‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 44 sur 59 · IO · texte numérisé non relu

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Le peintre dessinait, pour ainsi dire, l’ombre régulière de l’objet représenté par le signe, l’intérieur du caractère n’offrant aucun détail et étant totalement noir, rouge ou bleu , selon la couleur employée pour l’inscription entière. ( Voyez planche XVII, n.° 3.) Le texte hiéroglyphique de Rosette , la plupart des inscriptions qui décorent les petits bas-reliefs, les stèles, les statuettes , les scarabées , les vases funéraires et les amulettes , sont conçus en cette espèce d’hiéroglyphes , que l’on pourrait désigner sous le nom d HIÉROGLYPHES PROFILES.

1 1. Mais la plupart des manuscrits et des légendes qui décorent les cercueils des momies sont formés de caractères n’offrant qu’un simple trait, qu’une esquisse fort abrégée des objets, et qui, souvent fort spirituelle quoique composée du plus petit nombre de traits possible, suffit toujours pour qu’on ne se méprenne point, lorsqu’on a quelque habitude des hiéroglyphes purs, sur la nature de l’objet dont le caractère retrace ou plutôt indique succinctement la forme. (Voyez pi. XVII, n.° 4- ) «Jai donné à cette espèce de caractères, la plus fréquemment employée, le nom d’HiÉROGLYPHES linéaires; on les a pris quelquefois à tort pour ceux de l’écriture hiératique, qui en diffèrent très- essentiellement et forment en réalité une espèce d’écriture à part. ( Voyez pi. XVII, n.° 5. )

12. Les Egyptiens tracèrent les hiéroglyphes linéaires sur le papyrus avec un roseau semblable à ceux dont se servent encore les Arabes et qu’ils appellent ^3 qalaht; ce roseau portait en langue égyptienne le nom de KMÿ

[ kasch ] . Pour écrire sur ia toile ou sur ie bois , et même sur des tabies de pierre , ils employaient le pinceau K&cywcqcm [ kasch-am-Jbi ] , instrument qui paraîtrait, d’après son nom même, avoir été appliqué , postérieurement au kasch ou roseau , à l’usage d’écrire; car le mot signifie kasch ou ro-

seau de poil.

13. Telles sont les principales distinctions qu’il est utile d’établir parmi les méthodes d’après lesquelles furent tracés les caractères hiéroglyphiques : ces différences ne constituent point trois écritures particulières; ce ne sont simplement que des manières plus ou moins parfaites, plus ou moins expéditives, d’écrire, de graver ou de peindre les éiémens d’un seul et même système graphique.

14. L’éclat des couleurs variées ajouté aux signes hiéroglyphiques, et la nature matérielle de ces signes, prouvent que l’art de l’écriture fut, en Égypte, essentiellement lié à l’art de peindre; ou plutôt ce n’était qu’un seul et même art, arrivant au même but par les mêmes moyens, l’imitation des objets, avec cette seule différence que la peinture procédait toujours au propre, tandis que l’écriture fut souvent forcée de recourir * à des formes tropiques pour exprimer un certain ordre de choses qui, ne tombant point sous les sens, échappaient au pinceau du peintre pour devenir la propriété exclusive de l’écrivain; il fut donc naturel en Egypte, plus que par-tout ailleurs, que, dans la langue parlée qui a conservé l’empreinte bien caractérisée des mœurs et des usages primitifs, un même mot exprimât

l’action de peindre et ceiie d’écrire (i), X écriture et la peinture (2), le scribe et le peintre (3). Cette seule observation suffirait , s’il en était besoin , pour prouver qu’à i’orgine de ia civilisation égyptienne , la première écriture usitée consista , comme au Mexique, dans la simple peinture des choses : ce système imparfait fut successivement régularisé, changea presque totalement de nature par le seul effet des progrès de l’intelligence humaine, et constitua enfin cette écriture hiéroglyphique qui couvre les édifices de l’Egypte; système graphique aussi supérieur dans ses procédés et dans ses résultats aux peintures informes des peuples d’Anahuac, que les monumens de Thèbes sont au-dessus des grossiers essais de la sculpture et de l’architecture aztèques.

§. III. Nombre des Caractères hiéroglyphiques.

ly L’écriture sacrée des Égyptiens, identifiée en quelque sorte avec la peinture , s’empara du domaine entier des formes physiques, et ses caractères se multiplièrent progressivement au point de former ces riches tableaux dont les éiémens variés offrent un intérêt si piquant même à la plus simple curiosité.

Mais le nombre réel de ces signes n’est ni aussi étendu qu’il semble l’être au premier examen, ni aussi borné qu’on a voulu le croire.

(1) Thébain , Memphitique CÉ)2*S.

(2) Thébain TJUiît , Memphitique

(3) Thébain ÏIpEqC^, Memphitique ILpEqC^b&S.

