‹ Précis du paludisme [electronic resource]Chapitre 4 sur 52 · LE PALUDISME SUIVANT LES PAYS (PAYS CHAUDS ET PAYS TEMPÉRÉS · texte numérisé non relu

LE PALUDISME SUIVANT LES PAYS (PAYS CHAUDS ET PAYS TEMPÉRÉS

Le paludisme est une maladie qui se rencontre partout, sous les mêmes traits essentiels, mais avec des différences profondes suivant les régions, en ce qui concerne les formes cliniques, la fréquence, la gravité.

Le paludisme que l'on trouve dans certaines localités de France, est assurément le même que celui des tropiques ; il est attribuable au même agent pathogène, l'hématozoaire de Laveran ; mais il est moins grave, il affecte des formes moins compliquées que dans les climats tropicaux et équatoriaux. Les raisons de cette ditférence sont multiples, mais peuvent se ramener à deux principales : 1° l'importance dans les pays chauds des causes secondes d'ordre climatique, qui, indépendamment de toute tare antérieure, agissent puissamment sur l'organisme, mais d'une manière encore mal déterminée; °2'> l'importance des associations morbides dans les pays

chauds. Des maladies pyrétogènes se mêlent, s'imbriquent fréquemment,d'où un complexus morbide bien fait pour dérouter l'observateur. Pareils faits s'observent aussi dans les pays tempérés, mais avec infiniment moins de fréquence. La typho-malaria existerait dans la plaine des Bombes et aurait été observée par les médecins lyonnais (J. Tessier), mais c'est à proprement parler une fièvre des pays chauds, et c'est aux médecins de l'armée et de la marine qu'on doit l'explication et la démonstration de l'association morbide qui constitue un tel syndrome (Kelsch et Kiener, Vincent, etc.)

Dès lors, est-il besoin dans un court précis de passer en revue toutes les contrées du globe, en indiquant les ravages que la malaria fait dans chacune d'elles? Nous ne le croyons pas ; c'est plutôt l'œuvre des monographies spéciales, et aussi des volumineux traités, auxquels peuvent être annexées de nombreuses cartes, indiquant la répartition géographique des foyers de malaria. Le traité de Laveran renferme d'instructifs détails à cet égard. De même les publications de Grall sur le palludisme en Cochinchine. Pour l'Algérie, MM. Moreau et Soulié ont cheiché à tracer sur une carte les zones dans lesquelles la malaria est endémique, et ils ont réuni dans leur livre (1) tous les renseignements qu'ils ont pu recueillir touchant les foyers paludéens, avec l'indication de la morbidité et de la mortalité. Comme ils le disent euxmêmes, l'inexistence des statistiques médicales en Algérie ne leur a pas permis de faire un travail comparable à ce qui se fait en Italie.

(1) Répartition du paludisme en Algérie. (Alger, 1904, Jourdan.)

LE PALUDISME SUIVANT LES PAYS

\u reste, les traces ou cartes de ce genre ne doivent pas être immuables. Leur intérêt réside tout entier dans la comparaison que l'on peut faire à des intervalles de temps divers, entre les zones infectées et les zones qui ne le sont plus. On peut ainsi constater les progrès de l'assainissement, et se rendre compte de l'influence bienfaisante ou malfaisante de la colonisation. Le résultat définitif de toute colonisation en matière de paludisme est toujours beureux, mais les effets immédiats de la mise en culture d'un terrain vierge ou depuis longtemps resté inculte, sont désastreux, dans les pays chauds. Rappelons seulement quelques exemples classiques. Le gouvernement fut sur le point d'abandonner en Algérie, le village de Boufarik, qui est aujourd'hui une ville prospère de la plaine devenue salubre de la Mitidja- La construction du canal de Colon à Panama fut marquée par de véritables hécatombes. En 1895, l'expédition française de Madagascar se solda par une perte d'hommes considérable, du fait de la maladie, toujours la même, qui, en Algérie, en Amérique Centrale, à Madagascar, exerce ses plus grands ravages sur ceux qui remuent le sol. « Qui touche à la terre, creuse sa tombe », a t-on dit quelquefois, en visant le travail de la terre sous les tropiques. Les colons de Boufarik, les terrassiers de l'isthme de Panama, les sapeurs du génie de Madagascar, prouvent l'exactitude de l'expression pessimiste que nous venons de rappeler.

Ces exemples-là — et d'autres pourraient être donnés en grand nombre — montrent que le paludisme est surtout redoutable dans les pays chauds, et il a fallu les entreprises modernes de colonisation, pour diriger les savants et les praticiens vers l'étude d'une maladie qui, en

Europe, est un peu négligée. A part les manifestations épidémiques célèbres (creusement du canal Saint-Martin a Pans, en 1811 ; édification des fortifications en 1840) et quelques autres qui se perdent un peu dans la légende le paludisme reste une maladie rare et bénigne dans les pays tempérés, ne constituant pas à proprement parler une endémie. Il n'en a peut-être pas toujours été ainsi' même dans ces pays, puisquautrefois les habitants de certaines contrées marécageuses de France étaient connus pour avoir le teint jaune, un gros ventre, avec de temps a autre des accès de fièvre (dans la Loire-Inféneure, l'Indre, l'Hérault, la Nièvre, etc.). La cachexie palustre était connue dans ces régions, tandis qu'aujourd'hui elle est l'exception.

