DES FIÈVRES CONTINUES ET RÉMITTENTES
Il est inutile défaire une distinction entre les continues et les rémittentes. Laveran fait judicieusement remarquer que la fièvre typhoïde, appelée encore fièvre continue, présente des rémittences. Ces rémiltences sont surtout nettes, quand il s'agit de fièvres typhoïdes des pays chauds et tropicaux. Dès lors, il est inutile de compliquer des études déjà si difficiles, en introduisant des divisions trop nombreuses, correspondant à des formes cliniques, susceptibles d'offrir entre elles des formes de passage.' Ces fièvres durant plusieurs jours et parfois plusieurs semaines, sont souvent confondues avec la fièvre typhoïde, et quand les symptômes bilieux prédominent, on croit aussi souvent avoir affaire à la fièvre jaune. Nous reviendrons sur ces détails à propos du diagnostic.
Description. — La fièvre rémittente atteint généralement de préférence les Européens nouvellement arrivés sous les tropiques. Les anciens habitants du pays, atteints de fièvres malignes, présentent des types plutôt intermittents, irréguliers, des types quotidiens ou tierces, s'imbriquant les uns dans les autres.
La fièvre intermittente s'annonce par des prodromes qui rappellent ceux de la fièvre typhoïde, mais ne durent pas plus de deux ou trois jours. La période traînante de la dothiénentérie n'existe pas; mais ce caractère perd de sa valeur dans la zone intertropicale, parce que dans Des régions, la fièvre typhoïde débute souvent brusquement. Ces prodromes consistent en de la lassitude de la
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céphalalgie, de l'anorexie, du vcrligû noelurne. Puis la fièvre s'allume, sans frisson souvent, ou bien avec les véritables caractères d'un accès intermittent (frisson, chaleur, sueurs) plus rarement. La température s'élève de suite à 40° et reste entre 39" et 40° pendant douze heures, dix-huit heures, même vingt-quatre heures pour redescendre à 38°5, 38° ou 37°5. Elle remonte au bout de dix ou douze heures, affectant pendant cinq ou six jours une marche continue ou subcontinue. Puis elle se termine par des accès intermittents irréguliers, qui peuvent durer plusieurs mois, pendant toute la saison chaude (hivernage).
Les symptômes généraux ressemblent a ceux des grandes pvréxies typhoïdiques et Kelsch et Kiéner en ont décrit deux formes; une forme typhoïde, une forme adynamique, les deux pouvant coexister dans des proportions variables. Il y a de la stupeur très marquée le deuxième ou le troisième jour, avec un délire d'excitation intense, ou au contraire, un état comateux pers.stant. Le faciès vultueux au débuLdevient de plus en plus sombre et terne (Kelsch et Kiener). Le foie et la rate ont augmente de volume dès le début et sont douloureux. Les symptômes bilieux, vomissements, diarrhée ocreuse ou verdàtre, ictère ou subictère, existent toujours, et des e début de la maladie. Us sont parfois si prédominants qu'on a donné à ces lièvres le nom de bilieuses, et que certains auteurs ont décrit des rémittentes et des continues bilieuses. Du côté du cœur on note des palpitations, des souffles extra-cardiaques, des intermittences attestant la défaillance du myocarde. L'analyse des urines la découvrir de l'albumine, mais pas constamment au , Lre l'urobiline. indiquant une lésion de la cellule
ÉTUDE CLINIQUE
hépatique, a toujours été trouvée dans les cas où on a fait cette recherche. Au fur et à mesure que la maladie progresse, les symptômes d'adynamie prennent le pas sur les symptômes d'excitation, surtout si l'issue doit être
Fig 15. - Fièvre quotidienne. - Transformation en quarto — Grosses formes de l'hématozoaire dans le sang, mais pas de
croissants.
fatale. Dans ces cas, la langue se sèche, le ventre se mémorise, le coma devient plus profond, et le malade meurt au milieu de sueurs profuses, quelquefois avec une température devenue subitement subnormale, le plus souvent avec de Phyperpyrexie.
Si la terminaison doit être favorable, tous les symptômes s'atténuent progressivement, avec ou sans médication ; mais les rechutes sont fréquentes ; des accès intermittents s'installent pendant une longue période ; c'esl le paludisme chronique et la cachexie palustre qui' vont se constituer.
Quand la durée est plus longue, la courbe thermique est rarement régulièrement continue ou rémittente : elle présente des chutes brusques et ramène la température à la normale ou au-dessous de la normale. Bref, toutes les combinaisons sont possibles.
