la nation.
Les plus grands penseurs anciens, Aristote et Platon, défendaient l’éternité de l’esclavage avec l’argument de la « nature humaine ». Ils disaient : « C’est la nature humaine qui a fait que les Grecs, peuple civilisé, ont transformé les barbares vaincus, tous les autres peuples, en esclaves. C’est la nature humaine qui crée des maîtres et des esclaves. C’est la nature humaine qui exige l’inégalité parmi les hommes et la domination des uns sur les autres. »
Or, l’esclavage a été aboli. Et la nature humaine n’a pas protesté. Tout au contraire. Ceux qui voudraient rétablir l’esclavage, sous la forme antique, seraient considérés, aujourd’hui, comme des ennemis du genre humain. Et on leur dirait qu’ils entreprennent une chose contraire à notre nature, qui ne tolère plus l’esclavage.
Cependant, il faut être juste, même envers le passé. La situation de l’esclave dans l’Antiquité, surtout quand les esclaves étaient peu nombreux, était meilleure que celle des ouvriers sans travail. Car le maître considérait son esclave comme une propriété qu’il faut ménager. Il lui assurait les moyens d’existence. Et souvent, s’il était bienveillant, il le traitait en membre de sa famille.
Tandis que la société capitaliste condamne à la misère du chômage et à la famine ceux qu’elle ne peut pas employer pour augmenter ses richesses.
C’est une grossière erreur de dire que la nature humaine ne change pas. Tout change dans la nature et dans la vie. Tout se transforme. Le mouvement est la loi universelle de tout ce qui existe. C’est la conclusion de toutes les sciences de notre temps : la science des corps célestes (astronomie), les sciences naturelles et biologiques, les sciences sociales et historiques. Tout évolue, tout se modifie, d’une manière constante. Comme disaient les anciens : « Tout coule. On ne descend pas deux fois le même fleuve ». On ne rencontre pas deux
fois le même homme, car, entre deux rencontres, il a vieilli, il a changé de constitution, d’âge et de caractère, ce n’est plus le même. L’espèce humaine, elle aussi, a varié. Elle descend des animaux inférieurs. Les planètes mêmes, le soleil, la lune, ne furent pas toujours ce qu’ils sont aujourd’hui. Notre terre a subi d’innombrables révolutions géologiques.
L’histoire humaine est un perpétuel changement.
L’esclavage fut remplacé par le servage de l’Ancien Régime. Le servage a dû céder la place à notre salariat, qui est « la dernière forme de l’esclavage ». Et le salariat cédera la place au communisme, qui est la fin de toute exploitation de l’homme par l’homme, la fin de tout esclavage.
Si tout change, si tout se transforme, si tout se modifie, comment peut-on admettre un seul instant que la forme actuelle de la propriété restera toujours la même ? C’est précisément cela qui serait contre nature. Regardez autour de vous et comparez ce que vous voyez avec ce qui existait autrefois. Le globe est sillonné de voies ferrées. Les océans sont traversés par des « palais nomades ». L’homme a conquis l’air et s’y tient comme sur la terre. On vole d’un continent à l’autre. La fée électricité répand partout une lumière éblouissante. La télégraphie sans fil communique, en quelques minutes, les nouvelles d’un bout du monde à l’autre. Nous pouvons communiquer avec d’autres hommes, de vive voix, à des milliers de kilomètres. Tout dans notre vie a changé et l’on voudrait maintenir la société seule dans son ancien état barbare de lutte et de misère !
Il est naturel que des hommes qui vivent sous un régime ne croient pas à la possibilité d’un autre régime ; les uns parce qu’ils s’y trouvent bien, les autres parce qu’ils sont ignorants et ne réfléchissent pas. A la veille de la prise de la Bastille, on croyait en France la mo-
narchie assurée à jamais. Avant la Révolution de 1917, on ne croyait pas, en Russie, à la possibilité de la chute du régime tsariste. Avant la Révolution d’Octobre, personne, en Russie, ne pouvait croire que le prolétariat arriverait aussi rapidement au pouvoir et qu’il s’y maintiendrait plus de quelques semaines. Dans le monde entier, on ne voulait jamais admettre qu’un jour la Chine se mettrait en mouvement et formerait les Soviets.
Il y a à peine un siècle les hommes d’Etat les plus éminents raisonnaient comme nos arrière-grand’mères en disant : « On ne verra jamais de voitures sans chevaux )). Les chemins de fer, les automobiles et les avions se moquent de leurs prévisions pessimistes. Et nous sommes obligés de conclure, sous l’avalanche de faits sans nombre, qu’il ne faut jamais désespérer du progrès humain. Ce qui nous paraît impossible aujourd’hui, devient possible demain. L’utopie d’aujourd’hui, c’est souvent la réalité de demain.
Autres objections au communisme. On nous accuse de vouloir supprimer la liberté ! Mais, où est-elle, cette fameuse liberté ? L’ouvrier est-il libre de ne pas aller à l’usine pour y travailler au profit du capitaliste ? L’employé est-il libre de ne pas se rendre à son bureau, à heure fixe ? Le médecin est-il libre de ne pas attendre les malades qui le font vivre ? Le capitaliste lui-même est-il libre de ne pas exploiter « ses » ouvriers s’il veut augmenter sa fortune et « maintenir son rang » ? La presse capitaliste est-elle libre de ne pas mentir si elle veut continuer à toucher ses subsides ? Le gouvernement capitaliste est-il libre de ne pas envoyer de troupes sur les champs de grève, sans être chassé à coups de bottes par le Capital qui les paie ? Les troupes sont-elles libres de ne pas marcher contre les grévistes ? Les peuples sont-ils libres de s’abstenir lorsque les Tardieu, les Mussolini, les Hitler décident de mobiliser des millions d’hommes pour s’entr’égorger ? Le petit commerçant
est-il libre de ne pas se laisser ruiner par les Bon Marché et les Louvre ? Le paysan ruiné par le fisc et l’usure est-il libre de ne pas déserter la campagne où il crève de faim ?
