T, T, T ^TT
Lf
fî)
ap
TT
[jp
lls=^
^îûîû^
LU
tfV
mi
îr
iD o
sp
HÜT T R $ 1 |7ijr|-|o f ^p— tTI^-bU
kfeelüfüîfw ilT— '-5
iink^p1#^ ifer^f&®fe5p-|T|— il
uz as sjæ “p ■ a «ir^ur
fils de Scheschonc ; acte royal d’adoration à Anebô ( Anubis ), &c.
Cette légende est disposée de manière que la colonne qui renferme le nom du dieu Amon-Rê est placée audessus de la tête du dieu lui-même, représenté debout, sur une barque, à la droite de la momie du prêtre Osorchon , et que la colonne renfermant le nom du dieu Anubis ( Anébô ) est au-dessus de la tête du schacal, son symbole, figuré à la gauche de la momie royale.
A l’extrémité inférieure du même papyrus , on voit encore la momie du prêtre Osorchon couchée sur une barque, au-dessus de laquelle se termine une longue légende hiéroglyphique , qui est répétée deux fois , avec quelques légères variations , au commencement du manuscrit, dans des colonnes perpendiculaires. Je donne cette légende complète ( pl. XV, n.° 2 ) , qui se compose en partie des groupes de la légende précédente , et qui signifie , le prêtre d’ Amon-Rê-roi des dieux, Osorchon , défunt, fils du grand-prêtre d’ Amon-Rê-roi des dieux , Scheschonk, défunt, royal fis du seigneur du monde , le chéri d' Am on , Osorchon, vivifie ateur comme le soleil , pour toujours.
L’histoire ne nous avait point conservé le nom de ces descendans de Sésonchis (Scheschonk), chef de la xxii. e dynastie. Nous reconnaissons ici trois générations de la race royale des Bubastites ; et le prêtre d’Ammon Osorchon , auquel ce papyrus funéraire se rapporte entièrement, était, en ligne directe, un arrière-petit-fils du Pharaon Scheschonk ; et de même que
son père le grand-prêtre Scheschonk , fils du Pharaon OsorcJioti , avait reçu le nom de son aïeul , le prêtre Osorchon, fils du grand-prêtre Scheschonk, reçut aussi le nom de son grand-père, le Pharaon Osorchon.
J’ai également remarqué, en étudiant plusieurs stèles funéraires, que dans beaucoup de familles les petits-fils portaient très-fréquemment les mêmes noms que leurs grands-pères ; et le manuscrit de M. Denon nous donne encore une preuve de cette touchante religion de famille , qui semble avoir imprimé son sceau à toutes les institutions sociales des Égyptiens.
J’ai également retrouvé le nom de ce prêtre Osorchon , fils de Sésonchis, dans un manuscrit égyptien hiératique, dont, par un hasard fort singulier , M. Denon a placé la gravure dans son atlas ( i ) , immédiatement après le papyrus hiéroglyphique où nous venons de lire ces mêmes noms.
Le manuscrit hiératique commence par une scène coloriée , représentant un personnage debout , vêtu d’une peau de panthère , comme le roi du tombeau découvert par Belzoni, et offrant l’encens au dieu Phrê (le Soleil), assis sur son trône , et devant lequel est un autel chargé d’offrandes. La légende écrite au-dessus de l’adorateur du dieu, en écriture hiéroglyphique, est ainsi conçue ( pl. XV, n.° 3 ) : CWcspç cmtfi K Xu-ok OcopKOU es O'ïhL (&ite) h ’UjEqyu.mK « Osiris
» ( ou i ’Osirieti ) , prêtre d’Ammon Osorchon , né du » grand-prêtre d’Ammon Scheschonk. »
(I) Planche CXXXVIII.
Le texte hiératique de ce papyrus est de trois pages, et contient , dès sa première ligne , une formule qui se répète, avec quelques légères variations ou omissions, quatre fois dans les trois pages ; nous la donnons complète (pi. XV, n.° 4)- Si, appliquant à cette légende hiératique les principes et les synonymies de signes que j’ai établis dans mon travail sur l’écriture hiératique , communiqué à l’Académie des belles-lettres en 1821 , nous transcrivons, signe pour signe, cette même légende en hiéroglyphes, à l’aide du Tableau général synony mique des deux écritures , nous obtenons la légende hiéroglyphique (pi. XV, n.° 5 ), dans laquelle on retrouve d’abord, et dans le même ordre, tous les hiéroglyphes de la légende d’Osorchon ( pl. XV, n.° 3 ), dans la scène peinte en tête du manuscrit; et de plus, presque une copie des autres légendes hiéroglyphiques du même prêtre (pl. XV, n.os 1 et 2 ). La légende hiératique , composée de tout autant de signes , phonétiques en très-grande partie, que sa transcription hiéroglyphique , se transcrit aussi en lettres coptes sans difficulté (en suppléant les voyelles dans les groupes phonétiques , et en remplaçant les signes figuratifs ou symboliques par les mots égyptiens signes des idées qu’ils expriment) , de la manière suivante :
CWcxpE cr*K& h pK îioitte ccnrrER (h) îîe-
îtcnrrE OcopKott ptu-u-E ct. ci (mie) n
itcnrTE UJeojokk pauu-E
Osiris. Le prêtre d’Amon-Rê dieu , roi des dieux , Osorchon, homme ( défunt ) fils du grand-prêtre d’Ainmon dieu, Scheschonk homme.
On remarquera que 1’ hiératique emploie ici l’oie, au lieu du signe ovoïde dans le mot es , enfant, né , natus, que porte la légende hiéroglyphique du même manuscrit. Les noms propres d’Osorchon et de Sésonchis y sont également terminés par le signe figuratif d’espèce homme , qui manque dans la plupart des noms propres hiéroglyphiques de ces deux individus , cités jusqu’ici parce qu’ils sont suffisamment caractérisés comme tels par les titres qui les précèdent ou qui les suivent. La transcription de cette légende hiératique, qu’on vient d’opérer en caractères hiéroglyphiques , suffit pour démontrer l’identité de nature et les rapports intimes que j’ai dit exister, soit dans leur ensemble , soit dans leurs plus petits détails , entre le système d’écriture hiéroglyphique et le système d’écriture hiératique des anciens Égyptiens. On conçoit alors avec quelle facilité j’ai dû recueillir les élémens de l’alphabet phonétique hiératique.
On trouve encore , sur d’autres monumens que ceux déjà cités , les noms propres, et toujours phonétiques , des Pharaons Sésonchis et Osorchon. On lit, par exemple, le nom du premier de ces rois , avec les mêmes prénoms et titres qu’il porte dans la colonnade du palais de Karnac , sur une statue de granit représentant la déesse à tête de lion , Taftié ou Tafnèt (i) , qui existe au Musée royal de Paris, et sur la base d’un sphinx, au Musée britannique.
Le nom , le prénom et les titres de son fils et succes-
(i) Voyez les noms hiéroglyphiques de cette déesse. Tableau général , n.os 53 et 72.
seur, ie roi Osorchon, sont aussi gravés sur ia panse d’un grand et superbe vase d’aibâtre oriental , qui , d’après le contenu de l’inscription hiéroglyphique , a été jadis offert par ce prince au Dieu souverain des régions du monde , au seigneur suprême Amon-Rê : ce vase fut, dans les temps antiques , enlevé à l’Egypte et transporté à Rome, où un membre illustre de la famille Claudia le trouva convenable pour en faire son urne funéraire ; l’épitaphe de ce patricien est gravée en grandes lettres latines sur 1a panse du même vase, à l’opposite de la dédicace hiéroglyphique du roi Osorchon. Ce monument curieux existe au Musée royal de France.
Les Pharaons Sésonchis et Osorchon vécurent vers l’an mille avant l’ère vulgaire , puisqu’ils furent contemporains des rois de Juda, Roboam , fils de Salomon , et Asa , petit-fils de Roboam , dans les états desquels ils firent successivement des invasions. Il reste donc prouvé , par la lecture de leurs noms hiéroglyphiques retrouvés sur plusieurs monumens, que sous leur règne, au x.e siècle avant J.-C. , les Égyptiens employaient déjà dans leurs textes un très-grand nombre d’hiéroglyphes phonétiques.
Mais je puis prouver encore que ce système d’écriture remonte à une époque même fort antérieure : je néglige de citer, à l’appui de cette assertion , les noms hiéroglyphiques, toujours phonétiques , de plusieurs Pharaons de 1a xix. e dynastie, dite des Diospolitains , dont le dernier roi Thouoris fut, selon Manéthon et tous les chronologistes, contemporain de la guerre de Troie; je
produirai seulement ici le nom du Pharaon , chef de cette dynastie, et ceux de plusieurs de ses ancêtres, rois de la xvm.e dynastie, Tune des Diospolitaines.
