LE COMMUNISME ET LES PAYSANS
Pour rendre impossible la révolution prolétarienne, on cherche à dresser les paysans contre les ouvriers. On dit aux petits paysans propriétaires que nous voulons les déposséder de leur instrument de travail, de leur petit lopin de terre. C’est une calomnie. Le communisme rend la terre aux cultivateurs. Seuls seront expropriés les gros propriétaires parasites pour lesquels la terre n’est qu’un capital qu’ils font valoir par le travail des autres. En France, nous mettrons fin à ce scandale que les trois cinquièmes du sol sont possédés par 69.000 familles, tandis que sept millions de petits paysans ne disposent que des deux cinquièmes, c’est-à-dire de moins de la moitié du sol français.
Les petits cultivateurs qui travaillent dur sur leurs terres comprendront facilement tous les avantages de la coopération agricole, de l’achat en commun des engrais, de l’usage en commun des machines, etc., etc. Les communistes leur fourniront tous les moyens de production perfectionnés, les initieront aux procédés de la grande culture moderne, à gros rendement, en multipliant les coopératives de production agricoles, les kolkhoz (exploitations agricoles collectives).
Aucune violence ne sera employée envers les paysans vivant de leur travail. Ils aideront leurs frères des villes qui, eux aussi, pour la plupart, sont d’origine paysanne. La solidarité entre l’ouvrier et le paysan sauvera le monde. Le paysan a besoin des produits des usines. Les ouvriers ont besoin du blé. Les uns ont donc besoin des autres. En attendant l’établissement, sur de nouvelles bases, d’une société qui ne connaîtra qu’un peuple producteur travaillant, tantôt dans de vastes usines bien
aérées, tantôt dans des champs avec des instruments perfectionnés, à la fois travailleur manuel et intellectuel, la ville échangera sans tromperie ni spéculation, ses objets fabriqués avec la campagne.
Ce sont les gros, les riches, les privilégiés, les parasites et leurs journalistes à gages qui excitent les paysans contre leurs frères des villes. Pendant que le paysan se bat contre l’ouvrier, l’exploiteur commun fait les poches de l’un et de l’autre. La paix entre l’ouvrier et le paysan, ces deux bras de la société productrice, est nécessaire pour libérer l’un et l’autre du joug commun des capitalistes.