JOURNÉE DE LÀ SAINT-BARTUÉLEMT
le cannnal de Lorraine était alors à Rome. La cour lui dépêcha un gentilhomme pour lui porter ces nouvelles. Le cardinal lui fit sur-le-champ présent de rafUe écus d'or. Le pape Grégoire XIII ût incontinent tirer le canon du château Saint-Ange ; on alluma le soir des feux de joie dans toute la ville de Rome. Le lendemain le pape, accompagné de tout les cardinaux, alla rendre grâces à Dieu dans l'église de Saint-Marc et dans celle de Saint-Louis; il y marcha à pied en procession; l'ambassadeur de l'empereur lui portait la queue, le cardinal de Lorraine dit la messe ; on frappa des médailles sur cet événement (j'en ai eu une entre les mains) ; on fit (aire un grand tableau dans lequel les massacres de la Saint-Barthélémy étaient peints. On lit dans une banderole, au haut du tableau, ces mots : Pontifex Colinii necem probat 4.
Charles IX ne survécut pas longtemps à ces horreurs. Il vit que, pour comble de malheurs, elles avaient été inutiles. Les protestants de son royaume, n'ayant plus d'autre ressource que de vendre chèrement leur vie, furent encouragés par leur désespoir. L'atrocité de la Saint-Barthélémy fit horreur a un grand nombre de catholiques, qui, ne pouvant croire qu'une religion si sanguinaire pût être la véritable, embrassèrent la protestante.
Charles IX, dévoré de remords et d'inquiétude, tomba dans une maladie mortelle. Son sang s'alluma et se corrompit ; il lui sortait quelquefois par les pores ; le sommeil le fuyait et quand il goûtait un moment de repos, il croyait voir les spectres de ses sujets égorgés par ses ordres ; il se réveillait avec des cris affreux, tout trempé de son propre sang, effrayé de celui qu'il avait répandu,
1. Il parait que Paul, écuyer du duc de Guise, porta à Rome la tête de Coliffny. C'est ce qu'on peut conclure de ce passage (publié en 1828 dans le tome VU des Archive» historiques du département du Rhône, page 432) d'une lettre de Mandeiot, gouverneur de Lyon, à Charles II, en date du 5 sep» tembre 157Î : • J'ai aussi reçu, sire, la lettre qu'il a plu à V. M. m'escrire, par laquelle elle mande d'avoir esté avertie qu'il y a un bomine qui est parti de par delà avec la teste qu'il auroit prise dudit admirai, après avoir été tué, pour la porter à Rome, et de prendre garde, quand ledit homme arrivera enceste ville, de le faire arrester, et lui oater ladite teste; à quoy j'ai incontinent donné si bon ordre que, s'il se présente, le commandement qu'il plaît à V. H. m'en faire tera ensuivi. Et n'est passé jusques icy par ceste ville autre personne, pour s'en aller du côté de Rome, qu'un escuyer de M. de Guise, nommé Paul, lequel est oit parti quatre heures auparavant du jour mesme que je reçut ladite lettre de V. H. »
Ce fut par les pieds que le corps de l'amiral fut pendu au gibet de Montfaocon. (B.)
n'ayant pour consolation que sa nourrice, et lui disant avec des sanglots : « Ah ! ma nourrice, que de sang ! que de meurtres! qu'aije fait ! je suis perdu. >
11 mourut le 30 mai 1574, n'ayant pas encore vingt-quatre ans1. Le président ilénault a remarqué que le jour dé ses obsèques à Saint-Denis, le parlement, étant à table, envoya un huissier commander au grand aumônier Amyot de venir lui dire grâce, comme au roi de France. On croit bien que le grand aumônier refusa de venir à cette cérémonie.
SECONDE RÉGENCE DB CATHERINE DE UÉDICIS. PREMIERS ETATS DE EMPOISONNEMENT DE HENRI DB COHDÉ. LETTRE DE HENRI IV, ETC.
Charles IX, douze jours avant sa mort, sentant sa tin approcher, remit le gouvernement entre les mains de Catherine sa mère, le 18 mai. Le lendemain on dressa les patentes qui la déclaraient régente jusqu'à l'arrivée de son frère Henri, qui était alors en Pologne. Ces patentes ne furent enregistrées au parlement de Paris que le 3 juin. L'acte porte que « la reine a bien voulu accepter la régence aux instantes prières du duc d'Alençon, du roi de Navarre, du cardinal de Bourbon, et des présidents et conseillers à ce député». Ce fut alors seulement qu'elle prit le titre de reine régente
Henri 111, roi de Poiogne, s'échappa bientôt de Varsovie pour venir tenir d'une main faible, quoique sanguinaire, les rênes du plus malheureux des États, et du plus mauvais gouvernement qui fût alors au monde.
Le duc Henri de Guise, surnommé le Balafré, prit la place de François son père, et son frère Louis, cardinal, celle du cardinal de Lorraine. Tous se mirent à la tête de l'ancien parti, toujours cpposé aux princes de la maison de Bourbon. !
Le cardinal de Lorraine avait imaginé le projet de la Ligne ; le
1. On Ut : n'ayant pas encore vingt-quatre an*, dans tontes les éditions (
données du vivant de Voltaire. Charles IX, né le 27 juin 1550, mon ru t âgé de :
vingt trois ans onze mois trois jours C'est donc par erreur que quelques éditions ; portent ; n'ayant pat encore vingt-cinq an*. (B.)