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CHAPITRE PREMIER

DE LA NATION ET DE l'ÉTAT

I. — Il ne faut pas confondre la nation et l'Etat. Différence

Les Polonais forment encore une nation, ils ont cessé de la nation

et de l'Etat.

de former un Etat. Il n'y a point de nation austro-hongroise; r Autriche-Hongrie est un État composé de plusieurs nations tout entières, et d'un grand nombre d'hommes appartenant à diverses nations. La France est un Etat constitué par une seule nation.

Les mots de nalion et d'État n'ont donc pas la même signification. Il est impossible de les employer indifféremment, et comme l'objet du droit des gens est de régler les rapports entre les devoirs, les droits et les intérêts respectifs des nations et des États, il est nécessaire, au début de cet ouvrage, de définir le plus exactement possible la nation et l'État.

II. — Le même langage, les mêmes croyances, des p^ la nation, affections et des idées communes sont les premiers

liens qui attachent les hommes les uns aux autres. Le caractère national se confond avec les éléments mêmes des civilisations primitives. A mesure que la civilisation se développe et que les relations des hommes s'étendent, les peuples se mélangent, les langues se modifient, les croyances changent, la vie sociale se complique; le caractère national persiste cependant, mais il n'est plus aussi simple, et il se manifeste par des mœurs, des coutumes et des traditions historiques communes à toute une agglomération d'hommes. Si ces hommes continuent d'habiter le territoire sur lequel leurs mœurs, leurs coutumes et leurs traditions communes se sont formées, le caractère national peut se maintenir, encore que tous ceux qui le possèdent ne soient pas soumis au même gouvernement. Si au contraire ces hommes se divisent, si une partie d'entre eux va s'établir sur d'autres territoires, il faut, pour que le caractère national persiste, que tous ceux qui l'ont possédé restent soumis au même gouvernement, sinon ceux qui se sont séparés de la communauté contractent bientôt de nouvelles habitudes sociales, se font des traditions nouvelles et prennent un caractère national nouveau.

On définira la nation une réunion d'hommes ayant les mêmes mœurs, les mêmes coutumes et les mêmes traditions historiques.

De l'État. III. — Lorsque des populations qui sont constituées en

corps de nation parviennent à organiser dans l'intérieur de leur territoire un gouvernement régulier, à entretenir avec les nations voisines des relations régulières et à faire respecter les frontières dans lesquelles elles

se sont établies, elles forment un Etat. Toutes les nations n'ont pas été capables d'atteindre au même moment ce même résultat. De plus, il s'est manifesté entre elles des oppositions d'intérêts; des guerres s'en sont suivies, les nations les plus faibles ont dû se soumettre aux nations les plus fortes. Quelques-unes ont cherché, en se réunissant à une nation plus puissante, une protection contre leur ennemi. Des alliances de famille ont placé sous l'autorité d'un même chef des nations ou des parties de nations différentes. Enfin des nations déjà constituées en Etat se sont confédérées entre elles. 11 en est résulté des Etats composés, soit de plusieurs nations tout entières , soit de populations appartenant à plusieurs nations. Le caractère de l'Etat n'en est pas moins demeuré le même.

On définira l'Etat l'ensemble des institutions par lesquelles les nations sont parvenues à organiser leurs forces et à maintenir l'ordre public à l'intérieur de frontières déterminées.

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