‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 55 sur 59 · On aura sans doute déjà remarqué diverses · texte numérisé non relu

On aura sans doute déjà remarqué diverses

( 1) Du n.° r à 38. »

combinaisons de caractères phonétiques avec des caractères symboliques , dans la notation du très-grand nombre de noms propres que nous avons analysés dans notre sixième chapitre. La plupart des noms propres qui ne sont point entièrement phonétiques, sont composés d’un caractère symbolique exprimant le nom d’une divinité, précédé des conjonctifs-possessifs, ou articles possessifs phonétiques tt& ou <$>&. et m (i), si le nom propre est masculin , et ou T& et (2), si le nom propre est féminin.

107. II ne faut point oublier sur-tout que les noms propres et toute autre espèce de mots sont souvent écrits dans un même texte , sur un même monument , de deux ou de trois manières differentes. Il est d’autant plus utile d etre prévenu de ces variations d’orthographe , si l’on peut s’exprimer ainsi , qu’elles peuvent conduire à de trèsfausses conclusions dans l’étude de certains monumens. Nous ne citerons ici que deux exemples remarquables de cette habitude d’écrire un même nom propre avec des caractères très-variés.

L’Egyptien à la momie duquel se rapportait le grand manuscrit hiéroglyphique du cabinet du Roi , gravé dans la Description de l’Egypte (3) , s’appelait , comme on l’a déjà dit (4), Pétamon , c’est-à-dire, celui qui appartient à Amon , Ammonien; et ce nom propre est

(1) N.os 153 à 1 57 - 186 ; 196 à 202 - 207 , &c.

(2) N.os 159 , 286 et 207.

(3) Am. vol. II , pianch, 72 , 73 , 74 et 75.

(4) Supra, pag. 164,

écrit de trois manières différentes dans ce même manuscrit.

Il s’y lit d’abord phonétiquement t exprimé, dans tout son entier (i) par ie carré strié n , le signe triangulaire dit ie niveau T , la feuille z> ou e , le parallélogramme crénelé as., et ia ligne horizontale ît ; ce qui produit ou ITte-W-k , car ia feuille est indifféremment t> ou e dans les noms propres et mots égyptiens hiérogiyphiques. Mais comme, d’un autre côté , ia feuille, ie parallélogramme crénelé et la ligne horizontale ou brisée forment constamment , dans tous ies textes de toutes ies époques , le nom phonétique du dieu de Thèbes ( Ammoti ) (2) , qui paraît avoir été prononcé indifféremment Amoti , Amoun , Amen et Emen , et que, de plus , ia valeur et ia prononciation du monosyiiabe rrr (pet) (3) est invariable, ie nom propre du manuscrit prononcé Pétamon , Pétamen ou Pétémen , signifiera toujours celui qui appartient à Ammon , Ammonien.

Ce même nom propre est encore écrit phonétiquement, et toujours dans ie même manuscrit (4), par ie carré et ie niveau , ttt (pet), celui qui appartient à , celui qui est à; mais ie nom du dieu Arnon , Amen ou Emen est simplement exprimé par ie caractère elliptique , qui

(1) Description de l’Égypte. Ant. vol. II, pi. 75 , col. 13; pl. 74, col 112 et 65 ; pi. 73, col. 40, 41 et 7; pi. 72, col. 77.

(2) Supra, pag. 142. Voye £ aussi le Panthéon égyptien , planches numérotées 1 , 2 et 5, de la i.TC livraison.

(3) Tableau général , n.os 9, 10 et 11.

(4) Description de l’Égypte , Antiq, vol. II , pi. 72, col. 55 et 4. — V oyei notre Tableau général, n/ 556 c.

( 4oc> )

est un w dans d’autres noms propres, et renfermant dans son intérieur la ligne horiiontale ou brisée w : ce qui donne itmmt. Cette nouvelle orthographe , Pététnen ou Pétamen , est la moins usitée dans le manuscrit ; elle reparaît , avec une légère modification , dans la scène du jugement ( i ) , au milieu de la légende écrite au-dessus de l’image du défunt Pétémen ou Péîamon lui-même , debout devant la balance infernale. Le 'T de ce nom est ici rendu, non par le niveau , mais par son homophone , 1 tiras soutenant le niveau , observé avec cette même valeur phonétique dans tant d’autres noms propres hiéroglyphiques (2).

