‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 39 sur 59 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

Le Canon chronologique de Manéthon nous fait connaître en effet un assez grand nombre de familles qui, de père en fils, ont occupé le trône d’Égypte, pour que ce déplacement de cartouches eût lieu d’une légende à d’autres : or, cela n’arrive jamais, et nous devrions déjà conclure de ce fait, que, dans les deux cartouches de la légende hiéroglyphique des rois , il n’est jamais question du nom de leur père.

D’un autre côté, le groupe n.° 4°5* placé entre deux cartouches, ne saurait signifier simplement fils, comme le voudrait le savant anglais, puisque ce même groupe, ou ses équivalens, précèdent toujours immédiatement les cartouches renfermant les noms propres hiéroglyphiques des empereurs Tibère , Ca'ius , Néron, Domitien ; et l’on demanderait en vain quels sont les fis de Tibère, de Caïus, de Néron et de Domitien, qui ont gouverné l’Égypte et l’empire romain. Le titre de fis du Soleil convient au contraire à ces différens princes, parce que ce titre fut commun à tous les souverains de l'Egypte. On a vu, en effet, que tel est le sens du groupe n.° 405 : l’analyse que nous avons faite de ce même groupe, et la valeur bien établie de chacun des signes qui le composent , ne permettent plus de douter qu’il ne signifie rigoureusement fis du Soleil,

f HORUS J FILS d’ I

AMENOPHIS

En étudiant avec quelque attention les inscriptions hiéroglyphiques dans lesquelles se trouvent les noms propres, soit des rois grecs d’Égypte, soit des empereurs romains, noms dont j’ai d’abord donné la lecture dans ma Lettre à M. Dacier ( supra, chap. II ) , on s’aperçoit bientôt que chacune de ces inscriptions contient toujours deux cartouches accolés ou placés à une petite distance l’un de l’autre.

Le premier est précédé du groupe ( n.° 270 a) qui, dans le texte hiéroglyphique de Rosette, répond constamment au mot BASIAETS du texte grec. Les deux premiers signes de ce groupe, la plante c et le segment de sphère t , sont en effet les deux premiers signes du groupe (n.° 267), cnît ( souten ), rex , director, qui, dans les textes hiéroglyphiques, exprime très-fréquemment la même idée roi , et dont la forme lüe'ratique est très-reconnaissable dans le groupe correspondant du texte démotique de Rosette. Le troisième signe du groupe n.° 270 a est une abeille unie au segment de sphère T, signe ordinaire du genre féminin en langue égyptienne; langue dans laquelle le mot 2»qHE&s«i, abeille, mouche à miel, est en effet du genre féminin. Si nous tenons compte du témoignage formel d’Horapollon , l’abeille exprimait, en écriture hiéroglyphique , Aolov 7 rçyç ficto-itecL 7 mQeviov , un peuple obéissant à son roi (1) : nous pouvons donc considérer les quatre signes qui composent le groupe n. 0 270 a, comme une formule consacrée, signifiant

(1) Hiérogl. I. I, S- 62.

le directeur ou le roi du peuple obéissant , et comme formée d’une abréviation du groupe phonétique ctw ( n.° 2 6q ), roi, et d’un caractère purement symbolique , l’abeille, insecte industrieux, auquel une vie laborieuse et dirigée par un instinct admirable, donne une apparence de civilisation qui dut en effet le faire considérer comme l’emblème le plus frappant d’un peuple soumis à un ordre social fixe et à un pouvoir régulier. De plus, ce titre est quelquefois remplacé ou suivi, sur le premier cartouche, par celui de maître du monde, seigneur du monde (1).

Le second cartouche de toute légende royale ou impériale est précédé, s’il est horizontal , et surmonté, s’il est perpendiculaire , soit du groupe ex p K, fils du Soleil ; soit de son synonyme, le groupe pK CX, enfant du Soleil, né du Soleil ( n.os 4© 5 a et b, 413 et 4 1 4 ) > et c’est toujours dans le second cartouche des légendes que j’ai trouvé les noms propres des Lagides et des empereurs. Il nous reste donc à savoir ce que peut renfermer le premier cartouche des légendes royales, celui que précèdent les titres roi du peuple obéissant, et seigneur du monde.

Ce premier cartouche ne contient jamais que des titres honorifques , et c’est toujours le second qui renferme seul un nom propre. L’examen des doubles cartouches de plusieurs souverains de l’Égypte, grecs ou romains, doit invinciblement prouver cette assertion.

