PI
» commencement du nom enchorial » ( le nom démotique de Ptolémée, voyez notre planche I, n.° 3 ).
Ceci est vrai seulement pour le demi-cercle ou segment de sphère ; quant au carré , je n’ai jamais vu , dans aucun des nombreux manuscrits hiératiques que j’ai étudiés, qu’il fût exprimé par un caractère semblable au P de M. Ackerblad; sa forme constante est celle qui est gravée sur ma planche I, n.° 4. forme que j’ai retrouvée auèsi, comme le premier signe du nom de Ptolémée , dans plusieurs papyrus démotiques.
J’ai avancé, de mon côté , que le carré était la lettre P, par la seule raison que le P du nom hiéroglyphique de Cléopâtre ( pl. I, n.° 5), était aussi exprimé par ce même caractère, le carré; et que le segment de sphère était la consonne T, d’abord parce que, dans tous les textes hiéroglyphiques, l’article féminin de la langue égyptienne , T, est rendu par ce segment de sphère; et en second lieu, parce qu’il exprime la consonne T dans une foule de noms grecs ou romains hiéroglyphiques.
« Le caractère suivant, continue M. Young, qui » semble être une espèce de nœud, té est point essentielle- » ment nécessaire , étan t souvent omis dans les caractères » sacrés , et toujours dans l’ enchorial » (le nom démotique de Ptolémée ).
J’ignore sur quel fondement le savant Anglais a cru pouvoir déclarer que ce troisième signe du nom hiéroglyphique de Ptolémée n’est point essentiellement nécessaire, et pourquoi il s’est dispensé d’en rechercher la valeur; mais je puis assurer que je ne l’ai trouvé omis
qu 'une seule fuis (i) dans les nombreux cartouches de Ptole'mée dessinés sur les monumens égyptiens; seulement ce caractère est quelquefois déplacé et mis après le lion , et le caractère démotique correspondant ( pi. I, n.° 6 ), loin d’être toujours omis , est au contraire toujours exprime'; mais le savant Anglais a cru que ce signe faisait partie du caractère qui le précède.
Dans mon système, l’hiéroglyphe en forme de nœud que M. Young regarde comme inutile , et que j’appellerai un fruit ou une fleur avec sa tige recourbée , a été reconnu au contraire pour être le signe de la voyelle O, parce qu’il est aussi en effet le quatrième signe du nom hiéroglyphique de Cléopâtre.
« Le lion, dit M. Young , correspond au LO d’Acker- « biad; un lion étant toujours exprimé par un caractère » semblable dans les manuscrits , où une ligne oblique » croisée représente le corps , et une ligne perpendiculaire » la queue : cela fut lu probablement , non pas LO, » mais OLE. »
Il est évident que le savant Anglais, parvenu seulement au quatrième signe du nom hiéroglyphique de Ptolémée, est déjà forcé, pour lire ce nom dont les deux premiers élémens lui ont paru alphabétiques , P et T, et en supprimant le troisième signe sans motif, de supposer que le quatrième, le lion, n’est plus un signe alphabétique comme les deux premiers, mais un caractère dissyllabique , lui attribuant la valeur OLE. Cet
(i) Inscription de Rosette, texte hiéroglyphique, ligne 14, et par un
oubli du graveur.
emploi de signes si différens de nature serait bien surprenant à notre avis.
Pour moi, observant que le lion , troisième signe du nom hiéroglyphique de Ptolémée , était aussi le second signe du nom hiéroglyphique de Cléopâtre , je reconnus cet hiéroglyphe pour être tout simplement le signe de la consonne L.
J’ajouterai aussi que, dans aucun manuscrit hiératique , le signe équivalant au lion hiéroglyphique ne m’a paru semblable ni au caractère L ni au groupe LO d’Ackerbiad : on peut voir le caractère hiératique r épondant au lion, sur notre planche I, n.° 7.
