‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 7 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État actuel (1824.) des études sur les Hiéroglyphes, et sur l’Ecriture phonétique égyptienne employée dans la transcription des noms propres de Rois grecs ou d’Empereurs romains.

La science archéologique n’avait retiré aucun fruit des immenses travaux de Kircher sur les hiéroglyphes; ses nombreux ouvrages, accueillis d’abord avec une confiance aveugle, parce que les études égyptiennes commençaient à peine , et que leurs fondemens véritables, les monumens, étaient alors fort rares, ont été beaucoup mieux jugés dans la suite, et la saine critique les a réduits à leur juste valeur. Les écrits de Warburton sont purement théoriques , leur auteur s’étant borné à discuter les passages classiques relatifs aux écritures égyptiennes, en essayant de les coordonner avec son système entièrement spéculatif, système que les monumens sont bien loin de confirmer sur les points les plus essentiels.

Dans le dernier siècle et dans le nôtre, il a paru un assez grand nombre d’essais spéciaux sur l’écriture hiéroglyphique; mais leur application aux monumens, la véritable pierre de touche des opinions qu’on s’était formées sur ce sujet, en a déjà montré toute l’insuffisance ou toute la fausseté. Le monde savant ,

défavorablement prévenu, non sans quelque raison, s’était en quelque sorte prononcé d’avance contre toutes les tentatives qui avaient pour but de parvenir à l’intelligence des inscriptions égyptiennes; et à cet égard, une seule opinion paraissait bien établie, celle de l’impossibilité d’arriver à cette connaissance si vainement et si laborieusement cherchée jusqu’ici.

Pour réveiller l’attention publique et ranimer toutes les espérances, il ne fallut rien moins que la découverte d’un texte hiéroglyphique accompagné de sa traduction en langue grecque ; découverte de la plus haute importance, dont nous sommes à la veille peutêtre de recueillir des fruits précieux, et qui est due aux Français durant leur mémorable campagne sur les rives du Nil.

Par suite de cette entreprise scientifique et militaire, des monumens égyptiens de tout genre furent transportés en France : à notre exemple , l’Europe entière s’est empressée d’encourager les voyageurs à parcourir ce sol antique; et les productions des arts anciens de cette contrée ont bientôt afflué dans toutes nos ca-

Parmi les monumens égyptiens que l’Europe a recueillis, se placent en première ligne la pierre de Rosette, que les hasards de la guerre ont livrée aux Anglais, et de nombreux manuscrits égyptiens sur papyrus. Ces rouleaux précieux ont fixé d’abord l’attention des archéologues ; et comme ils sont souvent écrits en caractères essentiellement différens, le premier pas à faire dans leur étude, c’était de distinguer les divers

genres d’écriture qu’iis présentent, et de savoir en quoi ces écritures pouvaient différer dans leur marche, indépendamment des formes matérielles des signes.

Le texte intermédiaire de l’inscription de Rosette, dont la partie grecque désigne les caractères sous le nom d’ETXilPIA rP AMM AT A , est celui sur lequel on a eu les premières notions précises. Les travaux si connus de MM. Silvestre de Sacy et Ackerbiad, démontrèrent que ce texte renfermait des noms propres grecs écrits en caractères égyptiens alphabétiques ; notion précieuse qui est devenue en quelque sorte le germe véritable de toutes les découvertes faites depuis sur les écritures égyptiennes. Feu Ackerbiad essaya d’étendre ses lectures hors des noms propres grecs , et il échoua complètement ; sans doute parce qu’il s’attacha trop à vouloir retrouver dans des mots que tout prouvait devoir être égyptiens, toutes les syllabes que ces mêmes mots portent encore dans les textes coptes, tandis qu’il pouvait arriver que la plupart des voyelles y fussent supprimées , comme dans les écritures hébraïque et arabe.

Un anonyme publia en 1804 un Essai (i) sur le texte hiéroglyphique de Rosette; mais ce livre ne nous apprit absolument rien sur cette écriture sacrée; il ne prouva que la richesse d’imagination de son auteur, qui crut retrouver dans le court fragment qui nous reste de ce texte , l’exprêssion même de toutes les

(i) Analyse de l’ inscription en hiéroglyphes du monument trouvé à Rosette; Dresde, 1804, in-4.0

idées consignées dans la totalité de la traduction grecque.

Pendant plusieurs années, on ne vit paraître aucun ouvrage qui fît faire un pas de plus, soit sur le texte intermédiaire de Rosette, soit sur les hiéroglyphes en général. La question de savoir jusqu’à quel point on devait rapporter à un même genre d’écriture le texte intermédiaire de Rosette et les papyrus dont i’écriture diffère évidemment des textes hiéroglyphiques , était donc encore indécise.

Mais enfin l’auteur de l’article Egypte dans l’Encyclopédie britannique (i), M. le docteur Young, qui avait déjà inséré dans le Muséum criticum de Cambridge (2), une traduction conjecturale des deux textes égyptiens de l’inscription de Rosette, accompagnée de l’alphabet de M. Ackerblad, accru de quelques signes, et avec lequel il essaie, mais vainement, de lire des mots égyptiens dans le texte intermédiaire de Rosette, rendit public, en 1815), l’exposé d’un système tout nouveau sur les écritures égyptiennes en général, et il l’accompagna de planches (3) contenant la série des caractères et des groupes en hiéroglyphes ou en écriture encho riale ( du pays ) sur lesquels il l’avait fondé.

Ce système sur les deux espèces d’écriture égyptienne.

(1) Supplément to the fourtli and fifth éditions of the Encyclopædia britannica. Edinburgh , 1819, vol. IV, i.re partie (de la page 38 à la page 74 ).

(2) N.° VI, mai 1816.

(3) Suppl Encyclop , britann, pag. 74 à 78.

car M. Young n’en reconnut réellement que deux, se réduit aux propositions suivantes :

i .° L’écriture, du texte intermédiaire ou enchorial de la pierre de Rosette , est la même que celle des papyrus non hiéroglyphiques (i); les signes du texte enchorial se sont corrompus dans la main du peuple : c’est pour cela qu’on observe dans ce texte des formes qu’on ne retrouve point dans les papyrus (2).

2.0 L’écriture de ce texte intermédiaire et celle des papyrus sont purement idéographiques , comme les textes hiéroglyphiques (3).

3 .° Quoique tout soit idéographique dans les papyrus et dans le texte intermédiaire de Rosette, le savant Anglais reconnaît toutefois que la plupart des noms propres de ce texte intermédiaire sont susceptibles d’une espèce de lecture avec l’alphabet d’Ackerblad; il en conclut que les Égyptiens, pour transcrire les noms propres étrangers, se servirent, comme les Chinois, de signes réellement idéographiques, mais détournés de leur expression ordinaire, pour leur faire accidentellement représenter des sons (4).

4-° Il pense que l’écriture des papyrus n’est nullement alphabétique , comme on l’avait cru généralement (5).

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