‹ Précis du paludisme [electronic resource]Chapitre 32 sur 52 · CACHEXIE PALUDÉENNE · texte numérisé non relu

CACHEXIE PALUDÉENNE

Laveran confond dans la même description le paludisme chronique etla cachexie paludéenne. Kelsch et Kiener décrivent séparément ces deux états. Ils distinguenl la cachexie chronique et la cachexie aiguë. La cachexie aiguë

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se fait remarquer d'après eux par de l'hydropisie, des hémorragies multiples, la fréquence des phlegmons et abcès, et de la gangrène. Tous ces accidents n'offrent rien de spécial. Ils attestent la détérioration profonde de tout l'organisme, et certains d'entre eux, les hémorragies, par exemple, sont vraisemblablement sous la dépendance des lésions hépatiques.

Dans la cachexie chronique, Kelsch et Kiener décrivent la cachexie avec surcharge ferrugineuse des organes (siderosis) et la cachexie avec atrophie des organes.

Comme nous l'avons dit, il est difficile, en présence d'un cachectique paludéen, de déterminer quelle est l'influence exacte du paludisme sur les lésions et les symptômes que l'on a constaté. Nous reviendrons cependant sur les lésions, en traitant de l'analomie pathologique du paludisme.

Pour terminer ce chapitre, nous rapporterons deux observations de paludisme chronique empruntées à Kelsch et Kiener.

I. — Fièores intermittentes rebelles depuis six ans. - Actuellement, accès légers, ictère, épistaxis répétées, tuméfaction considérable du foie et de la rate.

J..., civil, Européen, 44 ans, entré à l'hôpital deConstantine le 2 novembre 4867. Il esten Algérie depuis 4847 et y a fa.t les douze premières années comme militaire! Libéré en 4864, il travaille depuis cette époque comme terrassier dans les environs de Constantine, et souffre chaque année de fièvres dont il fut atteint, pour la première lois, six mois après avoir quitté le service

Travaille actuellement sur la route de Constantine à

LÎSTÂ 6St. T1 n°Urri Gt C0UChû dans un m^ais lourbi. Depuis le mois d'avril, fièvres irrégulières, ictère

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léger, mais persistant. Les fièvres ont récidivé depuis quinze jours, suivant le type quotidien et la teinte jaune terreuse de la peau s'est accentuée davantage; tuméfaction considérable du foie et de la rate, qui débordent de deux travers de doigt le rebord costal. La rate surtout dessine à travers la paroi abdominale une saillie volumineuse et dure. Les urines donnent faiblement la réaction de Gmelin, mais sont très hémaphéiques. Il n'y a ni vomissements, ni diarrhée. La fièvre, d'ailleurs modérée, tombe le quatrième jour après l'admission, c'est-à-dire le 4 novembre.

Nous assistons ensuite pendant plus de deux mois, à plusieurs séries d'accès marqués par l'exiguité des symptômes fébriles, et par l'aggravation progressive des autres phénomènes morbides.

Du 9 au 16 novembre, trois légers accès tierces (38° à

39° le matin).

Du 18 au 26 novembre, fièvre quotidienne ; léger mouvement fébrile chaque soir (38° et 38° 5).

Du 29 décembre au 8 janvier, nouvelle série d'accès tierces, toujours très légers.

L'ictère persiste pendant tout cet intervalle; l'hémoglobinurie n'est pas observée, mais .les urines présentent toujours la réaction bilieuse et hémaphéique. À plusieurs reprises, le malade a eu des selles diarrhéiques et bilieuses, et des épistaxis abondantes; son affaiblissement a fait des progrès qui ne sont pas en rapport avec l'exiguïté du mouvement fébrile.

Indocile et désespérant de guérir, il quitte l'hôpital le iO janvier, bien que peu apte à reprendre son travail.

H impaludisme datant d'un mois. — Accès pernicieux etadynamique ; ensuite vomissements bil.eux

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et incoercibles pendant deux mois avec hypothermie, faiblesse croissante, sans accès de fièvres.

G..., zouave, 25 ans, sept ans de séjour en Algérie; a contracté les fièvres sous forme tierce, en revenant des moissons, il y a un mois. Est apporté à l'hôpital de Philippeville, le 8 octobre 1874, sans connaissance; apyrexie, pâleur terreuse, coma, tuméfaction de la rate.

Le9 octobre,|au matin, a recouvré connaissance, grande faiblesse, appétit.

Du 10 au 28 octobre, apyrexie constante. Bon appétit. Mais en dépit d'un régime très réconfortant, l'anémie, la faiblesse et la tuméfaction hépato-spiénique persistent sans aucune amélioration.

Du 29 octobre au 4 novembre, vomissements bilieux chaque jour, à l'exception du 31 octobre. Les vomissements rappellent, par leur abondance, ceux du choléra bilieux ; ils durent parfois la journée tout entière et laissent à peine du répit au malade pendant la nuit.

Du 4 au 10 novembre, les évacuations cessent, sans que l'état général s'améliore. Elles réapparaissent le

10 novembre, et durent cette fois jusqu'au 3 décembre survenant plusieurs fois par jour et même pendant la nuit. Dans leur intervalle, le malade accuse de l'appétit ■

11 prend des aliments, mais les rejette tous aussitôt avec des flots de bile. Les vomissements se produisent parfois pendant le repas même, brusquement, sans nausées préalables ; puis, débarrassé de ce qu'il appelle lui-même son excès de bile, le malade continue son repas.

Pendant cette longue et cruelle période de deux mois

bl^lfr^6 fCl,ui,èrenL des dimensions considérables, le chiffre des globules rouges tombe à 1 613 w par m.lhmètre cube, la pâleur terreuse initiale prend

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une nuance ictérique de plus en plus marquée. On ne note pas un seul accès de fièvre ; la température oscille constamment entre 36. et 37 degrés et s'abaisse parfois jusqu'à 35 degrés. La faiblesse est très grande, le malade se tient difficilement debout, il s'avance en chancelant et en se tenant aux murs : sa parole est lente et traînante et sa mémoire affaiblie.

Des recherches faites à différentes reprises, au point de vue de la mélanémie, ont constamment donné des résultats négatifs.

Les urines n'ont malheureusement pas été examinées.

A parlir du 3 décembre, les vomissements ne se produisent plus qu'à de rares intervalles ; une lente amélioration a lieu. A l'exception du 20 décembre, où survient un accès de fièvre sans frissons (40 degrés), la température reste toujours au-dessous de la normale.

Le malade quitte l'hôpital le 21 janvier pour jouir d'un congé de convalescence : il peut à peine se tenir debout ; la rate et le foie sont toujours tuméfiés, et la numération des globules rouges donne le faible chiffre de 2.780.708.

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