L’erreur du savant Anglais à cet égard, vient de ce qu’il a pris le quatrième signe (pi. I , n.° 6) du nom démotique de Ptolémée (pi. I, n.° 3), pour un trait essentiellement dépendant du caractère L qui précède (pi. I, n.° 8), et que ce groupe, qu’il suppose n’être qu 'un seul caractère ( pi. I, n.° 9 ), lui a semblé offrir quelque analogie avec le signe hiératique du lion ( pl. I , n.° 7 ). Mais le quatrième signe démotique (pi. I, n.° 6 ) est un caractère distinct, et répond invariablement à la voyelle hiéroglyphique O, la fleur ou fruit avec sa tige recourbée ( pl. I, n.° 10 ), soit dans le nom démotique de Ptolémée, soit dans celui de Cléopâtre ( pl. I, n.° 1 1 ).
Quant au nom de Ptolémée du texte démotique de Rosette, il est orthographié TITAOMHS, tandis que dans le cartouche hiéroglyphique du même monument il est écrit riTOAMHX ; j’ai cité du reste, dans ma Lettre à A4. Dacier , des cartouches
hiéroglyphiques (i) dans lesquels ce nom se trouve aussi écrit ÜTAOMHX, comme dans le texte démotique de Rosette.
« Le caractère suivant (le 5 .e du nom hiéroglyphique » de Ptolémée) est connu, poursuit le savant Anglais, » pour avoir quelque rapport à l’idée place , lieu , » en copte MA; et il semble avoir été lu MA ou » simplement M; et ce caracrhe est toujours exprimé ” dans l’écriture courante par le M de l’alphabet d’Ac- >» kerblad. »
J’avoue d’abord que je n’ai jamais observé, soit dans l’inscription de Rosette, soit ailleurs, que le cinquième caractère du nom hiéroglyphique de Ptolémée fût employé dans un groupe, ou bien seul, pour exprimer l’idée lieu ou place; de plus , que je n’ai jamais vu dans les textes hiératiques cet hiéroglyphe remplacé par un signe semblable au M d’Ackerblad ( pl. I, n.° 12). Il y est exprimé, soit par un signe tout-à-fait semblable à l’hiéroglyphe lui-même , soit par un caractère qui se rapproche de la forme de notre chiffre 3. ( Voyez ces signes hiératiques, pl. I, n.° 13 ),
Dans mon système, j’ai reconnu ce caractère pour M hiéroglyphique, d’abord parce que tous les autres élémens qui forment le nom de Ptolémée étant bien fixés, ce signe devait en être forcément le M ; en second lieu , parce que je le retrouvais , et avec cette même valeur, dans divers autres noms gréco-romains. On
(1) Planche I de la Lettre, i.rc volume.
édition, et planche III de ce
verra bientôt que, dans la lecture du nom de Ptolémée, M. le docteur Young rentre dans son système syllabique en prononçant ce caractère MA.
« Les deux plumes, ajoute-t-il, quel que puisse » avoir été leur sens naturel , répondent aux trois lignes » parallèles du texte enchorial , et semblent, dans plus » d’une occasion , avoir été lues I ou £. »
De mon côté, j’ai assigné à ces deux plumes la valeur de l’H grec , parce que je considère ces deux plumes, ou plutôt ces deux feuilles , comme un caractère complexe formé de la duplication de la feuille simple , qui est une voyelle brève. Les deux feuilles répondent assez constamment en effet, dans les noms hiéroglyphiques, soit aux diphthongues grecques AI, El, soit aux doubles voyelles IA, IO; et, sous le premier rapport, ce groupe hiéroglyphique a la plus grande analogie avec l’epsilon redoublé , EE , des plus anciennes inscriptions grecques. Les deux feuilles répondent aussi quelquefois à l’iota de quelques noms grecs ou romains : nouveau motif pour transcrire ce groupe, vague de sa nature, par lVrocdes Grecs, dont la prononciation antique approcha aussi certainement de celle de notre I.
M. le docteur Young a observé avec toute raison que les deux plumes hiéroglyphiques répondent au caractère de'motique î ormé de trois lignes parallèles ( pi. I, n.° 1 4 ). Mais l’un n’est point pour cela un signe exactement correspondant à l’autre ; le caractère démotique précité est la forme hie'ratique du signe hiéroglyphique figuré (pl. I, n.° i 5 ); caractère que j’ai reconnu netre
qu’un homophone des deux feuilles ou plumes dans les textes hiéroglyphiques.
