SUITE DES EVENEMENTS MÉMORABLES
tait à la cour de se plaindre qu'il n'eût pas encore pris tout l'électorat de Hanovre, et qu'il n'eût pas marché jusqu'à Magdebourg. On pensait que tout devait se terminer en une campagne. Telle avait été la confiance des Français quand ils firent un empereur, et qu'ils crurent disposer des États de la maison d'Autriche, en 1741. Telle elle avait été, quand, au commencement du siècle, Louis XIY et Philippe V, maîtres de l'Italie et de la Flandre, et secondés de deux électeurs, pensaient donner des lois à l'Europe ; et Ton fut toujours trompé. Le maréchal d'Estrées disait que ce n'était pas assez de s'avancer en Allemagne, qu'il fallait se préparer les moyens d'en sortir. Sa conduite et sa valeur prouvèrent que, lorsqu'on envoie une armée, on doit laisser faire le général : car, si on l'a choisi, on a eu en lui de la confiance.
ICITB BES ÉVÉNEMENTS MÉMORABLES. L*ARMÉE ANGLAISE OBLIGÉE DE CAPITULER. JOURNÉE DE ROSBACB. RÉV0LUT10H8.
Le ministère de France avait déjà fait partir le maréchal de Richelieu pour commander l'armée du maréchal d'Estrées, avant qu'on eût su la victoire importante de ce général. Le maréchal de Richelieu, longtemps célèbre par les agréments de sa figure et de son esprit, et devenu plus célèbre par la défense de Gènes et par la prise de Uinorque, alla combattre le duc de Gumberland ; il le poussa jusqu'à l'embouchure de l'Elbe, et là il le força à capituler arec toute son armée (8 septembre 1757). Cette capitulation, plus singulière qu'une bataille gagnée, était non moins glorieuse. L'armée du duc de* Gumberland fut obligée, par écrit, de se retirer au delà de l'Elbe, et de laisser le champ libre aux Français contre le roi de Prusse. Jl ravageait la Saxe, mais on ruinait aussi son pays. Le général autrichien Haddik avait surpris la ville de Berlin, et lui avait épargné le pillage moyennant nuit cent mille de nos livres.
Alors la perte de ce monarque paraissait inévitable. Sa grande déroute auprès de Prague, ses troupes battues prés de Landshut,
à l'entrée de la Silésie, une bataille contre les Russes indécise, mû sanglante, tout l'affaiblissait.
Il pouvait être enveloppé d'un côté par Tannée du maréchal de Richelieu, et de l'autre par celle de l'empire, tandis que les Autrichiens et les Russes entraient en Silésie. (22 auguste 4757) Sa perte paraissait si certaine que le conseil aulique n'hésita pas à déclarer qu'il avait encouru la peine du ban de l'empire, et qu'il était privé de tous ses ûefs, droits, grâces, privilèges, etc. Il sembla lui-même désespérer pour lors de sa fortune, et n'envisagea plus qu'une mort glorieuse. Il fit une espèce de testament philosophique ; et telle était la liberté de son esprit, au milieu de ses malheurs, qu'il l'écrivit en vers français. Cette anecdote est unique *.
Le prince de Soubise *, général d'un courage tranquille et ferme,
1. La pièce fut adressée au marquis d'Argens. En voici quelques vers :
Ami, le sort en est jeté I Las de plier dans l'infortune Sous le jo g de l'adversité, J'accourcis le temps ai rôle Qne la nature, no're mère, A mes jours remplis de misère ▲ daigné prodiguer par libéralité.
Je disais au matin, les yeux couverts de pleura i Le jour dans peu va renaître
M'annonçai. t de nouveau* millyurs.
Je disais i la nuit : Tu vas bientôt paraîtra
Four éterniser ma douleur.
Vous, de la liberté héros que je révère, 0 mènes de Caton, à mânes de Brutus,
Votre illustre ex mpie m'éclaire!.-
Ma, ayant recommandé sa mémoire A d'Àrgens «
Chaque printemps, disait-il pour finir,
de fleurs éctoses
Sourkns-4oi d'orner mon tombeau.
Noa-ceuleaaent 4'Argeae, mus aussi Voltaire, hri écrivirent pour combattra ion projet, et les remontrances de ces amis opérèrent si bien qu'A la veille dt la bataille de Rosbach il ne rêvait plus la mort que glorieuse :
Pour moi, menaeé du naufrage,
Jo veux, en affrontant l'orage,
Penser, vivre et mourir e.i roi.
Cest amsi qu'A écrit à Voltaire. Voltaire, dans cette histoire héroïque, joui le rôle de confident et celui d'intermédiaire. Il fut chargé par Frédéric de proposer la paix. (G. A.)
t. Charles de Rohan, prince de Soubise, né peu de temps avant la mort de Louis XIV. Il s'était distingué A Fontenoy; mais les Pressens rai dorent 11