Il n’y a pas de liberté où il n’y a pas de propriété pour tout le monde, où l’homme est l’esclave de l’homme, où l’Etat capitaliste dispose de notre vie et de nos biens. La liberté, dans notre société, est un mot vide de sens, une phrase creuse, un mensonge.
Seule, la société communiste, mettant le sol, le soussol et toutes les machines au service de tous ceux qui cultivent la terre et travaillent dans les usines, assurera la liberté réelle à tous. Car ils seront alors leurs propres maîtres. Ils ne travailleront que pour eux-mêmes. Les casernes seront remplacées par des usines, et les soldats esclaves par des producteurs. Pour vivre, les ouvriers et les paysans de tous les pays n’auront pas besoin de se détruire mutuellement. L’Etat, chien de garde des riches, disparaîtra en même temps que ses parasites dont il assure les privilèges.
Après avoir travaillé pour,produire ce qui est nécessaire à la vie, le producteur, membre de la cité communiste, sera libre d’employer son temps à sa guise. Tous les biens de la nature, libérés du joug des propriétaires, toutes les richesses inépuisables de la science et de l’art humain seront à sa disposition. La société n’aura d’autre souci que de multiplier les commodités et les joies de la vie, de perfectionner les instruments de travail pour créer à l’homme plus de loisir, plus de lumière, plus de bonheur. La liberté cessera d’être un mot pour devenir une réalité, un fait quotidien, le bien de tous.
On nous dit encore : Si l’homme n’a pas l’aiguillon de la faim et l’appât du profit pour le faire travailler, il deviendra paresseux. En disant cela, on oublie la né-
cessité de se nourrir, de se vêtir, de se loger. Ceux qui ne travailleront pas ne mangeront pas. On oublie également que la paresse n’est pas le fait d’un homme sain. On n’a qu’à observer les enfants, qui ignorent le repos.
La paresse est un fléau social, fille légitime de notre régime qui est une prime à la paresse. Car il assure toutes les richesses à ceux qui travaillent le moins possible, aux privilégiés oisifs, aux parasites sociaux. La paresse vient enfin des conditions intolérables du travail forcé et excessif, dans les usines insalubres et infectes. Comment travailler de bon cœur lorsqu’on travaille pour enrichir les autres ? Quand les producteurs sauront que les produits de leur travail leur appartiennent, ils se débarrasseront vite du dégoût que leur inspirent les travaux forcés dans une société absurde et malfaisante. Le travail bien réglé et mesuré deviendra attrayant. Il deviendra un plaisir et une joie. Car le travail est nécessaire à la santé physique et morale de l’homme. C’est la science moderne qui établit cette nécessité vitale du travail.
Il y a aussi le prétendu « argument russe ». On dit, ou plutôt on disait : « Voyez la Russie. Le communisme a ruiné ce pays. La famine et la souffrance y régnent en souveraines ». On ne le dit plus maintenant, en face des immenses progrès techniques et économiques accomplis pendant les dernières années, en face d’une nouvelle Russie avec ses usines géantes, avec ses millions de machines agricoles.
La guerre et la contre-révolution ont ruiné la Russie. La double guerre y a duré sept ans. Aucun pays du monde n’aurait pu résister à une guerre aussi longue. Cependant le prolétariat reste maître de la situation. Il a vaincu le monde capitaliste. Il a chassé, anéanti tous les généraux contre-révolutionnaires soutenus par la réaction mondiale, par les capitalistes de tous les pays.
Le communisme a supprimé le banditisme et le désordre. Il a assuré la sécurité extérieure et intérieure. Les adversaires de bonne foi reconnaissent aujourd’hui que seul le communisme peut gouverner la Russie et la sauver.
Les communistes construisent la nouvelle Cité du Travail au milieu de difficultés inouïes. Des hordes contrerévolutionnaires ont détruit pendant des années les voies ferrées, les usines, les machines, fait sauter les ponts, incendié les stations électriques. Néanmoins, les prolétaires n’ont pas abandonné leur œuvre gigantesque, leur tâche glorieuse. Ce sont des maçons formidables qui, tout en essuyant des coups de feu de l’intérieur et de l’extérieur, continuent à élever leur maison.
L’exemple soviétique nous fortifie et nous prouve avec éclat ce dont est capable un prolétariat héroïque et conscient. C’est pour la première fois que le communisme moderne sort du domaine de la théorie pour entrer dans celui de la pratique. Il a prouvé, non par des arguments, mais par des faits, sa vitalité. C’est même la raison pour laquelle le monde capitaliste s’acharne contre l’Union soviétique. Les capitalistes ne peuvent pas admettre qu’une société basée sur le travail libre puisse exister et surtout prospérer. Ils craignent la contagion de l’exemple pour « leurs » ouvriers qui continuent à être les esclaves du Capital.
La réaction monarchiste n’a pas pu empêcher la diffusion des idées révolutionnaires à travers le monde pendant tout le xix e siècle dominé par la grande Révolution française. La réaction bourgeoise n’empêchera pas la victoire du socialisme en U.R.S.S. et dans le monde entier.