Les deux cartouches accolés de la légende de César-

(1) Tableau général, n.° 4*7-

Auguste, sur lesmonumensde Philæ(TabI. gén. n.° 1 40), sont l’un et l’autre composés d’hiéroglyphes purement phonétiques : le premier, surmonté du groupe roi, ne contient que le simple titre (Auro-

xpdLTiïf), l’ëmpereur; et le second, surmonté du groupe fis du Soleil i renferme le mot Rwc^pc (Kcu<rct£?$), César, qui était, eh quelque sorte le nom propre de Césàt- Auguste , fils adoptif de Jules.

Le premier cartouche de la légende de Tibère (Tableau général, n.° i40» précédé de la formule seigneur du monde, ne renferme encore que le titre KpTp ( AvT'oxfcvta>f)j l’empereur; mais le second, surmonté du groupe pft-CS, enfant du Soleil , contient le nom propre T&psc K&scpc (T &zçj.o$ Kci/cretf), Tlberë-César, suivi de l’épithète vivant toujours.

La légende hiéroglyphique de l’empereur Domitien, gravée sur la quatrième face de l’obélisque Pamphile, est ainsi Conçue : « Le seigneur de la panégyrie , comme » le dieu Phtha; roi, comme le Soleil, rûi dü peuple » obéissant, seigneur des Mondes, chéri de.. . . (i); » ( l empereur )> né du Soleil, souverain des dia-* » dèmes (César-Domitien-Auguste), chéri de Phtka » et d’Isis, vivant comme le Soleil.»

Le premier des deux cartouches (2) ne contient que le titre impérial : aussi est-il précédé du titre roi du peuple obéissant; et le second, surmonté du titre né du Soleil , renferme encore le nom propre.

(1) Ici sont trois signes dont la valeur nous est encore inconnue.

(2) Tabl. gén. n.° 147. -Les parenthèses indiquent les cartouches.

il en est ainsi de toutes les autres légendes impériales complètes, Voyei, à l’explication des planches, les légendes hiéroglyphiques des empereurs Cdius , Néron, Trajan, Hadrien et Antonin le Pieux (i).

Si nous analysons les inscriptions hiéroglyphiques et les légendes royales des souverains grecs de l’Egypte, ce qui nous rapproche un peu plus des Pharaons, nous verrons qu’elles se composent toujours également de deux cartouches, l’un précédé du titre roi du peuple obéissant , et l’autre du groupe fils du Soleil, comme les cartouches pharaoniques; nous citerons seulement en preuve les doubles cartouches d’Alexandre lé Grand, de Philippe et de Ptolémée Épiphane.

Le premier des deux cartouches affrontés ( 2 ) de la légende du conquérant macédonien , qui peut être aussi celle de son fils et successeur Alexandre , précédé de la qualification roi , ne contient que des titres honorifiques, dont nous avons déjà reconnu la valeur, et il doit se traduire par les mots le chéri d‘ Amon-Rê, approuvé par le Soleil. Le second cartouche, précédé des expressions ordinaires, fils du Soleil , doit seul renfermer le nom propre : il porte , en effet, lettre pour lettre, X\KC£>mrpc (Ate^cuityos), Alexandre.

On retrouve les deux mêmes cartouches d’Alexandre dans une petite portion du palais de Louqsor. Al. Huyot, membre de l’Institut, qui, récemment, et avec tant de fruit, a visité l’Égypte, a reconnu sur les lieux que

(1) N.os 142, 144, 1 48 , i49 et 1 52.

(2) Tableau général, n.° 126. .

cette partie du palais était beaucoup plus récente que le reste de ce superbe édifice; dans ces mêmes inscriptions, où est mentionné le roi chéri d’ Amon-Rê , approuvé par le Soleil, Alexandre , se trouvent aussi deux autres cartouches accolés (Tableau général, n.° 12 y) : le premier renferme encore des titres, le chéri et l'approuvé d’ Amon-Rê , et le second contient le nom propre riAinOS ou OAIIIOS ($>iAi7r'7roç) , Philippe, précédé du titre fis du Soleil. Il est incertain, au reste, si les signes qui séparent les cartouches d’Alexandre et de Philippe exprimaient un degré de parenté entre les deux princes; mais ces signes n’ont malheureusement point été copiés : de sorte que nous ignorons s’il faut rapporter la seconde légende hiéroglyphique à Philippe, père d’Alexandre le Grand, ou à Philippe Aridée, son frère , que la politique du premier des Ptolémées reconnut pour légitime souverain de l’empire et des conquêtes d’Alexandre, pendant les sept années durant lesquelles ce Philippe survécut à Alexandre.

