PRÉCIS DD PALUDISME
poser la rate à des violences externes, et même de pratiquer dans l'intimité du tissu splénique une ponction avec une aiguille de Pravaz. La rupture donne lieu à une hémorragie et à une péritonite susceptibles d'être mortelles.
Foie. — Il augmente de volume comme la rate. Son bord inférieur peut dépasser de trois ou quatre travers de doigt le rebord costal. Sa l'ace supérieure convexe atteint le mamelon. Le lobe gauche s'avance parfois jusque dans l'hypochondre gauche. — Cette hypertrophie n'est pas aussi constante que celle de la rate, mais elle est très fréquente. D'après nos propres observations, il nous semble que si chez un paludéen récent, le foie se trouve tuméfié après quelques accès, le pronostic doit être sombre; le paludisme chronique se développe rapidement chez un tel malade.
Si le foie augmente de volume, il ne se déplace pas comme la rate, en raison de ses puissants moyens de fixité (Kelsch et KienerJ.
A la palpation, l'organe est légèrement douloureux. Il n'y a guère de douleurs spontanées, mais une pesanteur dans l'hypochondre droit, constante, pénible surtout au moment des poussées congestives, lors des accès de fièvres. Tous les petits signes de l'insuffisance hépatique (Hanoi) peuvent alors se rencontrer, et 1 urobiline manque rarement dans les cas un peu avancés. La polycholie fait également partie du syndrome hépatique paludéen. , ,.
Quelquefois le foie est diminuéde volume au l.eu d ôtr< augmenté. C'est -un effet de la cirrhose alroph.que, susceptible de se développer chez les paludéens, mais don!
l'origine palustre n'est peut-être pas suffisamment démontrée.
La cachexie paludéenne et la cachexie diabétique se ressemblent beaucoup, en raison de leurs déterminations hépatiques. On a d'ailleurs trouvé des antécédents palustres chez beaucoup de diabétiques (Verneuil), mais c'est une vue de l'esprit, non pratiquement justifiée, de vouloir faire dépendre le diabète du paludisme.
Toutes les lésions hépatiques sont intéressantes au point de vue anatomo pathologique. Nous en reparlerons ; au point de vue symptomatique, elles n'offrent rien de spécial.
Reins. — Le paludisme ne fait qu'effleurer le rein (Le Dantec). C'est aussi notre avis ; l'absence d'albuminurie nous sert quelquefois à faire le diagnostic avec la fièvre typhoïde et nous a servi dans un cas h faire le diagnostic avec la fièvre jaune. L'albuminurie ne se rencontre pas fréquemment dans les accès de fièvre. Le professeur Terssier admet que beaucoup d'albuminuries intermittentes palustres doivent rentrer dans la catégorie des albuminuries résiduales, c'est-à-dire de ces albuminuries qui subsistent encore, malgré la guérison de la néphrite et peuvent se montrer de nouveau, quand une poussée bongestive se manifeste du côté du. rein, alors que pendant 1 apyréxie, elles ne sont pas décelables. D'après Losla, le paludisme touche le rein dans la proportion de p,5 sur 100. - Il y a aussi des albuminuries sans lésion rénale, décrites par Teissier, qui se montrent clans le pa ud.sme et sont peut-être d'origine hépatogène
La néphrite interstitielle avec tous les symptômes du h de Bngfat a été décrite dans le palodiame* mais ses re.at.ons avec, celui-ci ne sont pas sûrement établies.
Dans les accès pernicieux, on peut rencontrer les lésions propres à la néphrite infectieuse aiguë.
Appareil digestif. — Les fonctions digestives sont souvent troublées dans le paludisme chronique. Les indigestions sont fréquentes; mais en dehors d'elles, on constate des ballonnements du ventre, des flatulences, des éructations, des vomissements alimentaires ou bilieux. 11 y a tantôt de la constipation, tantôt de la diarrhée, avec selles bilieuses et même sanglantes. Le foie altéré agit sur l'intestin qui réagit sur le premier, en sorte que tous les organes concourent à troubler le fonctionnement de l'appareil digestif.