Enfin , dans la plus grande partie des subdivisions , du manuscrit (3), on trouve le nom du défunt écrit moitié phonétiquement et moitié symboliquement : partie phonétique , le carré n et le niveau rr ; partie symbolique , l’idée ou le nom du dieu Amoti , Amen ou Émen , exprimé par l’image d’un obélisque (4).

On ne saurait douter d’ailleurs que les signes phonétiques répondant aux lettres coptes SDuw-tt, Gjulîî et Un, ainsi que le signe symbolique ( l’obélisque ) , ne désignent un même personnage divin , Ammon , puisque ces divers caractères sont suivis, dans tout le texte du

(1) Descript. de l’Égypte , Antiq. vol. II , planch. 72. — Voye% notre Tableau général, n.° 156 b.

(2) Tableau général, n.os 197, 199, 201, &c.

(3) Descript. de l’Égypte , Antiq. vol. II, planch. 72, 73 , 74 et 75.

(4) Ibid. vol. II , pl. 75, col. 132 , 46 , 42,22. &c. ; pî. 74, col. 108, 103, 98, &c,; pl. 73 , col. 119, 109, 105 , 103 , 83, 81, &c; pf. 72, col. 109, 183, 93, 90, &c.

manuscrit ( à l’exception de la légende placée au-dessus de la tête du mort dans la scène du jugement, l’espace ne l’ayant point permis), du titre ordinaire du dieu Ammon, seigneur des ipnes du monde , qui accompagne toutes les images de ce grand être cosmogonique , sculptées sur les monumens de l’Égypte (i). Le signe d’espèce homme, qui caractérise tous les noms propres, et le groupe (2) qui suit habituellement les noms propres des défunts , ne sont placés qu’après ce titre qui se rapporte au dieu , dont le nom entre dans la composition du nom propre du mort. La légende funéraire est donc ainsi conçue : Osiris (3) ou XOsirien Pétamon (celui qui est à Anton), seigneur des re'gions du monde , homme ( défunt) , né de &c.

Depuis que l’impression du présent ouvrage est commencée, notre courageux voyageur M. Cailliaud a rapporté d’Égypte un monument du plus haut intérêt, et qui confirme , de la manière la plus complète, d’abord Y existence des signes phonétiques dans les trois systèmes . d’écritures égyptiennes , et en particulier les fréquentes variations d’orthographe d’un même mot , au moyen de signes d’une forme ou d’une nature différente, dans un seul et même texte : il s’agit ici d’une momie égyptienne qui est du temps de la domination grecque ou même romaine. En examinant les inscriptions hiéroglyphiques qui la décorent , je reconnus promptement

(1) Voyelle Panthéon égyptien , i .rc livraison , planche n.° i, et le texte.

(2) Tableau général, n.° 447'

(3) Svprà, pag. 94.

que ce défunt s’appelait Pétamon , Pètamen ou Pétémen (c’est-à-dire, celui qui appartient à Ammon ) , comme ie défunt mentionné dans le grand manuscrit du cabinet du Roi ; et que , de plus , il était fils d’une femme nommée Cléopâtre ; et mes lectures se trouvèrent pleinement confirmées par les restes d’une inscription grecque , tracée à côté de l’une des légendes hiéroglyphiques , et dans laquelle, quoique très-altérée, on distingue encore fort bien les mots ÜETEMENOéN O KA1 AMMX2NIOC

MHTPOC KA Pétémén-oii qui est aussi Ammo -

nius , jils de Cl

Le nom propre hiéroglyphique de l’individu embaumé est écrit de deux manières , et par les mêmes signes que le nom du défunt mentionné dans le grand manuscrit hiéroglyphique du cabinet du Roi : i-° par le carré strié , le bras soutenant le niveau, et l’ ellipse renfermant la ligne brisée , ce qui , d’après mon alphabet , donne en lettres coptes tttm-u , Pétémen ou Pétamen (i), en suppléant les voyelles omises comme à l’ordinaire; 2.0 par les caractères phonétiques, le carré et le brqs soutenant le niveau, in , et par l’ obélisque , signe symbolique du dieu Amon, Amen ou Emen .{ Ammon) (2), ce qui donne encore , Pétamen , ou TTTE-W-tt ,

Pétémen.

