‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherche sur les éléments premiers de cette écriture sacréeChapitre 28 sur 79 · Outre cela, un nombre assez considérable de · texte numérisé non relu

Outre cela, un nombre assez considérable de

( M5 ) formes geoméiriques est admis parmi les élémens de l'écriture sacrée; les iignes droites, courbes ou brisées, des angles, des triangles, des quadrilatères, des parallélogrammes, des cercles, des sphères, des polygones , y sont fréquemment reproduits , et sur4tout les figures les plus simples.

4. Mais ce n'était point assez pour ce singulier système d'écriture, de s'être approprié, par une imitation plus ou moins parfaite, les formes si variées que l'homme observe dans la nature vivante, et celles que sa main industrieuse impose à la nature inerte ; l'imagination vint à son tour accroître les moyens d'expression, en créant ux\q nombreuse suite de nouveaux caractères bien distincts de tous les autres , puisqu'ils présentent des combinaisons de formes que l'œil n'apercevra jamais dans le domaine de l'existence réelle. Ces images sont celles d'êtres fantastiques , et semblent pour la plupart n être que les produits du plus extravagant délire; et tels sont des corps humains unis aux têtes de divers animaux, des serpens, des vases même, montés sur des jambes d'homme , des oiseaux et des reptiles à tête humaine, des quadrupèdes à tête d'oiseau, &c.

5. Tous ces signes, de classes si différentes, se trouvent constamment mêlés ensemble, et une inscription hiéroglyphique présente l'aspect d'un véritable chaos ; rien n'est à sa place ; tout manque de rapport ; les objets les plus opposés dans la nature se trouvent en contact immédiat , et produisent des alliances monstrueuses : cependant des règles invariables , des combi-

naisons méditées, une marche calculée et systématiaue, ont incontestablement dirigé la main qui traça ce tableau , en apparence si désordonné ; ces caractères tellement diversifiés dans leurs formes , souvent si contraires dans leur expression matérielle, n'en sont pas moins des signes qui servent à noter une série régulière d'idées , expriment un sens fixe , suivi , et constituent ainsi une véritable écriture. Il ne serait plus permis d'avancer aujourd'hui , comme on l'osa jadis (i), que les hiéroglyphes n'ont été employés que pour servir d'ornement aux édifices sur lesquels on les gravait , et qu'ils n'ont jamais été inventés pour peindre les idées.

6. Il faut donc entendre par hiéroglyphes , des caractères qui, dans leur ensemble ou dans leurs parties , étant des imitations plus ou moins exactes d'objets naturels, furent destinés, non pas à une vaine décoration , mais à exprimer la pensée de ceux qui en réglèrent l'arrangement et l'emploi.

- 7. Le premier pas à faire dans l'étude raisonnée du système d'écriture dont ces caractères sont les élémens , était sans contredit de distinguer d'abord les hiéroglyphes proprement dits , de toutes les autres représentations qui couvrent les anciens monumens de travail égyptien, et, en second lieu, de se bien familiariser avec les formes mêmes de ces nombreux caractères.

La première dictinction, si importante et si fonda-

(i) Dissertation sur l'Écriture hiéroglyphique , par l'abbé Tandcau de Saint-Nicolas; Paris, Barbou, 1762, in-H."

( ^57 ) mentale, ayant été négligée, on prit pendant longtemps, les figures et les divers objets reproduits dans des peintures et des bas-reliefs égyptiens qui représentent simplement des scènes allégoriques, religieuses, civiles ou militaires, pour de véritables hiéroglyphes , et l'on s'épuisa en vaines conjectures sur le sens de ces tableaux , n'exprimant, pour la plupart, que ce qu'ils montraient réellement aux yeux ; mais on s'obstinait à vouloir y reconnaître un sens occulte et profond, à y voir, sous des apparences prétendues allégoriques, les plus secrètes spéculations de la philosophie égyptienne. Malgré même les salutaires avertissemens donnés à cet égard par les auteurs de la Description de ï Egypte, qui ont très-bien distingué les simples bas-reliefs et tableaux, des légendes et des inscriptions réellement hiéroglyphiques qui les accompagnent , nous avons vu nagu^ère paraître de longs ouvrages dont le titre seul se rapportait à {écriture hiéroglyphique , tout leur contenu ne présentant que des explications plus ou moins hasardées de simples bas-reliefs ou de tableaux peints, dont on avait même la précaution d'élaguer les véritables légendes hiéroglyphiques comme tout- à-fait étrangères au sujet traité.

II est encore tout aussi indispensable d'acquérir une connaissance exacte des formes mêmes des caractères hiéroglyphiques, en les étudiant individuellement : on s'étonnera moins de la presque nullité des progrès que les savans ont pu faire dans leur interprétation , à mesure que l'on se convaincra du peu de soins qu'ils

( ^58 ) ont pris de bien fixer leurs idées sur ces formes, et qu'on s'assurera sur-tout de l'extrême négligence avec laquelle ont été exécutés les dessins et les gravures des inscriptions hiéroglyphiques qui ont servi de fondemens à leurs travaux : on peut affirmer, en eiïet, que les copies d'inscriptions hiéroglyphiques produites dans les ouvrages de Kircher, Montfaucon et du comte de Caylus, par exemple, ne méritent aucune confiance; et les recueils publiés depuis cette époque, moins imparfaits sous beaucoup de rapports, ne sont cependant point exempts de tout reproche (i). Le moyen de ne point s'égarer dans ses recherches serait de ne travailler qu'en ayant sous les yeux un très-grand nombre de monumens originaux , ou de ne se confier qu'à des dessins exécutés par des personnes qui auraient fait une longue et minutieuse étude des produits de l'art égyptien ; on ne s'exposerait point alors à asseoir des hypothèses sur des dessins qui n'ont presque rien de commun avec les textes originaux.

