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CHAPITRE H

CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT DU PALUDISME

Nous ne voulons pas parler encore de l'hématozoaire et du moustique, et nous voulons simplement énumérer et étudier les conditions ressortissant au sol et à certains éléments cosmiques, dont l'influence, pour n'être que secondaire, n'en est pas moins importante à considérer.

Le paludisme a été regardé pendant longtemps comme une maladie prenant son origine dans le sol ; et pour se développer, la chaleur et l'humidité ont paru et paraissent encore être des conditions nécessaires. Si Redécouvertes récentes ont modifié quelque peu l'explication que l'on donnait touchant l'influence du sol, de la chaleur et de l'humidité sur le développement du paludisme, il n'est pas inutile néanmoins de se demander comment on peut envisager l'action de ces trois éléments, en y ajoutant celle des vents.

A. Sol. — Comment ne pas incriminer le sol, alors que dans certains pays, comme nous l'avons déjà dit. il suffit de creuser un trou pour voir éclore des épidémies formidables de malaria ?

Le terme d'intoxication lellurique était usité autrefois pour désigner la maladie. Alors que l'organisme pathogène était inconnu, celle dénomination se concevait.

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mais comme le fait remarquer Laveran, elle ne saurait s'appliquer à une maladie parasitaire. C'est surtout dans les écrits de L. Colin, que la doctrine de l'origine tellurique fût soutenue avec le plus de force, pour réagir contre la doctrino miasmatique des médecins de l'armée, ses prédécesseurs, qui voyaient dans le marais la cause unique, nécessaire et suffisante, pour faire éclore la maladie. Félix Jacquot, pour expliquer la présence du paludisme, alors qu'il n'y avait pas de marais dans le voisinage, n'allait-il pas jusqu'eà supposer des marais-souterrains, hypothèse absolument gratuite d'ailleurs? Fonsagrives, en présence des cas de malaria développés à bord des navires, invoquait un marais nautique, formé par l'eau qui séjourne toujours au fond des cales, alors que la durée de l'incubation permet très bien de se rendre compte de ces faits, la maladie ayant été contractée à terre et ne s'étant manifestée à bord qu'au bout de plusieurs jours. L. Colin n'eût pas de peine à démontrer que le sol de certains pays, suffisamment chauffé par le soleil, contenait en lui-même la raison d'être des manifestations paludéennes, et que celles-ci n'avaient nullement besoin pour éclater, des émanations d'un marécage. Parmi les causes qui peuvent donner au sol la qualité fébrigène, L. Colin mentionne avec juste raison, l'absence de culture.

L'histoire de la colonisation dans tous les pays du inonde, vient à l'appui de ces idées, et nous l'avons déjà dit à propos de la répartition géographique de la malaria.

S'il se développe des cas de paludisme abord, c'est que l'infection a été contractée à terre, et toujours les navires en rade, quand les marins ou passagers ne descen-

dent pas sur la côte, sont indemnes de malaria alors que le littoral voisin est fort' éprouvé. On a vérifié ce fait partout, notamment à Majunga (1895). (Vincent et Burot.)

Et cependant, quelques faits vont à rencontre de l'influence telluriqne, impuissante à les expliquer. Ainsi, pour l'île de la Réunion et l'île Maurice « les colons de race blanche ont pu s'y livrer à tous les travaux de culture sans éprouver la moindre atteinte de paludisme. Celui-ci apparut brusquement en 1865. il est très probable que le protozoaire de la malaria fût importé dans l'île par des émigrants indiens ou peut-êtpe par des plantes provenant de Madagascar, comme cela s'est passé pour le phyloxéra en France. La même contamination est â craindre dans l'avenir pour la Nouvelle-Calédonie, à cause du voisinage des Nouvelles-Hébrides, foyer intense de paludisme.» (Le Daniec.)

