‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 10 sur 59 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LETTREa M. Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Egyptiens pour inscrire sur leurs monumens les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains.

Monsieur»

Je dois aux bontés dont vous m’honorez l'indulgent intérêt que l’Académie royale des inscriptions et beliesiettres a bien voulu accorder à mes travaux sur les écritures égyptiennes, en me permettant de lui soumettre mes deux Mémoires sur i’écriture hiératique ou sacerdotale, et sur i’écriture démotique ou populaire; j’oserai enfin, après cette épreuve si flatteuse pour moi , espérer d’avoir réussi à démontrer que ces deux espèces d’écriture sont, l’une et l’autre, non pas entièrement alphabétiques, ainsi qu’on l’avait pensé si généralement, mais souvent aussi idéographiques , comme les hiéroglyphes mêmes, c’est-à-dire, peignant tantôt les idées et tantôt les sons d’une langue; et je crois être enfin parvenu, après dix années de recherches assidues , à réunir des données presque complètes sur la théorie générale de ces deux espèces d’écriture, sur l’origine, la nature, la forme et le nombre de leurs signesv, les règles de leurs combinaisons au moyen de ceux de ces signes qui remplissent desfonctions purement

logiques ou grammaticales, et avoir ainsi jeté les premiers fondemens de ce qu’on pourrait appeler la grammaire et le dictionnaire de ces deux écritures employées dans le grand nombre de monumens dont l’interprétation répandra tant de lumière sur l’histoire générale de l’Egypte. A l’égard de l’écriture démotique en particulier, il a suffi de la précieuse inscription de Rosette pour en reconnaître l’ensemble; la critique est redevable d’abord aux lumières de votre illustre confrère M. Silvestre' de Sacy, et successivement à celles de feu Ackerblad et de M. le docteur Young, des premières notions exactes qu’on a tirées de ce monument, et c’est de cette même inscription que j’ai déduit la série des signes démotiques qui, prenant une valeur alphabétique, exprimaient, au milieu dégroupés idéographiques, les noms propres des personnages étrangers à l’Égypte. C’est ainsi encore que le nom des Ptolémées a été retrouvé et sur cette même inscription et sur un manuscrit en papyrus récemment apporté d’Égypte.

Il ne me reste donc plus , pour compléter mon travail sur les trois espèces d’écritures égyptiennes, qu’à produire mon Mémoire sur les hiéroglyphes purs. J’ose espérer que mes nouveaux efforts obtiendront aussi un accueil favorable de votre célèbre Compagnie , dont la bienveillance a été pour moi un si précieux encouragement.

Mais dans l’état actuel des études égyptiennes, lorsque de toute part les monumens affluent et sont recueillis par les souverains comme par les amateurs,

lorsque aussi, et à ieur sujet, ies savans de tous les pays s’empressent de se iivrer à de laborieuses recherches, et s'efforcent de pénétrer intimement dans la connaissance de ces monumens écrits qui doivent servir à expliquer tous les autres, je ne crois pas devoir remettre à un autre temps d’offrir à ces savans , et sous vos honorables auspices, une courte mais importante série de faits nouveaux, qui appartient naturellement à mon Mémoire sür l’écritur & hiéroglyphique , et qui leur épargnera sans doute la peine que j’ai prise pour l’établir, peut-être aussi de graves erreurs sur les époques diverses de l’histoire des arts et de l’administration générale de l’Egypte i car il s’agit de la série des hiéroglyphes qui, faisant exception à la nature générale des signes de cette écriture, étaient doués de la faculté d’exprimer les sons des mots , et ont servi à inscrire sur les monümens publics de l’Egypte, les titres, les noms et ies surnoms des souverains grecs ou romains qui la gouvernèrent successivement. Bien des certitudes pour l’histoire de cette contrée célèbre doivent naître de ce nouveau résultat de mes recherches, auquel j’ai été conduit trèsnaturellement.

L’interprétation du texte démotique de l’inscription de Rosette par le moyen du texte grec qui l’accompagne, m’avait fait reconnaître que les Egyptiens se servaient d’un certain nombre de caractères démotiques auxquels ils avaient attribué la faculté d’exprimer des sons, pour introduire dans leurs textes les noms propres et les mots étrangers a la langue égyptienne. On sent facilement l’indispensable nécessité d’une telle institution dans tout

système d’écriture idéographique. Les Chinois, qui se servent d’une écriture idéographique, emploient aussi un procédé à-peu-près semblable , et créé pour ie même motif. ■

Le monument de Rosette nous présente l’application de ce système auxiliaire d’écriture , que nous avons appelé phonétique, c’est-à-dire exprimant les sons , dans les noms propres des rois Alexandre , Ptolémée , des reines Arsinoé, Bérénice , dans les noms propres de six autres personnages, A et es, Pyrrha , Philinus, Aréia, Diogène , Irène, dans le mot grec STNTASIS et dans OTHNN (i).

Un manuscrit sur papyrus , en écriture démotique, récemment acquis pour 1e cabinet du Roi, nous a donné aussi les noms Alexandre , Ptolémée , Bérénice et Arsinoé , semblables à ceux du monument de Rosette, de plus les noms phonétiques du roi Eupator et de la reine Cléopâtre, et ceux de trois personnages grecs, Apollonius, Anîimachus et Antigène (2).

(1) Voyez ma planche III , n.os 1 à 12, et l’explication des planches.

(2) Voyez ma planche III, n.os 13 à 21. Ce manuscrit démotique est du nombre des papyrus en diverses langues que la bibliothèque du Roi vient d’acheter de M. Casati, et sur lesquels M. Saint-Martin a donné, dans le Journal des Savans du mois de septembre, une intéressante notice. D’après ma traduction du protocole de ce contrat démotique, c’est un acte public du règne d’Évergète II , et dans lequel sont nommées trois Cléopâtres, Cléopâtre sa sœur et sa femme, Cléopâtre fille du roi ( Philométor) et Cléopâtre sa mère, M. Raoul-Rochette se proposait, en 1822, de publier ce manuscrit égyptien, avec quelques autres papyrus du cabinet du Roi. Ce savant eût fait un véritable présent à l’archéologie égyptienne ; mais jusqu’ici ce projet n’a pas eu de suite.

