‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 56 sur 257 · OTAGE DE L'AMIRAL ANSON AUTOUR DU «LOBE · texte numérisé non relu

OTAGE DE L'AMIRAL ANSON AUTOUR DU «LOBE

la France ni l'Espagne ne peuvent être en guerre avec l'Angleterre que cette secousse donnée à l'Europe ne se fasse sentir aux extrémités du monde. Si l'industrie et l'audace de nos nations modernes ont un avantage sur le reste de la terre et sur toute l'antiquité, c'est par nos expéditions maritimes. On n'est pas assez étonné peut-être de voir sortir des ports de quelques petites provinces, inconnues autrefois aux anciennes nations civilisées, des flottes dont un seul vaisseau eût détruit tous les navires des anciens Grecs rt des Romains. D'un côté, ces flottes vont au delà du Gange se Iwer des combats à la vue des plus puissants empires, spectateurs tranquilles d'un art et d'une fureur qui n'ont point encore passé jusqu'à eux; de l'autre, elles vont au delà de l'Amérique se disputer des esclaves dans un nouveau monde.

Rarement le succès est-il proportionné à ces entreprises, nonseulement parce qu'on ne peut prévoir tous les obstacles, mais Parce qu'on n'emploie presque jamais d'assez grands moyens.

1. George Anson était mort le ê juin 1762, et ce chapitre, qui parut en 176g, te dnt pas être composé avant 1765. La famille de l'amiral, ayant lu ce mor- Cttu dans une des éditions de 1768 ou 1769, envoya à l'historien, en signe de recoraaissance, une belle médaille d'or frappée à l'effigie de l'illustre voyageur. VoHaire décrit cette médaille dans sa lettre du 14 juin 1769, à Thieriot, et dans ttlledu 7 juillet fuivant, à d'ArgenUl.

L'expédition de l'amiral Anson est une preuve de ce que peut un homme intelligent et ferme, malgré la faiblesse des préparatifs et la grandeur des dangers.

On se souvient que quand l'Angleterre déclara la guerre à l'Espagne, en 1 739, le ministère de Londres envoya l'amiral Vernon vers le Mexique1, qu'il y détruisit Porto-Bello et qu'il manqua Caiibagène. On destinait dans le même temps George Anson à faire use irruption dans le Pérou par la mer du Sud, afin de rainer, si on pouvait, ou du moins d'affaiblir par les deux extrémités le vaste empire que l'Espagne a conquis dans cette partie du monde. On fit Anson commodore, c'est-à-dire chef d'escadre ; on lui donna cinq vaisseaux, une espèce de petite frégate de huit canons, portant environ cent hommes, et deux navires chargés de provisions et de marchandises : ces deux navires étaient destinés à faire le commerce à la faveur de cette entreprise, car c'est le propre des Anglais de mêler le négoce à la guerre. L'escadre portait quatorze cents hommes d'équipage, parmi lesquels il y avait de vieux invalides et deux cents jeunes gens de recrue : c'était trop peu de forces, et on les fit encore partir trop tard. Cet armement ne fut en haute mer qu'à la fin de septembre 1740*. Il prend sa route par l'île de Madère, qui appartient au Portugal. Il s'avance aux fies du cap Vert, et range les côtes du Brésil. On se reposa dans une petite île nommée Sainte-Catherine, couverte en tout temps de verdure et de fruit, à vingt-sept degrés de latitude australe ; et après avoir ensuite côtoyé le pays froid et inculte des Patagons, sur lequel on a débité tant de fables, le commodore entra, sur la fin de février 1741, dans le détroit de Le Maire, ce qui fait plus de cent degrés de latitude franchis en moins de cinq mois*. La petite chaloupe de huit canons, nommée le Trial (l'Épreuve), fut le premier navire de cette espèce qui osa doubler le cap Horn. Elle s'empara depuis, dans la mer du Sud, d'un bâtiment espagnol de six cents tonneaux, dont l'équipage ne pouvait comprendre comment il avait été pris par une barque venue d'Angleterre dans l'océan Pacifique.

Cependant, en doublant le cap Horn, après avoir passé le détroit

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