La légende royale la plus fréquente sur les monumens du premier style , existant soit dans la Nubie , depuis ia seconde cataracte jusqu’à Philæ, soit en Égypte, depuis Syène jusqu’aux rivages de ia Méditerranée, est celle que je donne avec toutes ses variantes sur la planche XVI , mise en regard de cette page.
On ne peut s’étonner, sans doute, delà multiplicité de variantes d’une légende qui a été écrite à-ia-fois dans des lieux si distans les uns des autres, et sur un aussi grand nombre de monumens. Ces différences portant d’ailleurs presque toutes sur le nom propre ou second cartouche, s’expliquent naturellement par l’emploi de l’alphabet phonétique égyptien, si riche en caractères homophones; et c’est ainsi que, sur les monumens du troisième style , j’ai recueilli un plus grand nombre de variantes encore , et du prénom impérial et du nom propre de l’empereur Domitien. Si la légende pharaonique dont il s’agit était écrite en caractères symboliques, comme on l’a cru jusqu’ici, ces variantes seraien pour ainsi dire inexplicables , et l’on se trouverait forcé '<& de recourir à des suppositions également absurdes , savoir, que quatorze rois égyptiens auraient porté le même prénom royal , ce qui est contraire au témoignage irrécusable des monumens ; ou bien encore , si l’on persistait à soutenir, contre l’évidence des faits (i), que les deux
(i) Supra, pag. 24 1 et pvécéd.
cartouches d’une légende royale renferment chacun un nom propre , nous aurions ici le nom d’un roi , fils de quatorze pères différens , ou tout au moins , fils d’un roi dont le père eût porté quatorze noms différens , ce qui est tout aussi absurbe.
Mais un fait décisif prouve invinciblement que ces cartouches , si variés au premier coup d’œil , se rapportent à un seul et même prince : ces cartouches se trouvent souvent presque tous sculptés, en effet, sur un seul et même monument, ou sur une seule et même partie , quelquefois peu étendue , d’un édifice. Cette légende doit appartenir à un seul roi : l’analyse du prénom et la lecture du nom propre le prouveront encore mieux.
Le prénom de ce prince , qu’on pourrait à bon droit surnommer pariétaire , épithète par laquelle l’antiquité voulut qualifier l’empereur Trajan , est terminé par le titre connu approuvé par Phrê ( le dieu Soleil ) (i) ; ses premiers signes , au nombre de trois , sont , i .° le disque solaire , nom figuratif du Soleil ou du dieu Phrê : ce disque est , en effet , peint en rouge , lorsque le cartouche est colorié; z.° un sceptre terminé par une tête de schacal ; 3.0 l’image d’une déesse, que sa tête, surmontée d’une longue plume ou feuille , nous. fait reconnaître pour la déesse Tmé ou Thméi , la Vérité ou la Justice , portant sur ses genoux le signe de la vie divine.
Deux énormes cartouches qui se trouvent réduits
(1) Planche XVI, n.os 1 et 2.
sur notre planche XVI , n.° 3 ( a et b ) , occupent , l’un , ie côté droit, l’autre, le côté gauche de la porte d’entrée intérieure du grand édifice d’ibsamboul, oùM. Huyot, membre de l’Institut , les a copiés avec ce soin et cette exactitude qui caractérisent tous les dessins qu’il a rapportés de son important voyage en Grèce , en Asie et en Afrique. Ces deux cartouches vont nous expliquer le sens des trois premiers signes du prénom royal. Sur toutes les autres parties du vaste monument d’ibsamboul, 011 ne trouve, mais répétée un très-grand nombre de fois, qu’une seule légende royale dont le prénom est semblable au n.° 1 ou 2, et le nom propre y est écrit selon toutes les variantes , n.os 6, 7, 10, 1 1, 1 4, 15 et 16, de notre planche XVI.
Les deux grands cartouches (planche XVI, n.° 3 ) de la porte intérieure à’Ibsamboul, ne sont, en effet, qu’une espèce de dédoublement du prénom royal ordinaire (planche XVI, n.° 1 ); aussi sont-ils surmontés l’un et l’autre, comme tous les prénoms royaux, du titre roi ou roi du peuple obéissant , écrit en grands hiéroglyphes. Le cartouche de gauche ( marqué a ) nous offre en effet l’image en pied du dieu Phré lui-même ( ie Soleil ) , caractérisé par sa tête d’épervier surmontée du disque solaire ; ce dieu est simplement indiqué dans ie prénom ordinaire (planche XVI, n.° 1), comme ailleurs, par l’image seule de son disque, dont le volume est quelquefois remarquable , comme , par exemple, dans la variante n.° 2.
Le second grand cartouche , celui de droite ( pi. XVI , n.° 3, b) contient la représentation en grand de la
déesse Thméi (la Vérité), la tête surmontée de sa feuille ou plume, tenant en main ie sceptre à tête de schacal , et assise sur un trône : cest ie développement de ia petite figure de la déesse, devant laquelle est placé le sceptre à tête de schacal , dans ie prénom ordinaire ( pi. XVI, n.° i ). Le disque, emblème du dieu Soleil, est placé ici au-dessus de la déesse Thméi , de la même manière que dans le prénom (a) ; ie dieu Soleil en pied tient à son tour, dans sa main, la plume ou feuille, emblème et insigne de la déesse Thméi. Enfin , chacun de ces deux grands cartouches est terminé parie groupe (Tabl. gén. n.° 399) , approuvé par Phré , comme le prénom ordinaire ( pl. XVI, n.°s 1 et 2 ).
II est évident que ces deux grands cartouches sont de simples variantes du prénom ordinaire ; que les divers prénoms exprimaient tous les mêmes idées , mais par le moyen de signes variés et plus ou moins développés : cette richesse de moyens d’expression de l’écriture hiéroglyphique résidait principalement dans la classe des signes symboliques.
Le seul des caractères compris dans ces prénoms royaux, et dont il reste à nous rendre compte, est le sceptre à tête de schacal , qu’il ne faut point confondre avec le sceptre ordinaire des dieux , lequel est surmonté d’une tête de coucoupha. D’après Horapollon , le schacal, que le texte grec désigne par le mot yjucùv , chien , était dans l’écriture sacrée égyptienne 1e symbole de la surveillance et de faction de garder : on peut donc, avec la probabilité presque entière d’arriver au sens véritable, voir dans les différentes variantes de ce pré-
nom l’expression des idées : Soleil , gardien de la Vérité , approuvé par Phré.
Le nom de Soleil ou celui de toute autre divinité, donné à un souverain de l’Egypte , ne doit aucunement surprendre ; non-seulement on comparait sans cesse, comme en cette occasion , les rois égyptiens aux divers dieux du pays , mais les traditions anciennes nous prouvent même que les Pharaons prirent souvent pour noms propres ceux mêmes des plus grandes divinités. Je citerai ici le nom d’un roi de Thèbes, 'Le.p,<pçyvxpoolnç , qui , d’après le témoignage formel d’Ératosthène, signifiait Hercule-Harpocrate. Quoi qu’il en soit, je pense que la diversité des noms qu’on remarque dans les différentes listes des rois égyptiens données par Manéthon , Ératosthène , Diodore de Sicile et Hérodote , ne provient que de ce que les uns ont donné le prénom royal , et les autres le nom propre d’un même prince , ou , en d’autres termes-, que les uns ont traduit ou transcrit la prononciation du premier cartouche d’une légende royale , et que les autres ont transcrit la prononciation du second , qui contient le véritable nom propre. Mais ce n’est point ici le lieu de développer cette assertion; il est temps de passer à la lecture du nom propre qui accompagne le prénom que nous venons d’examiner.
La forme la plus simple de ce nom propre est le n.° 4 ( pl. XVI); la valeur et la prononciation des quatre signes qui le composent ont été déjà bien fixées (i).
(i) Supra, pag. 140, 1 4 1 j pag. I2i,&c.
Le globe ou disque est le nom figuratif du soleil , ptt ( Ré, Ri ou Ra ) ; le second signe est un jul ; et les deux derniers , les sceptres horizontaux affrontés , sont deux c : nous obtenons donc la lecture PïWCC, que nous pouvons prononcer , en suppléant les voyelles supprimées selon l’usage, Rêmsès , Ramsès, Ramesès ou même Ramssè.
Dans la variante n.° 5 , qui se prononçoit .“Xjulîîpn-W-CC , Amoti-mai-Ramsès , nous trouvons, de plus que dans le précédent , le titre phonétique che'ri d’Ammon , inscrit avant le nom propre, qui offre de plus aussi la petite ligne perpendiculaire , laquelle est la voyelle placée après le disque. On n’a point oublié que ces deux caractères forment un des noms les plus habituels du dieu RÊ , Ra ou Ri ( le Soleil ) (1).
