CONCLUSION
L’ensemble des faits exposés dans cet ouvrage , et celui des notions nouvelles qu’ils ont produites sur le système graphique de l’ancienne Égypte, nous ont paru exiger le résumé sommaire qui est le sujet de ce dernier chapitre. On y présentera , i .° l’état général des opinions sur ce système , avant ma découverte de l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques; 2.0 la série des principes certains de ce même système, résultats directs des faits discutés, quoique rapidement, dans les précédens chapitres; 3. 0 celles des notions positives relatives à l’histoire civile et religieuse de l’Égypte, déjà déduites de l’application de ces principes aux monumens ; 4.0 un aperçu de ce qui reste à faire pour compléter ces principes fondamentaux , multiplier leurs applications , et nous montrer enfin , sous tous ses aspects , la nation illustre dont l’antiquité toute entière admira le génie , célébra les travaux , et s’appropria les plus sages institutions.
Les auteurs grecs ou romains qui reçurent par euxmêmes ou indirectement quelques notions sur le système graphique des anciens Égyptiens, et en particulier sur leur écriture monumentale ou hiéroglyphique pure , durent être plus particulièrement frappés d’y ren-
contrer des caractères figuratifs et symboliques, c’està-dire , des caractères dont chacun exprimait à lui seul une idée, et sans aucune relation bien directe avec le son du mot signe de cette même idée dans la langue parlée : ces Grecs et ces Romains, habitués à une écriture toute alphabétique , et qui notait uniquement les mots de la langue, remarquèrent sur-tout, en effet , ces caractères figuratifs et ces caractères symboliques de l’écriture égyptienne, qui s’éloignaient tout-à-fait , et dans la forme et dans le fond , de la nature des signes dont ils se servaient eux-mêmes pour écrire la langue grecque ou la langue latine. Aussi , en parlant de l’écriture hiéroglyphique, n’ont -iis expressément mentionné que ces deux ordres de signes , sans donner aucun détail sur les élémens phone'tiques égyptiens , soit qu’ils ne les aient point connus , soit qu’étant d’une nature analogue , aux formes près , à celle des lettres qu’ils employaient eux-mêmes, ils aient cru inutile d’en parler d’une manière expresse. On a pu remarquer aussi que Clément d’Alexandrie lui-même , l’auteur qui nous a transmis les documens les plus circonstanciés sur le système graphique égyptien , ne parle que trèsrapidement des élémens phonétiques , sans entrer dans aucune explication à leur sujet ; et cela, au point que nul des critiques qui ont travaillé sur ce passage n’y avait saisi cette indication de signes ou lettres représentant des sons (i), comme élémens premiers de Y écriture hiéroglyphique proprement dite.
(]) Supra, 94.
C’est principalement à cette circonstance -qu’ii faut attribuer toutes les vaines tentatives des modernes sur les textes hiéroglyphiques. Ne trouvant, dans les auteurs classiques grecs et latins, que des indications multipliées de signes symboliques ou bien àlimages mêmes des objets , les savans des trois derniers siècles en ont conclu que l’écriture hiéroglyphique était uniquement composée de caractères dont chacun était le signe fixe d’une idée. En partant de ce faux principe, ils recueillirent dans les écrits de ces mêmes auteurs grecs et latins l’indication des formes d’un certain nombre de signes égyptiens : ils crurent les reconnaître sur les monumens , et ne balancèrent point à leur assigner la valeur souvent contradictoire que Diodore de Sicile, Horapollon , Clément d’Alexandrie, Plutarque et Eusèbe, attribuent à chacun d’eux.
Mais la série des signes symboliques et figuratifs dont le sens a été indiqué par les anciens , est fort courte , comparativement au nombre immense de caractères variés que présentent les inscriptions hiéroglyphiques. L’esprit inventif des auteurs suppléa bientôt au silence de l’antiquité ; et, prenant chaque hiéroglyphe pour un symbole, on devina, à i’envi, le sens caché que chacun d’eux devait renfermer , en ayant égard, non pas à la forme même du signe ni à sa nature possible , mais bien seulement aux idées particulières qu’on voulait à toute force retrouver dans les inscriptions égyptiennes.
Dès ce moment, les études hiéroglyphiques furent détournées de leur véritable direction, ou plutôt on ne
s’y livra pas en réalité, puisque l’imagination prenait alors la place du raisonnement, et les conjectures celle des faits. Telle fut en particulier la méthode du jésuite Kircher.
