‹ Précis du paludisme [electronic resource]Chapitre 47 sur 52 · PRÉCIS MU PALUDISME · texte numérisé non relu

PRÉCIS MU PALUDISME

Le symptôme principal du paludisme chronique, la tuméfaction de la rate, n'est modifiée que lorsque le viscère n'est pas atteint encore do sclérose fibreuse.

Accidents produits par les sels de quinine. — Les auteurs citent un grand nombre d'accidents provenant de la quinine. 11 s'agit généralement de doses fortes, et il faut aussi faire la part de certaines idiosyncrasies.

Dans le cas de L. Guinon, les accidents survinrent chez un neurasthénique qui, avec l'intention de se suicider, avait absorbé 8 grammes de sulfate de quinine. Il y eut du collapsus, du refroidissement des extrémités, de la cyanose de la face, de la surdité et de la cécité, symptômes qui furent transitoires et allèrent en s'atténuant.

Trousseau et Pidoux ont rapporté deux cas avec exagération considérable des phénomènes nerveux, avec délire intense, après administration de 1 gr. 25 et de 3 gr. de sulfate de quinine.

Voici deux cas mortels rapportés par Laveran : deux soldats voulant se purger, se trompèrent de bouteille et absorbèrent une solution de sulfate de quinine, soit 12 grammes pour chacun d'eux. Une demi-heure après l'absorption du médicament, ces deux hommes furent pris de crampes d'estomac et de vomissements, pâleur de la face,- dilatation des pupilles, respiration courte, refroidissement, pouls petit, irrégulier, ralenLi. parfois insensible; bourdonnements d'oreilles; tendance à la syncope.

Chez l'un des malades, les accidents allèrent en s'amendant; l'autre mourut dans une syncope.

Laveran l'ait remarquer que les accidents cardiaques ont dominé la scène. En effet, la physiologie expérimentale montre également que la quinine est un poison car-

TRAITEMENT

diaque, et que dans le cas d'intoxication prononcée, le cœur s'arrête en diastole.

A un degré moindre, les accidents peuvent se réduire a de l'intolérance stomacale (vomissements), ou à de l'ivresse quinique, caractérisé par de la titubation et du vertige.

D'après Haye m, le délire quinique se montrerait sous deux formes : 1° une l'orme active, bruyante, avec de l'agitation, de la loquacité, des éclats de voix; 2° une forme calme avec de la stupeur, de l'abattement.

Il est bien rare que l'organisme ne puisse supporter en vertu d'une susceptibilité spéciale, les doses thérapeutiques de quinine. Nous n'avons jamais rencontré de sujet pour qui nous devions renoncer au médicament.

Tomaselli a décrit une fièvre ictéro-hématérique, chez des personnes ayant absorbé de la quinine et ressemblant beaucoup à la fièvre bilieuse hémoglobinurique.

11 semble bien que la quinine puisse produire l'hémoglobinurie, chez les paludéens; mais il faut probablement un autre élément que le paludisme, puisque l'hémoglobinurie ne s'observe pas partout, mais dans des zones assez limitées.

Eruptions quinigues . — Il faut encore tenir compte ici des prédispositions individuelles, comme dans Lous les érythèmes. Les formes les plus connues sont la forme urticarienne et la forme scarlafiniforme.

Les ouvriers qui manipulent la poudre de quinquina ou de la quinine, éprouvent souvent aux mains et aux avants-bras du prurit suivi de rougeur de la peau et d'une éruption lichénoïde ; on observe quelquefois chez eux du gonflement de la face et des parties génitales. Il est à remarquer que ces accidents n'atteignent que certains ou-

vriers, ce qui montre qu'ici encore, une prédisposition est nécessaire (Laveran).

La quinine dans la grossesse. — On a accusé la quinine de provoquer les avortements, mais les accoucheurs admettent aujourd'hui avec raison que le paludisme non traité est la cause la plus fréquente des avorments.

En présence d'une femme enceinte, atteinte de fièvres palustres, il faut se rappeler l'action ocytocique de la maladie, et se rappeler aussi que la quinine est le remède spécifique. Contrairement à ce que pensent beaucoup d'auteurs, nous croyons que pour se débarrasser au plus vite des fièvres paludéennes chez une femme enceinte, il faut donner de suite une dose massive de quinine (2 gr. en injection). Cette pratique nous paraît inoffensive, alors que nous n'en dirions pas autant de la quinine, administrée à la dose d'un gramme par exemple tous les jours. Avec une dose massive de deux grammes, où vous obtenez une apyrexie définitive, ou vous renouvelez la dose au bout de dix à quinze jours, et sans aucun inconvénient.

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