Vous avez sans doute remarqué, Monsieur, dans mon Mémoire sur l’écriture démotique égyptienne, que ces noms étrangers étaient exprimés phonétiquement au moyen de signes alphabétiques. La valeur de chaque caractère est reconnue et invariablement fixée par la comparaison de ces divers noms; et de tous ces rapprochemens , est résulté l 'alphabet démotique figuré sur ma planche VI, colonne deuxième.

L’emploi de ces caractères phonétiques une fois constaté dans l’écriture démotique , je devais naturellement en conclure que puisque les signes de cette écriture populaire étaient, ainsi que je l’ai exposé, empruntés de l’écriture hiératique ou sacerdotale, et puisque encore les signes de cette écriture hiératique ne sont, comme on l’a reconnu par mes divers Mémoires, qu’une représentation abrégée , une véritable tachygraphie des hiéroglyphes , cette troisième espèce d’écriture, l’ hiéroglyphique pure , devait avoir aussi un certain nombre de ces signes doués de la faculté d’exprimer les sons; en un mot, qu’il existait également une série d’ hiéroglyphes phonétiques. Pour s’assurer de la vérité de cet aperçu , pour reconnaître l’existence , et discerner même la valeur de quelques-uns des signes de cette espèce, il aurait suffi d’avoir sous les yeux , écrits en hiéroglyphes purs , deux noms propres de rois grecs préalablement connus, et contenant plusieurs lettres employées à-la-fois dans l’un et dans l’autre, tels que Ptolémée et Cléopâtre , Alexandre et Bérénice, & c.

Le texte hiéroglyphique de l’inscription de Rosette, qui se serait prêté si heureusement à cette recherche,

ne présentait, à cause de ses fractures, que le seul nom de Ptolémée .

Lobéiisque trouvé dans file dePhilæ, et récemment transporté à Londres, contient aussi le nom hiéroglyphique d’un Ptolémée ( voyez ma planche III , n ,° 2 3 ) , conçu dans les mêmes signes que dans l’inscription de Rosette, également renfermé dans un cartouche (t), et il est suivi d’un second cartouche qui doit contenir nécessairement le nom propre d’une femme, d’une reine Lagide , puisque ce cartouche est terminé par les signes hiéroglyphiques du genre féminin , signes qui terminent aussi les noms propres hiéroglyphiques de toutes les déesses égyptiennes sans exception (2). L’obélisque était lié, dit-on, à un socle portant une inscription grecque, qui est une supplique des prêtres d’Isis à Phibe, adressée au roi Ptolémée, à Cléopâtre sa sœur, et à Cléopâtre sa femme (3). Si çet obélisque et l’inscription hiéroglyphique qu’il porte étaient une conséquence de la supplique des prêtres qui, en effet, y

(1) Voyez mes Observations sur V obélisque égyptien de Vile de Pliilæ , dans la Revue encyclopédique, cahier de mars 1822; et le cartouche de l’inscription de Rosette, à la planche III, n.° 22.

(2) Voyez ma planche III, n.° 21.

(3) On doit à M. JLetronne une savante explication de cette inscription grecque , et publiée sous ce titre : Eclaircissement sur une inscription grecque , contenant une pétition des prêtres d’Isis, dans l’ile de Philæ, à Ptolémée Evergète second , copiée à Pliilæ , par M . Cailliaud, en octobre 1816 ; lus à l’Académie royale des inscriptions et belleslettres. Paris , Imprimerie royale, 1822, in-8.° A l’égard des deux reines Cléopâtre, nommées à-la-fois dans l’inscription, voyez, d’après la citation de M. Letronne, les Annales des Lagide s , par M. CharnpolIion-Figeac, tom. II, page 168.

parlent de la consécration d’un monument analogue , le cartouche du nom féminin ne pouvait être nécessairement que celui d’une Cléopâtre. Ce nom et celui de Ptolémée qui, dans le grec, ont quelques lettres semblables, devaient servir à un rapprochement comparatif des signes hiéroglyphiques composant l’un et l’autre ; et si les signes semblables dans ces deux noms exprimaient dans l’un et l’autre cartouche les mêmes sons , ils devaient constater leur nature entièrement phonétique.

Une comparaison préliminaire nous avait aussi fait connaître que, dans l’écriture démotique, ces deux mêmes noms écrits phonétiquement employaient plusieurs caractères tout-à-fait semblables (i). L’analogie des trois écritures égyptiennes dans leur marche générale, devait nous faire espérer la même rencontre et les mêmes rapports dans ces mêmes noms écrits hiéroglyphiquement : c’est ce qu’a aussitôt confirmé la simple comparaison du cartouche hiéroglyphique renfermant le nom de Ptolémée (2) avec celui de l’obélisque de Philæ, que nous considérions, d’après l’inscription grecque, comme contenant le nom de Cléopâtre (3).

Le premier signe du nom de Cléopâtre qui figure une espèce de quart de cercle , et qui représenterait le K, ne devait point se trouver dans le nom de Ptolémée : il n’y est point en effet.

(1) Voyez planche III, n.° 2 ou 14 et 17.

(2) Voyez ma planche III, n.° 22.

(3) Voyez ma planche III, n.° 24.

Le second, un lion en repos qui doit représenter le A est tout-à-fait semblable au quatrième signe du nom de Ptolémée, qui est aussi un A (riroA).

Le troisième signe du nom de Cléopâtre est une plume ou feuille qui représenterait la voyelle brève E; on voit aussi à ia fin du nom de Ptolémée deu x feuilles semblables, qui ne peuvent y avoir, vu leur position, que la valeur de la diphthongue AI, de AIOX.

Le quatrième caractère du cartouche hiéroglyphique de Cléopâtre, représentant une espèce de fleur avec sa tige recourbée , répondrait à PO du nom grec de cette reine. Il est en effet le troisième caractère du nom de Ptolémée (Ilro).

Le cinquième signe du nom de Cléopâtre, qui a la forme d’un parallélogramme, et qui doit représenter le II, est de même le premier signe du nom hiéroglyphique de Ptolémée.

Le sixième signe répondant à la voyelle A de KAEO- IIATPA est un épervier, et ne se voit pas dans le nom de Ptolémée, ce qui doit être en effet.