TTinr 16 —"Rémittente; terminaison par accès quotidiens — Apyrexie' définitive à la suite de l'administration de 2 gr. oO de Clq en injection.
Un point à noter, c'est que dans ces fièvres, aucun symptôme n'est prédominant; de là le nom de fièvres solitaires que leur donnait Torti, en opposition avec les comitées, dans lesquelles un;Syndrôme unique efface les autres et semble donner au symptôme un caractère particulier de gravité. 11 semble bien qu'entre ces fièvres plus ou moins continue? (solitaires! et les accès ou accidents pernicieux (comitées), il n'y ait que peu de différences. Cela est vrai, et dans les lignes suivantes, en
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étudiant d'une façon un peu originale les accès pernicieux, nous verrons que l'on a confondu sous cette appellation des symptômes à origine, à pathogénie différentes. Ce que nous pouvons dire déjà, c'est que la rémittente est unepyrexie durant un temps appréciable, tandis que l'accès pernicieux est un accès d'une durée qui n'a pas plus de longueur que le temps ordinaire d'un accès.
Nous empruntons à Kelsch et Kiener une observation caractéristique de rémittente, qui montre bien la diversité des symptômes, avec une des terminaisons les plus fréquentes de la maladie.
Observation. — Fièvre rémittente de première invasion ; symptômes d'abord bilieux, puis typhoïdes, puis adynamiques. Anasarque dans la convalescence.
II..., soldat au 809 de ligne, 23 ans, deux ansde service en Algérie, pas de fièvres antérieures. Envoyé en détachement dans les forêts le 13 septembre 1873 ; il tombe malade le 27 septembre.
Début à neuf heures du matin par céphalée, courbature, vertiges, sentiment de chaleur sans frisson ; pas de diarrhée ni vomissements. Un deuxième accès aurait eu lieu le lendemain à la même heure et avec les mêmes symptômes, et enfin un troisième aurait débuté de grand matin le l«r octobre, jour de sen arrivée à la Calle et de son entrée à l'hôpital ; le thermomètre, à trois heures du soir, marquait 38°2 dans l'aisselle.
2 octobre. — Agitation et insomnie la nuit ; le matin apyrexie : 37°5, face rouge, légère hébétude, céphalée, vertiges en se levant , langue chargée d'un enduit jaunâtre, teinte subictérique des téguments ; dimensions normales du l'oie et de la rate. Urine hémaphéique. Selles bilieuses
après^purgation hier. Dans la journée, fièvre sans frisson, 40°5.
3 octobre. — Matin 39°4, soir 40°, Môme état.
4 octobre. — Matin 40°3, soir 40"o ; la langue se sèche, l'urine devient albumineuse -, la stupeur est plus prononcée; nuit très agitée, rêves à haute voix.
5 octobre. — Défervescence sans sueur, 38°.Le teint est devenu pâle : lïctère est plus apparent; la prostration augmente ; bouche fuligineuse ; albumine dans l'urine. Ronchus dans les parties déclives de la poitrine.
Dans la journée, mouvement fébrile ; 39°5 sans frisson. Sulfate de quinine, 1 gr. 20 en trois fois.
6 octobre. — Prostration profonde ; somnolence ; répond avec peine aux questions ; délire la nuit. Température : matin 39°3, soir 39°. Sulfate de quinine, 1 gr. 50 en trois fois .
7 octobre. — Adynamie extrême; le malade ne peut s'asseoir sur son lit sans défaillir. Voix éteinte, répond à peine. La face a une coloration jaune terreux et l'expression immobile et apathique du cadavre. Température axillaire, 37°8 ; extrémités froides, pouls débile et intermittent à 108 ; battements du cœur faibles et sourds ; langue toujours fuligineuse ; une selle involontaire. Dans la soirée, même état. Température 38°o. Sulfate de quinine. 1 gr.
8 octobre. — Apyrexie ; 37°3 le matin, 37°8 le soir; sueurs la nuit. Adynamie toujours profonde ; intelligence un peu plus éveillée ; hypostase dans les parties déclives de la poitrine. Sulfate de quinine, 8décigrammes.
Les jours suivants, l'intelligence reste obtuse ; tristesse, concentration, température au-dessous de la normale, 36% 36°5 ; cependant les forces reviennent graduellement;
l'urine n'est plus albumineuse, mais rare, colorée, riche en urée.
Le 12 oclobre, le malade commence à se lever ; l'appétit se prononce.
19 octobre. — Anasarque ; œdème à la base des deux poumons; pouls toujours débile; pas d'albuminurie; rate sensiblement lumôfiée.
Sort avec un congé de convalescence le 13 novembre.