La légende hiéroglyphique de Ptolémée Épiphane se compose, comme celle de ses prédécesseurs et successeurs, de deux cartouches apposés (voyez Tableau général, n.° 132 ); on l’a copiée sur divers édifices de Philæ, deThèbes et de Dendéra. Son premier cartouche, que précède toujours le titre roi, ne renferme évidemment encore que les qualifications honorifiques; les quatre premiers signes expriment, ainsi qu’on l’a déjà dit, le titre dieu Epiphane, comme dans le texte hiéroglyphique du monument de Rosette; au-dessous est le titre, approuvé de Phtha, déjà analysé , et accru seulement de

deux signes , le scarabée et la bouche , que je prononce Ter , Tor ou Toré , mot qui est un simple surnom du dieu Phtha (i). La partie inférieure du même cartouche est occupée par un troisième titre, que je traduis avec certitude par les mots image vivante d’Amon-rê. Le second cartouche, surmonté du titre fis du Soleil , contient le nom propre Ptolémée , ILtoA**kc , Pto-* lémée , suivi des épithètes ordinaires, vivant toujours , chéri de Phtha .

Ainsi la légende royale de Ptolémée Épiphane , gravée en caractères hiéroglyphiques sur divers temples de l’Égypte , signifie textuellement, le roi ( dieu Epiphane , approuvé par Phtha, image vivante d’ Anton- rê) fils du Soleil ( Ptoléméê toujours vivant, chéri de Phtha); et c’est l’exacte traduction des titres et noms que la partie grecque du monument de Rosette donne à ce même Épiphane : Bcur/Àgus, Ôêôs EvnCpcMyç , ov o H Çxucrroc, zétaupcthy, 6dcmv tfictrcL rou A/oç, \no$ HÀ/ou , Tlro- A.ep,auo<; cLicûvo&ioç , yyd.7njpcevo$ U7 ro rot;

L’analyse de ces diverses légendes royales nous conduit donc bien évidemment à reconnaître en principe que, deux cartouches étant séparés par le titre fils du Soleil ( n.os 4° 5 et 4°6), le premier, caractérisé par les groupes roi , roi du peuple obéissant , ou seigneur du monde , ne renferme que des qualifications honorifiques ou des titres particuliers au roi dont le second cartouche contient seul le nom propre , qui peuty être aussi accompagné de surnoms et de nouveaux titres. J’appellerai

(i) Voyez le Panthéon égyptien , 3.' livraison,

désormais le premier cartouche le prénom , et le second le nom propre.

Tel fut, en effet, le protocole royal hiéroglyphique des souverains grecs et romains , et i’on sait avec quelle attention ces nouveaux maîtres de l’Egypte s’attachèrent à imiter les usages consacrés dès long-temps chez un peuple dont ils voulaient capter la bienveillance par un respect habituel de toutes ses coutumes. Ces princes durent donc adopter pour leurs légendes le protocole des anciens Pharaons. L’analyse suivante des légendes hiéroglyphiques de ces Pharaons, analyse fondée sur les principes déduits de la discussion qui précède, prouvera à-la-fois la haute antiquité et de cet usage et de l’écriture phonétique en Egypte.

Dans les inscriptions hiéroglyphiques déjà citées (i), et qui décorent la plinthe des sphinx du Musée, nous reconnaissons deux légendes royales , chacune comprenant deux cartouches. Les deux premiers, ou cartouches-prénoms (2) des deux légendes, ne doivent contenir que des titres ; nous retrouvons , en effet, dans l’un , le titre déjà connu , approuvé de Cnouphis (3) , et dans l’autre, celui de mehottEt-V-*-! , chéri des dieux (4). Si nous analysons ensuite les deux cartouches (5) que précède la formule fils du Soleil , et qui doivent ren-

(1) Tableau général, n.°* 123 «t 124*

(2) Ibid. n.ofi 123 a, et 124 a.

(3) Ibid. n.° 402.