Sous les tropiques et dans les pays chauds, au contraire, la malaria est l'ennemie redoutable, avec la dysenterie. Il sembla même aux premiers observateurs qu'il ne pouvait y en avoir d'autre. L'histoire de la médecine en Algérie est là pour le démontrer. Une pléiade de médecins militaires des plus distingués, de 1830 à 1840 nia la fièvre typhoïde jusqu'au jour où Laveran, élève de Louis, trouva dans l'intestin de prétendus paludéens, morts d'accès pernicieux, disait-on, les ulcérations caractéristiques que son maître avait si bien décrites. Dès lors, la fièvre typhoïde eût droit de cité en Algérie, mais elle fût longtemps confondue avec les manifestations du paludisme et regardée comme exceptionnelle. On s'habituait difficilement à attribuer à une autre maladie que la malaria, le symptôme « lièvre » ; toute maladie fébrile était donc réputée de nature paludéenne. M. Kelsch, d'autres médecins de l'armée, et nous- même, avons

LE PALUDISME SUIVANT LES PAYS

démontré la fréquence et la gravité de la dothiénentérie en Algérie.

11 en fût de même dans les pays tropicaux. Le paludisme y règne en maître, et la fièvre typhoïde passait pour y être inconnue. Les travaux de M. Bérenger- Feraud ont démontré l'existence de cette maladie à la Martinique, et d'autres observateurs, étrangers et français, ont corroboré cette démonstration. La fièvre typhoïde existe bien en Algérie et sous les tropiques, mais elle y allecte des particularités indispensables à connaître pour faire le diagnostic avec les symptômes relevant du paludisme. Les méthodes nouvelles d'examen faciliteront d'ailleurs ce diagnostic et parmi elles, il faut mettre en première ligne, le séro-diagnostic de Widal qui a rendu de grands services clans les pays chauds en permettant de dépister une dothiénentie, dont la physionomie clinique était insolite.

La première différence à relever entre le paludisme des pays tempérés et le paludisme des pays chauds et tropicaux, c'est que dans les premiers, la maladie est caractérisée par des épidémies saisonnières, et que dans l'intervalle des saisons où elle sévit, les cas rencontrés sont tout à fait exceptionnels ; tandis que dans les pays chauds ou tropicaux, le paludisme sévit toute l'année, avec une recrudescence épidémique saisonnière remarquable.

Ce caractère saisonnier est plus ou moins apparent, à mesure qu'on se rapproche de l'équatenr. En Algérie, le paludisme a sa recrudescence annuelle vers le mois d'août, et surtout vers le mois de septembre ; au Sénégal, c'est au mois de mai (Marclioux) que la maladie reprend son intensité de l'année précédente. Mais, sous des latititudes plus basses, alors que lasaison dite de l'hivernage,

période caractérisée par une extrême chaleur cl une extrême humidité, empiète de plus en plus sur l'autre saison, la saison sèche, les recrudescences annuelles de l'endémie ou épidémie sont de moins en moins nettes, le paludisme ne s'apaisant pour ainsi dire jamais.

II y a des différences entre le paludisme endémie et le paludisme épidémié. Elles peuvent se résumer dans les suivantes (Davidson),(l) quidonneront en même temps une idée de ce qu'est le paludisme dans les pays tempérés et dans les pays chauds.

1° Dans les pays où les types tierce et quarte dominent, endémiquement, le type quotidien est le plus fréquent pendant la période d'épidémie ; dans les pays où régnent endémiquement les types quotidiens et double-tierce, ceux-ci sont remplacés par des types rémittents ou pseudocontinus ; les fièvres, avec périodes courtes d'apyrexie, rémittentes ou continues, prédominent au moment où l'épidémie est à son acmé.

2° Les accès pernicieux, comateux et algides, sont plus fréquents au moment de l'épidémie.

3° La destruction des globules rouges, avec hémorragies multiples, anémie profonde, cachexie, se fait beaucoup plus rapidement en temps d'épidémie.

4° Les indigènes, qui sont relativement épargnés dans la période endémique, sont touchés sévèrement pendant l'épidémie.

C'est dire que le paludisme est plus grave, beaucoup plus grave, au moment de la recrudescence épidémiquc annuelle, que pendant le reste de l'année. C'est dire aussi

(1) Davidson. Diseuses of warin climates. London. 1893, p. 183.

LE PALUDISME SUIVANT LES PAYS

nue dans les pays tempérés, où l'on observe généralement des fièvres intermittentes, la maladie devient également plus sérieuse au moment de l'épidémie annuelle, mais est loin de revêtir la sévérité qu'on observe dans es pays chauds, dans le même moment. En étudiant les formes cliniques du paludisme, nous savons que les types morbides sont de plus en plus graves, au fur et a mesure que l'intermittence devient moins nette pour taire place à la rémiltence ou à la continuité.

Page 1