Le septième caractère est une main ouverte, représentant le T; mais cette main ne se retrouve pas dans le mot Ptolémée, ou la seconde lettre, le T, est exprimée par un segment de sphère , qui néanmoins est aussi un T j caron verra plus bas pourquoi ces deux signes hiéroglyphiques sont homophones.

Le huitième signe de KAEOÜATPA, qui est une bouche vue de face, et qui serait le P (rhô), ne se retrouve pas dans le cartouche de Ptolémée, et ne doit point y être non plus.

Enfin, le neuvième et dernier signe du nom de la reine, qui doit être la voyelle A, est en effet i’e'pervier , que nous avons déjà vu représenter cette voyelle dans la troisième syllabe du même nom. Ce nom propre est terminé par les deux signes hiéroglyphiques du genre féminin; celui de Ptolémée l’est par un autre signe qui consiste en un trait recourbé, et qui équivaut au S grec, comme nous le verrons bientôt.

Les signes réunis de ces deux cartouches, analysés phonétiquement, nous donnaient donc déjà douze signes, répondant à onze consonnes et voyelles ou diphthongues de l’alphabet grec: A, AI, E, K, A, M,

La valeur phonétique déjà très-probable de ces douze signes, deviendra incontestable, si, en appliquant ces valeurs à d’autres cartouches ou petits tableaux circonscrits, contenant des noms propres et tirés des monumens égyptiens hiéroglyphiques, on en fait sans effort une lecture régulière, produisant des noms propres de souverains , étrangers à la langue égyptienne.

Parmi les cartouches recueillis sur les divers édifices de Karnac à Thèbes, et publiés dans la Description de l’Egypte (Ant. , tom. III, pi. 38 ), j’ai remarqué un de ces cartouches numéroté 13 (1), composé de signes déjà connus pour la plupart d’après l’analyse précédente, et qui se trouvent dans l’ordre suivant : Xépervier, A; le lion en repos, A-, un grand vase à anneau, encore

(1) Voyez ma planche III, n.° 25.

inconnu; le trait recourbé, £; la plume seule , E ou toute autre voyelle brève ; le signe vulgairement nommé signe de l’eau, inconnu; la main ouverte, T; la bouche de face, P; deux sceptres horiiontaux affrontés , encore inconnu. Ces lettres réunies donnent AA. SE. TP.; et en assignant au vase à anneau la valeur cfu K, à l’hiérogiyphe de l’eau la valeur du N , et au signe final la valeur du S, on a le mot AAKSENTPS, qui est écrit ainsi, lettre pour lettre, en écriture démotique, dans l’inscription de Rosette et dans le papyrus du cabinet du Roi, à la place du nom grec AAEEANAPOS (i).

Ce nouveau nom nous donne ainsi trois caractères phonétiques de plus, répondant aux lettres grecques K, N et S.

Il est facile de justifier la valeur que nous leur assignons.

Le vase à anneau est une nouvelle forme du K, déjà désigné, dans le nom KAEOÜATPA, par un quart de cercle. On a déjà vu aussi que la lettre T était également représentée par deux signes différens ; mais on ne devra pas s’étonner de cette synonymie et de cette multiplicité de signes pour exprimer le même son, chez un peuple dont l’écriture fut primitivement idéographique.

On ne peut point en effet considérer l’écriture phonétique des Égyptiens, soit hiéroglyphique , soit démotique, comme un système aussi fixe et aussi invariable que nos alphabets. Les Égyptiens étaient habitués à

(i) Planche III, n,os i et 13.

représenter directement leurs idées : l’expression des sons n’était, dans leur écriture idéographique, qu’un moyen auxiliaire; et lorsque l’occasion de s’en servir se présenta plus fréquemment, ils songèrent bien à étendre leurs moyens d’exprimer les sons , mais ne renoncèrent point pour cela à la partie idéographique de leurs écritures , consacrées par la religion et par leur usage continu pendant un grand nombre de siècles. Ils peuvent avoir procédé alors, comme l’ont fait, dans des conjonctures absolument pareilles, les Chinois , qui , pour écrire un mot étranger à leur langue, ont tout simplement adopté les signes idéographiques dont la prononciation leur paraît offrir le plus d’analogie avec chaque syllabe ou élément du mot étranger qu’il s’agit de transcrire. On conçoit donc que les Égyptiens voulant exprimer, soit une voyelle, soit une consonne, soit une syllabe d’un mot étranger, se soient servis d’un signe hiéroglyphique exprimant ou représentant un objet quelconque dont le nom , en langue parlée, contenait ou dans son entier, ou dans sa première partie, le son de la voyelle, de la consonne ou de la syllabe qu’il s’agissait d’écrire. C’est ainsi que parmi les hiéroglyphes phonétiques dont le son est déjà reconnu, ïépervier, qui exprimait la vie, Xarne, ahé , ahi , ou tout autre oiseau en général, en égyptien halêt, est probablement devenu

le signe du son A; que l’hiéroglyphe dit signe de l'eau, qui, dans les textes idéographiques, représente certainement la préposition égyptienne h, de , est devenu le signe de l’articulation N ; que la bouche, en égyptien

pO, ro , a été choisie pour représenter la consonne grecque P, &c. Nous concevrons de même comment le son T a été exprimé indifféremment , soit par le segment de sphère, puisque ce caractère, dans l’écriture idéographique, est le signe de l’article féminin ti , ou 'TE , te, soit par une main ouverte, qui se disait 'Tcrr, tôt ( vola, manus ) en langue égyptienne. Il en est de même de tous les autres sons rendus par des caractères différens , comme nous l’établirons bientôt par des exemples plus nombreux. Cette multiplicité de signes n’a donc d’autre origine que les procédés propres à la méthode que nous venons d’exposer.

Bien plus, les caractères démotiques employés pour exprimer phonétiquement les noms propres, caractères que nous connaissions déjà par l’inscription de Rosette, se trouvent n’être autre chose que les caractères hiératiques qui répondent exactement aux caractères hiéroglyphiques, dont nous venons de reconnaître aussi l’emploi phonétique.

Nous avons vu que le son K était rendu , dans les noms KÀeoWÎ^ et AA e^oLVcfpoç, par deux signes qui diffèrent de forme ( le quart de cercle et le vase à anneau ) ; mais i’homophonie de ces deux caractères ne saurait être douteuse, puisque le signe initial du nom démotique de Cléopâtre (i) n’est autre que l’équivalent hiératique de l’hiéroglyphe représentant le vase à anneau, que nous avons justement supposé être le signe du son K , dans le cartouche hiéroglyphique

(i) Voyez ma planche III, n„° 17.