« L e fruit recourbe', continue M. Young, qui signifiait » probablement grand ,fut lu OSCH ou OS. »
II est démontré pour moi, i.° que l’idée grand n’est jamais exprimée dans le texte hiéroglyphique de Rosette par ce trait recourbé, mais bien par une hirondelle placée sur le caractère bouche;
2.0 Que ce caractère , eût-il signifié grand , n’aurait jamais été prononcé ooj par les Egyptiens, parce que ce monosyllabe a toujours le sens de beaucoup , nombreux, 7n>Ài), 7raÀt)s, et non pas celui de grand ; idée rendue en langue égyptienne par les mots
ou
3.0 Enfin , que ce trait recourbé représente simplement la consonne S, et non pas les syllabes OSCH ou OS , puisqu’il termine sans cesse les noms propres grecs ou romains dont la dernière lettre est un S, s, et que, dans le milieu de ces mêmes noms, il ne représente jamais que cette seule consonne S.
Ce rapprochement du système et des procédés de M. le docteur Young, et du système et des procédés que j’ai employés de mon côté pour parvenir à la lecture et à l’analyse du nom propre hiéroglyphique de Ptolémée , prouve déjà à lui seul que nous avons suivi l’un et l’autre une route différente : cette vérité est mise dans la plus entière évidence par la comparaison même de son analyse totale du nom hiéroglyphique de Ptolémée, avec les résultats tout autres que j’ai moiinême obtenus.
« Rapprochant tous ces éiémens les uns des autres, » dit en effet le savant Anglais , nous avons précisé- » MENT ÜTOAEMAIOS, LE NOM GREC. LUI-MEME. »
Et moi , qui ai considéré chaque caractère hiéroglyphique comme une simple lettre, et non pas comme pouvant représenter chacun une ou deux syllabes, je n’ai pu et du obtenir que ÜTOAMHS, squelette du nom grec TlroAëfxcuoç.
II est clair que la théorie du docteur Young s’éloigne en elle-même aussi essentiellement de la mienne , que les résultats obtenus par l’application de l’une et de l’autre diffèrent entre eux.
Selon le système du savant Anglais , les Egyptiens écrivaient hiéroglyphiquement les noms propres étrangers, par le moyen de caractères proprement idéographiques, qu’on employait accidentellement à représenter, soit une simple lettre, soit une syllabe , soit même deux syllabes.
Selon mon système, les Égyptiens transcrivaient ces noms au moyen de caractères dont chacun ne représentait simplement qu’une consonne ou une des principales voyelles de ces noms étrangers.
D’après M. le docteur Young, les Égyptiens auraient eu une espèce <X alphabet idéographico-syllabique mixte , à-peu-près comme les Chinois lorsqu’ils transcrivent des mots étrangers à leur langue.
D’après moi , les Égyptiens transcrivirent les noms propres étrangers par une méthode toute alphabétique , semblable à celle des Hébreux , des Phéniciens et des Arabes, leurs voisins.
On ne saurait donc élever une question de priorité entre M. ie docteur Young et moi sur la découverte du véritable alphabet phonétique égyptien , comme voudrait ie faire 1 auteur anonyme du Quarterly Review , puisque nos deux systèmes nont à très-peu près rien de commun.
L’auteur de cet article eût donc dû examiner d’abord s’il y avait parité entre les deux systèmes, en prenant la peine d’en étudier les détails, et de les juger ensuite d’après leurs conséquences réelles et leurs applications positives.
Après le nom propre hiéroglyphique de Ptolémée , M. le docteur Young essaie ensuite de lire celui de Bérénice, qui se trouve sculpté deux fois au plafond de la grande porte du sud à Karnac. ( Voyez ma pi. I, n.° 1 6. )
« Il nous semble y avoir dans ce nom, dit le savant » Anglais (i), un autre exemple d’écriture syllabique et alphabétique , combinées d'une manière qui ne diffère pas » extrêmement de ce mélange badin de mots et de choses avec » lequel on amuse quelquefois les enfans ; car , quoique » l’indignation de Warburton pût être excitée par cette » comparaison, il est parfaitement vrai que parfois du » sublim'e au ridicule il n’y a qu’un pas.