Certains auteurs ont cherché des relations de cause à effet entre la constitution géologique du sol et l'éclosion de la malaria. Ainsi, Day, observant dans l'Inde, dit que les sols mouvants, poreux, sablonneux, sont très favorables à la production du paludisme. Hirsch, au contraire, montre que les sols sablonneux n'engendrent pas la malaria, et il prétend le vérifier aussi bien dans l'Inde qu'en Europe. Davidson (loc. cit.), fait remarquera propos de l'opinion de ces deux auteurs, que tout dépend de la nature du sous-sol. Des terres sablonneuses contenant une nappe d'eau à peu de distance de la surface, sont évidemment propices au développement du paludisme. D'une manière générale, on peut dire que la maladie n'aime pas les sols calcaires, qui ne retiennent l'humidité que

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faiblement, alors qu'elle se développerait avec prédilection sur un sol argileux.

Le docteur Grèllet d'El-Biar, a fait des constatations analogues et il a demandé à l'Académie de médecine de vouloir bien faire une enquête pour contrôler les trois propositions suivantes :

1° Une immunité à peu près complète à l'égard de la malaria existe pour les pays donl les terres contiennent naturellement, dans leurs couches superficielles une forte proportion de chaux, de môme que pour les boues, vases et limons riches en calcaire.

2° Les fleuves, rivières et ruisseaux coulant dans un bassin calcaire sont en général exempts de malaria, à leur embouchure comme sur tout leur parcours.

3° Dans les régions éprouvées par la malaria, l'immunité relativement à cette épidémie peut être obtenue artificiellement par l'addition d'engrais, d'amendements, notamment parla chaux incorporée aux couches superficielles du sol.

Nous croyons, en effet, que ces considérations méritent vérification, parce qu'elles reposent sur des observations répétées, et cela, nous le disons, même en présence de théories simplisLes et démontrées à l'heure actuelle, en ce qui concerne le mode de production du paludisme. Les moustiques regardés comme l'agent prin cipal, sinon exclusif de propagation du paludisme fréquentent peut-être volontiers certains sols à l'exclusion d'autres ? Il n'est pas indifférent de le rechercher.

B. Chaleur. — Même lorsqu'on admettait d'une manière absolue l'origine tellurique de la malaria, il y avait place dans l'étiologie pour l'élément chaleur. En effet, il y a un rapport manifeste non seulement entre la

Chaleur et la présence des m an i l'es talions du paludisme, mais encore entre la chaleur et la gravité de ces mandes talions. La malaria tropicale, la malaria prétropicale et la malaria des pays tempérés ou froids semblent influencées par la chaleur, et c'est à l'époque des grandes chaleurs que la maladie est plus fréquente et plus grave. Un terme très employé dans la littérature médicale étrangère est celui de fièvre estivo-automnale, que l'on donne à une des manifeslations les plus sévères du paludisme, ce qui montre bien l'influence de la saison chaude.

Il ne faut pas s'exagérer néanmoins le rôle de la chaleur, puisque certaines contrées très chaudes sont exemptes de paludisme (la Réunion et l'Ile Maurice, avons nous dit, jusqu'en 1865). C'est qu'à la production du paludisme concourent beaucoup d'autres causes. Il n'en est pas moins vrai que l'élément thermique est fort important, et l'un des moyens courants pour se préserver n'est-il pas d'échapper par l'altitude aux rigueurs de la saison chaude ? Les établissements des Anglais aux Indes, dits sanaloires, atteignent ce but. Ils sont tous à une altitude assez considérable, où la température est beaucoup moins forte que près du littoral ou dans les plaines. Corrélativement, le paludisme, ou y est inconnu, ou y est moins grave. Il y a môme, en certains pays, de véritables villes d'été, comme la célèbre Builenzorg, près de Batavia; Batavia est inhabitable, et les Hollandais ont eu l'ingénieuse idée de construire non loin de ce port, dans une situation élevée et salubre, une ville, où se rendent le soir commerçants el industriels de Batavia, qui peuvent ainsi prospérer à côté d'un port dont l'insalubrité es! proverbiale. L'altitude de BuïtenzOrg corrige la latitude.

Au point de vue de l'élément thermique, il y aurai!

