Il faut donc entendre par hiéroglyphes , des carac
(1) Dissertation sur V Écriture hiéroglyphique , par l’abbé Tandeau <le Saint-Nicolas; Paris, Barbou, 1762, in- 8.°
tères qui, dans leur ensemble ou dans leurs parties, étant des imitations plus ou moins exactes d’objets naturels, furent destinés, non pas à une vaine décoration , mais à exprimer la pensée de ceux qui en réglèrent l’arrangement et l’emploi.
7. Le premier pas à faire dans l’étude raisonnée du système d’écriture dont ces caractères sont les élémens, était sans contredit de distinguer d’abord les hiéroglyphes, proprement dits, de toutes les autres représentations qui couvrent les anciens monumens de travail égyptien, et, en second lieu, de se bien familiariser avec les formes mêmes de ces nombreux caractères.
La première distinction, si importante et si fondamentale, ayant été négligée, on prit pendant longtemps les figures et les divers objets reproduits dans des peintures et des bas-reliefs égyptiens qui représentent simplement des scènes historiques, religieuses, civiles ou militaires, pour de véritables hiéroglyphes, et l’on s’épuisa en vaines conjectures sur le sens de ces tableaux, n’exprimant, pour la plupart, que ce qu’ils montraient réellement aux yeux; mais on s’obstinait à vouloir y reconnaître un sens occulte et profond, à y voir, sous des apparences prétendues allégoriques, les plus secrètes spéculations de la philosophie égyptienne. Malgré même les salutaires avertissemens donnés à cet égard par les auteurs de la Description de l’Egypte, qui ont très-bien distingué les simples bas-reliefs et tableaux , des légendes et des inscriptions réellement hiéroglyphiques qui les accompagnent, nous avons vu naguère paraître de longs ouvrages dont le
titre seul se rapportait à Récriture hiéroglyphique , tout leur contenu ne présentant que des explications plus ou moins hasardées de simples bas-reliefs ou de tableaux peints, dont on avait même la précaution d’élaguer les véritables légendes hiéroglyphiques comme tout-à-fait étrangères au sujet traité.
II est encore tout aussi indispensable d’acquérir une connaissance exacte des formes mêmes des caractères hiéroglyphiques, en les étudiant individuellement : on s’étonnera moins de la presque nullité des progrès que les savans ont pu faire dans leur interprétation, à mesure que l’on se convaincra du peu de soins qu’ils ont pris de bien fixer leurs idées sur ces formes , et qu’on s’assurera sur-tout de l’extrême négligence avec laquelle ont été exécutés les dessins et les gravures des inscriptions hiéroglyphiques qui ont servi de fondement à leurs travaux : on peut affirmer, en effet, que les copies d’inscriptions hiéroglyphiques produites dans les ouvrages de Kircher, .Mont faucon et du comte de Caylus, par exemple, ne méritent aucune confiance; et les recueils publiés depuis cette époque, moins imparfaits sous beaucoup de rapports, ne sont cependant point exempts de tout reproche. (i)Le moyen de ne point s’égarer dans ses recherches serait de ne travailler qu’en ayant sous les yeux un très-grand nombre de monumens originaux, ou de ne se confier qu’à des
(i) On peut citer comme modèles de fidélité les pierres gravées et amulettes égyptiens publiés par M. Dubois , et les manuscrits hiéroglyphiques et hiératiques gravés dans la Description de l’Egypte.
dessins exécutés par des personnes qui auraient fait une longue et minutieuse étude des produits de l’art égyptien; on ne s’exposerait point alors à asseoir des hypothèses sur des dessins qui n’ont presque rien de commun avec les textes originaux.
§. II. Tracé des Signes.
8. Sous le seul rapport de leur exécution , les caractères hiéroglyphiques peuvent être partagés en plusieurs classes très-distinctes, d’après le degré de précision, d’élégance ou d’exactitude avec lequel ils sont exécutés ; les différences qu’on observe entre un texte hiéroglyphique et un autre, proviennent souvent aussi de la différence même des deux matières sur lesquelles ils sont tracés, et sur-tout de la proportion qu’on a trouvé convenable de donner aux caractères.
p. Certains hiéroglyphes sculptés sur la pierre, ou dessinés sur différentes matières, sont exécutés avec une grande recherche, et souvent avec ce soin minutieux qui ne laisse échapper aucun petit détail; les figures d’animaux sur-tout sont traitées avec une pureté de dessin qui ne permet point de méconnaître leur genre et leur espèce. Les meubles, les vases, les divers instrumens, ne manquent jamais d’une certaine élégance; tous les signes enfin semblent reproduire avec hardiesse et fidélité l’objet que l’artiste se proposait de représenter.
Le vif éclat des couleurs appliquées sur les signes, les unes d’après les indications fournies par la nature même de l’objet figuré, les autres d’après certaines règles con-
ventionnelles , venait ajouter à ia richesse des caractères, ou rendait l’imitation encore plus frappante.
Nous donnerons à ces hiéroglyphes qui offrent une représentation complète et détaillée d’objets physiques, le nom d’HiÉROGLYPHES purs ; cette espèce paraît avoir été sur-tout réservée pour les monumens publics, et répondait, en effet, à la magnificence dés constructions. (Voyez pl* XVII, n.° i.)
Les sculpteurs exécutaient les hiéroglyphes purs de trois manières : i.° en bas-relief t rès-surbaissé , sur-tout dans l’intérieur des édifices; 2.0 en bas-relief dans le creux , méthode propre à fart égyptien, et dont le but principal fut la conservation des caractères : cette seconde manière est la plus générale; les temples, les obélisques et quelques stèles en offrent de très-beaux modèles; 3.0 on traçait les contours et tous les détails intérieurs de l’hiéroglyphe sur la pierre ou le métal , avec un instrument très-aigu.
On a trouvé également des inscriptions en hiéror glyphes purs, tracées d’abord au pinceau et coloriées ensuite. Quelques portions de manuscrits offrent également, dans leurs scènes principales, des légendes en hiéroglyphes purs écrites avec le roseau et coloriées enfin au pinceau. ( Voyez pl. XVII, n.° 1.)
10. D’autres inscriptions hiéroglyphiques ne sont en quelque sorte composées que des silhouettes des hiéroglyphes purs; le sculpteur, après avoir dessiné les contours extérieurs du signe, en évidait entièrement l'intérieur, qu’on remplissoit quelquefois d’un mastic ou d’un émail colorié. ( Voyez pl. XVII, n.° 2,)