H. Poissonnier, (td.) 1. M. Leroi
frage de toutes les nations, et qui s'assurent ceux delà postérité par un éclat que rien ne peut obscurcir.
Héœ avens déjà parlé du célèbre dépôt des connaissances humarnes, qui a paru sous le titre de Dictionnaire encyclopédique1. C'est une gloire éternelle pour la nation que des officiers de guerre «h* terre et sur mer, d'anciens magistrats, des médecins qui connaissent la nature, de vrais doctes quoique docteurs, des hommes de lettres, dont le goût a épuré les connaissances, des géomètres, des physiciens, aient tous concouru à ce travail aussi utile que pénible, sans aucune vue d'intérêt, sans même rechercher la gloire, puisque plusieurs cachaient leurs noms; enfin sans être ensemble d'intelligence, et par conséquent exempts de l'esprit de parti.
lais ce qui est encore plus honorable pour la patrie, c'est que* dans ce recueil immense, le bon l'emporte sur le mauvais : ce qui n'était pas encore arrivé. Les persécutions qu'il a essuyées ne sont pas si honorables pour la France. Ce même malheureux esprit de formes, mêlé d'orgueil, d'envie et d'ignorance, qui fit proscrire l'imprimerie du temps de Louis XI, le6 spectacles sous le grand Henri IV, les commencements de la saine philosophie sous Louis XIII, enfin l'émélique et l'inoculation; ce même esprit, dis-je, ennemi de tant ce qui instruit et de tout ce qui s'élève, porta des coups presque mortels à cette mémorable entreprise; il est parvenu même à la rendre moins bonne qu'elle n'aurait été, en lui mettant des entraves, dont il ne faut jamais enchaîner la raison : car on ne doit réprimer que la témérité, et non la sage hardiesse, sans laquelle l'esprit humain ne peut faire aucun progrès. Il est certain que la connaissance de la nature, l'esprit de doute sur les fables anciennes honorées du nom d'histoires, la saine raétaplrysique dégagée des impertinences de l'école, sont les fruits de ce siècle, et que la raison »*«st perfectionnée*.
i. Voyez l'article intitulé D'un Fait singulier concernant la littérature; la britième des Lettres à Son Atteste Monseigneur le prince de ***.
2. Qu'il nous soit permis d'ajouter ici quelques traits au tableau tracé par M. de Voltaire. C'est dans ce siècle que l'aberration des étoiles fixes a été découverte par Bradley ; que les géomètres sont parvenus à calculer les perturbations des comètes, et à prédire le retour de ces astres ; que les mouvements des Ptonêtes ont été soumis à des calculs sinon rigoureux, du moins certains, et d'une exactitude égale à celle qu'on peut attendre des observations. Les prindpes généraux du mouvement des corps solides et des fluides ont été découtirts par IL d'Alerabert. Le problème de la précession des équinoxes, dont
304 CHAPITRE ILIII.
Il est vrai que toutes les tentatives n'ont pas été heureuses. Dei voyages au bout du monde pour constater une vérité que Newton avait démontrée dans son cabinet ont laissé des doutes sur l'exactitude des mesures. L'entreprise du fer brut forgé, ou converti .en acier, celle de faire éclore des animaux à la manière* de l'Egypte : dans des climats trop différents de l'Egypte, beaucoup d'autre* efforts pareils, ont pu faire perdre un temps p rectaux* et miner même quelques familles. Mais nous avons dû à ces mômes entre- Newton n'avait pu donner qu'une solution incomplète, a été résolu par le même f éoroètre, et on lui doit encore la découverte d'un nouveau calcul nécessaire dans la théorie dn mouvement des fluides et des corps flexibles. Les lofs de la gradation de la lumière, trouvées par Bouguer; la découverte «les lunettes acromatiques, dont la première Idée est due à M. Euler ; la méthode d'appliquer le prisme aux lunettes, de décomposer par ce moyen la lumière des étoiles, de mesurer avec plus d'exactitude les lois de la réfraction et de la diffraction, que l'on doit à M. l'abbé Rochon, avec de nouvelles méthodes de mesurer les angles et les distances, et des observations importantes sur la théorie de la vision : tous ces travaux sont autant de monuments du génie des savants qui ont illustré ce siècle.