Cet infatigable auteur de tant de longs ouvrages, s’abandonnant, je n’oserais dire de bonne foi, aux hypothèses les moins naturelles, et négligeant les plus simples élémens de la saine critique, prétendit reconnaître , dans les textes hiéroglyphiques gravés sur les obélisques, les statues, les momies et les amulettes de style égyptien, toute la science cabalistique et les rêveries monstrueuses de la démonomanie la plus raffinée : c’est ainsi, par exemple, que le cartouche qui, sur l’obélisque Pamphile, renferme tout simplement le titre C^OTKpTp (A vToic^rcùf) (i), /' Empereur , en caractères phonétiques, exprime emhlématiquement , selon Kircher (2), les idées suivantes : «L’auteur de » la fécondité et de toute végétation est Osiris, dont la » faculté génératrice est tirée du ciel dans son royaume , » par le saint Mophta (3). » C’est ainsi encore que le cartouche du même obélisque, qui contient seulement, et toujours en caractères phonétiques, les mots Kftcpc C&C'TC ( K üLlcrcLf Ao/U,lTlcu/oç 'Ze&cLcfjoç ) , César-Domiùen- Auguste , signifie textuellement, selon le même auteur : Generationis beneficus prœses cœlesti dominio quadripotens aerem per Mophta beneficum humo -
(1) Gravé dans ma Lettre à M. D acier , pi. III, n.° 70 a. W Obeliscus Pamphilius , pag. 557.
(3) Prétendu génie égyptien de la création du P. Kircher.
rem aereum committit Ammoni inferiora potentissimo qui per simulacrum et ceremonias appropriatas îrahitur ad potentiam exerendam (i) : paroles tellement obscures, que je les cite sans oser en essayer une traduction française , par la crainte de ne point saisir l’idée de Kircher, en supposant toutefois qu’il y en attachât une lui-même.
Quoi qu’il en soit, Kircher fit école; et, comme il arrive toujours en pareille occasion, les imitateurs ont passé le maître. Sa doctrine n’est même point encore tout-à-fait abandonnée, puisqu’on vient de voir paraître une nouvelle traduction des hiéroglyphes de l’obélisque Pamphile, qui, selon le nouvel Œdipe, conserve la mémoire du triomphe sur les impies , obtenu par les adorateurs de la très-sainte Trinité' et du Verbe e'ternel , sous le gouvernement des sixième et septième rois d’Egypte, au sixième siècle après le déluge (2); et l’on n’apprendra point, sans quelque surprise, qu’un de ces pieux monarques fut Sésac , celui-là même qui, selon l’Écriture, pilla Jérusalem, et enleva les trésors du temple et ceux de la maison de David.
Toutefois, et malgré les divagations de Kircher, quelques bons esprits s’adonnèrent enfin à l’étude d’un sujet qu’ils ne jugèrent point épuisé. Warburton , beaucoup plus sage que tous ses devanciers, discuta les divers textes des anciens , relatifs aux écritures égyptiennes. Il reconnut théoriquement diverses sortes de carac-
(1) Ohelïscus Pamphilius , pag. 559.
(2) Gènes, de l’imprimerie archiépiscopale, 1821.
tères ; mais ii commit l’erreur grave d’avancer que chacune de ces espèces de caractères formait une écriture à part : ce savant évêque n’a d’ailleurs prétendu donner que des généralités* sans en faire aucune application aux monumens égyptiens existant alors en Europe.
D’autres écrivains, ne voyant encore que des symboles dans les objets d’art comme dans les inscriptions égyptiennes, crurent retrouver, dans les uns comme dans les autres , des emblèmes nombreux et uniquement relatifs à l’astronomie, au calendrier et aux travaux de l’agriculture. C’est l’abbé Pluche qui , le premier, énonça positivement une pareille idée (i); et ceux qui ont marché sur ses traces, ne s’embarrassant guère plus que lui de l’incohérence de leurs mille et une explications, sans se douter même de l’impossibilité réelle de les coordonner en un système général un peu supportable, ont ainsi décidé , contre toute vraisemblance, que les innombrables inscriptions qui couvrent les monumens de l’Egypte, se rapportent à une seule science, à un seul et même ordre d’idées. Toutefois aucun de ces interprètes, aucun même de ceux qui , associant les idées de Pluche à celles de Dupuis, ont entrepris d’expliquer les hiéroglyphes, n’a tenté de donner le sens suivi d’une seule inscription hiéroglyphique, pas même de la plus courte. Tous ont pris les personnages représentés sur les différentes espèces de bas-reliefs, pour des lettres hiéroglyphes.