AAKXANTPE. Ces deux caractères homophones doivent donc être admis. Nous trouverons ailleurs d’autres exemples d’homophonies pareilles , tous procédant de la même cause.

Quant au second des caractères hiéroglyphiques qui représentent le son X dans AAIŒANTPX ( les deux sceptres horizontaux affrontés (i) ), lequel diffère essentiellement du trait recourbé qui, dans ÜTOAMHS, représente aussi le son X, i’homophonie de ces deux signes est, nous osons le dire, incontestable ; car ces deux signes hiéroglyphiques sont rendus dans les textes hiératiques par un seul et même caractère , comme vous pouvez le reconnaître, Monsieur, dans le Tableau général des signes hiératiques, que j’ai présenté l’année dernière à l’Académie (2), et comme il est facile de s’en assurer en comparant le manuscrit hiératique gravé dans la Description de l’Égypte (3), avec le grand manuscrit hiéroglyphique publié dans le même ouvrage (4)- Cette collation de ces deux légendes démontrera l’emploi indifférent des deux signes l’un pour l’autre dans les textes idéographiques, et la collation de certains autres manuscrits, tels que la page 4 du même manuscrit de la Bibliothèque royale, ou la page du manuscrit de M. Fontana (5) , comparées , la

(1) Voyez ma planche III, n,° 25.

(2) Tableau général des signes hiératiques et hiéroglyphiques comparés, I.re classe, n.° 14 ; VI.® classe, n.os 8 et 9.

(3) Antiquités, vol. II, pi. 62, pag. 1 et 2,

(4) Idem, pi. 74, de la colonne 120 à la colonne io4-

(5) Copie figurée d’un rouleau de papyrus trouvé en Égypte , publié par M. Fontana, et expliqué par M. de H ammer , Vienne, Strauss, 1822.

première avec les colonnes 87 à 8 3 , pi. 74, et la seconde avec les colonnes 93 à 86 de la même pi. 74 du grand manuscrit hiéroglyphique, donnera en outre pour équivalent hiératique du signe hiéroglyphique représentant deux sceptres affrontés, un caractère (1) qui est exactement le même que le signe démotique représentant aussi l’articulation S dans les mots AAKSANTPS (2) ( Alexandre ) et SNTKSS (3) (<ruvtcl du texte populaire de l’inscription de Rosette. Enfin , comme dernière preuve de la valeur commune de ces deux signes, nous citerons un second cartouche hiéroglyphique phonétique , contenant le nom d’Alexandre, et sculpté à Karnac [Description de l’ Egypte , Antiquités , vol. 3 , pl. 38, n.° 1 5 ) (4), dans lequel les deux S de ce nom sont rendus par le signe composé de deux sceptres horizontaux répété deux fois.

On peut donc considérer comme bien déterminée la valeur phonétique des quinze signes hiéroglyphiques tirés des trois cartouches qui viennent d’être analysés.

On trouve sculpté au plafond de la grande porte triomphale de Karnac à Thèbes ( Description de l’Egypte, Antiquités , vol. III, pi. 50), le cartouche phonétique d’un Ptolemée, suivi des titres toujours vivant , chéri de Phtha. II est accompagné d’un cartouche qui est nécessairement un nom de femme, puisqu’il est terminé par

(1) Voyez ma planche IM de ce volume, n.°27»

(2) Idern , planche III, n.os i et 13.

(3) Idem, planche III, n.° n.

(4) Idem , planche III, n.° 26.

fes signes idéographiques du genre féminin , comme ie nom hiéroglyphique de ia reine Cléopâtre déjà retrouvé. Dans ce nouveau nom de reine Lagide , nous reconnaissons facilement» si le dessin de ia Commission d’Égypte est exact, et au moyen des caractères hiéroglyphîco-phonétiques déjà fixés, le nom de Bérénice orthographié BPNHKS, presque comme dans le papyrus démotique du cabinet du Roi; et ce nom propre (i) nous donne un nouveau signe phonétique, celui du B, représenté par une espèce de patère (2), et de plus de nouvelles formes du K et du X , qui reparaîtront dans plusieurs autres cartouches. Quant à

(1) Voyez ma planche iîl , n.os 32 et 33.

(2) C’est sans doute par la ferme.de ce même signe, qui a quelque analogie avec ia représentation d’une corbeille , que M. le docteur Young a été conduit à reconnaître le nom de Bérénice dans le cartouche qui le contient en effet. Mais ce savant Anglais pensa que les hiéroglyphes qui forment les noms propres, pouvaient exprimer des syllabes entières, qu’ils étaient ainsi une sorte de rébus, et que le signe initial du nom de Bérénice, par exemple, représentait la syllabe fiip qui veut dire corbeille en langue égyptienne. Ce point de départ faussa en très-grande partie l’analyse phonétique qu’il a tentée sur les noms de Ptolémée et de Bérénice , où il a cependant reconnu la valeur phonétique de quatre signes; ce sont le II, une des formes du T, une des formes du M, et celle de l’i; mais i’ ensemble de son alphabet syllabique, établi sur ces deux noms seulement , fut tout-à-fait inapplicable aux nombreux noms propres phonétiques inscrits sur les monumens de l’Egypte. Toutefois M. le docteur Young a fait en Angleterre, sur les monumens écrits de l’ancienne Egypte, des travaux analogues à ceux qui m’ont occupé pendant tant d’années ; et ses recherches sur le texte intermédiaire et le texte hiéroglyphique de l’inscription de Rosette, comme sur les manuscrits que j’ai fait reconnaître pour hiératiques , présentent une série de résultats très-importans. Voyez Encyclopædia britannica , Supplément, vol. IV, part. I. Edenburgh, december, 1819.

ces variations en générai , trouvez bon , Monsieur , que , pour ne pas donner à la Lettre que vous me permettez de vous adresser, une trop grande étendue, je cesse de les faire remarquer à mesure que nous les rencontrerons, les ayant soigneusement réunies dans faiphabet complet , formant ia sixième des planches qui accompagnent ce volume. Mais vous pouvez , Monsieur, vous assurer sans peine de l’homophonie de ces signes variés, puisque chacun d’eux se retrouvera dans plusieurs autres noms propres dont la lecture ne vous offrira pas d’ailleurs la moindre incertitude.