Quels progrès n'avons-nous point faits dans la chimie, devenue une des braaches les plus utiles et les plus étendues de nos connaissances 1 Noms avons sa découvrir, analyser, soumettre aux expériences, ces fluides élastiques connut sous le nom d'airs, et dont le siècle dernier soupçonnait à peine l'existence ; les phénomènes électriques ont encore été une source féconde de découvertes; la nature de la foudre a été connue grâce à M. Franklin, et il nous a instruit* a nous préserver de ses ravages. L'histoire naturelle est devenue une science nouvelle par les travaux des Linné, des Rouelle, des Daubenton, et de leurs disciples, tandis que l'éloquent historien de la nature en répandait le goût parmi les hommes de tous les états et de tous les pays. Les mathématiques ont fait par le génie des Bernouilli, des Euler, des d'Alembert, et des La Grange, d'immenses progrès dont Newton et Leibnitx seraient eux-mômes étonnés. Le calcul des probabilités, qui ne servaient presque dans le siècle dernier qu'à calculer les chances des jeux de hasard, a été appliqué i des questions utiles au bonheur des hommes.
Les principes généraux de la législation, de l'administration des États, ont été découverts, analysés, et développés dans un grand nombre d'excellents ouvrages.
L'art tragique enfin, perfectionné par M. de Voltaire, est devenu un art vraiment moral: il a fait du théâtre une école d'humanité et de philosophie.
Si nous examinons ensuite les progrès des arts, nous compterons au nombre des avantages du môme siècle la perfection de l'art de construire lai vaisseaux, la méthode de les doubler en cuivre ; l'art d'instruire les muets et de les rendre en quelque sorte i la société ; les secours établis pour les hommes frappés d'une mort apparente; l'art militaire enfin, dont le génie de Frédéric a fait en quelque sorte une science nouvelle.
Enfin nous avons vu tous les arts mécaniques, toutes les manufactures, toutes les branches de l'agriculture se perfectionner, s'enrichir de méthodo nouvelles, se diriger par des principes plus sûrs et plus simples, fruits d'une application heureuse des sciences à tous les objets de l'industrie humaine. 0U
prises des lumières utiles sur la nature du fer et sur le développement des germes contenus dans les œufs. Des systèmes trop hasardés ont défiguré des travaux qui auraient été très-utiles. On s'est fondé sur des expériences trompeuses pour faire revivre cette ancienne erreur que des animaux pouvaient naître sans germe. De là sont sorties des imaginations plus chimériques que ces animaux. Les uns ont poussé l'abus de la découverte de Newton sur l'attraction jusqu'à dire que les enfants se forment par attraction dans le ventre de leurs mères. Les autres ont inventé des molécules organiques. On s'est emporté dans ces vaines idées jusqu'à prétendre que les montagnes ont été formées par la mer : ce qui est aussi vrai que de dire que la mer a été formée par les montagnes.
Qui croirait que des géomètres * ont été ass ez extravagants pour imaginer qu'en exaltant son âme on pouvait voir l'avenir comme le présent? Plus d'un philosophe*, comme on Ta déjà dit ailleurs3, a voulu, à l'exemple de Descartes, se mettre à la place de Dieu, et créer comme lui un monde avec la parole ; mais bientôt toutes ces folies de la philosophie sont réprouvées des sages, et même ces édifices fantastiques, détruits par la raison, laissent dans leurs ruines des matériaux dont la raison même fait usage.
Une extravagance pareille a infecté la morale. Il s'est trouvé des esprits assez aveugles pour saper tous les fondements de la société en croyant la réformer. On a été assez fou pour soutenir que le tien et le mien* sont des crimes, et qu'on ne doit point jouir de son travail ; que non-seulement tous les hommes sont égaux, mais qu'ils ont perverti l'ordre de la nature en se rassemblant; que l'homme est né pour être isolé comme une bête farouche ; que les castors, les abeilles, et les fourmis, dérangent les lois éternelles en vivant en république.
Ces impertinences, dignes de l'hôpital des fous, ont été quelque temps à la mode, comme des singes qu'on fait danser dans les
Elles ont été poussées jusqu'à ce point incroyable de démence