(4) Ibid. n.° 392.

(5) Ibid. n.°‘ 123 b , et 124 b.

fermer les noms propres , appliquant aux signes qui les composent les valeurs phonétiques déjà assurées, on obtient dans i’un ( i ) &2*Kp ou k7\ , et dans l’autre ( 2) , NMqptuo'fE ; plus, un signe dont le son est encore inconnu.

Aucun nom de souverain grec ou romain ne saurait être reconnu dans ces deux noms propres ; nous devons donc essayer si nous ne rencontrons point, dans les dynasties égyptiennes de Manéthon , deux noms propres de Pharaons qui aient quelque analogie avec ceux que nous lisons dans les deux cartouches : on les trouve bientôt en effet. Dans sa xxix.e dynastie, celle des Mendésiens , il place un roi dont le nom est écrit A yu>çjlç,, et que Diodore de Sicile appelle Aw^; et ce prince, circonstance bien remarquable , eut pour prédécesseur et pour successeur deux rois que Manéthon nomme N g (peçjrrviç, et dont Diodore écrit le nom Ng- <Ppect, Ngc^gpgcc, à l’accusatif, et Ngcpgpguç, au nominatif.

Il est impossible de ne point reconnaître, dans le nom hiéroglyphique du roi éü&Kp (Hakr) , le nom du roi Acor-is (A xop-H, A%ap-iç), et dans K&iqpcuovE, ( Naifrôoue ou Naifrôoui), le nom égyptien du roi appelé Ne'phéreus ou Néphe'ritès par Içs Grecs.

Trois circonstances viennent renforcer en outre ce rapprochement, et mettre cette synonymie hors de doute.

La première est la parfaite conformité de proportion,

(1) Tableau général , n.° 124 b.

(2) Ibid. n.° 123 b.

de matière et de travail des deux sphinx qui portent les légendes des deux princes. Ces sphinx décorèrent évidemment un même édifice, et les Pharaons qui les firent exécuter durent vivre à-peu-près vers une même époque.

D’un autre coté, les deux inscriptions ne different entre elles que par les prénoms et les noms propres seuls.

Enfin , le style de ces deux sphinx s’éloigne déjà de l’ancien style égyptien , et se rapproche sensiblement de celui qui caractérise les sculptures exécutées en Egypte, sous la domination des Grecs.

L’époque présumable de ces monumens, déduite du style, exige donc, comme la lecture • des noms hiéroglyphiques des princes qui les firent exécuter, qu’on les rapporte à la période comprise entre les rois autochthones d’Égypte et la conquête d’Alexandre, c’est-à-dire, à la période pendant laquelle les Égyptiens, conduits par quelques chefs intrépides, luttèrent contre la puissance et l’ambition de la Perse; ce qui nous ramène aux règnes de Néphéreus I.er et d’Acoris.

Ces deux princes sont en effet les seuls qui, durant cette ■ période de troubles et de dissensions , aient pu jouir de quelques années de repos , et songer à faire exécuter quelques travaux de décoration. Néphéreus régna en effet six années entières , et le règne d’Acoris, son successeur, et son fils selon toute apparence, qui fut de treize ans, est le plus long de tous ceux des xxvm.e , xxix.c et xxx.e dynasties égyptiennes, dont les membres ont occupé le trône depuis

Xerxçs jusqu’à Darius-Ochus, qui assura aux Perses-, à la manière de Cambyse, ia possession de l'Égypte, en couvrant cette malheureuse contrée de sang et de ruines.

Les noms hiéroglyphiques des Pharaons-Mendésiens, Néphéreus et Acoris, prouvent donc que l’ écriture phonétique était en usage de leur temps. Voyons si avant Cambyse cette écriture était connue des Égyptiens.

L’obélisque Campensis , que l’empereur Auguste fiç transporter d’Égypte à Rome, et qu’il plaça au champ de Mars pour servir de gnomon, a été reconnu par Zoëga , auquel nous devons un si important travail sur les obélisques, pour un ouvrage du premier style égyptien : Pline l’attribue , en effet, à un des anciens Pharaons, dont le nom est tellement corrompu et défiguré, ainsi que le sont tous les noms de Pharaons donnés comme érecteurs d’obélisques dans les textes manuscrits de cet auteur ( i ), qu’il est impossible de s’arrêter à une leçon plutôt qu’à une autre, en supposant même prouvé, ce qui est loin de l’être , que Pline ait jamais su exactement à quels rois égyptiens il fallait attribuer les grands monolithes transportés à Rome.