Réunissant donc l’ensemble des signes phonétiques qui viennent d’être isolément recueillis, et qui composent l’alphabet général , je vais successivement mettre sous vos yeux, et très-sommairement , d’après les planches de la Description de l’Égypte , les noms propres tracés en hiéroglyphes phonétiques sur ceux des monumens de cette contrée qui nous sont si bien connus par ce magnifique ouvrage, grâces au zèle de nos voyageurs.

Parmi ces noms, plusieurs appartiennent à la période grecque de l’histoire d’Égypte.

On lira donc avec nous :

I.° Le nom d’ Alexandre , sculpté deux fois sur les édifices de Karnac. Il eût été bien surprenant, en effet, de ne point retrouver le nom de ce conquérant, écrit sur les monumens de l’antique capitale de l’Égypte. Il y est orthographié AAK2ANTPS (i) et AAKEN-

(i) Description de l’Egypte , Antiquités, vol. III, pl. 38, n.° 13. Voyez notre planche III , n.° 25.

TPES (i), comme dans l’écriture démotique. Ce nom illustre remplit toute la capacité des cartouches. Il est à regretter qu’on n’ait point copié les légendes d’hiéroglyphes qui les précèdent ou qui les suivent ; elles nous eussent donné les titres et les qualifications de ce nouveau souverain.

2.0 Le nom de Ptolémée , commun à tous les Lagides. Tantôt il occupe le cartouche entier, comme on le voit deux fois dans la sixième ligne du texte hiéroglyphique de la pierre de Rosette (2), à Dendéra (3), sur le monolithe de Qous (4), &c. &c. Tantôt, ce qui est plus ordinaire , il se montre accompagné des titres toujours vivant, chéri de Phtha (5); toujours vivant , chéri d’Isis (6); ioujours vivant, chéri de Phtha et d'Isis.

Le nom que portèrent tous les souverains de la dynastie macédonienne, et qui se lit ordinairement ÜTOAMHS (7), et quelquefois ÜTAOMHS (8), est presque toujours précédé d’un autre cartouche qui contient les- surnoms particuliers du Ptolémée, tracés aussi en hiéroglyphes, tels que Dieu sauveur, Dieu Évergète ,

(1) Description de V Égypte, vol. III, planche 38, n.° 15, et notre planche III, n.° 26.

(2) Voyez notre planche III, n.° 28.

(3) Idem, n.° 29, et Descriptionde l’Égypte, A., vol, IV, pl. 28, n.° 26,

(4) Idem , n.° 30, et Description de l’Égypte, Antiquités, vol. IV, pl. I , n,° 3 ; et notre planche III , n.° 30.

(3) Voyez notre planche III, n.os 22 et 23 , &c.

(6) Idem, n.° 23 bis. Voyez aussi la Description de l’Égypte , Antiq. vol. I , pl. 43 » n.° 3 , «Sec.

(7) Voyez notre planche III , n,os 29 et 3 r.

(8) Idem, planche III, n.° 30.

Dieu Epiphane , Dieu Adelphe , &c. Je me réserve de faire connaître la série entière de ces surnoms dans un travail spécial. Il ne s’agit ici que des noms écrits phonétiquement. Toutefois lorsque ce même surnom n’est point, comme les précédens , une simple qualification, et lorsqu’il est réellement un nom emprunté à une langue étrangère aux Égyptiens, ce même surnom est alors écrit en hiéroglyphes phonétiques, et devient susceptible de lecture comme le nom même de Ptolémée. Vous trouverez bientôt, Monsieur, deux exemples de cette particularité.

3 Le nom de Bérénice orthographié BPNHK2 , se lit deux fois au plafond de la porte triomphale du Sud à Karnac (i).

4-° On remarque sur les bas-reliefs des temples de Philæ trois cartouches accolés (2); le premier contient les dieux Evergètes chéris, &c.: le second, le nom de Ptolémée (IITOAMHS) toujours vivant, chéri d’Isis, et le troisième le nom phonétique KAEOÜATPA précédé du titre idéographique sa saur : ces trois petits tableaux nous donnent la série suivante: Les dieux Evergètes chéris du soleil , &c. , -Ptolémée toujours vivant, chéri d’Isis, et sa saur Cléopâtre, qui ne peut se rapporter

(1) Planche III, n.os 22 et 33. Voyez aussi Description de l’Égypte, Antiquités, vol. III , pi. 50.

(2) Le dessin de ce bas-relief existe dans les riches porte-feuilles d’un savant architecte, membre de l’Institut, M. Huyot,qui doit bientôt faire jouir le public des importantes conquêtes qu’il a faites pour les arts dans ses voyages en Orient.

qu’à Ptolémée Évergète second , et à Cléopâtre sa sœur et sa première femme, veuve de Philométor.

L’obélisque de Philæ qui se rapporte au même Évergète second, présente aussi le nom de Cléopâtre (i); mais il est précédé des deux qualifications sa femme et sa sœur. S’il faut entendre par -là, comme nous le pensons , les deux Cléopâtre ( BcLeriAurtry KAeoTrourç^e. tïi ASïAfii i x$q BoücriAuro-ri KA lo'mrrçy* Tv\ yvvcnnu ) mentionnées dans l’inscription grecque du socle, le cartouche hiéroglyphique KAEOÜATPA se rapporte à-la-fois et à Cléopâtre fille d’Épiphane, veuve de Philométor, sœur et première femme d’Évergète second, et à Cléopâtre , fille de la précédente et de Philométor, et seconde femme de ce même Évergète. Au reste le nom de Cléopâtre, qui fut celui de plusieurs reines d’Égypte, se retrouve très-fréquemment sur les colonnes des portiques de Philæ, sur les corniches du grand temple d’Ombos , sur les monumens de Thèbes et de Dendéra (2).

5.0 La frise intérieure de l’enceinte du grand temple d’Edfou nous offre un long cartouche renfermant la légende, Ptolémée, surnommé Alexandre, toujours vivant, chéri de Phtha (3). Le nom est écrit OTOAMHX , et se trouve séparé du surnom APKSNTPE par un groupe (4) répondant au mot grec gTnx^Àou/xgvoç , qui,

(1) Voyez ma planche III, n.° 24

(2) Idem,r\.os 34, 35 et 36. Voyez l’explication des planches.

