LE DUC DE BOURBON, PREMIER MINISTRE
par Charles XII, dépossédé par Pierre le Grand, et réfugié à Yen» semfeourg, frontière de l'Alsace, y vivant d'une pension modique que le ministère de France lui payât très-mal. H avait une fiHe élevée dès son berceau dans le malheur, dans la modestie, et dans les vertus qui rendaient ses infortunes pins intéressantes. La dame Tener pria la marquise de la venir voir ; elle lui parla de cette princesse, pour laquelle on avait proposé des partis an peu andessous d'un roi de France '. M*' de Prie partit deux jours après pour Yeissembourg, vit cette infortunée princesse polonaise,, tara* fata ne lui en avait pas assez dit, et la fit reine.
Sans Je conseil privé qu'on assembla pour décider de cette al» lnooe, févéque def réjus dit simplement qu'il ne s'était jamais ooefé de mariage. U laissa conclure l'affaire sans la recommander, et sans s'y opposer. La nouvelle reine fut aussi reconnaissante emer* Mraaeur le Duc que le roi et la reine d'Espagne lurent indignés da renvoi, eu plutôt de l'expulsion de l'infante.
Quelque temps après, les murmures de Versailles et de ftari» ayant éclaté, la défiance entre Monsieur le Duc et le précepteur étant augmentée, la cour ayant formé deux partis, les esprits cammeoçant a s'aigrir, l'évéque déclare enfin au prince ministre que le seul moyen d'en prévenir les suites était de renvoyer de la cour M** de Prie, qui était dame du palais de la reine. La marquise, de son côté, résolut, selon les régies de la guerre de oour, de Caire partir le précepteur*
One des mortifications da premier ministre était que, lorsqu'il travaillait avec le roi aux affaires d'État, Fleury y assistait toujours, et que, lorsque Fleury faisait signer au roi des ordres pour l'Ëfeuse, le prince n'y était point admis. On engagea un jour le roi à venir tenir son petit conseil sur des objets de peu d'importance dans la chambre de la reine, et quand révoque de Fréjus voulut entrer, la porte lui fut fermée. Fleury, incertain si le roi n'était pas du ooro-
1. Entre antres te denier warécàal d'Ëstrées, da nom de Le Teltier. Le ■triage manqua, parce qu'on ne voulut pas faire duc et pair le comte d'Est*hf em considération de celte alliance. La princesse, devenue reine, le traita tajoars avec distinction, et comme un homme qni, dans son infortune, fttait occupé du soin de l'adoucir. (K.) — Cette note, ainsi que le passage au- W elle se rapporte, a paru, pour la première mis, dans les éditions de Kehl «uuae étant des éditeurs; mais je suis tenté de croire qu'eue ait de Je4ttfrfc(B.)
plot, prit incontinent le parti de se retirer au village d'Issy, entre Paris et Versailles, dans une petite maison de campagne appartenant à un séminaire : c'était là son refuge quand il était mécontent ou qu'il feignait de l'être.
Le parti du premier ministre parait triompher pendant quelques heures, mais ce fut une seconde journée des dupes, semblable à cette journée si connue dans laquelle le cardinal de Richelieu, chassé par Marie de Médtcis et par ses autres ennemis, les chassa tous à son tour.
Le jeune Louis XV, accoutumé à son précepteur, aimait en lui un vieillard qui, n'ayant rien demandé jusque-là pour sa famille, inconnue à la cour, n'avait d'autre intérêt que celui de son pupille. Fleury lui plaisait par la douceur de son caractère, par les agréments de son esprit naturel et facile. Il n'y avait pas jusqu'à sa physionomie douce et imposante, jusqu'au son de sa voix, qui n'eût subjugué le roi. Monsieur le Duc, ayant reçu de la nature des qualités contraires, inspirait au roi une secrète répugnance.
Lemonarque, qui n'avait jamais marqué de volonté; qui avait vu avec indifférence son gouverneur, le maréchal de Villeroi, exilé par le duc d'Orléans, régent ; qui, ayant reçu pour femme une enfant de six ans sans en être surpris, l'avait vue partir comme un oiseau qu'on change de cage ; qui avait épousé la fille de Stanislas Leczinski sans faire attention à elle ni à son père ; ce prince enfin à qui tout paraissait égal, fut réellement affligé de la retraite de l'évêque de Fréjus. Il le redemanda vivement, non pas comme un enfant qui se dépite quand on change sa nourrice, mais comme un souverain qui commence à sentir qu'il est le maître. Il fit des reproches à la reine, qui ne répondit qu'avec des larmes. Monsieur le Duc fut obligé d'écrire lui-même à l'évêque, et de le prier au nom du roi de revenir.
Ce petit démêlé domestique fut incontinent le sujet de tous les discours chez tous les courtisans, chez tout ce qui habitait Versailles. Je remarquai qu'il fit plus d'impression sur les esprits que n'en firent depuis toutes les nouvelles d'une guerre funeste à la France et à l'Europe. On s'rgitait, on s'interrogeait, on parlait avec égarement et avec défiance. Les uns désiraient une grande révolution, les autres la craignaient : tout était en alarmes.
Il y avait ce jour-là spectacle à la cour : on jouait Britannicus. le roi et la reine arrivèrent une heure plus tard qu'à l'ordinaire. Tout le monde s'aperçut que la reine avait pleuré ; et je me soutiens que, lorsque Narcisse prononça ce vers * :
Que tardez-vous, seigneur, à la répudier?
presque toute la salle tourna les yeux sur la reine pour l'observer avec une curiosité plus indiscrète que maligne.
Le lendemain, Fleury revint. Il affecta de ne se point plaindre ; et, sans paraître demander ni satisfaction ni vengeance, il se contenta d'abord d'être en secret le maître des affaires. Enfin, le il juin 1726, le roi ayant invité Monsieur le Duc à venir couchera la maison de plaisance de Rambouillet, et étant parti, disait-il, pour l'attendre, le duc de Charost, capitaine des gardes, vint arrêter ce prince dans son appartement; il le mit entre les mains d'un exempt, qui le conduisit à Chantilly, séjour de ses pères et son exil.
La dissimulation de révoque dans cette exécution n'était pas extraordinaire, celle du roi parut l'être ; mais le précepteur avait in spire à son élève une partie de son caractère ; d'ailleurs, on avait dit depuis si longtemps : Qui ne sait dissimuler ne sait pas régner â, que ce proverbe royal, inventé pour les grandes occasions» était toujours appliqué aux petites.
Pâris-Duverney, dès ce moment, ne fut plus le maître de l'État. Le roi déclara dans un conseil extraordinaire que c'était lui qui devait l'être, et que tous les ministres iraient travailler chez l'évêque deFréjus, c'est-à-dire que Fleury allait régner ; les frères Paris furent exilés, et bientôt Duverney fut mis à la Bastille.
Cest ce même Duverney que nous avons vu depuis jouir d'une assez grande fortune, et de beaucoup de considération. Il fut l'inventeur et le vrai fondateur de l'École militaire. Pour MB* de Prie, elle fut envoyée au fond de la Normandie, où elle mourut bientôt dans les convulsions du désespoir *.
n manquait à Fleury d'être cardinal. C'est une qualité étrangère