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sans doute d'autres considérations à faire, notamment en ce qui concerne les variations diurnes, nycthémérales de la température. Mais ces variations influent non pas sur l'éLiologie générale de la maladie que nous envisageons ici, mais bien plutôt sur les formes cliniques, parce qu'en portant leur action sur l'organisme en puissance déjà de malaria, ou bien en imminence morbide, elles déterminent des réactions viscérales tout à fait particulières et intéressantes à étudier. D'ailleurs, l'uniformité thermique agit à peu près dans le même sens que les variations trop étendues, l'organisme ayant besoin pour fonctionner normalement, d'un milieu ambiant non pas uniforme, mais où les variations thermiques (pour ne parler que de celles-là) ne sont ni excessives, ni trop minimes. Qu'il nous suffise de signaler ici ce point important de pathologie générale.

C. Humidité. — Elle paraît aussi jouer un grand rôle dans l'éclosion du paludisme. Nous l'avons déjà vu à propos du sol ou du sous-sol. Si dans les pays chauds, le sol est plus suspect qu'ailleurs, c'est qu'il est chaud et humide. La chaleur humide est très favorable à la culture des germes pathogènes ; on a longtemps accepté cette théorie d'un sol chaud et humide, excellent milieu de culture pour l'hématozoaire, mais aujourd'hui on admet plus couramment que les moustiques se développent de préférence sur des sols possédant ces caractères.

Un fait courant, dont la démonstration est éclatante en Algérie, n'est le rôle de la pluie, des pluies abondantes sur le paludisme. Voilà deux années (1902 et 1903) qui furent exceptionnellement sèches en Algérie L'épidémie

automnale habituelle fut également moins grave

comme morbidité et comme mortalité. Les années plu-

vieuses sont extrêmement favorables au développement de la maladie. On peut donc conjecturer que cette année (1904) le paludisme sera très sévère, parce qu'il a plu beaucoup dans les premiers mois de l'année. En 1900, les pluies furent très abondantes ; elles se montrèrent même en juin. L'épidémie fut précocement grave, et dura jusqu'en octobre, avec des caractères de malignité qu'elle n'offrit qu'exceptionnellement ( observations personnelles).

MARAIS — ÉTANGS — RIVIÈRES

Est ce par l'humidité qu'agit le voisinage des marais (en latin palus, d'où, le mot paludisme), dont l'influence a été regardée pendant longtemps non seulement comme prépondérante, mais comme unique, à l'exclusion d'autres causes? C'est plutôt à des émanations, à des miasmes, que l'on attribuait l'influence nocive des marais. Nous savons aujourd'hui que les moustiques se développent de préférence dans les endroits marécageux, dans ces localités où fleurit le laurier-rose, indice de l'humidité du sol. IL y a en Algérie et en Tunisie de grandes étendues couvertes de laurier-rose, ce qui est d'un pittoresque effet, mais indique l'insalubrité des lieux. Le laurier-rose a une mauvaise réputation en Algérie, et il y a des personnes qui redoutent l'entrée des Heurs de cet arbuste dans leurs appartements. Crainte chimérique évidemment, puisque le laurier-rose n'est nullement dangereux par lui-même, mais a simplement

MARAIS, ÉTANGS, RIVIÈRES

la propriété de croître au bord des marais, dans les plaines humides.

Il y a à diviser les marais en marais salants, marais d'eau douce et marais mixtes. Les marais salants bien entretonus ne sont pas nuisibles: ils ne sont pas générateurs de paludisme. Ils le deviennent quand, mal soignés, ils laissent pénétrer dans leur masse de l'eau douce. Le mélange de celle-ci avec l'eau de mer constitue une condition très favorable au développement des moustiques et de l'hématozoaire. Les marais salants sont dits alors marais gàts. Ils deviennent de véritables marais mixtes, qui sont facteurs d'insalubrité, à un degré plus avancé, que les marais d'eau douce.

Les étangs suffisamment profonds ne sont nullement dangereux. Mais en certains points la profondeur est très diminuée. Il se forme des fossés, des flaques, des marais ; et l'on a remarqué que ces eaux ainsi disséminées à fleur de sol favorisent le développement de la malaria, particulièrement au moment de Pévaporation, qui n'est jamais complète et laisse persister l'humidité du sol.