(3) Même planche, n.° 40; et Description de l’Égypte , Antiquités, vol. I , pi. 60, n.° 9.

(4) Même planche III, n.° 38.

sur le contrat de Ptolémaïs , avertit aussi du surnom de Ptolémée Alexandre. Un cartouche (i) semblable, dans lequel le nom et le surnom sont également écrits nTOAMHS et APKSNTPS, accompagnés des titres idéographiques toujours vivant , chéri de Phtha , quoique avec des éiémens différens, est sculpté sur le grand temple d’Ombos.

Vous aurez sans doute remarqué, Monsieur, le changement du A en P dans le surnom de Ptolémée Alexandre, tandis que le nom âlAlexandreie grand que nous avons lu sur les édifices de Karnac, porte deux fois le A conformément à l’orthographe grecque. Mais la confusion de ces deux lettres d’un même organe, l’emploi indifférent de ces deux liquides l’une pour l’autre, n’a rien qui doive étonner, sur-tout dans l’Égypte ancienne, où la confusion du A pour le P ou du P pour le A paraît avoir été telle , que l’emploi presque exclusif du A pour le P caractérisa fondamentalement le troisième dialecte delà langue égyptienne, le baschmourique , que je persiste à considérer comme le langage vulgaire de l’Égypte moyenne. Nous trouverons d’ailleurs dans de nouveaux cartouches phonétiques, des exemples multipliés de l’usage indifférent de ces deux consonnes l’une pour l’autre.

6.° Parmi les cartouches que les membres de la Commission d’Égypte ont dessinés sur les édifices de

(4) Description de l’Égypte, Antiquités, vol. I, pi. 43; n.° 8. Voyez notre planche III, n.° 41.

Dendéra, ii en est un (i) qui vous intéressera, Monsieur, sous plusieurs rapports. La légende suivante y est exprimée, soit phonétiquement, soit idéographiquement : ÜTOAMHS ( Ptolémée ) surnommé NHO KHSPS ( jeune ou. nouveau César ) toujours vivant, chéri d’Isis. Ce nom de Ptolémée et ce surnom de jeune César ou de nouveau César s’appliquent sans difficulté à un jeune prince dont la mort fut aussi malheureuse que la naissance. On y reconnaît, en effet, ce fils dont la reine Cléopâtre se montra si orgueilleuse, parce que Jules- César en fut le père; cet enfant porta, selon Plutarque (2), le nom de Cœsarion , et Dion-Cassius (3) le désigne plus complètement sous ceux de Ptolémée- Cœsarion; c’est là certainement le riroAg^ct/oç Neo- K cLio-oLp du cartouche hiéroglyphique. Il est vrai que l’existence du nom de ce prince, gravé en caractères sacrés sur un des principaux temples de l’Égypte, fait supposer qu’il a dû être un de ses rois; l’histoire ne parle point de ses actions , mais elle a conservé le souvenir de son règne éphémère. Ptolémée-Cæsarion fut en effet reconnu et proclamé roi d’Égypte étant à peine âgé de sept ans. Il succédait à deux autres rois, ses oncles, victimes, bien jeunes aussi, des discordes publiques. Ce fut des triumvirs vainqueurs à Philippes que Cæsarion reçut la couronne, parce que Cléopâtre

(1) Voyez ma planche III , n.° 42 ; et Description de l’Egypte, Antiq. vol. IV, planche 28, n.° 15.

(2 ) ~In Cæsare, pag. 731.

(3) XLVII , pag. 345.

sa mère les avait secondés. C’est encore Dion-Cassius qui le rapporte textuellement (i). Mais, liée au sort d’Antoine, Cléopâtre bientôt après eut Octave pour ennemi; et ce même enfant, Cæsarion, sembla quelque temps être le seul motif des guerres qui désolèrent alors la république romaine. Antoine , maître de l’Égypte et vainqueur de l’Orient, déclara le jeune Ptolémée le fils légitime de Jules-César, et lui décerna le titre de roi des rois , moins peut-être pour relever sa naissance et son rang, que pour abaisser Octave (2). Celui-ci, poursuivant à-ia-fois Antoine son compétiteur et cet enfant roi qu’on disait fils, plus que lui, de Jules-César, réussit enfin à leur arracher la vie ; Cléopâtre se donna la mort, et l’antique monarchie égyptienne fut changée en une préfecture romaine.

Le passage de Dion-Cassius nous donne approxima* tivement l’époque où ce cartouche hiéroglyphique de Ptolémée-Cæsarion a du être inscrit sur le temple de Dendéra à côté de celui de Cléopâtre s a mère (3) , car la couronne fut donnée à Cæsarion la onzième année de Cléopâtre, l’an 4° avant l’ère chrétienne. Le bas-relief du temple de Dendéra est le premier monument public connu qui rappelle le nom d’un jeune roi presque inaperçu dans l’histoire, et c’est sans aucun doute à ce même Ptolémée-Cæsarion que nous devons rapporter

(1) Voyez les Annales des Lagides , par M. ChampoIIion-Figeac ,

tom. H, pag. 343 à 38i.

(2) Idem , idem.

(3) Planche III, n.” 36. — Description de l’Egypte , Antiq. vol. IV, pl. 28 , n.° 27.

aussi ies deux cartouches accolés, scuiptés également à Dendéra (i), et qui, entièrement phonétiques, renferment les seuls mots ÜTOAMHS KHSAS ( pour KHSPS ) Ptolémée-Cœsar.

Tels sont les principaux des noms de rois macédoniens d’Égypte, que j’ai retrouvés parmi les noms propres hiéroglyphiques gravés dans la Description de l’Égypte. II est facile de sentir combien l’inspection des monumens mêmes pourrait en multiplier le nombre.

Vous partagerez sans doute aussi, Monsieur, toute ma surprise, lorsque le même alphabet hiéroglyphique phonétique , appliqué à une foule d’autres cartouches gravés dans ie même ouvrage, vous donnera ies titres, ies noms et jusqu’aux surnoms des empereurs romains, énoncés en langue grecque , et écrits avec ces mêmes hiéroglyphes phonétiques.