On voit aisément que l’inscription grecque de cette momie contient , dans le mot ÜETEMENCtJN , la transcription ou plutôt la prononciation du nom égyptien

(1) Tableau général, n.° J 56 b,

(2) Ibid. n.° i 5 6 d.

hiéroglyphique , accru de la terminaison grecque 65N et de plus, dans le mot AMMIÎNIOC, donné formellement pour synonyme de ÜETEMENCéN, la traduction même du nom hiéroglyphique ïttejw-îî , Pétémen , ou Tf'TX-w.n, Pétamen , celui qui appartient à Ammon. On ne pouvait en effet rendre plus exactement , en langue grecque, le sens de ce nom que par le mot A [a/amios , Ammonien.

Le nom de Cléopâtre , mère du défunt, est aussi écrit de deux manières, mais toujours phonétiquement ; d’abord par la hache K , la bouche P ou A, le lituus O, le carré n, la main T, la bouche P, ce qui donne KAOITTP (i) , et ces caractères sont suivis du segment de sphère 'T , article féminin indiquant le genre du nom, et du caractère figuratif & espèce , femme. Ailleurs ce nom est exprimé par les mêmes signes, sauf que le T du nom propre , au lieu d’être rendu par la main , l’est par le segment de sphère T (2).

M. Cailliaud a trouvé, attaché à la première enveloppe de toile peinte qui couvre la momie , un petit rouleau de papyrus. Le nom de Pétémen en écriture démotique, et ce même nom en lettres grecques, ÜETEMENCéN , se lisent encore sur le bord extérieur du rouleau. L’intérieur, qui est en écriture hiératique , contientquelques prières adressées aux dieux en faveur de Pétémen ou Pétamon , dont le nom se lit dans les premières lignes,

(1) Tableau général, n.° 219 a. — Le nom de la reine Cléopâtre est également écrit KAOïï&nrp dans un contrat démotique du cabinet du Roi. Voyei Tableau général, n.° 219 c.

(2) Tableau généra! , n.° 219 b.

et n’est que la transcription hiératique du groupe hiéroglyphique répondant aux lettres coptes (i).

Le nom hiératique de Cléopâtre, sa mère (2), transcrit en hiéroglyphes d’après le tableau synonymique des signes qui se correspondent de l’une à l’autre écriture , donnerait le groupe ( Tableau général , n.° 215? d ), en lettres coptes kî\ottt?> pour Ki\oïrrp ; car j’ai déjà dit qu’un même caractère exprime à-ia-fois , dans les alphabets égyptiens, les articulations L et R [supra, pages 60 , 63 et 95 ).

En ajoutant enfin que cette momie égyptienne , qui ne peut être antérieure à la domination des Grecs en Égypte, puisqu’on y lit des noms grecs, et qui, selon toute apparence, n’appartient même qu’à l’époque romaine, est renfermée dans une espèce de cercueil où, parmi d’autres peintures , on voit celle d’un zodiaque dont les signes, semblables dans leurs formes à ceux du lodiaque de Dendéra, que j’ai prouvé être de l’époque romaine , sont aussi rangés dans le même ordre , le lion étant le premier et le cancer le dernier. On sentira qu’il était difficile de desirer, dans l’intérêt de mes travaux, un monument qui prouvât d’une manière plus positive la vérité de ma découverte des alphabets égyptiens hiéroglyphique et hiératique, ainsi que celle de la date récente que j’ai assignée , par le secours de ces mêmes alphabets, au zodiaque de Dendéra, et par suite à celui d’Esné.

(1) Ibid. n.° 1

(2) Ibid , n.° 219 e.

En général , ces diverses manières d’écrire un même mot égyptien tenaient autant à une sorte d’éiégance et de recherche , qu’aux proportions de l’espace qui restait à remplir entre un groupe de signes et un autre.

1 08. Quoique les signes hiéroglyphiques -aient des formes si bien distinctes et si bien arrêtées qu’il semble impossible de penser à les lier ensemble comme les caractères des autres écritures , il arrive cependant que les textes présentent, quoique assez rarement, certains caractères liés entre eux de manière à former un tout qu’on pourrait prendre pour un seul signe. J’ai acquis la conviction que la plupart de ces groupes doivent leur origine au seul caprice de l’écrivain , puisque , ayant comparé beaucoup de textes roulant sur une même matière , je me suis constamment assuré que deux caractères liés dans un texte étaient tracés isolément dans l’autre. On trouvera dans la planche XV des exemples de ces ligatures (i), avec leur dédoublement : les caractères qui les forment sont presque toujours phonétiques.