» Le premier caractère de ce nom hiéroglyphique a » précisément la même forme qu’une corbeille repré- » sentée à Byban-el-Molouk , et appelée, dans la Des- » cription de l’Egypte , panier a anses ; et une corbeille » se dit en langue copte BIR.
(i) Encyclop. britann., Suppl. IV, pag. 62 et 63, article 58.
» L’ovale, qui ressemble à un œil sans prunelle, » signifie ailleurs A ( préposition ) , qui en copte se dit E,
» La ligne ondée signifie de , et peut être rendue » par N.
» Le petit marche-pied semble être superflu.
» L’oie, c’est KE ou KEN : Kircher nous donne le » mot KENESOU pour oie. . . .
» Donc, nous avons à la lettre BIRENICE, ou, si » le N doit être inséré, l’accusatif BIRENICEN. »
Dans mon système, au contraire, le premier caractère, qui n’est point une corbeille , mais bien la cassolette dans laquelle on brûlait l’encens, n’exprime pas la syllabe BIR , mais seulement la consonne B ; car ce même hiéroglyphe est aussi le B du titre EeGaurloç, comme le B du nom propre T i&eçjLoç;
Le second caractère, qui est une bouche , et non pas un œil sans prunelle, équivaut par-tout à la consonne R, et non pas à la voyelle E; il ne peut donc, dans aucun texte hiéroglyphique, répondre à la préposition copte È.
Je reconnais aux deux autres signes, le troisième et le quatrième, la même valeur que leur attribue M. le docteur Young.
Mais le cinquième caractère , le marche-pied , loin à’ être superflu, comme le croit le savant Anglais, est une des formes les plus constantes de la consonne K dans les noms hiéroglyphiques.
Enfin , l’oie représente la consonne S, S, et non pas la syllabe KE ou KEN ; K oie tient en effet la place du sigma dans la transcription hiéroglyphique du nom de l’impératrice Sabine.
Je trouve enfin le nom hiéroglyphique de la reine Bérénice orthographié BPNHKE (i), et non pasBIPENIKE ni BIPENIKEN, comme le savant Anglais.
Mais arrivons au fait décisif entre les deux méthodes.
Le nom de Bérénice est le seul sur lequel M. le docteur Young ait essayé d’appliquer les valeurs phonétiques qu’il avait voulu déduire de son analyse du nom hiéroglyphique de Ptolémée. Tous les autres noms propres hiéroglyphiques, en si grande abondance sur les monumens égyptiens, ont absolument résisté à cette application.
Et si cette application de son système et du mien aux autres noms propres hiéroglyphiques est , comme il ne saurait y avoir aucun doute, la véritable pierre de touche qui doit décider de la valeur intrinsèque de l’un et de l’autre, la vérité de mon système est incontestablement démontrée par les faits, puisque en appliquant aux monumens les simples valeurs alphabétiques que j’avais attribuées à chacun des signes formant les noms propres hiéroglyphiques de Ptolémée et de Cle'opâtre , j’ai considérablement accru mon alphabet hiéroglyphique ; j’ai assuré la valeur de chaque caractère en le montrant dans une foule de cas avec la même force représentative ; j’ai lu enfin , sans effort , dans les car-
(i) L’auteur du dessin des légendes inscrites sur la grande porte du sud à Karnac, où se trouve gravé le nom de la reine Bérénice, dessin publié dans la Description de l’Egypte, a mis par erreur une oie là où le monument original porte un aigle ou un épervier.