On y lit en effet :

i.° Le titre impérial At flojtgplaf, occupant à lui seul toute la capacité d’un cartouche (2), ou bien encore suivi des titres idéographiques toujours vivant (3), orthographié AOTOKPTP , AOTKPTOP , AOTAKPTP , et même AOTOKATA (4), le A étant employé basc/imouriquement ( pardonnez-moi l’expression ) pour le P.

(1) Planche III , n.° 43. — Description de l’Égypte, Antiq. vol. IV, pi. 28, n.os 25 et 26.

(2) Voyez ma planche IV, n.os 44 5 4 5 et 4^*

(3) Voyez ma planche IV, n.° 47-

(4) Description de l’Egypte , Antiq. vol. IV , pl. 27 , n.° 13, &c. ; et ma planche IV, n.os 4^ et 49-

Les cartouches renfermant ce titre sont presque toujours accolés ou mis en rapport avec un second cartouche contenant, comme nous le verrons bientôt, les noms propres des empereurs. Mais quelquefois aussi on trouve ce mot dans des cartouches absolument isolés. L exemple le plus remarquable sans doute que je puisse citer de cette particularité, est le bas-relief sculpté sur ia seconde pierre du zodiaque circulaire de Dendéra , monument célèbre dont la munificence royale vient d’enrichir le Cabinet des Antiques. D’après ia belle gravure publiée dans ia Description de l’Egypte , on voit à droite une grande figure de femme scuiptée de ronde bosse entre deux longues colonnes perpendiculaires d’hiéroglyphes. Au bas de ia colonne de gauche est un cartouche ( i ) qui contient seulement le titre AOTKPTP. Cette partie importante du monument n’est pas à Paris; la pierre a été sciée vers ce point même parce qu’on n’a eu pour objet que d’enlever le zodiaque circulaire seul , et on l’a ainsi isolé d’un bas-relief qui s’y rapportait selon toutes les probabilités. Quoi qu’il en soit, le cartouche dont je viens de donner la lecture , établit, d’une manière incontestable , que le bas-relief et le zodiaque circulaire ont été sculptés par des mains égyptiennes, sous ladomination desRomains. Notre alphabet acquiert par ce fait seul une haute importance, puisqu’il simplifie beaucoup une question si long-temps agitée , et sur laquelle la plupart de ceux qui l’ont examinée n’ont présenté que des opinions incertaines et souvent dia-

(1) Voyez ma planche IV, n.° 50.

métraleinent opposées. II eût été àdesirer qu’un second cartouche accolé au premier nous donnât, comme sur beaucoup d’autres bas-reliefs égyptiens, le nom même de l’empereur. Mais si, en pareille matière , les conjectures étaient admissibles, plusieurs circonstances me porteraient à croire que ce titre ainsi isolé pourrait appartenir ou à l’empereur Claude ou plutôt à l’empereur Néron, dont beaucoup de médailles frappées en Égypte ne portent en effet aussi pour toute légende que le titre seul ATTOKPATQP (i).

2.0 Le titre de KAISAP ou KAISAPOS , renfermé seul dans un cartouche ou suivi des épithètes idéographiques toujours vivant, chéri d’Isis, se montre isolé dans les édifices de Philæ et de Dendéra (2). Il est orthographié KHSPS ou KHSAS indifféremment.

3.° D’autres cartouches portent les titres à' empereur et de César réunis sous les formes suivantes : AOTO- KPTP KH SP S, AOTOKPTOP KESPS , AOTKPTP ICHSP, et même AOTKPTA ICHSPS (3 ). Mais ces mêmes cartouches sont combinés avec d’autres renfermant le nom propre de l’empereur.

4-° La corniche de la partie postérieure du temple de l’ouest à Philæ (4) , est décorée de six bas-reliefs représentant tous un souverain la tête ornée de la coiffure royale appelée psc/ient ( coiffure dont, i’inscrip-

(1) Zoëga, Numi Ægyptii imper atorii , pages 14 et 22.

(2) Voyez l’explication des planches, n.os 51, 52, 53 , 54 et 55 , et planche IV-.

. (3) Planche IV, n.os 56 , 57 , 58 , 59 et 60.

(4) Description de l’Égypte, Antiq. tom. I.

tion de Rosette nous a conservé te nom dans son texte grec et nous a retracé la forme dans son texte hiéroglyphique ) : ce personnage est assis sur un trône, et deux déesses debout lui présentent un emblème absolument semblable à celui que portent dans leurs mains les chefs militaires, qui, sur un des bas-reliefs du palais de Médinet-Abou à Thèbes (i), précèdent et suivent un ancien conquérant égyptien dans une cérémonie triomphale. Cette composition m’a sur-le-champ rappelé l’article du décret porté par les prêtres réunis à Memphis et gravé sur la pierre de Rosette; article qui ordonne de représenter dans les temples de ï Egypte l’image du roi Ptole'mée Epiphane , a laquelle l’image du Dieu principal du temple présentera l’insigne de la Victoire (2). Je m’attendais en quelque sorte à lire dans les deux cartouches (3) qui sont placés à droite et à gauche de ces bas-reliefs, le nom de Ptole'mée Epiphane; mais on "y trouve en réalité la légende AOTKPTP KHSPS { l’empereur César ) toujours vivant , chéri d’fsis , qui ne' peut se rapporter qu’à l’empereur Auguste, dont les médailles grecques frappées en Égypte n’offrent assez ordinairement que ces deux mêmes mots (4); et je fais remarquer ici cette similitude, dont vous verrez une multitude d’autres exemples, parce que l’autorité qui faisait inscrire les titres et les noms des empereurs sur

(1) Description de l’Égypte , Antiq. vol. II, pi. 1 1 .

(2) Inscription de Rosette , texte grec, ligne 39. Le texte démotique dit ï image de Dieu , ligne 23.

(3) Voyez ma planche IV, n.° 61.

(4) Zoëga, Numi Ægyptii imperatorii , pages 3 , B , &c.

les temples, en écriture hiéroglyphique, était certainement la même qui réglait la légende de leurs médailles d’Égypte. Quant au sujet des bas-reliefs de Phiiæ, puisqu’ils se rapportent à Auguste, ils pourraient rappeler sa victoire d’Actium , qui, pour l’Égypte, devint l’origine d’une ère nouvelle et très- connue.