i 09. Certains caractères symboliques ou même phonétiques, exprimant des qualifications , se lient quelquefois aussi avec des caractères figuratifs représentant l’objet qualifié. C’est ainsi , par exemple , que l’hiéroglyphe (Tableau général, n.° 44 5 ) » caractère initial et abréviation du groupe 444 » qui signifie grand , est uni au caractère figuratif habitation ( n.° 282) , pour exprimer l’idée de palais ou de grand édifice , . Tableau généra! , n.° 286; ce même groupe (n.° 444) se place

( 1 ) N.os 15, 16, 1 7 et 1 8 de la planche XIX.

ailleurs sous un caractère figuratif, comme, par exemple, sous celui qui signifie statue , pour exprimer l’idée de colosse. (Tableau général, n.° 2pp. )

i 10. Beaucoup de caractères figuratifs, et quelques caractères symboliques , remplissent, outre leur valeur propre dans laquelle ils sont fréquemment employés, les fonctions de signes purement déterminatifs. Placés à la suite de certains caractères ou groupes de caractères, soit symboliques , soit phonétiques , exprimant des individus déterminés d’une espèce, ces caractères deviennent simplement les signes de l’espèce à laquelle appartient l’individu exprimé par le caractère symbolique ou le groupe phonétique. Ainsi , le caractère symbolique ( n.° 226 ) dieu, et le caractère figuratif (n.° 229) dieu, soit isolés, soit réunis, terminent tous les noms propres de divinités mâles; le groupe syinbolico-phonétique (n.° 228 ) déesse, ou le caractère figuratif (n.° 231 ) signe de la même idée, se placent à la fin de tous les noms propres des déesses de l’Égypte. On a déjà remarqué que tous les noms propres de simples particuliers sont terminés , selon leur genre, par le signe d’espèce homme (n.° 245 ) ou femme (n.° 2 46). Nous citerons de plus parmi les caractères employés comme signes d’espèce, le caractère figuratif CXCnf, CO**, étoile (n.° 239), qui termine les noms des trente-six constellations dans les deux zodiaques de Dendéra; les caractères figuratifs taureau et vache, qui suivent les noms propres des taureaux ou des vaches sacrées; le caractère symbolique (n.° 240), région, qui termine tous les noms propres des soixante régions

du monde; enfin, le groupe (n.° 279), maison, demeure, qui accompagne, comme signe déterminatif, les groupes ou même les caractères figuratifs représentant des habitations divines ou humaines (1).

On comprendra facilement la nécessité de la plupart de ces caractères déterminatifs , si l’on considère que les noms propres égyptiens d’hommes, de dieux, d’animaux sacrés, de régions, &c. , étaient tous significatifs par eux-mêmes , et qu’il importait d’avertir de leur état de noms propres dans certaines circonstances.

Telles sont les principales combinaisons matérielles des signes hiéroglyphiques des trois classes; les documens exposés dans ce paragraphe sont les seuls qu’il me soit permis de produire dans un ouvrage spécialement destiné à la seule recherche des principes généraux du système de l’écriture sacrée des Égyptiens.

§. XI. Liaison intime de l’Ecriture hiéroglyphique avec les deux

autres sortes d’ Ecritures égyptiennes , et avec les Anaglyphes.

On ne saurait lire le texte de Clément d’Alexandrie, cité dans le paragraphe IX de ce chapitre, sans conclure de l’ordre dans lequel les Égyptiens apprenaient successivement, selon ce savant père, leurs trois espèces d’écritures, i .° l 'épistolographique ou démotique, 2° F hiératique, et 3.0 V hiéroglyphique , que ces mêmes écritures avaient entre elles une certaine liaison , et que l’une

( 1 ) Voyez ^ ableau général , n.os 28 1 , 284 , 290 , 294 , 292.

des trois avait donné naissance aux deux autres, qui n’en auraient été que des modifications.

D’autre part , il est dans ia nature des choses que ies Égyptiens procédassent, dans l’étude de ces écritures, en remontant du plus simple au plus composé; et comme ies théories ies plus simples ne résultent jamais que du perfectionnement de théories d’abord très-compliquées, nous sommes conduits à déduire aussi de ce même texte, que l’écriture dèmotique était la plus simple des trois écritures, puisqu’on l’étudiait la première ; qu’elle dérivait de X hiératique, et que celle-ci n’était à son tour qu’une modification , qu’un premier abrégé de l’écriture hiéroglyphique, la plus ancienne de toutes et l’origine première des deux autres.