S. II. Tracé des Signes.

8. Sous le seul rapport de leur exécution , les caractères hiéroglyphiques peuvent être partagés en phisieurs classes très-distinctes, d'après le degré de précision , d'élégance ou d'exactitude avec lequel ils sont

(i) On peat citer comme modèles de fidélité les pierres gravées et amulettes égyptiennes publiées par M. Dubois , et les manuscrits hiéroglyphiques et hiératiques gravés dans la Description de l'Egypte,

( M9 ) exécutes ; les clifTérences qu'on observe entre un texte

hicroglyphique et un autre, proviennent souvent aussi

de la différence même des deux matières sur lesquelles

ils sont tracés, et sur-tout de la proportion qu'on a

trouvé convenable de donner aux caractères.

p. Certains hiéroglyphes sculptés sur la pierre ou dessinés sur différentes matières , sont exécutés avec une grande recherche, et souvent avec ce soin minutieux qui ne laisse échapper aucun petit détail ; les figures d'animaux sur-tout sont traitées avec une pureté de dessin qui ne permet point de méconnaître leur genre et leur espèce. Les meubles, les vases , les divers instrumens, ne manquent jamais d'une certaine élégance ; tous les signes enfin semblent reproduire avec hardiesse et fidélité l'objet que l'artiste se proposait de représenter.

Le vif éclat des couleurs appliquées sur les signes,les unes d'après les indications fournies par la nature même de l'objet figuré , les autres d'après certaines règles conventionnelles , venait ajouter à la richesse des caractères, et rendait l'imitation encore plus frappante.

Nous donnerons à ces hiéroglyphes qui offrent une représentation complète et détaillée d'objets physiques, le nom d'HiÉKOGLYPHES PURS ; cette espèce paraît avoir été sur-tout réservée pour les monumens publics, et répondait, en effet, à la magnificence des constructions. ( Voyez pi. XIV, n.^ i.)

Les sculpteurs exécutaient les hiéroglyphes purs d«

( 2^o ) trois manières : i.° en ^jj-r^//^très-surbaissé , sur-tout dans l'intérieur des édifices; 2." en bas-relief clans le creux , méthode propre à l'art égyptien , et dont le but principal fut la conservation des caractères : cette seconde manière est la plus générale; les temples, les obélisques et quelques stèles en offrent de très-beaux modèles; 3.° on traçait les contours et tous les détails intérieurs de l'hiéroglyphe, sur la pierre ou le métal, avec un instrument très-aigu.

On a trouvé également des inscriptions en hiéroglyphes purs , tracées d'abord au pinceau et coloriées ensuite. Quelques portions de manuscrits offrent également, dans leurs scènes principales, des légendes en hiéroglyphes purs écrites avec le roseau et coloriées enfin au pinceau. [Voyei pi. XIV, n.° i.)

10. D'autres inscriptions hiéroglyphiques ne sont en quelque sorte composées que des silhouettes des hiéroglyphes purs; le sculpteur, après avoir dessiné les contours extérieurs du signe , en évidait entièrement l'intérieur, qu'on remplissait quelquefois d'un mastic ou d'un émail colorié. {Voyez pi. XIV, n.° 2.)

Le peintre dessinait, pour ainsi dire, l'ombre régulière de l'objet représenté par le signe, l'intérieur du caractère ne présentant aucun détail et étant totalement noir, rouge ou bleu, selon la couleur employée pour l'inscription entière. [Voyez planche XIV, n.° 3.) Le texte hiéroglyphique de Rosette , la plupart des inscriptions qui décorent les petits bas-reliefs, les stèles, les statuettes, les scarabées , les vases funéraires et

les amulettes , sont conçus en cette espèce d'hiéroglyphes , que l'on pourrait designer sous le nom

d'HiÉROGLYPHES PROFILÉS.

1 1. Mais la plupart des manuscrits et des légendes qui décorent les cercueils des momies , sont formés de caractères n'offrant qu'un simple trait, qu'une esquisse fort abrégée des objets , et qui , composée du plus petit nombre de traits possible , souvent fort spirituelle , suffit toujours pour qu'on ne se méprenne point , lorsqu'on a quelque habitude des hiéroglyphes purs , sur la nature de l'objet dont le caractère retrace ou plutôt indique succinctement la forme. ( Voyei^l. XIV, n." 4-) J'ai donné à cette espèce de caractères, la plus fréquemment employée, le nom d'HiÉROGLYPHES linéaires; on les a pris quelquefois à tort pour ceux de l'écriture hiératique, qui en différent très -essentiellement et forment en réalité une espèce d'écriture à part. [Voyez pi. XIV, n.° 5.)

I 2. Les Égyptiens tracèrent les hiéroglyphes linéaires sur le papyrus avec un roseau semblable à ceux dont se servent encore les Arabes et qu'ils appellent ^ Qalam; ce roseau portait en langue égyptienne le nom de K^oj fkaschj. Pour écrire sur la toile ou sur le bois, et même sur des tables de pierre , ils employaient le pinceau KZ^oji^qais [kasch-am-foi] , instrument qui paraîtrait, d'après son nom même, avoir été appliqué, postérieurement au kasch ou roseau , à l'usage d'écrire ; car le mot K2.-cy»5^qa\s signifie kasch ou roseau de poil.

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