PRÉLIMINAIRES. S
ne voudrions pas qu'on pût croire que nous appartenons à l'un ou à l'autre camp. Dieu merci, nous avons l'esprit trop impartial pour descendre à de pareilles misères ; mais il est incontestable que la science réduit chaque jour la pra* tique administrative et que celle-ci s'indigne contre le flot qui peu à peu corrode ses rives.
Nous avons eu devant les yeux un exemple qui est de nature à bien faire comprendre à quels égarements l'igno* rance des lois économiques peut conduire un administrateur» Dans un département du midi, où le goût du luxe n'a pas fiiit encore des progrès proportionnés à ceux qu'il a faits ailleurs, un préfet a imaginé d'introduire la fabrication de la dentelle; il a développé par des primes les dispositions naturelles des ouvrières pour ce genre de travail ; il a présidé des commissions; il a fait venir des modèles de Bruxelles et d'Âlençon, même d'Angleterre 9 il avait annoncé qu'il instituerait des prix pour les ouvrières qui feraient le plus de progrès dans la fabrication. Vains efforts I tout cela se passait dans im département où l'usage de la denteUe est rare et où le débouché manque; car les départements voisins avaient, à peu près, les goûts aussi simples. Si le préfet avait été pénétré de cette simple règle d'économie politique que, pour créer une industrie, un débouché est nécessaire, il n'aurait pas dépensé tant d'inutiles soins.
L'intervention administrative est utile dans bien des cas, «t je l'ai souvent défendue contre les économistes trop ab^ solus; mais elle doit, comme les remèdes, être employée avec mesure et seulement lorsque l'initiative et l'intérêt individuels ne suffisent pas pour produire un bien utile à tous, ou empêcher un mal qui serait funeste à tout le monde. Ne soyez pas médicastres, dirons-nous aux administrateurs, en employant une figure qu'autorise la comparaison qui précède. On a exprimé la même pensée en disant que