‹ Précis du siècle de Louis XVChapitre 57 sur 257 · VOYAGE DE L'AMIRAL ANSON · texte numérisé non relu

VOYAGE DE L'AMIRAL ANSON

& Le Maire» des tempêtes extraordinaires battes"; les vaisseaux cPÀnson, et les dispersent. Un scorbut d'une naîure affreuse fait périr la moitié de l'équipage ; le seul vaisseau du commodore aborde <bfis 111e déserte de Juan Fernandez, dans la mer du Sud, en remontant vers le tropique du Capricorne.

Un lecteur raisonnable, qui voit avec quelque horreur ces soins prodigieux que prennent les hommes pour se rendre malheureux, aux et leurs semblables, apprendra peut-être avec satisfaction que George Anson, trouvant dans cette île déserte le climat le plus doux et le terrain le plus fertile, y sema des légumes et des fruits dont il mit apporté les semences et les noyaux, et qui bientôt couvrirent ftle entière1. Des Espagnols qui y relâchèrent quelques années après, ayant été faits depuis prisonniers en Angleterre, jugèrent qu'il n'y avait qu' Anson qui eût pu réparer, par cette attention généreuse, le mal que fait la guerre, et ils le remercièrent comme leur bienfaiteur.

On trouva sur la côte beaucoup de lions de mer, dont les mates se battent entre eux pour les femelles; et on fut étonné d'y voir dans les plaines des chèvres qui avaient les oreilles coupées, et qui par là servirent de preuve aux aventures d'un Anglais nommé Selkirk, qui*, abandonné dans cette île, y avait vécu seul plusieurs années. Qu'il soit permis d'adoucir par ces petites circonstances la tristesse d'une histoire qui n'est qu'un récit de meurtres et de calamités. Une observation plus intéressante fut celle de la variation de la boussole, qu'on trouva conforme au système de Halley. L'aiguille aimantée suivait exactement la route que ce grand astronome lui avait tracée. Il donna des lois à la matière magnétique, comme fcffton en donna à toute la nature 5. Et cette petite escadre, qui

1- Anson resta, bien satyre loi, trois mois dans cette lie à refaire sa

«otte. (G. A.)

1 Alexandre Selkirk, né en Ecosse vers 1680, avait été abandonné sur l'Ile iaaabitée de Juan FernancUt; il y fut trouvé le 1** février 1709, par, le navigateur Rogers, après un aéjour de quatre ans et quatre mois, pendant lequel il tua un grand nombre de chèvres sauvages. M. Hen telle, dans l'article Siuiri de la Biographie universelle, croit que cette aventure et celle d'un ■otite indien, abandonné dans la même île tn 1681, ont fourni à Daniel d# ?oê le sujet du roman de Robinson.

3. On a pu le dire en Angleterre, mais cela n'est pas exact; les lois de la lanière magnétique sont encore inconnues, et le seront vraisemblablement «longtemps Les phénomènes de l'aimant sont trop compliqués, et paraissent

n'allait franchir des mers inconnues que dans l'espérance du pillage, servait la philosophie sans le savoir.

Anson, qui montait un vaisseau de soixante canons, ayant été rejoint par un autre vaisseau de guerre et par cette]chaloupe nommée V Épreuve, fit, en croisant vers cette tlede Fernandez, plusieurs prises assez considérables. Mais bientôt après, s'étant avancé jusque vers la ligne équinoxiale, il osa attaquer la ville de Parla sur cette même côte de l'Amérique. Il ne se servit ni de ses vaisseaux de guerre, ni de tout ce qui lui restait d'hommes pour tenter ce coup hardi. Cinquante soldats dans une chaloupe à rames firent l'expédition : ils abordent pendant la nuit ; cette surprise subite, la confusiea et le désordre que l'obscurité redouble, multiplient et augmentent le danger. Le gouverneur, la garnison, les habitants, fuient de tous côtés. Le gouverneur va dans les terres rassembler trois cents hommes de cavalerie et la milice des environs. Les cinquante Anglais cependant font transporter paisiblement, pendant trois jours, les trésors qu'ils trouvent dans la douane et dans les maisons. Des esclaves nègres qui n'avaient pas fui, espèce d'animaux appartenant au premier qui s'en saisit, aident à enlever les richesses de leurs anciens maîtres. Les vaisseaux de guerre abordent. Le gouverneur n'eut ni la hardiesse de redescendre dans la ville et d'y combattre, ni la prudence de traiter avec les vainqueurs pour le rachat de la ville et des effets qui restaient encore. (Novembre 1741) Anson fît réduire Payta en cendres, et partit, ayant dépouillé aussi aisément les Espagnols que ceux-ci avaient autrefois dépouillé les Américains. La perte pour l'Espagne fut de plus de quinze cent mille piastres, le gain pour les Anglais d'environ cent quatre-vingt mille, ce qui, joint aux prises précédentes, enrichissait d^jà l'escadre. Le grand nombre enlevé par le scorbut laissait encore une plus grande part aux survivants. Cette petite escouade remonta ensuite vis-à-vis Panama sur la côte où l'on pèche les perles, et s'avança devant Acapulco, au revers du Mexique. Le gouvernement de Madrid ne savait pas alors le danger qu'il courait de perdre cette grande partie du monde.

Si l'amiral Vernon, qui avait assiégé Carthagène, sur la mer

C [tendre de trop de causes pour que le génie seul puisse en deviner les loi». o.tte découverte est au nombre de celles qui ne peuvent être que l'ouvrage du temps. PU

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