La variante n.° 6 ne diffère de la précédente que par l’emploi d’un caractère , le signe recourbé , homophone bien connu des deux sceptres affrontes , pour exprimer le premier c. Le signe recourbé exprime , à son tour, les deux c dans la variante n.° 7; et un nouvel homophone, la tige de plante recourbée, qui est déjà reconnu pour un c dans les mots co^rrn, et juiec ou aj-sce &c. (2) , représente le second signe de la variante n.° 8.
Quelques différences notables se font remarquer dans les variantes n.os 9 et 10; mais elles ne sont qu’apparentes. Le nom du dieu Soleil , pH , est seulement
(1) Tableau général, n.os46; et suprà, pag. 140 et 141. {2) Suprà, pag. 121.
exprimé ici par l’image même du dieu Soleil à tête d’épervier, surmontée du disque; ces deux cartouches contiennent donc toujours, comme les autres , les mots ^JULttJW-5-s Phju-CC , le chéri d’ Ammon-Ramsès.
Mais la variante n.° 1 1 offre une singularité digne d’être observée : la première partie du titre tout phonétique chéri d’Ammon , reste en tête du cartouche , comme dans les précédens , et la dernière partie , la consonne -wl , abréviation de J i3-Z>i , aimé, chéri , est rejetée à la fin, après le nom propre royal ; ce qui donne en lettres coptes la transcription 3M*k-Pka*CG-jul , c’est-à-dire , d’ Amoun-Ramsès-chéri , au lieu de &«-N-jm£.ï-pKJUi.cc , le chéri d’Amoun-Ramsès , comme portent les variantes 5 , 6, 7, 8 , p, &c.
Dans la variante n.° 12, nous voyons une particularité nouvelle : le titre Amon-mai ( chéri d’Ammon ), qui est ici exprimé par l’image, déjà bien connue, du dieu Amoun (1), mise à la place du nom phonétique, et par le hoyau ou charrue , homophone (2) du piédestal , abréviation du groupe (3), procède de gauche à droite , tandis que le nom propre PkjülCC est écrit de droite d gauche ; de sorte que la figure du dieu Amoun est face à face avec l’image du dieu Rê (le Soleil) , qui exprime la syllabe pn du nom propre Pk**-CG, Ramsès.
Cette singulière disposition de signes est en partie imitée dans les variantes n.os 14, 15 et 1 6, où les
(1) Supra , pag. i 58, et Tableau général, n.° 67.
(2) Supra, pag. 194, 195.
(3) Voyez Tableau général, n.° 351.
images des dieux Amoun et Rê sont face à face, et placées sur le piédestal représentant l’** du titre abrégé JUL5-X; ce même signe sépare l'image du dieu Soleil RÊ ou Ra, du reste du nom propre **CC, dont ii est une partie nécessaire.
Ainsi fa iégende entière ( i ) du Pharaon dont le prénom, fe nom et fes titres se présentent fe plus fréquemment sur les monumens égyptiens du premier style , doit se traduire par ces mots : Le roi du peuple obéissant ( Soleil gardien de la Vérité, approuvé Par Phré ) , fils du Soleil ( le chéri d' Amoun RamsÈs ).
Puisque la lecture de ce nom royal est bien fixée, il reste à savoir quel est celui des monarques égyptiens mentionnés par les historiens grecs , auquel il a pu appartenir.
La légende royale de ce prince se lit dans les dédicaces et sur toutes les parties des grands édifices d’Ibsamboul , de Calabsché , de Derry , de Ghirché et de Ouady-Essébouâ , dans la Nubie; en Égypte, sur plusieurs parties du palais de Karnac à Thèbes , et principalement dans la grande salle hypostyle ; sur le grand pylône , les colonnes et la première cour du palais de Louqsor; sur toutes les parties de l’édifice qu’on a désigné sous le nom de Tombeau d’ Osymandias ; dans le palais d’Abydos; enfin sur les obélisques de Louqsor, et sur les obélisques de Rome , appelés Flaminien , Sallustien (2) , Mahuteas , Médicis , et sur une foule
(1) Voye £ Tableau général, n.° 114, a ou b.
(2) Cet obélisque n’est qu’une mauvaise copie, faite jadis par un ciseau romain , du bel obélisque connu sous le nom de Flaminien.
d’autres monumens de tout genre. On retrouve également cette même iégende royale sur une inscription dont le texte est bilingue , hiéroglyphique et en écriture cunéiforme ; ce monument précieux existe à Nahharel-Kelb , en Syrie , près de l’ancienne Bérythus.
Le Pharaon auquel se rapporte cette légende si souvent reproduite , fut un souverain guerrier , puisque son image est sculptée dans des bas-reliefs représentant des sièges , des combats , des allocutions , des marches militaires , et des passages de fleuves ; il porta aussi les armes dans des pays éloignés de l’Égypte , puisqu’il est , sur d’autres tableaux , l’objet des hommages de peuples vaincus ou captifs, dont la couleur et le costume n’ont rien de commun avec les Égyptiens figurés sur les mêmes bas-reliefs; il pénétra sur-tout en vainqueur dans l’intérieur de l’Afrique, puisqu’on le voit , sur d’autres bas-reliefs , recevant en présent des productions propres à cette région , telles que des giraffes , des autruches et diverses espèces de singes et de gazelles; ce roi possédait d’immenses richesses , accrut nécessairement les revenus de l’État aux dépens des nations étrangères , et encouragea les arts : le nombre et l’importance des édifices qu’il a fait élever ne permettent aucun doute à cet égard. Voilà ce que les monumens nous apprennent sur ce prince ; il est évi- , dent qu’il fut un des plus illustres et des plus puissans monarques de l’Égypte.
Et en effet , lorsque Germanicus , parcourant les bords du Nil, visita les vénérables débris de la grandeur de Thèbes, et qu’il interrogea le plus âgé d’entre
ies prêtres du pays, sur le sens des inscriptions hiéroglyphiques qui couvraient ces monumens; ce prêtre lui dit alors que ces textes sacrés contenaient des notions sur l’ancien état de l’Égypte, sur ses forces militaires, ses revenus , et se rapportaient sur-tout à la conquête de la Libye, de l’Éthiopie , de la Syrie et d’une grande portion de l’Asie, faite par les Égyptiens , sous la conduite d’un de leurs anciens rois qui s’appelait Rhamses (i); c’est précisément là le nom propre que nous trouvons écrit Pk-ulcc, Ramsès, dans ies légendes royales qu’on vient d’analyser.
Mais à quelle époque vécut ce grand roi Ramsès? Nous ne pourrons la fixer qu’en trouvant la place de ce même roi dans le Canon chronologique de Manéthon , où sont aussi tous les Pharaons dont nous avons déjà lu les noms propres.
Cet historien mentionne dans ce Canon, qui nous a été conservé en abrégé par Jules l’Africain et Eusèbe, trois souverains qui ont porté des noms toutà-fait semblables ou très-approchans du Ramsès de Tacite.
Le premier est Pct^gfms ou quatorzième
(i) Mox ( Germanicus ) visit veterum Thelarum magna vestigia ; et manebant structis molibus litteræ ægyptiæ , priorem opulentiam complexée : jussusque e senioribus sacerdotum patrium sermonem interpretari , referebat habitasse quondam septingenta millia œtate militari : atque eo cum exercitu regem RhAMSEN Libyâ , Æthiopiâ, Medisque et Persis , et Bactriano ac Scythâ potitum; quasque terras Suri Armeniique et contigui Cappadoces colunt , inde Bithynum , hinc Lycium ad mare imperio tenuisse , &c. C. Tacitus, Annalium lib. il, pag. 78;
Amstelod., typis Lud, Elzevirii , 1649.
roi de la xvm.e dynastie; mais on ne cite de lui aucune action mémorable.
Le second est son fils et son successeur Pct/4g<mç- M eict/txovv , c’est-à-dire, Ramésès aimant Amoun, Ramésès l’ami d’ Amoun. Ce n’est point encore ià le Ramsès de notre légende hiéroglyphique, qui porte constamment le titre Amon-mai (Tableau général, n.oS 354» 335), c’est-à-dire, chéri d’Ammon, et jamais celui de Mai- Amoun ( Tableau général, n.° 393 ), chérissant Ammon, l’ami d’Ammon , comme le second Ramsès de Manéthon.
Le troisième Ramsès nommé dans cet auteur est le quatrième prince de la xix.e dynastie; on ne lui attribue encore aucune entreprise militaire, aucune action qui le distingue de la foule des rois dont les noms se lisent sans gloire dans cette longue série chronologique.
