‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherche sur les éléments premiers de cette écriture sacréeChapitre 29 sur 79 · Telles sont les principales distinctions qu'il · texte numérisé non relu

Telles sont les principales distinctions qu'il

est utile d'ctabiir dans les méthodes d'après lesquelles furent traces les caractères hiéroglyphiques: ces différences ne constituent point trois écritures particulières; ce ne sont simplement que des manières plus ou moins parfaites, plus ou moins expéditives, d'écrire, de graver ou de peindre les élémens d'un seul et même système graphique.

i4- L'éclat des couleurs variées ajouté aux signes hiéroglyphiques , et la nature matérielle de ces signes , prouvent que l'art de l'écriture fut, en Egypte, essentiellement lié à l'art de peindre; ou plutôt ce n'était qu'un seul et même art, arrivant au même but par les mêmes moyens, l'imitation des objets, avec cette seule différence que la peinture procédait toujours au propre, tandis que l'écriture fut souvent forcée de recourir à des formes tropiques pour exprimer un certain ordre de choses qui, ne tombant point sous les sens, échappaient au pinceau du peintre pour devenir la propriété exclusive de l'écrivain; il fut donc naturel en Egypte, plus que par-tout ailleurs, que, dans la langue pariée qui a conservé l'empreinte bien caractérisée des mœurs et des usages primitifs, un même mot exprimât l'action dépeindre et celle lÏ écrire (i), ï écriture et ia peinture [i), le scriùeetie peintre ['^). Cette seule observation suffirait, s'il en était besoin , pour prouver qu'à l'origine

(i) Thébain C^2>.i , Memphitique Cjb^S-

(2) Thébain ^-ULUTrC&-^ , Memphitique "^UETcb^.

(3) Thcbain IîpEqC^>, Memphitique ÎÏSptqc|D2>J.

de la civilisation égyptienne, la première écriture usitée consista, comme au Mexique , dans la simple peinture des choses : ce système imparfait fut successivement régularisé , changea presque totalement de nature par le seul effet des progrès de l'intelligence humaine, et constitua enfin cette écriture Iiiéroglyph'njue qui couvre les édifices de l'Egypte ; système graphique aussi supérieur dans ses procédés et dans ses résultats aux peintures informes des peuples d'Anahuac, que les monumens de Thèbes sont au-dessus des grossiers essais de la sculpture et de de l'architecture aztèque.

§. III. Nombre des Caractères hiéroglyphiques.

15. L'écriture sacrée des Egyptiens, identifiée en quelque sorte avec la peinture, s'empara du domaine entier des formes physiques , et ses caractères se multiplièrent progressivement au point de former ces riches tableaux dont les élémens variés ofl^i'ent un intérêt si piquant même à la simple curiosité.

Mais le nombre réel de ces signes n'est ni aussi étendu qu'il semble l'être au premier examen, ni aussi borné qu'on a voulu le croire.

Un voyageur moderne, dont les opinions sont rarement exemptes de quelque légèreté, le chevalier Bruce, assure que pendant son voyage en Egypte , et en parcourant les divers monumens antiques de cette contrée, il n'a pu compter que cinq cent quatorie (i) hiéroglyphes

(1) Voyage aux sources du I\'il, tome I, pog. 135 , cdit. cIj Vm'u.

( ^64 ) dont les formes différassent essentiellement. Sans nous arrêter à la singulière induction qu'il en tire, savoir, que cinq cents hiéroglyphes ne pouvaient yôr/z/^r ^} eux seuls une langue , concluons de notre côté que Bruce fit son recueil d'une manière bien superficielle , puisque le célèbre Georges Zoëga, en étudiant les seuls obélisques de Rome et quelques monumens renfermés dans les musées de l'Italie , parvint à recueillir une suite de neuf cent cinquante-huit signes hiéroglyphiques qu'il regardait comme bien distincts (i).

I G. Je suis très-porté à croire que ce savant Danois a souvent noté comme signes diiférens, des caractères qui ïi 'étaient au fond que des variations sans conséquence les uns des autres , puisque ayant moi-même recueilli d'après les meilleurs dessins des monumens existant en Italie , et sur-tout en étudiant un très-grand nombre de manuscrits et de monumens originaux de toute espèce, les hiéroglyphes bien évidemment distincts par leur forme, je n'ai cependant pu obtenir qu'un résultat numérique inférieur à celui de Zoëga.

On sent d'ailleurs qu'en un calcul de ce genre, il est pour ainsi dire impossible d'arriver, dans l'état actuel de nos connaissancies , à un résultat rigoureusement exact : comment se défendre, en effet, de ne point compter fréquemment comme signes distincts, deux caractères différant seulement par certains détails qui n'apportaient toutefois aucun changement dans la

(0 De Oriri/ie et Usu uteliiconim, cap. z, scct. IV, pag. l^^-j.

( 2^5 ) signification : telles sont, i.' les diverses variantes de la

cassolette ou encensoir, signes de la consonne B (i), qui porte tantôt deux grains d'encens à côté de la flamme , et tantôt la flamme seule reconnaissable uniquement à sa couleur ; 2.° les variantes de cette espèce de jardin , qui, toutes, n'expriment cependant que la consonne ty (schei) (2).

On est exposé tout aussi fréquemment à séparer comme signes difFérens, des images d'objets d'une même espèce, parce qu'ils varient assez essentiellemment dans leur forme : il a pu arriver cependant que ces images ne fussent que les signes d'une seule et même idée, et qu'il fût peu important qu'on leur donnât telle forme plutôt que telle autre , pourvu que l'espèce de l'objet représenté fût bien reconnaissable : du nombre de ces signes synonymes sont, sans aucun doute , des vases de diverses formes qui n'expriment que la seule consonne N , et les coiffures diverses qui expriment aussi la même articulation (3).

17. Ainsi donc, ces relevés de signes hiéroglyphiques ne pourront être faits avec quelque exactitude, qu'au moment où l'on connaîtra le mode d'expression et la valeur de la plus grande partie d'entre eux ; tout ce que nous tenterions de faire maintenant, se bornerait à recueillir sans aucun fruit réel les formes distinctes disséminées dans les textes iiiéroglyphiques; mais ce tra-

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