Le pyramidion et les inscriptions perpendiculaires qui décorent les trois faces de cet obélisque, portent ia légende royale gravée sous le n.° 121 du Tableau général.

Le premier cartouche, ou le prénom, contient l’expression des idées Soleil bienfaisant ou gracieux; le

(1) Plin . Histor. nat. iib. XXXVI , cap. 8 , 9 , 10, 11.

second cartouche, précédé du titre fils du Soleil, renferme conséquemment le nom propre; il est entièrement phonétique et composé de signes dont ie son est incontestable; il se lit sans difficulté : le carre' tt, le signe recourbé c, la chouette ou nycticorax ju-, l’espèce de pincette t (i), et le bassin a anneau, K, & ou r*, ce qui produit, abstraction faite des voyelles que les Egyptiens supprimaient souvent dans les noms propres nationaux comme dans les noms propres grecs et latins, nc-U-TK ( Psmtk ) , TTCJU-rT<‘f ou nc*»-,TrT (Psmtg), le nom même ’i'oufxfxnnwç , ’i' cl g, /lut type, ou 'i‘oLp,{XY\Tt‘^oç, nom que porta, par exemple, un des plus célèbres souverains de l’Egypte, celui qui encouragea le commerce, ouvrit ses ports, comme l’intérieur de son royaume, aux Grecs, et fit fleurir les beauxarts. Le travail de l’obéîisque Campensis est tout-àfait digne de cette belle époque de la monarchie égyptienne.

Que le nom propre Psame'ték ou Psamétég , qui se lit sur cet obélisque, soit celui même du Pharaon Psammitichus I.er dont nous venons de parler, plutôt que celui de Psammitichus II son petit-fils, c’est ce que je ne chercherai point à établir ici : je trouve , en effet, dans ma collection de légendes royales hiéroglyphiques, deux rois différens qui ont porté le nom de Psame'ték (Psammitichus); mais ils se distinguent aisément l’un de l’autre par un signe différent

(i) Voye £ les Variantes phonétiques des noms divins , Tableau général, n.° 61.

dans leur prénom ( voyez la légende d’un autre Psammitichus , Tableau général , n.° 122), et je me réserve d’établir ailleurs (1) que ces deux derniers cartouches se rapportent au roi Psammitichus second, fils de Néchao fils de Psammitichus I.er II importait seulement de démontrer ici que ces deux noms propres de rois égyptiens présentent , en caractères hiéroglyphiques phonétiques , le nom propre égyptien qui

fut celui de deux rois d’Égypte, mentionnés par les historiens grecs.

La lecture de ce nom propre pharaonique prouve donc que les hiéroglyphes phonétiques existaient dans les textes sacrés, plus de cent vingt ans avant Cambyse, époque à laquelle Psammitichus I.er occupait le trône, ou tout au moins quatre-vingts ans avant ce conquérant perse, époque à laquelle Psammitichus II régnait en Égypte.

On serait peut-être enclin à supposer que ce fut sous le règne de ces Psammitichus mêmes que les Égyptiens , influencés par l’exemple des Grecs, auxquels l’entrée de l’Égypte fut alors permise et qui avaient une écriture alphabétique, s’en créèrent une à leur tour, et que l’écriture phonétique égyptienne ne remonte point au-delà de l’époque où les deux peuples furent en contact direct. Je me hâte donc de citer des

(1) Dans un ouvrage intitulé Chronologie des monumens égyptiens , que je publierai bientôt, de concert avec M. Huyot, membre de l’Ins-

titut, qui a recueilli en Egypte une foule de précieux documens sur l’architecture et les arts de cette contrée.

noms phonétiques de Pharaons plus anciens que Psam- .mitichus, C’est, ce me semble, ia meilleure réponse que l’on puisse faire à une supposition pareille, et que rien d’ailleurs ne saurait motiver.

L’obélisque de granit encore debout au milieu des ruines d’Héliopolis, porte la légende royale gravée sous le n.° 1 19. Le sens du prénom nous est encore inconnu; mais le nom propre renfermé dans le second cartouche se lit sans aucune hésitation , CWcp^cn ou bien Ocp^rcn; je n’ai point balancé à reconnaître .dans ce nom le second roi de 1a xxm.e dynastie, que Manéthon appelle OSOP0OS ou OSOP0ON, et il ne restera aucun doute sur cette synonymie, lorsque j’aurai développé quelques faits qui me semblent présenter un assez piquant intérêt.