Mais le bisaïeul de ce dernier Ramsès ou Ramésès, et le petit-fils de Ramésès- Meiamoun , nommé 'ZeQœç, XeG et Xg0£*>crjç dans les divers textes de Manéthon , le premier roi de la xix.e dynastie, fut un de ces princes guerriers dont le souvenir, perpétué par les grands événemens de leur règne, survit dans les fastes historiques au temps et aux révolutions. Séthosis , d’après le témoignage formel de l’historien égyptien, monta sur le trône d’Egypte après la mort de son père Aménophis III, et fit la conquête de la Syrie, de la Phénicie, de Babylone, de la Médie, &c.; Manéthon le donne enfin pour le plus illustre des anciens rois.
Le Séthosis de Manéthon est bien certainement le
même personnage que le Sésoosis de Diodore de- Sicile, et le Sésostris d’Hérodote et de Strabon, que ces auteurs nous peignent comme le plus grand roi qu’ait eu la nation égyptienne, et auquel ils attribuent également la conquête de l’Ethiopie, de la Syrie et d’une grande partie de l’Asie occidentale : les traditions écrites, conservées par les Grecs, sur ce roi Séthos, Séthosis , Sésoosis ou Sésostris, s’accordent donc trèsbien avec ce que les monumens égyptiens nous apprennent sur le grand roi Ramsès ; toutefois ce dernier nom diffère tellement de ceux donnés au conquérant égyptien par Manéthon , Hérodote, Diodore de Sicile et Strabon, qu’il est impossible de croire, sans une autorité expresse, que ces noms ont été portés à-la-fois par un seul et même prince.
Mais Manéthon lui-même, et c’est bien la pins imposante autorité que l’on puisse citer en pareille matière, lève complètement cette difficulté, en nous apprenant que Séthos ou Séthosis porta aussi le nom de Ramessès ou de Rampsès. Cet historien , racontant la seconde invasion des pasteurs en Egypte , sous le règne d’Aménophis III, père de Séthos, dit, en effet, que le roi , troublé à la nouvelle de l’arrivée de ces étrangers, partit pour les combattre, après avoir confié à un ami sûr son fils Séthos , alors âgé de cinq ans , et qui portait aussi le nom de RamessÈs, à. cause de Rampsès nom de son père (i). « Toi/ àt u/ov‘XE©nN, ro 1/ XSq Pamesshn clttd Pcc^^îiouç rov 7 raéiçyç wvopccLo-gceyov ,
(1) Ramesses-Meiamoun , père d’Aménophis III.
vnvlcL erti ovtol, as'çpt, rov écuvrov <pi\ ov ( i ).
Plus loin, Manéthon raconte qu’Aménophis III, n’ayant pu résister aux Pasteurs, se retira avec son fils en Éthiopie, où il demeura pendant de longues années; mais qu’enfin, ayant rassemblé une armée éthiopienne, il rentra en Égypte, toujours avec son fils RampsÈs , qui commandait lui-même alors un corps de troupes.
(A^c evaxpiç) ygj{ ° vioç, cuitov Pamÿhs y&f olvtoç £%oûv Sl/vcL/tAiv &c. (2). » Il paraît, au reste, que ce nom de Ramsis , Rampsès ou Ramésès fut très-usité en Égypte : nous verrons en effet ailleurs que cinq Pharaons le prirent successivement , et i’Exode nous apprend aussi qu’une des villes de la basse Égypte bâties par les Hébreux pendant leur longue captivité, portait le nom de DDDîH Ramésès ou Ramsès (3); et ce nom est écrit dans le texte original par un resch, un aîn, un mem et deux samedi , c’est-à-dire, par tout autant de signes que dans l’égyptien , et par des signes équivalant aux caractères hiéroglyphiques phonétiques qui forment ce même nom Ramsès dans les légendes précitées (4)* On connaît encore, dans la basse Égypte, province de Bohaïréh, une position où se trouvent des ruines égyptiennes et un bourg qui porte le nom de Ramsis (5).
(1) Manetho apud Josephum contra Apionem , lib. 1, pag. 1053.
(2) Ibid. pag. 1054*
(3) Exode, I, 11.
(4) Voyez planche XVI , n.os 4 , 5,6, &c.
(5) Voyez mon Egypte sous les Pharaons , partie géographie , t. Ii , pag. 248.
ïi résulte donc de cet ensemble de faits , que le souverain égyptien , qualifié , dans sa légende royale hiéroglyphique, des titres Soleil gardien delà vérité , chéri d‘ Ammon , fils du Soleil, Ramsès , est, sans aucun doute, le même prince que le Rhamsès de Tacite, le Ramésès ou le Rampsès de Manéthon , le Séthos ou le Séthosis de ce même historien , le Sésoosis de Diodore, et le Sésostris d’Hérodote et de Strabon ; et comme les documens qui nous ont été transmis sur ce grand prince , ne permettent point de placer son existence plus tard que le xv.c siècle avant notre ère , il résulte également de la lecture de sa légende royale que l'écriture hiéroglyphique phonétique était en usage en Egypte dix siècles avant l’invasion de Cambyse, et douze siècles avant Alexandre le Grand.
Le Canon de Manéthon mentionne plusieurs prédécesseurs ou successeurs de ce grand conquérant, qui portèrent aussi le nom de Ramsès ou Ramésès. Je trouve, en effet, sur divers monumens égyptiens, des légendes royales dont le cartouche qui renferme le nom propre se lit également Ramsès Phjw-CC , mais dont le cartouche prénom diffère d’une manière marquée du prénom constant des légendes royales de Ramsès le Grand. Il importe de reconnaître à quels rois de la liste de Manéthon peuvent se rapporter ces légendes, et c’est en fixant cette synonymie que nous pouvons acquérir de nouvelles certitudes sur l’antiquité des hiéroglyphes phonétiques.
La légende royale du Pharaon qui a construit le magnifique palais de Médinétahou , et quelques parties
des édifices de Karnac et de Louqsor à Thèbes , est reproduite dans notre Tableau générai, sous le n.° 1 1 5. Le prénom est formé d’abord des trois signes que, dans ie nom de Ramsès le Grand, n.° ii4> nous avons traduits par Soleil gardien de la ve'rité; mais au lieu du titre approuvé par le Soleil , que contient ensuite ce dernier, ie prénom de la légende n.° 1 1 3 offre quatre autres caractères dont la valeur est bien connue (1), et qui forment ie titre ÜES£>~mt (2) Meiamon, Meiamoun, aimant Ammon , celui qui aime Ammon , l’ami d’Ammon : et comme ie nom propre de ce roi est aussi Ptmcc Ramsès , suivi d’un titre particulier, nous ne pouvons méconnaître dans ce Pk^acc Ramsès , surnommé Mei-amoun , ie roi PcL/u,eo-y<; que
Manéthon surnomme aussi M i&piovv ou M e/ct/z/ztouv. C’est le quinzième roi de ia xvm.e dynastie , le père d’Aménophis III père de Ramsès ie Grand ou Sésostris.
Le règne de Ramsès -Meiamoun fut de plus de soixante ans; et, d’après les sculptures de son palais de Médinétabou , des expéditions militaires en illustrèrent la durée. Le tombeau de ce Pharaon existe aussi dans la vallée de Biban-el-MoIouk , à l’occident de Thèbes; c’est le v.e tombeau de l’Est. Cette superbe excavation renfermait un sarcophage dont le couvercle de granit rouge, ayant dix pieds de long, a été transporté par le célèbre voyageur Belzoni, d’Egypte en Angleterre, où il décore le musée de l’université de
(1) Supra, pag. 196.
( 2 ) Tableau général, n.° 393.
Cambridge : ce couvercle offre , sculptée en très-haut relief, l’image du Pharaon Ramsès-Méiamoun , entourée de sa légende royale (i); et cette même légende se trouve répétée un très-grand nombre de fois dans les bas-reliefs du tombeau, et, par exemple , sur les beaux fauteuils sculptés et coloriés dont la Commission d’Égypte a publié les dessins [Ant. vol. II, pi. 80 ).
Le petit temple de Calabsché, en Nubie , et quelques parties du palais de Louqsor, portent la légende royale d’un troisième RamsÈs (Tableau générai, n.° 112 ).
Le prénom , dont les trois premiers signes sont semblables 'à ceux des prénoms de Ramsès le Grand et de Ramsès-Meiamoun , n’en diffère essentiellement que par le signe final , qui est le G hiéroglyphique.
Le second cartouche contient le nom propre, qui se lit sans difficulté, Ph-W-CC, Ramsès.