Ces aperçus , qui résultent du raisonnement seul , opérant sur des considérations générales , sont pleinement confirmés par l’examen des faits.

in. L 'écriture hiéroglyphique pure était, comme on l’a vu, un système immense qui usait de près d’un millier de caractères différens, et chacun de ces caractères ne devait être clairement tracé que par des mains habiles dans l’art du dessin. Cette écriture ne put donc jamais devenir très-vulgaire; mais ce désavantage, résultant d’une extrême surabondance de signes compliqués , était amplement racheté lorsqu’on employait l’écriture hiéroglyphique pure dans les innombrables inscriptions qui couvraient ies monumens publics , par la richesse et la variété même de ces caractères images de toute la nature vivante et des plus nobles

productions de l’art. L’écriture hiéroglyphique pure, et cette écriture seule parmi toutes celles qu’a pu inventer le génie de l’homme, fut, par cela même, éminemment monumentale et propre à décorer les édifices publics. Certaines séries de signes hiéroglyphiques, revêtus de couleurs variées, sont souvent tellement bien disposées, qu’elles produisent à l’œil un effet aussi riche que la plupart des ornemens de pure fantaisie qui décorent l’architecture des autres peuples. Ces mêmes séries de signes, tout en flattant l’œil, parlent encore à l’esprit, nous font connaître l’origine et la destination des monumens qui les portent, expriment des pensées religieuses , ou rappellent les actions mémorables des rois et la gloire de la nation qui les a fait construire.

L’emploi des hiéroglyphes purs sur les grandes constructions et sur les monumens publics de tous les genres , était donc très-convenable et n’offrait aucun désavantage réel sous le rapport du temps qu’exigeait l’exécution de ces caractères. Mais, si cette écriture eût été la seule usitée en Égypte pour les relations journalières et dans les usages privés, l’inconvénient de la complication de ses signes aurait été bien réel; et une telle écriture, devenue forcément vulgaire , eût, sans aucun doute , retardé les progrès du peuple égyptien dans le développement de ses facultés intellectuelles , et arrêté sa marche vers une civilisation perfectionnée.

Il n’en fut point ainsi : les Egyptiens durent sentir de bonne heure la nécessité d’un système d’écriture

plus expéditif et d’un usage plus facile. On songea donc à abréger considérablement le tracé des caractères hiéroglyphiques purs , plutôt que de recourir à un système d’écriture totalement différent de celui qu’on avait déjà inventé, et que la religion avait définitivement consacré aux yeux de la nation entière.

11 2. Le premier moyen fut de réduire les caractères hiéroglyphiques purs, images d’objets physiques imités souvent jusque dans leurs plus petits détails, à une forme cursive, purement linéaire, conservant une esquisse des contours généraux de chaque image, ne reproduisant aucun détail , mais outrant quelquefois le trait caractéristique de l’être physique, exprimé ainsi par une espèce de caricature ou de charge très-facile à saisir. Cette première modification du système hiéroglyphique pur, et qui porte uniquement sur la forme des signes, se montre dans tous les manuscrits hiéroglyphiques connus jusqu’ici : j’ai donné à ces hiéroglyphes cursifs le nom de linéaires (i).

1 13. Ce pas important conduisit à un second qui atteignit complètement le but qu’on se proposait, celui d’abréger et de rendre fort rapide le tracé des signes, soit représentatifs, soit symboliques , soit phonétiques. On fut insensiblement conduit , à force de réductions, à une nouvelle sorte d’écriture que nous trouvons employée dans la plupart des manuscrits qu’on découvre chaque jour dans les catacombes égyptiennes. Ces textes diffèrent très-essentiellement des manuscrits

(1) Supra , §. II, 1 1 et 12.

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hiéroglyphiques linéaires; ils appartiennent au système d’écriture que j’ai fait reconnaître pour f écriture égyptienne nommée hiératique ou sacerdotale par Clément d’Alexandrie.

i 1 4- Les principes généraux de l’écriture hiératique sont absolument les mêmes que ceux qui régissent l’écriture hiéroglyphique pure et linéaire. La méthode hiératique, dont se servaient la caste sacerdotale et en particulier les hiérogrammates ou scribes sacrés , appelés par la nature de leurs fonctions à composer ou à copier un très-grand nombre d’écrits sur des matières religieuses et scientifiques, n’était au fond qu’une véritable tachygraphie de la méthode hiéroglyphique.

