‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 42 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des éiémens premiers du Système d’écriture hiéroglyphique.

Ce n’est point sans une grande défiance de mes propres forces , et même sans une certaine appréhension de cette défaveur à-peu-près juste qui s’est trop de fois attachée aux écrits des savans où est traitée ia même matière, que j’ai tracé le titre de cette subdivision de mon ouvrage. Je connais assez à fond les mécomptes, les obscurités, les illusions et tous les obstacles qui hérissent et rendent si difficile la carrière vers laquelle j’ai spécialement dirigé mes études; je me suis défait, autant qu’il a été en mon pouvoir, de tout esprit de système; j’ai lutté contre ce penchant naturel qui nous porte à voir des éiémens de théories dans quelques aperçus, dans quelques rapprochemens peu réfléchis et dont l’imagination seule fait ordinairement tous les frais : le sort de tant d’ouvrages déjà oubliés , et dans lesquels leurs auteurs ont prétendu tracer à priori les principes du système hiéroglyphique égyptien, m’a servi d’un salutaire avertissement; et le soin que j’ai pris de ne rien deviner, mais de me tout démontrer par des faits très-muitipliés , évidens par eux-mêmes, observés avec attention et comparés avec sévérité, ce soin , dis-je, donnera quelque poids à mes déductions et aux idées qui me restent à présenter ,

quoiqu’elles diffèrent très-essentiellement de l’opinion qu’on s était en général formée de cette écriture sacrée de l’ancienne Égypte.

On trouvera ici le résumé rigoureux des faits dont on vient de lire l’exposition dans les précédens chapitres , faits qu’il me serait facile de corroborer. Mon but est d’énoncer les principes fondamentaux qui régissent le système hiéroglyphique, en fixant définitivement la nature générale et particulière des caractères qui lui sont propres , en distinguant les differentes espèces de ces caractères, en reconnaissant leur emploi relatif, en notant enfin les altérations qu’ils subissent successivement dans leurs formes. Nous acquerrons par cet examen une connaissance exacte du mécanisme de cette singulière méthode graphique, et les travaux des savans qui , dans diverses contrées de l’Europe , s’efforcent de pénétrer dans le sens intime des textes hiéroglyphiques, recevront ainsi une direction fructueuse et uniforme, parce que nous obtiendrons, je l’espère du moins, des notions précises sur la nature d’un terrain qu’on a fouillé jusqu ici avec aussi peu de succès.

Il importe de s’occuper d’abord des formes matérielles des caractères sacrés, avant de rechercher les différences qui existent entre eux quant à leur expression.

§. I.cr Formes des Signes.

i. Les caractères hiéroglyphiques ou sacrés de s anciens Égyptiens, considérés sous l’unique rapport de leurs

formes, appartiennent en quelque sorte à une seule espèce , puisqu'ils représentent tous des objets physiques plus ou moins bien figurés, plus ou moins reconnaissables pour nous qui sommes étrangers aux mœurs et aux usages du peuple qui les traça.

z. On peut dire qu’aucune nation n’a jamais inventé d’écriture plus variée dans ses signes , et d’un aspect à-la-fois si pittoresque et si singulier; les textes hiéroglyphiques offrent en effet l’image de toutes les classes d’êtres que renferme la création. On y reconnaît ,

La représentation de divers corps célestes ; le soleil, la lune , les étoiles , le ciel , &c. ;

U homme de tout sexe, à tout âge, de tout rang et dans toutes les positions que son corps est susceptible de prendre , soit dans l’action , soit dans le repos ; ailleurs, les divers membres qui le composent, isolément reproduits ;

Les quadrupèdes , soit domestiques , tels que le bœuf, la vache, le veau, le belier, la chèvre, le bouc, le cheval, le porc et le chameau; soit sauvages , tels que le lion , la panthère , le schacal , le rhinocéros , l’hippopotame, la giraffe, la gerboise, le lièvre, diverses espèces de gazelles et de singes ; i. Une foule d’oiseaux, parmi lesquels on observe plus fréquemment la caille, l’épervier, l’aigle, le vautour, le nycticorax , l’hirondelle, le vanneau, l’oie, l’ibis et plusieurs espèces de palmipèdes et d’échassiers ;

Des reptiles , la grenouille , le lézard , le crocodile , l’aspic , le céraste , la vipère , la couleuvre ;

Plusieurs espèces de poissons qui vivent encore dans ie Nil ;

Quelques insectes , tels que i’abeiiie, la mante , le scarabée , la fourmi ;

Enfin , une suite de végétaux , de fleurs et de fruits.

Un autre ordre de signes, tout aussi multipliés, se compose de la représentation fidèle des instrumens et des produits des arts inventés par le génie de l’homme: on y remarque des vases d’un galbe diversifié , des armes , des chaussures et des coiffures de toute espèce , des meubles , des ustensiles domestiques , des instrumens d’agriculture et de musique , les outils de différens métiers , des images à’ édifices sacrés ou civils , et celles de tous les objets du culte public.

3. Outre cela, un nombre assez considérable de formes géométriques est admis parmi les élémens de l’écriture sacrée; ies lignes droites, courbes ou brisées, des angles , des triangles , des quadrilatères, des parallélogrammes, des cercles, des sphères, des polygones, y sont fréquemment reproduits, et sur-tout les figures ies plus simples.

4- Mais ce n’était point assez pour ce singulier système d’écriture, de s’être approprié, par une imitation plus ou moins parfaite, ies formes si variées que l’homme observe dans la nature vivante, et celies que sa main industrieuse impose à la nature inerte; l’imagination vînt à son tour accroître les moyens d’expression , en créant une nombreuse suite de nouveaux caractères bien distincts de tous les autres , puisqu’ils présentent des combinaisons de formes que l'œil n’apercevra jamais

dans ie domaine de l’existence réelle. Ces images sont celles d’êtres fantastiques, et semblent pour la plupart n être que les produits du plus extravagant délire; et tels sont des corps humains unis aux têtes de divers animaux, des serpens, des vases même, montés sur des jambes d’homme, des oiseaux et des reptiles à tête humaine, des quadrupèdes à tête d’oiseau, &c.

5. Tous ces signes, de classes si différentes, se trouvent constamment mêlés ensemble, et une inscription hiéroglyphique présente l’aspect d’un véritable chaos ; rien n’est à sa place ; tout manque de rapport ; les objets les plus opposés dans la nature se trouvent en contact immédiat, et produisent des alliances monstrueuses : cependant des règles invariables, des combinaisons méditées, une marche calculée et systématique, ont incontestablement dirigé la main qui traça ce tableau, en apparence si désordonné; ces caractères tellement diversifiés dans leurs formes, souvent si contraires dans leurs apparences matérielles, n’en sont pas moins des signes qui servent à noter une série régulière d’idées, expriment un sens fixe, suivi, et constituent ainsi une véritable écriture. II ne serait plus permis d’avancer aujourd’hui, comme on l’osa jadis (1), que les hiéroglyphes n’ont été employés que pour servir d’ornement aux édijices sur lesquels on les gravait, et qu’ils n’ont jamais e'îé inventés pour peindre les idées.

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