La légende de ce prince se montre également dans la colonne médiale de deux faces de l’obélisque oriental et de l’obélisque occidental de Louqsor; mais les colonnes latérales de ces faces , comme les trois colonnes de la troisième face de chacun de ces monolithes , offrent la légende royale de Ramsès le Grand. Ces diverses circonstances prouvent, 1 .° que ces obélisques ont été taillés et érigés par le Pharaon dont la légende se trouve dans les colonnes médiales de deux de leurs faces; 2.0 que ces obélisques n’ont eu d’abord, comme ceux de Karnac et celui d’Héliopolis , qu’une seule
(1) Le magnifique sarcophage de ce roi est aujourd’hui au Muses
royal du Louvre.
colonne d’hiéroglyphes, portant , comme on l’a vu , ia légende du Ramsès qui les fit élever; 3.0 que , dans la suite, Ramsès le Grand ayant embelli le même palais par des constructions nouvelles , on consacra son nom et les détails de ses travaux dans les deux colonnes latérales des deux premières faces et dans trois colonnes de la troisième face de chacun des deux monolithes , lesquelles ne portaient point encore d’inscriptions. Cette théorie sur les obélisques à deux légendes royales, théorie qui s’applique avec un égal succès aux obélisques de Saint-Jean de Latran et à l’obélisque Flaminien , sera développée dans un travail particulier sur la chronologie des monumens égyptiens; et je prouverai alors que, dans les temps antiques, les obélisques n’étaient placés à l’entrée des principaux édifices, que comme de grandes stèles portant la dédicace des temples ou autres constructions à certaines divinités , mentionnant spécialement les rois qui avaient fait exécuter ces constructions , et donnant quelquefois le détail des travaux entrepris par chaque prince, et de l’exécution des obélisques eux-mêmes.
Il résulte, principalement de la place qu’occupent les deux légendes royales gravées sur les deux superbes obélisques de Louqsor, que le troisième Ramsès dont nous trouvons le nom (1) dans les colonnes médiales, était antérieur à Ramsès le Grand; on doit donc chercher le nom de ce nouveau Ramsès parmi les prédécesseurs de Ramsès le Grand. Il peut être son bisaïeul Ramsès,
(1) Tableau général , n.° 112.
quatorzième roi de la xvm.e dynastie, père et prédécesseur de Ramsès- Meiamoun dont nous avons aussi déjà reconnu ia légende royale (i).
Les grandes colonnes de ia salie hypostyle du palais de Karnac, et une portion des petites, portent la légende royale de Ramsès le Grand; le reste des petites colonnes offre la légende royale d’un quatrième Pharaon du nom de Ramsès. Cette dernière est gravée sous le n,° i i 5 , a et h.
Dans les trois premiers signes du prénom , on remarque , comme parmi les trois premiers du prénom de Ramsès le Grand , le caractère figuratif du Soleil ( Rê ) et l’image de ia déesse Vérité ( Thméi ), dont la tête est surmontée d’une plume ou feuille; mais le second signe, le sceptre, au lieu d’être terminé par une tête de schacal , est le sceptre recourbé qu’on a vaguement nommé le crochet , et qu’on retrouve sans cesse dans les mains du dieu Osiris. Le prénom de la légende n.° 115 contient, de plus, le titre approuvé d’Amoun , tandis que le prénom de Ramsès le Grand se termine par le titre approuvé par le Soleil. Le n.° 1 1 5 c offre une variante curieuse du prénom de ce nouveau Ramsès. L’image de la déesse Vérité a disparu, et son signe caractéristique, la plume ou feuille , a passé dans la main de l’image d’Amoun : les prénoms royaux nous ont déjà montré des exemples de cette curieuse contraction de signes , particulière à la classe des caractères hiéroglyphiques symboliques.
(■) Tableau générai, n.° 113.
Enfin, dans ie prénom 115 c , le dernier signe du groupe ( 1 ) qui exprime l’idée approuvé , est la coiffure royale , caractère homophone de la ligne brisée, et cette variante prouve, comme nous l’avons déjà dit, que ce groupe est réellement phonétique.
Le cartouche nom propre de la nouvelle légende ( n.° 115 a) se lit, 3u*-îU5-2>.s Pkaacc Amonmai- Ramses , le chéri d’ Ammon Ramsès , et présente une particularité que n’ont point fournie les nombreuses variantes du nom de Ramsès le Grand. Les deux feuilles représentant la diphthongue za ou bien s du mot s amatus, sont groupées symétriquement à droite et à gauche du signe -w. du nom propre Ph*acc. Un cartouche de l’empereur Claude (2) nous montre un déplacement tout-à-fait analogue : les deux feuilles représentant i’s du mot (5pA*.mKC ( TepfxctviKûç, Germanicus), sont divisées et groupées l’une à droite et l’autre à gauche du é> de ce même mot.
Ce quatrième Ramsès qui a terminé les colonnes de la salle hypostyle de Karnac. , magnifique monument décoré en très-grande partie sous le règne de Ramsès le Grand, ne peut être que le Pharaon P Rampsès , son fils et son successeur, l’héritier de ses richesses, de son amour pour les arts, de sa piété envers les dieux, mais non de son courage ni de sa science politique , puisque , d’après l’histoire , ce Pharaon laissa décliner, durant un très-long règne, l’influence
(1) t ableau général , n.° 397 a.
(2) Voyei Tableau général, n.° 143 b. Ce cartouche est sculpté sur le portique d’Esné.
que l’Égypte exerçait avant lui sur les contrées voisines.
Ainsi, les noms royaux encor e phonétiques de Ramsès- Meiamoun , et de Ramsès son père, bisaïeul de Ramsès le Grand , prouvent aussi que, trois générations avant cet illustre conquérant, l’écriture hiéroglyphique comptait déjà parmi ses élémens un très-grand nombre de caractères phonétiques ou exprimant des sons; et de plus, que les signes de ce genre qui, dans la transcription des noms propres des rois grecs et des empereurs romains en écriture sacrée , servaient à rendre certaines voyelles ou certaines consonnes, exprimaient déjà ces mêmes voyelles et ces mêmes consonnes à cette époque si reculée.
Je n’ajouterai plus à cette série que la lecture de trois autres noms pharaoniques, noms que portèrent sans aucun doute, comme on pourra le voir, trois rois égyptiens qui, d’après le Canon de Manéthon, dont tout concourt déjà à prouver l’exactitude, furent les ancêtres des divers Pharaons de la xvm.e dynastie , que nous venons de reconnaître.
Le premier et le plus, rapproché de nous est le septième prédécesseur de Ramsès- Meiamoun , AménophisII, huitième roi de la xvm.e dynastie , lequel , d’après Manéthon, qui, certes, devait connaître mieux que tout autre l’histoire ancienne de son pays , est le roi égyptien que les Grecs ont confondu avec leur Memnom : Ovtoç 0 Me /avoùv eivouf vo/Lufy/Lievoç, dit le prêtre de Sebennytus (1).
(i) Manéthon, — Voy. Georg. Syncell, Chronographïa , pag, 7 2 , &c.
II était naturel Je chercher sur-le-champ la légende royale hiéroglyphique de ce prince sur le colosse de Thèbes, que l’antiquité grecque et romaine a reconnu pour être une statue de Memnon; cette légende a été dessinée avec une égale exactitude et par la Commission d’Egypte (i) et par M. Huyot : je la reproduis dans le Tableau général, sous le n.° ni.
Le prénom ( n.° i 1 1 a) contient encore le disque solaire et la figure de la déesse portant une plume ou feuille sur sa tête ; ce sont là aussi les noms sacrés du dieu Phrê et de la déesse Vérité , que nous avons constamment remarqués dans les prénoms de plusieurs rois de cette même xvm.e dynastie, qui, d’après Manéthon, étaient d’une seule et même famille. Le troisième signe du prénom est une sorte de grand segment de cercle qu’il ne faut point confondre avec le bassin à anneau, caractère phonétique qui exprime le K et le rt des noms grecs et le 6 des mots égyptiens. Ce grand segment de sphère (2) qui paraît figurer une espèce de coupe, employé très-fréquemment dans les légendes des rois et des dieux, y exprime toujours une idée de possession et de suprématie; c’est ce même signe qui a été rendu par le mot grec ho-'mrvç , seigneur , dans la traduction d’un obélisque par Hermapion (3), et je l’exprime constamment par le mot copte nh&, seigneur, hjuçj.oc,. Ainsi , la valeur de tous
(1) Description de l’Égypte. Ant. vol. II , pi. XXII , n.° 3.