115. Cette écriture est immédiatement dérivée de l’hiéroglyphique. Les signes hiératiques ne sont, en effet, pour la plupart, que des abréviations d’ hiéroglyphes purs ou linéaires. J’ai reconnu trois classes distinctes de caractères hiératiques.

Les uns sont une imitation complète, mais excessivement abrégée , des caractères hiéroglyphiques.

D’autres ne présentent que l’abrégé de la partie principale du caractère hiéroglyphique.

Une troisième classe enfin renferme des signes purement arbitraires, mais qui sont sans cesse les équivalens d’un seul et même caractère hiéroglyphique. 11 est possible que, dès l’origine, ces signes ne fussent point arbitraires; mais ils le sont devenus en quelque sorte à force d’être abrégés : la plus grande partie des signes hiéroglyphiques ont leurs correspondans fixes dans l’écriture hiératique.

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il 6. L’écriture hiératique renferme donc, comme ï hiéroglyphique , des caractères phonétiques , des caractères symboliques et des caractères figuratifs , répondant exactement les uns aux autres , abstraction faite de leurs formes matérielles ; mars l 'écriture hiératique diffère toutefois de l’écriture sacrée , en ce qu’elle admet un moins grand nombre de caractères figuratifs et symboliques.

lé écriture sacerdotale , inventée dans le dessein formel de créer une écriture expéditive, repousse nécessairement tout caractère dont l’expression graphique réside dans l’exactitude de ses formes elles-mêmes : on n’a donc pu conserver dans l’écriture hiératique , véritable tachygraphie , les signes figurât fs qui, pour atteindre le but de leur adoption, ont besoin de reproduire, avec une scrupuleuse exactitude, les contours généraux et les principaux détails des objets dont ils sont destinés à rappeler l’idée. Il en a été de même pour beaucoup de signes hiéroglyphiques très - compliqués , tels, par exemple , que les caractères images-symboliques des dieux (i) : aussi ne trouve-t-on dans les textes hiératiques qu’un certain nombre de caractères figuratifs ou symboliques , et uniquement ceux qu’il était facile de rendre en abrégé d’une manière reconnaissable et par un petit nombre de traits seulement. Les autres, plus compliqués , ont été remplacés soit par des signes arbitraires , soit par des groupes de caractères d’une classe différente, mais exprimant la même idée. Malgré

[Fl

(i) Supra , pag. i jSetsuiv.

ces suppressions forcées, comme i’écriture sacerdotale a des signes équivalant à tous ies caractères hiéroglyphiques phonétiques et à un certain nombre de signes des deux autres classes, le nombre des caractères hiératiques était encore fort considérable. Mon tableau des signes qui se correspondent exactement de l’un à l’autre de ces deux systèmes, s’élève déjà à plus de cinq cents.

i 17. Cette seconde écriture était donc encore trop compliquée pour devenir vulgaire. Il fallait au peuple, et même aux castes supérieures , une méthode plus simple et plus abrégée pour les relations habituelles et pour tous les détails de la vie civile. Cette nécessité bien sentie donna naissance à l’écriture démotique (populaire) ou épistolographique. Cettetroisième espèce d’écriture dériva de l’ hiératique , comme celle-ci dérivait elle-même de ¥ hiéroglyphique.

1 18. L’écriture démotique ou populaire emprunta tous ses élémens à l’écriture hiératique ou sacerdotale, et consiste principalement en signes de sons ou phonétiques. On choisit, parmi ies caractères sacerdotaux les moins compliqués, un nombre assez borné d’ homophones, qui devinrent les signes de chaque voix et de chaque articulation dont se composait la langue égyptienne parlée. Ainsi réduite à une quantité de signes beaucoup moins étendue que l’écriture sacerdotale , l’écriture populaire s’en éloigna encore sous deux autres rapports trèsimportans.

1 19. Le nouveau système rejette d’abord, presque sans exception , tous les caractères figuratifs que l’écri-

ture hiératique repoussait déjà en partie seulement , et ii les remplace par des signes de sons.

