PRÉCIS DU PALUD1SMK
nique, on distingue encore le cachet paludéen, la marque spécifique (accès de fièvre avec examens positifs du sang, gonflement de la rate) tandis que dans la cachexie, ce cachet, cette marque spécifique ont à peu près disparu et l'on a affaire par exemple, à un brightiquc vulgaire, à un cirrhotique, qui ressemble à tous les brightiques. à tous les cirrhotiques. Parfois même la signature de l'infection paludéenne, la tuméfaction splénique, est absente, et par les progrès de la cachexie, un ancien paludéen peut avoir la rate diminuée de volume, atrophiée, comme dans les cachexies de toute autre nature. Il n'est peut être pas tout à fait exact de comparer l'asystolie cardiaque à la cachexie palustre, car la première n'est pas incurable; il y a des cardiaques qui arrivent à surmonter leur asyslolie, tandis que la cachexie palustre, une fois installée, ne rétrocède pas. C'est l'acheminement lent vers la mort.
Ces distinctions faites, étudions avec quelques détails, les traits essentiels du paludisme chronique. Chemin faisant, nous dirons quelques mots, touchant les modifications qui peuvent survenir, du fait de la cachexie, mais en nous rappelant que les lésions des cachectiques n'offrent souvent rien do spécial au paludisme.
Habilus. — C'est dans le paludisme chronique que l'on observe le plus nettement ce qu'on appelle le teint paludéen.
Le malade est pâle, et en même temps sa face présente une; coloration terreuse ou jaunâtre, se rapprochant du Leinl normal des Asiatiques ou des Arabes. En Algérie, il y a dos Européens qui. après avoir subi plusieurs atteintes de lièvres palustres, sont confondus avec les Arabes. D'autrefois le faciès se rapproche de celui des A.ddisoniens. Pendant un certain temps la coloration
ÉTUDE CLINIQUE
spéciale de la peau ne se montre qu'au moment des paroxysmes fébriles pour disparaître pendant l'apyrexie. Deux facteurs contribuent à produire le faciès paludéen : l'anémie globulaire, qu'indique la décoloration des muqueuses, conjonctive, gencives, et le dépôt de pigment dans les capillaires de la peau. Quelquefois les muqueuses ne sont pas sim plement décolorées, mais elles sont imprégnées de pigment biliaire; c'est du subictère que l'on constate, subictère devenant de l'ictère plus ou moins prononcé en cas de poussée inflammatoire du côté du foie.
Anémie. Altération du sang et des vaisseaux. — Le nombre des globules rouges diminue considérablement; de 4.000.000, il descend à un million et moins. De plus, les globules sont augmentés de volume, comme il arrive dans toutes les anémies profondes. On constate aussi parfois l'existence de globules nucléés. Les leucocytes diminuent souvent de nombre.
A l'auscultation du cœur, on entend quelquefois des souffles extra-cardiaques qui, il est vrai/ doivent être attribués plutôt ;i la flaccidité de la paroi cardiaque qu'à l'anémie. C'est celle-ci qui est seule en cause dans la production des souffles vasculaires du cou, de l'œil, de la tempe, avec les bruits de diable, de remets, si fréquents chez les chlorotiques. Rauzier avait d'ailleurs signalé pendant les accès intermittents, la production d'un souffle au premier temps et à la pointe, qui, pour lui, indiquerait une insuffisance mitrale fonctionnelle. Laveran n'a pas retrouvé le souffle de Rauzier, et Potain a montré combien était irréalisable la production des insuffisances mitrales fonctionnelles.
Nous avons fait quelques recherches personnelles sur
la pression artérielle dans le cours des accès intermittents et dans le cours du paludisme chronique. Nous avons vu (avec les phymomanomètres de Potain) que dans les accès la pression était très augmentée dans le stade de froid (19 à 21), qu'elle tombait à 14 ou 15 dans le stade de chaleur, qu'elle remontait et atteignait 17 à 18 dans le stade de sueur, et surtout à la fin de ce stade. Dans le paludisme chronique, la pression artérielle est très variable, généralement diminuée, quand les lésions viscérales se bornent à une altération de la rate. Elle est au-dessus de la normale, quand à la lésion splémique se surajoutent d'autres lésions du côté du rein et du cœur, qui l'augmentent par elles-mêmes. L'œdème se rencontre souvent chez les paludéens chroniques. Il n'est pas toujours facteur d'albuminurie et de lésion rénale: il indique seulement de profondes altérations du sang et peut être quelquefois une adultération hépatique. Gomme relevant de l'altération du sang, on peut citer des hémorragies multiples qui ont aussi souvent pour origine une lésion du foie.
Rate. — Elle se tuméfie généralement pendant les accès, et reprend ses dimensions normales, une fois l'accès passé. Si les accès se multiplient, la tuméfaction de la rate ne rétrocède plus pendant l'apyrexie.
On peut observer tous les degrés de tuméfaction splénique. L'organe peut acquérir de telles dimensions, qu'il arrive à remplir l'abdomen tout entier, et à peser plusieurs kilos. Ces tumeurs volumineuses s'observent surtout chez les indigènes des pays palustres, qui ont subi pendant longtemps des accès de fièvre sans recourir à un traitement quelconque. Souvent la rate forme une tumeur dure, descendant dans la fusse iliaque gauche, et
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mesurant dix à douze centimètres de hauteur. C'est un véritable gâteau, que l'on désigne parfois tant à cause de sa consistance que de sa forme, sous le nom pittoresque de « pain de munition ». A travers des parois abdominales flasques, il est facile de percevoir par la palpation le bord antérieur et l'extrémité inférieure de la tumeur; le bord en particulier est tranchant, et l'on sent vers son milieu une encoche, qui est le aile. Parfois la tumeur n'est pas aussi régulière, et la palpation nous permet de constater l'existence de sillons plus ou moins profonds à la surface de la rate. C'est en quelque sorte une « rate ficelée ».
Suivant qu'il s'est développé entre la capsule et les organes voisins plus ou moins d'adhérences, la rate est plus ou moins mobile. Elle se déplace d'ailleurs par son propre poids. Elle est souvent, par son volume seul une cause de géne tellement marquée, qu'on est obligé de recourir â la spléneclomie.
La rate est la plupart du temps aussi douloureuse à la press.on ou spontanément, mais quelquefois pendant les paroxysmes fébriles, elle est le siège de douleurs assez vives et provoque les symptômes propres à des névralgies variées, névralgie intercostale, névralgie du nerf phrémque, etc.
L'anatomie pathologique nous montrera que parfois en dépit des sensations de dureté données par la palpation e tissu de la rate est très friable, très mou, qu'en cera.ns pomls la capsule est très mince, éraillée, et qu'à la faveur de pared.es altérations, une rupture d l'organe beut se produire sous l'influence dune cause en appacnco ,ns,g,11,iante,d-un .éger traumatisme, pendant n accès de fièvre par exemple et qu'il est dangereux d'ex-