(2) Tableau général , n.os4i5 et 416,
(3) Supra, pag. 202.
les caractères du prénom royal ( n.° 1 1 1 a ) étant connue , nous pouvons le transcrire en lettres coptes Pk ta* e îtK& ou plutôt Pk rriAAE , d’après l’ordre donné des signes qui le composent, soit dans d’autres légendes hiéroglyphiques de ce même roi , soit dans toutes les transcriptions hiératiques de ce même prénom, et le traduire avec certitude par les mots Soleil seigneur de Vérité. Du reste, la connaissance du sens rigoureux de ce prénom n’importait point à la discussion présente»
11 n’en est pas ainsi du cartouche nom propre ( n.° iii h ) : ses quatre premiers signes purement phonétiques , sont, comme nous l’avons déjà vu (i), l’abréviation du nom propre ; ce qui donne
l’orthographe égyptienne du nom AMENO<ï>-<$ , que Manéthon nous dit être en effet le nom égyptien , le véritable nom du Pharaon que les Grecs ont confondu avec leur Memnon. Les deux caractères qui suivent sont un de ces titres qui terminent ordinairement les cartouches contenant les noms propres royaux; dans certaines légendes d ' Aménophis , ce titre, dont le sens est encore ignoré, manque, et ce cartouche ne contient que le nom seul Amenôtph.
Cette coïncidence de l’orthographe du nom propre hiéroglyphique avec le Canon et la remarque de Manéthon, ne peut laisser aucune incertitude sur l’identité S Aménophis et du roi égyptien dont la statue , appelée Memnon par les Grecs et placée dans la partie occiden-
(i) Supra , pag. ï 68.
taie de la plaine de Thèbes(i), attira pendant fort long temps la curiosité des Grecs et des Romains. Parmi les inscriptions grecques qui couvrent les jambes du colosse et qui attestent que leurs auteurs ont entendu la voix mélodieuse de Memnon, il en est une qui contient à-Ia-fois le nom grec et le véritable nom égyptien du personnage que le colosse représente; elle renferme les deux vers suivans :
EKATON ATAHCANTOC Ero) nOBAIOC BAABINOC $Cc)NAC TAC 0EIA2 MEMNONOC H 3>AMENO<ï>
« Moi , Publius Balbinus ( i ) , j’ai entendu Memnon ou » Phaménoph rendant des sons divins. *>
Dans cette inscription bien connue, le second nom de Memnon, le nom local , le nom égyptien est Oogaevo(p, qui n’est que le nom A/xé\io(pi$ , précédé de l’article masculin égyptien , et privé de la désinence grecque iç, ®oLfAevoÇ> ou A ce témoignage irrécusable
de la lecture du nom égyptien hiéroglyphique de Memnon, on peut joindre celui de Pausanias, qui, dans sa description de i’Attique, dit formellement, en parlant
(1) M. Langlès , dans ses notes sur le Voyage de Norden ( Paris , 1795, in- 4.0, tom. II , pag. 227 ) , a réuni dans un savant mémoire les notions que l’antiquité nous a transmises sur Memnon.
(2) Ce Publius Balbinus accompagnait l’impératrice Sabine, femme d’Hadrien , qui visitait les ruines de Thèbes le 21 novembre de l’an 330 de J. C. Voye^, sur cette curieuse inscription , l’explication de sa date égyptienne, dissertation insérée par mon frère dans ses Annales des Lagides , tom. I, p. 4J3 à. 4^5-
du colosse de Thèbes que les Grecs croient être leur Memnon : AMct yap ou Memnona oi ©vCoiioi Aeysucri, <I> amenda Si eivcuf toùv tyyoùçj.m, ou rouro cLya,A/AcL rv. «Mais les habitans de Thèbes disent que cette statue » n’est point celle de Memnon, mais bien celle de Pha- » me'noph , un de leurs compatriotes. »
Ainsi la lecture, par mon alphabet, du nom royal hiérogiyphique gravé sur le colosse, étant celui d’3MAîturrc£ ( Aménôîph ou Aménôthph ) , l’inscription grecque de la statue, le Canon de Manéthon, et le passage de Pausanias, concordent, s’appuient, se prouvent réciproquement, et font disparaître toute incertitude et sur la réalité de ma lecture et sur la synonymie des personnages.
La légende royale d’Aménophis II se lit sur un grand nombre de monumens et sous sa forme accoutumée (Tableau général, n.° i 1 1 ) ; elle nous apprend d’abord que ce Pharaon a fondé , construit et décoré le grand sanctuaire ainsi que les parties les plus anciennes du palais de Louqsor à Thèbes. C’est encore sa légende que portent, comme on devait s’y attendre, les constructions de Thèbes connues des Grecs sous le nom de Memnonium ; elle se lit de plus sur une statue de granit gris , et de dix pieds de hauteur , trouvée par Belzoni parmi les ruines du Memnonium , et dans le voisinage même du grand colosse de Memnon ( Aménophis) : le nom propre Aménôthph y est accompagné du titre (Tableau général, n.° 365 b),
chéri d’Amon-Rê ou d ’ Amon-Ra , qui est le nom le plus ordinaire du dieu Amon , Amen ou Amoun (Ammon) sur les monumens de Thèbes.
Si, d’un autre côté , nous remarquons aussi que ce roi est le fondateur du temple d’ Amen-Neb , OLu-N-nfi , ïAmé/iébïs ou X Ammon-Chnubis des Grecs, à Eléphantine , et que l’image de ce Pharaon y est souvent répétée avec sa légende royale suivie du titre îtoxk.-JU-i.ï et , chéri de Cnèph ou Chnoubis , on restera
convaincu que ce prince eut pour divinité protectrice spéciale le dieu Ammon, et l’on reconnaîtra aussi que le nom phonétique ordinaire de ce même dieu , ( Tableau général, n.° 39), entre dans la composition et l’expression écrite de son nom propre Syjmnarrcf) ( Ame'nôthph).
Nous avons déjà dit que le nom propre OManui, Améno, n’était qu’une abréviation » Amé-
nothph, le consacre' à Ammon, de la même manière que nbr^uu , PtahÔ (i), n’ëst aussi qu’une simple abréviation de Ilnr^O-tTcf) , Ptahothph (2) , le consacré à Phtha , ces deux noms propres étant formés des noms divins f&uuAt Amen ou Amon (Ammon), IH£ Ptah (Phtha) et du verbe orrn. Je trouve la confirmation pleine et entière de cet aperçu dans les deux faits suivans:
i.° Les légendes qui décorent les trois cercueils ou couvercles de la plus belle momie du cabinet du Roi, présentent le nom propre du défunt écrit tantôt Améno (Tableau générai, n.° 160), tantôt ( ibid . n.° 161 ), Aménothph , indifféremment;
(1) Tableau général, n.° 1 7 1 .
(2) Ibid. n.° 172.
i.° Les membres de la Commission d’Égypte ont trouvé dans ie tombeau royal isolé, de l’ouest , plusieurs statuettes de grès ou de serpentine qui, toutes, portent la légende du roi Aménophis II , et le nom propre est évidemment écrit Amenothph,
sur l’une d’entre elles (i). La présence de ces figurines dans le tombeau isolé de l’ouest prouve, du reste , comme nous le développerons ailleurs, que cette superbe excavation est le tombeau du Pharaon Aménophis II; et en reconnaissant ainsi que le nom propre Aménô n’est qu’une abréviation graphique d’ Aménôthph , cela nous explique bien naturellement pourquoi les Grecs ont écrit le nom propre de plusieurs princes tantôt et tantôt Ayaevacp0i$ et Ap,evo(pQriç.
Le Pharaon Aménophis II fut, comme son descendant Ramsès le Grand, un prince guerrier; et sous son règne , l’empire égyptien s’étendit , vers le midi , au moins à cent lieues environ plus loin que l’île de Philæ, que l’on considère habituellement comme la limite extrême de l’ancien royaume d’Égypte; les belles ruines de Soleb, situées sur les bords du Nil vers les 20° io' de latitude boréale, montrent du moins la légende royale de ce roi, et offrent les images de plusieurs peuples étrangers , qui sont figurés dans un état non équivoque de captivité.
Plusieurs autres rois égyptiens ont porté le même nom que ce grand prince; l’histoire et les monumens ne permettent aucun doute à cet égard. Le sanctuaire.
(i) Description de l’Egypte , Ant. vol. II, pi. LXXX, n.® 4*
c’est-à-dire, ia partie la plus ancienne du temple d’Amada, entre Ibsamboul et Derry, présente la légende royale d’un autre Aménophis (Tableau générai, n.° 109), qu’on ne saurait, sous aucun rapport, confondre avec la légende d’Aménophis II (Memnon), puisque le prénom de l’un diffère entièrement du prénom de l’autre. Us n’ont en effet qu’un seul signe commun , le premier, le disque ou globe solaire, signe qui est aussi le premier dans tous les pre'noms de tous les Pharaons; car ces souverains, prenant tous la qualification de fils du Soleil , s’assimilaient évidemment à leur père dans leur prénom royal.