Il existe, au Musée royal du Louvre, une statuette d’environ trois pouces de hauteur, faite d’une seule cornaline de très -belle couleur, et représentant un personnage accroupi. Entre ses jambes est gravée une petite inscription hiéroglyphique (pi. XIV, n.° 1 ), qui contient un cartouche, et dont presque tous les élémens nous sont bien connus ; je la lis : es pK Ocop'TCtt TTT^^pHC (ît}q-A».z>.s , le fils du Soleil , Osortasen chéri de P ht ha , auquel appartient le monde méridional. On remarquera dans ce cartouche, de plus que dans le nom semblable inscrit sur l’obélisque d’Héiiopolis , le lituus , signe de la voyelle 0 placé entre le c et le p ( rho ) , comme dans le nom grec Oo-opôaç : cette circonstance est à noter en faveur de la synonymie.

La base de cette curieuse statuette, et qui fait corps avec la figure , porte une seconde inscription hiéroglyphique ( pi. XIV, n.° 2 ) renfermant deux cartouches , et composée en très-grande partie de signes phonétiques ; sa transcription en caractères coptes, en suppléant les voyelles et les abréviations, donne

CcnrrEîî Ocop'T&CEît aj-sce k ccnrrEît £&jw.ek-

Aï EC (ît) CO'TTEÎÏ-TJUL^ noqpE {fcJJ.O'Wï).

ce qui signifie, le roi Osortasen , ne' du roi Amen-

hem- né de la royale mère , bienfaisante.’ . \\v.

Thaiamoun .

Le second nom propre royal, celui du père d’ Osortasen , est terminé par les parties antérieures d’un lion; c’est un caractère symbolique dont il s’agirait de connaître la valeur pour en fixer la prononciation. L’inappréciable ouvrage d’Horapollon nous satisfait pleinement à cet égard ; il porte , livre I.er : AAjcrçv ét yçjcÇovTtf ( Aryu'urnoi ) AEONTOS TA EMEIPOX- ©EN Zccî*y çyetyovcri -, les Égyptiens, voulant exprimer la force ( AAxuv ), peignent les parties antérieures d’un lion. Ce texte est formel ; et le mot de la langue parlée des Egyptiens, qui exprime spécialement cette idée AAx^, robur, force, c’est Djom ou 6oaï

Gom , selon les dialectes, et ce mot est la véritable orthographe du nom de l’Hercule égyptien que les Grecs ont écrit Xg/c, Xo/x-oç e,t Tofxo<;. Le second nom royal gravé sur la statuette de cornaline doit donc se

lire Z-WT-^ju-^O-** Amen -hem - Djorn ou zjü-r-^-u.tt^ow-, Amen-hem-Pdjom , en ajoutant l’article, et il signifie Ammon dans la force ou la force d’Ammon ; j’ai reconnu dans les textes égyptiens une foule de noms propres mystiques de cette espèce.

Je crus d’abord retrouver dans ce roi Amen-hem- Pdjom , le roi Psammus , placé par Manéthon à coté iïOsorthos ( Osortasen ) dans sa xxm.e dynastie. Le nom de "LAMMOTS renferme évidemment la racine égyptienne Djom , ou 6z-.ii, s^za*. Djam, être

fort, être puissant, passée à l’état de nom par l’addition de l’article déterminatif tt, ce qui a produit Tt^ou, tt6z.ii, P djom , P djam. Mais le Psammus de la xxm.e dynastie est fils d’ Osortasen , tandis qu’au contraire le roi Osortasen que représente la statuette de cornaline est lui-même fils d’un Amen-hem-Djam ou Psammus. Ces deux derniers princes appartiennent à une dynastie fort antérieure, la xvii.e, comme nous le démontrerons ailleurs.

C’est dans la collection de M. Tédenat, passée au cabinet du roi , qu’existent deux stèles qui se rapportent réellement aux rois Osortasen et Psammus de la xxiii. e dynastie. Ce sont deux stèles de pierre calcaire blanche portant des bas-reliefs coloriés.