5.0 Le nom de l’empereur Tibère se lit plusieurs fois sur les murs du temple de l’ouest à Phiiæ. Deux cartouches réunis y forment la légende suivante : AOTKP- TP-TBPHX KHXPX , toujours vivant (1); et plusieurs autres encore groupés deux à deux , portent : AOTKPTP TBAHX KHXPX, toujours vivant (2). Cette même légende est aussi répétée neuf fois sur la frise de ce même temple (3), et n’est encore , presque lettre pour lettre, qu’une transcription de la légende des médailles grecques de Tibère frappées en Égypte (4).

6.° Les monumens de Phiiæ offrent aussi deux autres cartouches accolés qui renferment les titres et le nom de Domitien , en ces termes : AOTKPTP TOMTHNX XBXTX, l’empereur Domitien Auguste (5). Nous retrouvons des légendes de cet empereur beaucoup plus étendues sur les édifices de Dendéra; elles sont renfermées dans deux cartouches réunis, qui se lisent ou se traduisent sans difficulté AOTKPTP-KHXPX TOMTHNX ( l’empereur César Domitien ) , surnommé KPMNHKX

(1) Voyez ma planche IV, n.° 64.

(2) Idem , planche IV, n.° 63.

(3) Idem, planche IV, n.° 62.

(4) Voyez Zoëga, et Mionnet, Description if c. tom. VI.

(5) Voyez ma planche V, n.° 6y.

( Germanicus) (i). Ces légendes sont en tout conformes à celles des médailles grecques de cet empereur, frappées en Égypte.

7.0 Un monument d’un autre ordre, un obélisque, celui qu’on appelle à Rome ïobélisque Pamphile ou de la place N avoue, présente aussi le nom phonétique de Donatien , en l’honneur duquel il a été sans doute sculpté en Égypte, et érigé dans la capitale de l’empire. On remarque d’abord , sur la face orientale de cet obélisque , le titre idéographique roi, suivi d’un cartouche renfermant le titre de KHSP ( César), avec d’autres signes dont l’incertitude, dans la gravure de Kircher, ne me permet point de hasarder la lecture. Les cartouches de la face orientale et de la face méridionale renferment ces mots KHSPS TMHTIHNX ( César Domitien ) (2). Enfin, les deux cartouches placés vers le bas de la face septentrionale du même obélisque , forment la légende : AOTKPTA-KHSPSTMHTENS 2B2TX (3), l’empereur César Domitien Auguste.

8.° Le nom de Vespasien son père se lit dans un des cartouches supérieurs de la même face, compris dans la formule idéographique , qui a reçu la puissance venant de OTSIISHNS son père (4) ; les quatre premiers signes de ce cartouche sont trop rapprochés sur la gravure de Kircher.

(1) Voyez ma planche V, n.os 66, 67, 68.

(2) Idem , planche V, n.° 69.

(3) Idem , planche V, n.° 70, cartouches a et b.

(4) Idem , planche V, n.° 70 bis.

p.° II existe , dans la partie orientale de i’île de Philæ, un édifice fort élégant, mais dont la décoration hiéroglyphique n’a jamais été terminée. Du nombre des parties complètes, sont deux entre-coionnemens dont l’un a 'été dessiné, dans tous ses détails, par la Commission d’Égypte (i). Les cartouches dont il est chargé se rapportent tous à l’empereur Trajan. L’image en pied de ce bon prince, faisant une offrande à Isis et à Arsiêsi, est accompagnée de deux cartouches contenant les mots

AOTKPTP KHEPE NPO. TPHNE ( l’empereur César

Nerva Trajan) (2) ; et la légende TPHNE KHEPE ( Trajan César) toujours vivant (3), renfermée dans un cartouche, termine aussi la colonne perpendiculaire d’hiéroglyphes sculptée à la droite du bas-relief. La frise de ce même entre-colonnement est ornée de neuf petits cartouches. Celui du centre, un peu plus grand que les huit autres, soutenu par deux uréus ou aspics royaux , renferme le nom de Trajan , TPHNE, avec l’épithète idéographique toujours vivant. Combiné avec celui de droite et celui de gauche, il produit la légende suivante : L’empereur toujours vivant; Trajan toujours vivant; César germe éternel d’Isis. Les trois cartouches rangés à la droite de ces derniers produisent les mots, Trajan toujours vivant , César, Germanicus , Dacicus, toujours vivant. Enfin, les trois cartouches de la gauche donnent la légende , Nerva Trajan toujours vivant , Empereur César toujours

(1) Description de l’Egypte , Antiq. vol. II, pi. 27, n.° 2.

(2) Voyez ma planche V , n.° 7 1 .

(3) Idem , planche V, n.° 72.

vivant , Auguste (i) toujours vivant chéri d’Isis. Le nom de Trajan se lit encore sur le grand temple d’Ombos; deux cartouches dessinés dans les ruines de ce monument, forment en effet la série AOTOKPTP KHSA NAOA-TPHNX ( ï empereur César N erva Trajan) , surnommé KPMNHIŒ, THKKE ( Germanicus , Dacicus ) (2) ; ce qui est encore, mot pour mot, la légende des médailles grecques de cet empereur frappées en Égypte.

io.° C’est sur un des obélisques de Rome, celui qu’on appelle f obélisque Barbérini , aujourd’hui à la nouvelle promenade du Monte-Pincio , que nous trouverons le nom du successeur de Trajan, Hadrien, qui aima tant l’Égypte, et y laissa de si nombreux souvenirs. Ce monolithe portait, sur la première face, un grand cartouche aujourd’hui entièrement détruit, et qui, comme me l'indiquent les signes dont il est précédé et ceux dont il est suivi , contenait le nom et les titres de l’empereur. Mais le nom d’Hadrien est heureusement conservé dans un cartouche placé devant la représentation en pied de ce prince, faisant une offrande au dieu Phré ( le soleil ) , vers le haut de la quatrième face de l’obélisque. Ce cartouche, de très-petite proportion sur la gravure de Zoëga , m’a présenté toutefois , fort clairement, neuf hiéroglyphes phonétiques, dont la transcription en lettres grecques donne 'ATPHNSKSP, Hadrien César (3).

(1) Voyez ma planche V, n.° 75 a .

(2) Idem, planche V, n.° 74.

(3) Idem , planche V, n.° 76.

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