L’ Aménophis du temple d’Amada peut être Aménophis I, troisième roi de 1a xvin„e dynastie, ancêtre d’Aménophis II (Memnon); ou bien Aménophis III, père de Ramsès le Grand : mais les autres légendes du même temple ne permettent point d’hésitation, et décident promptement la question de probabilité en faveur du premier de ces Pharaons.
J’ai dit que la légende royale du nouvel Aménophis occupait le sanctuaire et les parties environnantes du monument d’Amada; les autres parties de ce temple ont été décorées par un second Pharaon dont la légende royale est gravée dans notre Tableau général, sous le n.° 110, et dans la planche ci-jointe, avec toutes ses variantes {planche XVII).
Le prénom est constamment le même dans toutes les variantes de cette légende, qui se montre sur un grand nombre de constructions égyptiennes et sur de grands obélisques; ce qui prouve d’abord que le prince
dont elle contient et les titres et le nom propre fut un des plus célèbres souverains de cette contrée.
Le nom propre , entremêlé avec des titres (pi. XVII , n.° i b et n.° 2 d ), est dégagé de tout caractère étranger dans la variante n.° 3 , même planche.
Le premier groupe du cartouche, l’Ibis perche' sur une enseigne, nous est bien connu; c’est le nom propre symbolique de l’Hermès égyptien , du dieu Thoth , en égyptien Tcud^rT, 0cncnrT, Tôout , Thôout. Le nom propre du Pharaon commence donc par le nom symbolique du dieu Thôout, de la même manière que les noms propres des quatre Ramsès commencent par l’image symbolique du dieu Rê ou Ra (le Soleil). Le second signe du cartouche ( pl. XVII , n.° 3 ) est la consonne hiéroglyphique *x, et le troisième et dernier un c : la transcription de ce nom entier en lettres coptes donne 0cuo'<'^r**C (Thoutms); c’est évidemment le nom propre hiéroglyphique de l’un des rois que Manéthon nomme TOT0MOS-IS, TOT0MOS-IS : soit de celui qui délivra l’Égypte inférieure du ravage des Pasteurs, et chassa ces étrangers au-delà des frontières de la Syrie, soit de l’un de ses successeurs.
Ce fut donc un des Touthmosis, c’est-à-dire, l’un des premiers rois de la xvm.e dynastie, qui agrandit et termina le temple d’Amada en Nubie, commencé par utt de ses prédécesseurs nommé Ame'nophis ; et nous trouvons en effet dans les Dynasties de Manéthon , que le quatrième prédécesseur d’un Touthmosis se nomme AfxevoÇiiç-, c’était le frère de la reine Amensés, qui occupa le trône après lui ; cette princesse était aussi la
bisaïeule d’un Touthmosis. Il n’est plus douteux, en conséquence, que l’Aménophis nommé dans le sanctuaire du temple d’Amada, n’ait été l’aïeul ou le père du Touthmosis qui a complété et achevé cet édifice.
Quoi qu’il en soit, il ne reste pas moins prouvé par la lecture des noms mêmes de tous ces Pharaons, que l’écriture sacrée des Egyptiens, l’écriture dite hiéroglyphique, était déjà phonétique en très-grande partie dès les premiers règnes de la xvm.e dynastie , c’est-à-dire, dès le xvm.e siècle avant i’ère chrétienne.
C’est sous le règne des Pharaons de la xvm.e dynastie qu’il faut placer l’époque la plus brillante de la monarchie égyptienne. Ses premiers princes chassèrent de la basse Egypte et d’une portion de l’Egypte moyenne , des hordes étrangères connues sous le nom de Pasteurs, et que les Égyptiens appelaient Hikschôs ,
c’est-à-dire, Pasteurs-captifs (i); ils rendirent sa liberté, ses lois et son culte à cette fraction de la nation égyptienne qui, pendant plusieurs siècles, avait gémi sous la tyrannie des barbares : c’est aussi aux rois de cette famille que Thèbes dut toute la splendeur dont les débris frappent encore les voyageurs d’admiration et de respect., Les vastes palais et les temples de Karnac, de Louqsor, de Médinétabou, de Kourna, ceux qui existèrent au Memnonium et à Médamoud, furent élevés et décorés sous le règne de ces princes : voilà les constructions qui prouvent véritablement et la haute antiquité de la civilisation égyptienne, et le haut degré d’avancement au-
(1) Manetho apud Josephum.
quel étaient parvenus et les arts et les sciences dans ces temps si éloignés de nous. Ce sont là les témoins irrécusables de l’antériorité des Égyptiens à i’égard de plusieurs autres nations célèbres, et des grands progrès qu’ils avaient faits vers le perfectionnement social; et cette antiquité historique, qu’on a voulu d’autre part établir sur des tableaux astronomiques, vagues de leur nature, et sculptés, comme je l’ai prouvé, sous la domination romaine, reposera désormais sur une base inébranlable, puisqu’elle sera fondée sur des monumens publics dont le témoignage ne peut être récusé, et dont l’un des plus considérables, le grand palais de Karnac, continué, accru et décoré pendant onze siècles, porte successivement, dans ses diverses parties, les légendes royales des plus grands princes qui ont régi l’Égypte , depuis Aménophis 1, de la xviii.c dynastie, jusqu’à Psammithicus I et à Néchao II , rois de la xxvi.e
Les tombeaux des rois dans la vallée dite de Biban el-molouk près de Thèbes- sont encore des ouvrages du premier style égyptien , et les divers dessins de légendes royales copiées dans leurs longues galeries et dans leurs vastes salles, nous apprennent que c’est là que reposèrent jadis les corps embaumés des princes de cette xvjii.6 dynastie, qui rendit la liberté à l’Égypte, y réorganisa l’état social , et prépara le règne de Ramsès le Grand (Sésostris), premier roi de la xix.e dynastie, mais descendant en ligne directe des Pharaons de la xvm.e
Tous ces résultats, si importans pour l’histoire, ne sont pas fondés uniquement sur la lecture que nous
venons de donner des noms propres hiéroglyphiques de divers Pharaons, quoiqu’ils en soient déjà des conséquences forcées; ils reposent aussi sur le témoignage de l’historien grec de l’Egypte, de Manéthon, dont le Canon chronologique a été trop dédaigné jusqu’ici, parce qu’on ne s’était point donné la peine de le comprendre ni de l’étudier, et qui, toutefois, est bien loin d’accorder à la monarchie égyptienne cette durée excessive qui effrayait l’imagination et semblait appeler le doute sur la totalité même des assertions de son auteur. Les inscriptions sacrées des monumens de l’Egypte offrent une concordance frappante et dans les noms et dans la succession ou la filiation des rois, avec ce que présente la série des dynasties égyptiennes donnée par Manéthon , série réduite à ses véritables valeurs chronologiques, sans qu’il soit besoin pour cela de recourir au système absurde des dynasties collatérales , si ce n’est pn un seul point de cette longue succession de rois et de familles tant nationales qu’étrangères. Ainsi les monumens et les listes de Manéthon se prêtent un mutuel appui, et forment un ensemble de preuves que ne peut récuser ni la saine critique ni le scepticisme même le plus étendu.
La lecture que nous venons de présenter des noms propres hiéroglyphiques des Pharaons de la xvm.e dynastie , Aménophis /, Touthmosis (i), Aménophis II , Ramsès I, Meiamoun-Ramsès , et de Ramsès le Grand ,
(i) Touthmosis II , si l’on donne aussi à Amosis, premier roi de
cette dynastie, le nom de Touthmosis 1,
chef de la xix.e, est en outre pleinement justifiée, ainsi que ie texte grec de l’histoire de la xvm.e dynastie de Manéthon (i), par un texte hiéroglyphique du plus haut intérêt, sculpté dans un des appartenons du palais d’Abydos , et dont le dessin a été apporté par notre courageux voyageur M. Caiüiaud.
C’est un tableau composé de trois séries horizontales de cartouches précédés du titre roi (n.° 270 c ). Les deux premières séries contiennent une suite de cartouches qui diffèrent tous les uns des autres; la troisième et dernière série ne renferme que la légende royale entière de Ramsès le Grand, composée des deux cartouches ( le nom et le prénom ), tandis que les deux séries supérieures 11e renferment qu’une suite de cartouches prénoms, sauf le dernier de la seconde série, qui est un cartouche nom propre.