touches sculptés sur les édifices égyptiens, ies noms hiéroglyphiques d’ Alexandre , de son père Philippe , de Bérénice et d’Arsinoë; ceux des empereurs Auguste , Tibère, Cdius / Claude , Néron , Vespasien , Titus , Domitien, Nerva, Trajan, Hadrien, Anionin; celui de l’impératrice Sabine ; ies surnoms Alexandre, Néocésar, Germanicns , DacicUs ; les titres Sg£c t<r\oc, et Xgêcurlr; le titre ATTO- KPATIÎP (empereur), que M. le docteur Young a cru être, selon toute probabilité, dit-il (i), le nom propre Arsinoë, parce qu’un des signes qui le composent peut représenter une lentille, en copte ^pajstv, arschin,ce qui eût suffi, dans son système, pour caractériser ce nom. J’ai lu le titre César, qui, se trouvant pour l’ordinaire rapproché du titre ctvToxpcLla>f , a paru à M. le docteur Young exprimer le surnom dèEvergète , ayant déjà supposé que le premier, cLvloxfcéluf , pouvait être Arsinoé.
Si l’on compare maintenant les valeurs phonétiques assignées par le savant Anglais à quelques hiéroglyphes, avec les valeurs que je leur ai attribuées moimême ( voyei ma planche II en regard de cette page ), .il est difficile de comprendre, en jetant les yeux sur ces valeurs de signes comparées , comment M. le docteur Young, qui ne se rencontre évidemment avec moi que sur quatre ou cinq signes seuls (2), a pu s’en attribuer quinze dans mon alphabet qu’il vient de réimpri-
(1) Encyclop. britann. Suppl. IV, pag. 63, n.° 59. {2) Marqués d’un * sur ma planche II.
mer, en l’abrégeant, dans son nouvel ouvrage (i). On voit au contraire que, sur les dix signes des noms propres Ptolémée et Bérénice, qu’il a essayé de lire, l’hiéroglyphe qu’il prononce BIR, n’est pour moi que B; que son E est un R, son KE ou KEN un S, son MA un M pur, son OLE un L, son OS ou OSCH un S; que les deux signes qu’il regarde comme inutiles et dont il n’a point fixé la valeur , sont l’un un K, et l’autre un O; que, sur les trois signes qu’il a pris hors de ces noms propres, son OU est pour moi le E), khêi , ou le ç&j copte, et son ENE un T. Ainsi, dans quinze signes, nous nous rencontrons sur la valeur de cinq seulement , qui répondent aux lettres I , N , T , P et F.
Quant aux quatre autres nouveaux caractères, numérotés i , 2 , 3 , 4 » au bas de ma planche II , et dont le savant Anglais prétendrait avoir reconnu la valeur avant moi, je ne crois point qu’il puisse les réclamer légitimement, puisqu’il ne s’attribue le premier , qui est le N de mon alphabet, qtie pour avoir dit que ce signe, qu’il croyait idéographique , était, dans les textes hiéroglyphiques, le signe équivalant aux prépositions coptes îtte et h, de ; et le n.° 2 , parce qu’il avait remarqué, comme moi, que ce signe s’échangeait dans les textes avec celui qu’il prononçait ailleurs OSCH ou OS : mais M. Young n’a dit nulle part que ce signe n.° 2 fût un caractère phonétique.
II réclamerait le n,° 3 , parce qu’il a d’abord cru que
(1) An Account if c. , Alphabet of Champollion , pag. 121.
l’oiseau qui le figure répondait, à lui tout seul , à un groupe composé de la feuille et de la chouette , ou du carré et d’un oiseau, groupes qu’il regarde comme exprimant en hiéroglyphes l’idée respectable, vénérable (i) : en conséquence, ayant mis le mot copte JU-TUy^, digne , comme équivalent parlé de ces groupes idéographiques selon lui, il mit aussi dans la planche la lettre **, initiale du mot , comme l’équivalent
de la chouette seule, abrégé du prétendu groupe idéographique. Mais le saVant Anglais ne dit nulle part que la chôuette soit un caractère phonétique, répondant à la lettre copte a*- (m). Aussi n’a-t-il donné le même oiseau ( n.° 172, pl. 72, Encyclop. britann. ) que comme le signe idéographique des prépositions coptes (khen) et F.Jbo'ïU (ékhoun), dans.
Enfin, M. le docteur Young voudrait réclamer le n.° 4, parce qu’il aurait remarqué que, dans l’inscription de Rosette, par exemple, ce signe se montrait à la place de la chouette, et cela dans des passages qu’il considérait toutefois comme idéographiques.