120. L’écriture démotique n’admet enfin qu’un fort petit nombre de caractères symboliques , et ceux-là seulement qui représentent des noms propres divins ou des choses sacrées, signes dont les formes sont puisées, comme celles de tous les caractères démotiques , dans l’écriture hiératique. Cette exception fut commandée par le respect profond que portèrent toujours les Égyptiens, et en général tous les peuples orientaux, aux objets du culte et de leur croyance religieuse.

i 2 1 . Ainsi donc, le principe phonétique préexistant et déjà fort étendu dans l’ écriture sacrée , un peu plus développé dans l’écriture hiératique , dominait trèsessentiellement dans l’écriture populaire : les caractères figuratifs et symboliques deviennent au contraire plus rares dans le système graphique égyptien , à mesure qu’on descend de l’état primitif du système (l’écriture hiéroglyphique ) à la dernière de ses modifications, l’écriture démotique ou populaire.

122. Ces trois systèmes d’écriture, si étroitement liés entre eux , furent usités à-la-fois et dans toute l’étendue de l’Égypte : on couvrait les édifices publics et religieux d’inscriptions en hiéroglyphes purs; on traçait des manuscrits en hiéroglyphes linéaires, en même temps que les prêtres écrivaient, en caractères hiératiques, les rituels sacrés, les rituels funéraires, des traités sur la religion et sur les sciences , des hymnes en l’honneur des dieux ou les louanges des rois, et que toutes les classes de la nation employaient l’écriture

démotique à leur correspondance privée et à la rédaction des actes publics et privés qui réglaient les intérêts des familles. On découvre journellement , en effet, dans les catacombes de l’Égypte, des rouleaux de papyrus purement hiéroglyphiques , et d’autres conçus dans leur entier en caractères hiératiques ; il en est, enfin, qui sont totalement démotiques; mais ces derniers n’ont aucun rapport bien direct aux choses sacrées. Enfin nous possédons des manuscrits qui prouvent la simultanéité de l’emploi des trois sortes d’écritures : les uns sont à -la -fois hiéroglyphiques et hiératiques , et d’autres contiennent , dans diverses parties , des légendes hiéroglyphiques , hiératiques et démotiques.

123. Il n’est plus douteux maintenant que le peuple égyptien ne possédât des moyens nombreux et faciles pour fixer la pensée d’une manière durable, pour perpétuer le souvenir des grands événemens et conserver la mémoire des découvertes utiles , soit dans les sciences, soit dans les arts. Cette nation, à laquelle l’Europe doit directement tous les principes de ses connaissances , et par suite ceux de son état social, ne fut donc point retardée dans ses développemens moraux , comme l’ont prétendu même de fort bons esprits : mais ils tiraient cette conclusion de l’idée entièrement fausse qu’ils s’étaient formée de l’ancien système graphique de l’Égypte. L’écriture hiéroglyphique pure , ou même la linéaire , eût pu , il est vrai , exercer dans ce sens une influence funeste par l’embarras et la perte de temps inséparables de son emploi;

mais on vient de voir que deux méthodes beaucoup plus simples rendaient plus rapide , plus commode , et par cela même plus général, l’usage de l’écriture, ce puissant levier de la civilisation.

1 24» Il est également certain , contre l’opinion commune, que l’écriture hiéroglyphique , c’est-à-dire, le système sacré, le plus compliqué des trois, était étudiée et comprise par la partie la plus distinguée de toutes les castes de la nation, loin d’être, comme on l’a dit si souvent, une écriture mystérieuse, secrète, et dont la caste sacerdotale se réservait la connaissance , pour la communiquer seulement à un très-petit nombre d’initiés. Comment se persuader, en effet, que tous les édifices publics fussent couverts intérieurement et extérieurement d’une quantité innombrable d’inscriptions en caractères sacrés, si ces caractères n’étaient compris que par quelques adeptes l Les monumens élevés par la piété des simples particuliers, les stèles funéraires, les cercueils des momies, les enveloppes mêmes des plus pauvres d’entre elles, portent des légendes hiéroglyphiques; et des caractères de ce genre se montrent sur les ustensiles employés aux usages même les moins relevés, sur les ornemens du métal le plus précieux et du bois le plus commun, sur des amulettes de riche matière, et sur des amulettes de terre cuite sans émail : ainsi tout concourt à démontrer une connaissance très-générale de l’écriture hiéroglyphique parmi les individus aisés de toutes les castes de la nation égyptienne.

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