(i) Histoire du ciel, de l’Écriture symbolique des Égyptiens, t. I.
et ont attribué à chacune d’eües ie sens qui convenait ie mieux à leurs explications à priori.
Ii n’en est pas ainsi de l’auteur d’un grand ouvrage intitulé, de l’Étude des hiéroglyphes (i); celui-ci s’est réellement occupé des véritables textes hiéroglyphiques. Abordant franchement toutes les difficultés , et convaincu qu’il était possible , à l’aide des traditions anciennes et par la connaissance des emblèmes et des expressions figurées particulières à divers peuples de la terre, de parvenir à l’intelligence des inscriptions égyptiennes qui, selon lui encore, sont toutes composées de signes symboliques, cet infatigable scrutateur recueille ce qu’il nomme les symboles des peuples en Afrique, en Asie, en Europe, comme en Amé^rique, et, en faisant l’application aux grands monumens de l’Egypte , il trouve , par exemple , sur le portique du grand temple de Dendéra, une traduction du centième psaume de David, composé pour inviter les peuples à entrer dans le temple de Dieu (2).
On est même allé plus loin : non contens de supposer que les monumens de l’Égypte exprimaient des séries d’idées tout-à-fait semblables à celles que renferment les textes sacrés des chrétiens et des juifs , d’autres ont cru découvrir que tous les hiéroglyphes, considérés comme de simples lettres , n’exprimaient encore que des mots hébreux (3). Le simple bon sens
(1) Paris, 1612, en cinq vol. in-12.
(2) De l’Étude des hiéroglyphes , t. IV, pag. 23 , 27 et suivantes.
(3) Essai sur les hiéroglyphes égyptiens; Bordeaux, 1821.
veut cependant que, si les textes égyptiens expriment des prononciations, leur lecture nous donne des mots égyptiens , et non des mots hébreux , chaldéens ou arabes.
Toutes ces aberrations, tous ces vains systèmes, ont eu pour cause première ia prétention de parvenir à l’intelligence des hiéroglyphes, sans se donner souvent même la peine de savoir si les Égyptiens n’avaient pas une langue propre, et s’il ne restait point des débris de cette langue égyptienne dont les mots et les tournures devaient nécessairement être exprimés dans les textes hiéroglyphiques, si ces textes tenaient par hasard à un système phonétique. La connaissance de cette langue, la, langue copte , n’était pas moins indispensable, même dans la supposition que les signes hiéroglyphiques fussent tous symboliques ; car , en exprimant leurs idées par des symboles peints, les Égyptiens devaient de toute nécessité avoir suivi dans leur écriture les mêmes tournures , le même ordre logique , selon lequel ils exprimaient habituellement ces mêmes idées par le moyen des mots de 1a langue pariée.
D’un autre côté, on travaillait à la découverte de ce qu’on a vulgairement appelé la clef des hiéroglyphes , sans se demander si les monumens de style égyptien étaient en assez grand nombre , ou même avaient été assez fidèlement dessinés , pour être certain d’obtenir quelque lumière en les rapprochant soigneusement les uns des autres, et en éprouvant, par leur moyen, l’exactitude des assertions des anciens auteurs grecs et latins sur le système hiéroglyphique.
On ne saurait donc s’étonner de ia complète inutilité de toutes ies tentatives faites» avec aussi peu de préparation, sur i’ensemble et sur les détails du système graphique des Égyptiens, ni du découragement général des savans, qui regardaient comme fermé pour toujours à la science moderne le champ si vaste et si riche de l’archéologie égyptienne.
C’est de l’apparition du bel ouvrage exécuté par les ordres du Gouvernement français, la Description 4e l’Égypte, que datent seulement en Europe les véritables études hiéroglyphiques. Ce sont les nombreux manuscrits égyptiens gravés avec une étonnante fidélité dans ce magnifique recueil, ainsi que les empreintes, les dessins et ies gravures plus ou moins exactes du célèbre monument de Rosette, qui seuls ont pu servir de fondement solide aux recherches des archéologues de tous les pays; et quant à la langue, on devait déjà à M. Étienne Quatremère (i) l’importante démonstration, rendue sans réplique par une suite non interrompue de faits et de témoignages contemporains, que la langue copte e'tait la langue e'gyptienne elle-même , transmise de bouche en bouche et écrite en caractères grecs, depuis l’établissement du christianisme en Égypte jusqu’à des temps peu éloignés de nous.