Il résulte donc de ces discussions, que M, le docteur Young n’a reconnu nulle part, à aucun de ces
(1) Encyclopédie britannique, Suppl, vol. IV, pag. 66 et 67. A mon avis, ces groupes n’ont jamais signifié vénérable ni respectable, en écriture hiéroglyphique. Le carré suivi de l’oiseau n’est qu’une abréviation d’un groupe tout phonétique, et qui se lit TT*S , TT&\ , Tf<qs , et semblerait se rapporter au copte TtqX, conservateur, gardien, soutien ; groupe dont on peut voir toutès les variations et les abréviations dans mon Tableau général, du n.° 413 au n.° giô, à la fin de cet ouvrage : la chouette n’entre jamais dans ce groupe.
quatre signes, une valeur proprement phonétique, et qu’ii ne nous les a montrés dans aucun nom propre dont il ait même essayé la lecture; tandis que , de mon côté, j’ai déduit la valeur de chacun d’eux, de plusieurs noms propres grecs ou romains comparés, noms dont j’ai donné la lecture complète. Le savant Anglais ne peut donc point les revendiquer; aussi ne les avait-il point insérés dans son petit recueil de treize signes hiéroglyphiques exprimant des sons, qu’il fit graver dans l’ Encyclopédie britannique, pl. 77, du n.° 206 à 2 1 8 .
Les prétentions de M, le docteur Young doivent donc se réduire à ce qui lui appartient réellement, à avoir indiqué la véritable valeur phonétique de cinq caractères, valeur que mon travail seul a réellement démontrée.
On peut maintenant juger, avec pleine connaissance de cause, cette assertion au moins singulière du savant Anglais, qui affirme, page 48 de son dernier ouvrage, qu’il a découvert neuf lettres égyptiennes , auxquelles je n’ai fait qu’en ajouter trois autres, ou quatre à la rigueur.
Ët cette conclusion est fondée sur un bien étrange abus de mots ; il ne s’agissait point en effet de découvrir si les Égyptiens eurent, dans leur langue et dans leurs écritures, les sons A, B, T, A, &c.; mais il s’agissait uniquement de savoir par quels signes ce peuple représenta ces mêmes sons. La découverte à faire consistait seulement à reconnaître , dans les textes hiéroglyphiques , les signes qui étaient affectés à l’expression de ces sons; et cette découverte devait être
d’autant plus importante, qu’on aurait fixé ia valeur d’un plus grand nombre de signes. Or, sous ce rapport, le travail du savant Anglais, comparé avec le mien, perd encore plus qu’il ne le laisse apercevoir , puisque mon alphabet hiéroglyphique, publié dans la Lettre à M. Dacier, offre la détermination de la valeur positive, et appuyée sur des faits, de soixante caractères hiéroglyphiques au moins, et que les signes dont la valeur a été indiquée par le savant Anglais se réduisent à cinq.
En résumant cette longue discussion, en ce qui concerne 1a nature générale du système phonétique égyptien , il reste prouvé, cerne semble,
i.° Que M. le docteur Young, en essayant d’analyser deux noms propres seulement, a cru et voulu établir que les anciens Egyptiens transcrivaient les noms propres étrangers, en employant simultanément, et dans la transcription du même nom , des caractères qui, quoique idéographiques de leur nature, exprimaient, dans ces occasions seules, les uns des syllabes, les autres des dissyllabes , et quelques-uns mêmes de simples lettres;
2.0 Que, de mon côté, j’ai le droit de croire avoir démontré que le système phonétique des Égyptiens était infiniment plus simple, et que ce peuple transcrivait les noms propres et les mots étrangers au moyen d’un véritable alphabet , dont chaque signe équivalait à une simple voyelle ou à une simple consonne.