Des réflexions semblables peuvent être faites pour les rizières. MM, Celli et Gasperini ont été les premiers à en indiquer de typiques, à Massaroua (Viraggio), sans, ou presque sans malaria. Certains pensent qu'au cas où l'eau nécessaire à la culture du riz n'est pas stagnante, les rizières ne sont pas insalubres. Les médecins italiens, et en particulier le professeur Celli, ont fait remarquer que les rizières, qu'elles aient de l'eau stagnante, courante ou intermittente, sont, toujours et partout, un nid de prédilection pour les larves d'Anophèles ; l'absence éventuelle ou la rareté de la malaria dans leur territoire ne dépendrait donc pas des conditions hydriques de la culture,

PBÉCTS DU PALUDISME

mais elle rentre dans le mystère du paludisme et de Vanophèlisme sans malaria.

Le professeur Celli réhabilite également les vouloirs, mares d'eau stagnante, où l'on fait macérer les plantes textiles, chanvre et lin, qui subissent une fermentation grâce à laquelle il est possible de séparer le liber du reste de la plante. Il s'appuie sur les observations de Rossi, qui, à Marcianèse (Caserte), c'est-à-dire dans une des plus vasles zones de la culture du chanvre qui y ait en Italie, a vu que la macération en elle-même, pendant qu'elle dure, est une cause d'amélioration plutôt que de malaria, parce qu'elle fait périr les larves des moustiques spécifiques. Ces observations sont intéressantes, parce qu'elles contredisent des observations plus anciennes d'autres auteurs, qui avaient pu faire prospérer dans ces routoirs des larves d'anopheies.

L'humidité, le marais (palus), ne sont donc pas toujours une cause de développement de la maladie. En Nouvelle Calédonie, la ville de Nouméa est à proximité d'un marais renfermant à la fois de l'eau douce et de l'eau salée, et n'a cependant jamais été visitée par la malaria. C'est ce que les Italiens appellent le mystère du paludisme sans malaria, en prenant le mot paludisme dans son sens étymologique, ce qui peut être mis en paralle avec le mystère de Vanophèlisme sans malaria.

Quoiqn'il en soit, il faut redouter le voisinage des eaux stagnantes et des marais.

Comme pour l'élément chaleur, il y aurait des considérations intéressantes à faire pour l'élément humidité touchant l'influence de ce dernier sur l'organisme ; mais cela nous entraînerait trop loin. Oisons cependant que dans l'élément humidité, il I au t considérer la' tension

MARAIS, ÉTANGS, RIVIÈRES

absolue de la vapeur d'eau atmosphérique, cl Pélat hygrométrique de l'air, en tenant compte des variations' nychémérales de l'une et de l'autre valeur. L'organisme, péniblement influencé parmi atmosphère saturée d'humidité, contracte plus facilement peut-être la malaria, et les formes cliniques de celle-ci sont peut-être plus graves, en raison de la dépression organique générale, due aux facteurs météoriques, dont l'humidité est un des principaux avec la chaleur.

Ainsi donc, en matière de paludisme, l'humidité agit non seulement en tant qu'humidité du sol (fellurique) mais en tant qu'humidité atmosphérique ; à vrai dire, celle-ci n'intervient pas autrement dans le paludisme que dans les autres maladies des pays chauds.

D. Vents. — Ils servent à propager le miasme, comme on disait autrefois, du paludisme. Aussi conseillait-on de ne pas construire d'habitations coloniales sous le vent des marais fébrigènes. Aujourd'hui l'on reconnaît que le transport des anophèles, vecteurs de l'hématozoaire, se fait par les vents, mais à une distance assez faible.

Comme les autres éléments comiques, certains vents, le sirocco (en Afrique prétropicale), le hamattan ;en Egypte) le shamal (en Perse) etc., ont une action déprimante sur l'organisme, et le mettent en état d'infériorité morbide vis-à-vis du paludisme. Leur influence est surtout apparente à l'occasion des rechutes de paludisme, qu'ils contribuent à provoquer.

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