On employait quelquefois simultanément des
caractères figuratifs et des groupes de signes phonétiques , pour peindre une même idée; l’expression des uns était alors renforcée, pour ainsi dire, par celle des autres. Voyez les noms phonétiques de divinité ILt^ , et
Tqtrr, Phtha, Amon et Tafnet (1), suivis du carac-
(1) Supra, planche XV, n,os 12, 13 et 14.
tère figuratif repïésentmt au propre ces mêmes personnages mythiques.
ioo. Certaines idées étaient exprimées aussi par l’union d’un caractère figuratif avec un caractère symbolique ; mais les groupes de ce genre ne pafaissent point avoir été nombreux. Nous citerons pour exemple le n.° 285 du Tableau général, groupe qui signifie temple, et qui se compose du caractère figuratif édifice ou habitation (n.° 282 ), et du caractère symbolique dieu ( n.° 226), c’est-à-dire, habitation d’un dieu; souvent aussi le caractère symbolique est inscrit dans le caractère -figuratif ( n.° 284 )«
10 1. D’autres objets paraissent avoir été désignés par la combinaison d’un caractère figuratif et d’un groupe phonétique : tel est, par exemple, le nom de la ville de Memphis (i) en écriture sacrée. Ce nom se forme du caractère figuratif habitation , demeure ou enceinte ( n.° 282 ), et du nom phonétique du dieu Phtha : ces signes ainsi rapprochés signifient rigoureusement demeure de Phtha, habitation de Phtha. Nous savons, en effet , par les anciens auteurs , que la divinité spéciale de Memphis fut Phtha , l’H Çxucfloç des Grecs et le V ulcain des Rotiains. Je crois avoir reconnu également , dans les textes hiéroglyphiques, quelques autres noms de villes égyptiennes, formés d’élémens de même nature que ceux du nom sacré de Memphis, et contenant, comme ce dernier, des noms des divinités. Cela m’a conduit à
(1) Inscription de Rosette, texte hiéroglyphique, ligne 9; et Tableau général , n.° 287.
considérer les noms propres de villes égyptiennes que nous trouvons dans les textes coptes, et qui, pour la plupart , ont été adoptés par les Arabes , tels que UE-U-&E Memphis, Llïu Héliopolis, ÏI&Tm Thèbes 3Vr&at Edfou , Csavo'rr Osyouth , ÜJjuoyîv Aschmounéin , &c. , comme n’étant que les anciens noms vulgaires de ces villes, lesquelles , en écriture sacrée et dans le langage habituel des prêtres , portaient en même temps les noms théologiques , demeure de Phtha , demeure de Phrê ( le soleil ), demeure d’Ammon, demeure d’Aroéris , detneure d’Anuhis , demeure de Tliotli , &c. ; noms sacerdotaux que les premiers Grecs qui visitèrent l’Égypte , philosophes voyageurs plus en rapport avec la caste sacerdotale qu’avec les autres castes de la nation égyptienne , apprirent directement des prêtres et s’efforcèrent de traduire en grec par Héliopolis , Diospolis, Apollonopolis , Ly copolis , Hermopolis , &c. ; mots avec lesquels les noms coptes ou anciens noms populaires de ces villes n’ont aucun rapport de signification.
102. Les caractères phonétiques , dont l’usage est trèsfréquent dans les inscriptions et les textes sacrés de toutes les époques , étant rapprochés , pour peindre les sons d’un mot, sont superposés les uns aux autres, selon que le permettent les proportions, soit en hauteur, soit en largeur, de chacun d’eux. Cet arrangement a passé dans l’écriture hiératique et jusque dans la démotique , où les signes se lient cependant plutôt entre eux qu’ils ne se superposent. Cette disposition de signes est particulière aux écritures égyptiennes.