Il serait facile maintenant, si l’on devait y revenir,
d’apprécier la justice et ia bonne foi de l’anonyme du Quarterly Review , qui s’est hâté d’élever une question de priorité entre M. le docteur Young et moi , avant d’avoir examiné d’abord s’il peut se trouver quelque parité entre un système imparfait, corriplexe, fondé sur un essai de lecture de deux noms propres seulement, et un système simple, homogène dans toutes ses parties, fondé sur une foule d’applications qui s’enchaînent et se prouvent mutuellement ; entre un système enfin qui ne s’applique a rien, et un système qui s’applique à tout (i).
(i) Voici le jugement porté sur cette controverse par notre illustre orientaliste, M. le baron Silvestre de Sacy, Journal des Savans , mars 1825. « Les découvertes que contient la Lettre à M. Dacier , et qui, savant même sa publication, étaient venues à la connaissance de 33 M. Th. Young, ont donné lieu , de la part de ce savant, à une récla- 33 rnation, qu’on peut considérer comme le principal objet du volume 33 intitulé , Exposé de quelques découvertes récentes concernant la littérature 33 hiéroglyphique. M. Champollion a répondu à cette réclamation dans 33 le premier chapitre de son Précis du système hiéroglyphique des Egyp- 33 tiens, et il a, à mon avis, complètement démontré que, malgré >3 quelques légers points de contact entre les résultats des conjectures 33 de M. le docteur Young et ceux qu’il a d’abord obtenus de la décou- 33 verte dont l’honneur lui est dû , leurs manières de procéder sont essen- 33 tiellenient d ifférentes l’une de Vautre ; et qu’en adoptant pour base du 33 déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique des Egyptiens, les idées 33 fondamentales du travail de M. Young, on se serait égaré dans une 33 fausse direction, et on n’eût fait qu’augmenter le nombre des conjec- 33 tures hasardées dont les hiéroglyphes ont été l’objet. Nous croyons 33 que ce jugement sera confirmé par tous les savans, de quelque nation 33 que ce soit, qui examineront avec impartialité les droits respectifs de 33 M. Young et de M. Champollion, à l’honneur d’avoir découvert la 33 route qui peut conduire à l’intelligence des anciens monumens écrits 33 de l’Égypte. Nous ne nions point que les travaux du savant Anglais 33 n’aient pu contribuer à suggérer à notre compatriote quelqu’une des
On sera peut-être surpris de l’étendue de cette dernière expression; aussi dois-je me hâter de l’appuyer sur un développement de faits assez nombreux pour la légitimer. J’espère d’abord que tous les anonymes trouveront, dans les chapitres qui suivent celui-ci, une réponse péremptoire à cette assertion anglaise répétée, dans le journal précité, avec le. plus de complaisance, savoir , que par mon alphabet nous ne sommes pas avance's, même d’un ioia , dans la connaissance du sens d’un seul de ces caractères sacrés, hors des noms propres étrangers ; et déplus, que les mêmes faits prouveront jusqu’à quel point cet anonyme est dans l’erreur, lorsqu’il déclare, et M. le docteur Young avec lui, ne pouvoir penser avec moi que les anciens Egyptiens aient fait usage d’un alphabet pour représenter les sons elles articulations de certains mots , avant la domination des Grecs et des Romains. Les résultats généraux de cet ouvrage vont répondre à ces propositions irréfléchies, et que l’étendue et la certitude de mon alphabet phonétique auraient pu prévenir. Du reste , je ne saurais me plaindre de ce qu’on m’a réservé le soin de donner au public tous mes travaux dans leur intégrité, et avec toutes leurs applications aux monumens et à l’histoire du peuple de l’antiquité le plus
«idées qui, après bien des tâtonnemens, l’ont enfin amené à adopter « certains principes féconds en heureux résultats ; mais on sait qu’un «bon esprit peut puiser quelques lumières dans les erreurs mêmes de « ceux qui l’ont précédé dans la carrière qu’il embrasse. Je n’en dirai » pas davantage sur cette réclamation, qui d’ailleurs semble être déjà « oubliée, «
célèbre, jusqu’ici le moins bien connu, et peut-être le plus digne de i’être ; je puis espérer que ia suite de cet ouvrage y contribuera sous des rapports du plus haut intérêt.
L’ordre des études hiéroglyphiques place tout naturellement ici la Lettre à M, Dacier; elle formera le chapitre suivant.