Un voyageur moderne , dont les opinions sont rarement exemptes de quelque légèreté , ie chevalier Bruce , assure que pendant son voyage en Égypte, et en parcourant les divers monumens antiques de cette contrée, il n’a pu compter que cinq cent quatorie ( i) hiéroglyphes dont les formes différassent essentiellement. Sans nous arrêter à la singulière induction qu’il en tire, savoir, que cinq cents hiéroglyphes ne pouvaient former à eux seuls une langue , concluons de notre côté que Bruce fit son recueil d’une manière bien superficielle, puisque le célèbre Georges Zoëga, en étudiant les seuls obélisques de Rome et quelques monumens renfermés dans les musées de l’Italie , parvint à recueillir une suite de neuf cent cinquante-huit signes hiéroglyphiques qu’il regardait comme bien distincts (2).

1 6. Je suis très-porté à croire que ce savant Danois a souvent noté comme signes différens, des caractères qui n’étaient au fond que des variations sans conséquence les unes des autres , puisque, ayant moi-même recueilli d’après les meilleurs dessins des monumens existant en Italie, et sur-tout en étudiant un très-grand nombre de manuscrits et de monumens originaux de toute espèce, les hiéroglyphes bien évidemment distincts par leur forme, je n’ai cependant pu obtenir qu’un résultat numérique inférieur à celui de Zoëga.

On sent d’ailleurs qu’en un calcul de ce genre , il est pour ainsi dire impossible d’arriver , dans l’état

(1) Voyage aux sources du N il } tom. I, pag. 135 , édit, de Paris.

(2) De Origine et Usu oheliscorum , cap. 2, sect. IV, pag. 497-

actuel de nos connaissances, à un résultat rigoureusement exact : comment se défendre , en effet , de ne point compter fréquemment comme signes distincts, deux caractères différant seulement par certains détails qui n’apportaient toutefois aucun changement dans la signification ? Telles sont, i .° les diverses variantes delà cassolette ou encensoir , signes de la consonne B (i) , qui porte tantôt deux grains d’encens à côté de la flamme, et tantôt la flamme seule reconnaissable uniquement à sa couleur; 2.0 les variantes de cette espèce de jardin, qui, toutes, n’expriment cependant que la consonne

ïï ( schei ) W-

On est exposé tout aussi fréquemment à séparer comme signes différens, des images d’objets d’une même espèce, parce qu’ils varient assez essentiellement dans leur forme : il a pu arriver cependant que ces images ne fussent que les signes d’une seule et même idée, et qu’il fût peu important qu’on leur donnât telle forme plutôt que telle autre , pourvu que l'espèce de l’objet représenté fût bien reconnaissable : du nombre de ces signes synonymes sont , sans aucun doute , des vases de diverses formes qui n’expriment que la seule consonne N , et les coiffures diverses qui expriment aussi la même articulation (3).

17. Ainsi donc , ces relevés de signes hiéroglyphiques ne pourront être faits avec quelque exactitude,

(1) Voyez notre Alphabet hiéroglyphique.

(2) Ibidem.

(3) Ibidem.

qu’au moment où i’on connaîtra le mode d’expression et la valeur de la plus grande partie d’entre eux; tout ce que nous tenterions de faire maintenant se bornerait à recueillir sans aucun fruit réel les formes distinctes disséminées dans les textes hiéroglyphiques ; mais ce travail, quelque complet qu’il fût, ne nous fournirait aucune notion véritable sur le fond de ce système graphique; le quotient de ce relevé ne donnera jamais le nombre positif des signes élémentaires de l’écriture sacrée des Égyptiens.

i 8. Nous pouvons seulement inférer de l’examen du matériel des textes hiéroglyphiques, que ce système d’écriture ne comptait point un aussi grand nombre d’élémens ou même de formes qu’on est porté à le croire après un examen superficiel. Le fragment du texte hiéroglyphique de la stèle de Rosette peut le prouver : les quatorze lignes plus ou moins fracturées dont il se compose , répondent à-peu-près à dix-huit lignes entières du texte grec, qui, à vingt-sept mots par ligne , ce qui est la moyenne de dix lignes , formeraient quatre cent quatre-vingt-six mots; et les idées exprimées par ces quatre cent quatre-vingt-six mots grecs le sont , dans le texte hiéroglyphique , par quatorze cent dix-neuf signes ; et parmi ce grand nombre de signes , il n’y en a que cent soixante-six de forme différente , y compris même plusieurs caractères qui ne sont au fond que des ligatures de deux signes simples.

Ce calcul établit donc que le nombre des caractères hiéroglyphiques n’est point aussi étendu qu’on le suppose ordinairement ; et il semble prouver sur-tout , pour

le dire en passant, que chaque hiéroglyphe n’exprimait point à lui seul une ide'e, puisqu’on a eu besoin de quatorze cent dix-neuf signes hiéroglyphiques .pour rendre seulement quatre cent quatre-vingt*six mots grecs, ou de quatre cent quatre-vingt -six mots grecs pour exprimer les idées notées par quatorze cent dix-neuf signes hiéroglyphiques.

ip. Voici toutefois le résultat approximatif que j’ai obtenu jusqu’ici, en distinguant avec soin les signes hiéroglyphiques différens de forme , sur le très-grand nombre de monumens qu’il m’a été possible d’étudier. Dans cette rapide énumération , je divise les signes d’après la nature de l’objet dont chacun deux est l’image :

i.° Corps célestes io.

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