Avec le secours de matériaux aussi importans et de documens aussi précieux, il était bien difficile que l’étude constante des monumens écrits de l’ancienne
( i ) Recherches sur la langue et la littérature de l’Egypte ; Paris , 1800, in- 8.°
Égypte? , étude à laquelle plusieurs savans se livrèrent dès-lors sans relâche, ne produisît pas enfin quelques fruits. Mais le système graphique égyptien est si compliqué, il est formé delémens de leur nature si différens, que nos certitudes à son égard n’ont cependant pu naître et s’accroître que fort lentement et par le travail le plus opiniâtre.
On a déjà dit, dans la première partie de cet ouvrage, que c’est aux travaux de MM. Silvestre de Sacy, Ackerblad et Young, que l’Europe savante est redevable des premières notions exactes sur quelques points relatifs aux écritures de l’ancienne Égypte.
L’illustre académicien reconnut le premier, dans le texte démotique de Rosette, les groupes qui représentaient différens noms propres grecs, ainsi que leur nature alphabétique.
Le savant Danois étendit ces notions : il sépara la plupart des élémens alphabétiques de ces noms propres grecs; mais il échoua tout-à-fait lorsqu’il voulut analyser les groupes de ce texte qui expriment autre chose que des mots grecs. Il considéra le texte démotique de Rosette comme entièrement alphabétique , mais n’y soupçonna point cette suppression des voyelles médiales qui est si habituelle dans les écritures de l’Asie occidentale; et c’est là, certes, la seule cause du petit nombre d’erreurs qu’il a commises dans la distinction des élémens de chaque nom propre grec écrits en caractères démotiques.
Plus tard , le savant Anglais proposa des corrections et des additions à l’alphabet de M. Ackerblad; il pro-
posa également la lecture d’un assez grand nombre de mots égyptiens du même texte démotique (i) : mais il a depuis renoncé lui-même à ces diverses lectures, et de plus il a émis formellement l’opinion que le texte démotique de Rosette ri était composé que de signes d’idées, et nullement de signes alphabétiques ou de sons , si ce n’est peut-être, dit-il, les groupes peu nombreux qui expriment les noms propres grecs sur ce monument (2).
Jusque là, il n’avait été question que de l’écriture égyptienne populaire ; M. le docteur Young publia aussi ses résultats sur le texte hiéroglyphique de Rosette, et donna une série de plus de deux cents caractères ou groupes de caractères hiéroglyphiques, dont il pensait avoir reconnu la véritable signification. Néanmoins , en supposant même que toutes ces valeurs fussent bien établies, ce qui n’est point, la théorie de l’écriture hiéroglyphique n’avait retiré au fond presque aucune lumière de ce dernier travail (3). Mais il n’est pas moins juste de dire en même temps que M. le docteur Young présenta ainsi pour la première fois au monde savant la valeur véritable d’un certain nombre de signes et de groupes hiéroglyphiques (4), valeurs obtenues , pour la plupart, de la comparaison
(1) Muséum criticum de Cambrige.
(2) Supplém. à l’Encyclop. britann. vol. IV, l.re part. pag. 54 et 55-
(3) Supra , Introduction , pag. 9 et 10.
(4) Ce sont , selon moi , dans son Tableau général inséré dans V Encyclopédie britannique , les n'.°s 1, 2, 3, 4 j 8, 11,12, 14, 15,20,33, 56, 58, 74, 85, 87, 88, 91, 94, 101, 102, 103, 108, 110, 113 , 116, 118, 121, 126, 133, 137, 142, 146, 152, 154, 157, 158,
toute matérielle des trois textes de la pierre de Rosette, et faciles à démontrer par ce même moyen.