La première de ces stèles représente deux personnages en pied, un homme richement décoré et une femme. La légende de la- figure d’homme ( pi. XIV,

3 ) contient son nom propre et celui de son père , et se lit , OcpiCiv &zA ( h ) , c’est-

à-dire Osortasen œil , c’est-à-dire fis de Ptahô. Nous

avons évidemment ici le même nom que sur i’obélisque d'Héiiopoiis et sur ia petite statue de cornaline; il n est point entouré d’un cartouche ; celui de son père n’est point complet, mais nous pouvons ie restituer hardiment : ttt^uv, Ptahô , n’est qu’une abréviation du nom propre TTT£CLre$, Piahôthph (pi. XIV, n.° 4) , nom propre déjà analysé (i) ; car j’ai fort souvent observé, dans deux textes hiéroglyphiques comparés, que le groupe cxrrrt ou utscf ( ph XIV, n.° 5 ) de i’un , était abrégé dans l’autre , de manière à ne conserver que le premier de ses signes, ut (pi. XIV, n.° 6 ). Le nom du père d’Osoriasen fut donc Ptahothph , c’est-à- „ dire le dévoue' ou le consacré à Phtha. On ne peut s’empêcher de remarquer aussi que les différens textes de Manéthon donnent au roi chef de la xxni.e dynastie égyptienne, père et prédécesseur d ’Osorthos ( Osortanoms de IïerovCa^ , Hzto\jÇ>clty\ç et II erou-

La légende qui accompagne la figure de femme placée près d’Osoriasen , gravée ( pl. XIV, n.° 7) ,' signifie la dame Ma utnofrè.

II est évident que I ’Osortasen de la stèle de M. Té~ denat est bien 1e roi Osortasen de l’obélisque d’Héliopolis , fils du roi Ptahothph et de Mautnofrè.

S’il pouvait rester quelques doutes à cet égard, ils seraient promptement levés par la seconde stèle de M. Tédenat. Ce monument, de même matière , et d’un travail semblable à celui de la première, offre l’image

?en),

CcLO-TVÇ,

(1) Supra, chap. VII.

de deux personnages assis , un homme et une femme ; devant eux est une seconde femme debout, et tous trois reçoivent des offrandes de fleurs et de fruits que leur présente un quatrième individu habillé fort simplement.

L'homme assis tient dans sa main un sceptre semblable à celui que portent les Pharaons dans les basreliefs historiques, et la légende placée au-dessus de sa tête (pi. XIV, n.° 9 ) est ainsi conçue : çs ocpTCit, Amén-hem-djom , fils d'Osortasen. Ainsi le nom propre de ce personnage , qualifié de fils d’Osorîasen , est formé comme celui du roi Osortasen A fils du roi Amén-hem-djom , mentionné dans l’inscription de la statuette de cornaline (pi. XIV, n.° 2), des parties antérieures d’un lion. Il est incontestable maintenant que l’obélisque d’Héiiopolis et les deux stèles se rapportent à un seul et même personnage, le roi Osortasen, de la xxiii. c dynastie ( l’Osorthos des Grecs ), à son père Ptahôthph (le Petubastes des Grecs), à sa mère, et à son fils , Amen-hem-Pdjom ou Psammus. La traduction de ce nom propre symbolique est justifiée d’ailleurs par ces mots de Manéthon même , placés entre le nom du roi Osorthos et celui de Psammus, mots qu’il faut évidemment rapporter à ce dernier, Psammus : ov H^tjcÀgct A /yv-arnoi iv&Xto-çui , que les Egyptiens , dit-il , ont appelé Hercule.

Cette réunion de faits et de rapprochemens achève donc de prouver que les cartouches royaux de l’obélisque d’Héliopolis (1) , et les noms propres des deux stèles de

(1) Tableau général, n.° 1 1 9.

M. Tédenat , appartiennent à une seule et même famille, et nous fournissent les noms des trois souverains de l’Egypte, Ptahôthph , Osortasen et Amen- hem -djom ou Amen-hem-pdjam , que les Grecs ont appelés Petubastes , Osorthos et Psammus.

Les deux stèles de M. Tédenat présentent, outre cela , un intérêt plus particulier , en ce quelles nous font connaître tous les individus des deux sexes qui firent partie de la xxm.e famille royale égyptienne , qui était Tanite ; nous y lisons en effet,

i .° Le nom du roi Petoubastes (Ptahôthph ) (i) , chef de cette dynastie ;

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