La seconde série contient vingt-un prénoms royaux; et il m’a été facile , en étudiant les dessins de la Commission d’Égypte, et sur-tout ceux que M. Huyot a faits, avec un soin si particulier, des légendes royales sculptées sur les monumens de l’Égypte et de la Nubie, de , retrouver les cartouches noms propres qui accompagnent toujours les cartouches prénoms du tableau d’Abydos. Ce tableau précieux étant ainsi complété par la connaissance des noms propres royaux, j’ai pu, par la lecture de ces cartouches noms propres, au moyen de mon alphabet hiéroglyphique, me convaincre bientôt pleinement que les treize derniers cartouches, en remon-
(1) Manetho apud Josephum.
tant la seconde série de ce tableau (i) , sont les prénoms mêmes des souverains de la xvm.e dynastie, rangés généalogiquement; les cinq cartouches prénoms qui précèdent le dernier de ces treize , toujours en remontant dans la seconde série, sont ceux des rois de la xvn.e dynastie, dite Diospolitaine , composée aussi de cinq rois, et qui occupa le trône de Thèbes immédiatement avant la xviii. e (2). Les dix-sept cartouches prénoms qui précèdent ceux-ci , dans la seconde et la première série du tableau d’Abydos , et qui sont plus ou moins frustes, la muraille sur laquelle ils sont sculptés étant ruinée en partie, se rapportent à des temps encore plus reculés; mais nous devons ajouter qu’aucun édifice subsistant aujourd’hui en Égypte ne porte , à notre connaissance du moins, la légende complète des plus anciens de ces princes. J’ai retrouvé seulement les prénoms de deux d’entre eux , sur deux scarabées de terre cuite sans émail , et d’un travail fort grossier : l’un de ces amulettes fait partie de la belle collection royale du Louvre ; l’autre appartient à M. Tédenat fils, qui l’a rapporté d’Égypte avec une foule d’autres monuinens curieux.
Ce fait capital , que les cartouches renfermant les* noms propres des rois de la xviii.6 dynastie , dont le tableau d’Abydos contient les cartouches prénoms rangés
(1) M. Cailliaud a publié le dessin de ce précieux tableau; il fait partie de l’atlas in- 4.0 de la seconde de mes Lettres à AL. le duc de Blacas d’Aulps , relatives au Musée royal égyptien de Turin ( suite des monumens historiques ) ; Paris , chez Firmin Didot , 1 826, in-Ü.0
(2) La XVII. c dynastie des Pharaons fut contemporaine de celle des Pasteurs.
chronologiquement, lus au moyen de mon alphabet hiéroglyphique, donnent exactement des noms propres que nous retrouvons écrits en lettres grecques et dans les Dynasties de Manéthon, et pour la plupart dans Hérodote et Diodore de Sicile, prouve donc, d’un côté, la certitude entière de l’histoire égyptienne transmise en grec par ce prêtre de Sébennytus, et d’autre part, la haute antiquité des caractères signes de sons ou phonétiques dans le système d’ écriture hiéroglyphique ou sacrée des anciens Égyptiens. La Table généalogique ou chronologique du palais d’Abydos ne peut d’ailleurs être postérieure à Ramsès le Grand (Sésostris), puisqu’il est le dernier prince dont elle donne le prénom , et même la légende royale entière.
C’était uniquement pour établir l’antiquité de l’écriture phonétique en Égypte que j’ai représenté dans ce chapitre la lecture des noms propres hiéroglyphiques des Pharaons Acoris &Kp , Néphéreus H&sqpcnfKcn , Psammithicus II IIcJunrK, Psammithicus I.er IIcju-^tk, Osorthos OcopTCN , Osorchon OcpKît , Sésonchis UJujonk, Ramsès , fils de Séthosis, PhjÙ^cc, Séthosis* ou Ramsès le Grand Ds.*s \x-xy?>\ Pjw-CC , Ramsès - Meiamoun U - Phw-cc , Ramsès I.er Pkjulcc ,
Aménophis II > Touthmosis 0uuo'*rTJU-c , et
Aménophis I.tT 3Vjuiîkuhc$> ;
D’un autre côté, j’avais déjà retrouvé sur les monumens égyptiens, et encore écrits avec les mêmes caractères hiéroglyphiques phonétiques , les noms de Xerxès Jr^ajK&pajs. ; ceux des rois grecs , Alexandre CNAKCMrrpc, et Philippe ^noc ; ceux des Lagides,
Ptolémée IItoAwc et IWAo-wc , Bérénice BpmKE » Arsinoê 3^pcîtK , Ptolémée - Alexandre ÜtoAjuac tX^KCîtTpc > Cléopâtre Ri\oirrpB, son fiis Ccesarion IlnroA-U-HC R^icpc ; enfin ceux des empereurs romains, Auguste 3y/srTOKprTOip Rz-Ycp, Tibère Ts&psc, Caius Rb.sc, Claude Ts&psc RAmsc, Néron Hpom, Vespasien Otcttcsîsc, Titus Tftc, Domitien To**.tsbîsc , Nerva-Trajan Hpo^B-TpBsnc , Hadrien 3y.TpSKC et ^TspsBnc, Antonin le Pieux Skîrremsîsc» et le nom de l’impératrice Sabine Cb&ïîsb. CfiCTit.
On a vu enfin que les titres royaux des anciens Pharaons, et les titres des empereurs romains, qui accompagnent leurs noms propres dans les inscriptions hiéroglyphiques , sont, pour la plupart, exprimés phonétiquement, ainsi qu’une fouie de noms propres de simples particuliers égyptiens , grecs et romains.
J’ai donc dû conclure , et j’ai conclu avec toute raison, de ces faits si nombreux et si évidens , d’abord , que l’usage de l’écriture phonétique égyptienne , dont j’ai publié , le premier , l’alphabet, dans ma Lettre à *M. Dacier , remontait à l’antiquité la plus reculée; et en second lieu , que le système d’écriture hiéroglyphique , regardé jusqu’ici comme purement formé de signes qui représentent des idées et non des sons ou des prononciations , était, au contraire, formé de signes dont une trèsgrande PARTIE EXPRIME LES SONS DES MOTS DE LA LANGUE PARLÉE DES ÉGYPTIENS , c’EST-À-DIRE , DE CA- RACTERES PHONÉTIQUES.
Ces mêmes conclusions me semblent désormais appuyées sur une assez grande masse de laits pour oser
espérer que ie monde savant les adoptera bientôt malgré leur nouveauté. Ces faits détruisent, il est vrai, tous les systèmes avancés jusqu’ici sur la nature de l’écriture hiéroglyphique égyptienne; ils frappent de nullité toutes les explications de textes ou de monu-mens égyptiens hasardées depuis trois siècles ; mais les savans feront facilement, en faveur de la vérité, le sacrifice de toutes les hypothèses énoncées jusqu’ici , et qui sont en contradiction avec le principe fondamental que nous venons de reconnaître ; et tous les regrets, s’il en est à cet égard, doivent diminuer et même cesser entièrement , à mesure qu’on appréciera avec plus de soin et à leur seule valeur les résultats des travaux des modernes qui se sont livrés à l’étude des inscriptions hiéroglyphiques , en partant du principe absolu que l’écriture sacrée des Egyptiens était uniquement composée de signes d’idées, et que ce peuple ne connut d’écriture alphabétique, ou des signes de sons , que par les Grecs seulement. J’avais longtemps aussi partagé cette erreur, et j’ai persisté dans cette fausse route jusqu'au moment où l’évidence des faits m’a présenté l’écriture égyptienne hiéroglyphique sous un point de vue tout-à-fait inattendu , en me forçant, pour ainsi dire, de reconnaître une valeur phonétique à une foule de groupes hiéroglyphiques compris dans les inscriptions qui décorent les monumens égyptiens de tous les âges.
J’ai lieu de croire que personne ne viendra du moins me contester encore la priorité dans cette manière tout-à-fait neuve de considérer ie système hiérogiy-
phique des anciens Égyptiens à toutes les époques : si je me trompe donc, l’erreur m’appartient toute entière; mais si l’ensemble des faits reconnus et des faits nouveaux vient confirmer de plus en plus ma nouvelle théorie, comme cela arrive tous les jours, il est juste qu’on reconnaisse, même en Angleterre, que ces importans résultats sont le fruit de mes recherches.
Il nous reste à présenter, dans le chapitre suivant, un précis des bases du système hiéroglyphique, considéré d’abord dans ses élémens matériels, et, par suite, dans les différens moyens d’expression des idées qui lui furent propres. Nous y exposerons les premiers résultats de nos études sur la nature et les combinaisons des diverses espèces de signes qu’il emploie, et sur les liaisons de ce système avec les autres systèmes d’écritures égyptiennes. Ce chapitre contiendra ainsi toutes les déductions naturelles des faits précédemment exposés , et les résultats généraux de mes recherches sur le système graphique de l’ancienne Égypte.