Mais ce savant laborieux, qui avait aussi reconnu l’intimé liaison de l’écriture courante des papyrus avec l’écriture hiéroglyphique , confondit en une seule deux écritures essentiellement différentes, l 'hiératique et la démotique; il ne démêla point le principe phonétique, qui est en quelque sorte lame des trois sortes d’écritures égyptiennes, quoique ce même savant eût essayé d’analyser phonétiquement les deux noms propres hiéroglyphiques Ptolémée et Bérénice. C’est en décembre 1819 que M. le docteur Young publia, dans le supplément de l’Encyclopédie britannique , ses idées sur la nature des différentes écritures égyptiennes , qu’il regarde comme essentiellement composées de caractères idéographiques , y compris même l’écriture vulgaire ou démotique, dont il a parlé sous le nom d’ enchoriale.
Les auteurs de divers mémoires insérés dans la Description de 1‘ Egypte ont cru, au contraire, que les manuscrits hiératiques, qu’ils confondent, à l’imitation deM. le docteur Young, avec l’écriture démotique , en donnant aussi comme le savant Anglais le nom de caractères hiératiques aux hiéroglyphes linéaires, étaient entièrement alphabétiques; mais que les textes hiéroglyphiques sont au
159, 160/164, 168 , 169, 171,172, 174 , 175, 177, 178, 179; l8o> 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 1 9 1 , 192, 193, •94» *95, 196, 197, 198, 200, 201 , 203, 204 , 209, 2ir , 212 , 2i 5 et 217.
contraire entièrement composés de signes symboliques et de signes représentatifs. Toutefois ie petit nombre de caractères sacrés dont on a cherché à donner l'explication dans ce grand ouvrage , sont tirés des anaglyphes (i), et nullement des textes hiéroglyphiques proprement dits. On annonce depuis long-temps, et comme devant faire partie de ce recueil, un travail de feu M. Raige sur l’inscription de Rosette; mais l’idée que nous donne de ce travail une note de son continuateur (2), ne permet d’attacher aucune espérance à ses résultats. Il n’en sera point de même du Tableau général des signes hiéroglyphiques , dressé par M. Jornard , et qui sera compris dans la dernière livraison de la Description de l’Égypte; et je regrette de ne pouvoir en dire davantage sur ce Tableau, qui n’est point encore publié et dont je n’ai aucune connaissance.
Ainsi la somme des certitudes acquises jusqu’ici sur l’ensemble du système graphique des Égyptiens , se bornait à la lecture de quelques noms propres grecs écrits en caractères démotiques , à la détermination de la valeur de soixante-dix-sept signes ou groupes hiéroglyphiques , et à un essai très- imparfait de lecture de deux noms propres grecs écrits en hiéroglyphes. On n’avait enfin tiré de ces résultats peu étendus aucune idée générale ni aucun principe théorique sur la nature ni sur les élémens de ces divers systèmes d’é-
(1) Supra , chapitre IX.
(2) Descript. de l’Egypte, état moderne, Mémoire sur les inscriptions du Mékias.
criture ; de pius , les distinctions quon avait cherché à établir entre eiies ne résultaient point d’une exacte analyse, et l’on n’en avait déduit aucun fait élémentaire, toujours applicable dans les circonstances analogues. La question relative à la théorie de ces écritures et à leurs rapports réciproques, restait donc toute entière.
J’avais toujours considéré comme la notion la plus nécessaire à acquérir, la distinction précise des trois espèces d’écritures que l’antiquité grecque nous dit avoir simultanément existé en Égypte. La détermination de l’écriture nommée hiératique , simple tachygraphie des hiéroglyphes , est l’objet du Mémoire que j’ai présenté, en 1821, à l’Académie royale des belleslettres. Mon travail sur l’écriture démotique ou épistolographique a été soumis à cette compagnie savante en 1 822 ; et, au mois de septembre de la même année, j’ai publié ma Lettre à M. Dacier , relative à ma découverte de X alphabet des hiéroglyphes phonétiques , dont je bornai d’abord l’application aux noms propres hiéroglyphiques des souverains grecs et romains inscrits sur les temples de l’Égypte ; et le présent ouvrage , également communiqué à l’Académie au commencement de cette année ( 1823 ), ouvrage qui embrasse le système graphique égyptien en général , et qui traite plus spécialement des élémens premiers de l’écriture hiéroglyphique, aura pour résultat, ce me semble du moins , la démonstration des principes suivans :
i.° Le système graphique égyptien était composé de trois espèces d’écritures :
A. lé écriture hiéroglyphique ou sacrée ;
B. L’ écriture hiératique ou sacerdotale ;