Appareil pulmonaire. — La bronchite chronique accompagne presque constamment les autres lésions viscérales du paludisme chronique.Nous étudierons assez longuement les affections des voies respiratoires, en parlant des complications.
Système nerveux. — Les troubles nerveux sont excessivement variés dans le paludisme chronique. Les plus intéressants sont ceux qui relèvent du paludisme larvé. Nous les étudierons à part. Mais en dehors de ces névralgies plus ou moins arbitrairement liées au paludisme, le système nerveux peut être touché plus ou moins profondément dans le paludisme chronique. L'anémie profonde qui caractérise :1a maladie explique nombre de symptômes nerveux, tels que la lassitude, le tremblement des extrémités, les vertiges, les syncopes, les palpitations de cœur.
Les lésions des nerfs périphériques et nerfs de sensibilité spéciale s'expliquent peut-être par une action plus spécifique. La polynévrite paludéenne ressemble beau! coup à la polynévrite alcoolique. C'est une névrite pori
ÉTUDE CLINIQUE
tant à la fois sur les nerfs sensitifs et sur les nerfs moteurs, et produisant le syndrome du pseudo-tabes (steppage). De nombreux auteurs l'ont décrite, mais il faut bien faire en sorte d'éliminer toutes les causes productrices des névrites périphériques, les diverses intoxications, avant d'invoquer le paludisme.
Le Dantec a signalé des troubles du côté des nerfs vasomoteurs et trophiques, par exemple une sensation de chaleur brûlante aux pieds et aux mains, qu'il appelle acropyrexie,etquiestsusceptiblede remplacer l'accès palustre. Toutes les éruptions cutanées sont attribuées par le même auteur à des lésions des nerfs cutanés ; l'urticaire est la plus fréquente : il peut accompagner un accès ou le remplacer ; dans ce dernier cas, il rentrerait dans les cas de paludisme larvé. Le purpura est observé parfois et paraît se rencontrer en cas de lésions hépatiques plus ou moins prononcées: les nerfs cutanés ne jouent vraisemblablement aucun rôle dans cette éruption qui n'est autre qu'un phénomène hémorragique.
Les lésions des organes des sens sont peu fréquentes et ont été mal étudiées. Les seuls troubles oculaires ont été décrits assez complètement; mais beaucoup d'entre eux, rapportés à l'intoxication paludéenne, ne relèvent probablement pas de celle-ci. Certains sont dus à la quinine, l'a mblyopie qui niqué ne faisant doute pour personne. Il faut aussi se méfier de l'amblyopie hystérique, et dans le cas où la vue disparaît pour reparaître subitement quelques heures après, il est nécessaire de penser à la grande névrose. Des chorio-rétinites ont été attribuées à la malaria, mais sans raisons convaincantes.
Accès de fièvre dans le paludisme chronique — Us s observent toujours à des intervalles plus ou moins
PHÉCIS DU PALUDISME
espacés. Ils peuvent être classés dans trois catégories : 1° les accès intermittents réguliers ou non. affectant tous les types, quotidien, tierce surtout, le type quarte étant excessivement rare. Ils sont de naLure spécifique, et l'hématozoaire se trouve dans le sang (corps amiboïdes et croissants) ; ±° d'autres accès intermittents qui paraissent être sous la dépendance des infections développées dans les viscères, à la faveur des lésions du paludisme chronique. Ces accès là ne sont pas de nature spécifique, et le sang des malades ne renferme pas d'hématozoaires ; 3° enfin des accidents pernicieux dans lesquels le paludisme se trouve uni a des influences qui proviennent de lésions viscérales, dépendant plus ou moins directement du paludisme. Dans le sang de ces malades on rencontre des hématozoaires de toutes formes, mais on consLate d'autre part des signes soit d'insuffisance hépatique, soit d'insuffisance rénale, soit encore d'insuffisance cardiaque.
Il y a donc dans le paludisme chronique des accès fébriles qui ne sont pas influencés par le médicament spécifique puisqu'eux mêmes ne sont pas spécifiques.
Les accès pernicieux vrais sont exceptionnels dans le paludisme chronique, ou du moins ils sont très difficiles à diagnostiquer, en raison de la complexité des lésions.