MOBILISATION DES FRACTURES
seulement tout un corps de doctrine, mais de nombreuses observations relatives au massage de toutes les fractures, je n’apportai pas seulement l’expression d’une opinion récente, mais le résultat d’une longue expérience. J’étais arrivé progressivement à ma pratique et on peut trouver, de 187o à 1880, dans les Bulletins de la Société de chirurgie et dans mes publications sur les fractures et lésions articulaires, sur la chirurgie antiseptique, des observations incessamment fournies sur toutes les formes de mobilisation des fractures.
C’étaient les fondements de la méthode et l’on peut aisément suivre l’enchaînement et le progrès de mes recherches, depuis ma première observation de fracture du radius guérie sans appareil et sans immobilisation en 1867, jusqu’à l’exposé parfait de ma méthode dans mes deux communications à la Société de chirurgie en 1886. Ce ne fut pas trop d’une longue expérimentation chirurgicale pour métamorphoser absolument cette thérapeutique des fractures dont un rapide exposé historique peut seul rappeler les conditions anciennes.
Ma pratique personnelle avait naturellement parcouru toutes les phases nécessaires depuis que mon attention avait été éveilllée sur les inconvénients de l’immobilisation et je n’avais eu la pensée d’utiliser
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le massage que parce que, par une fortune particulière, j’avais été initié aux pratiques de massage dès le début de mes études médicales, si bien qu’au cours de mon internat, de 1866 à 1869, j’avais eu de nombreuses occasions d’étudier l’influence du massage sur la vitalité des membres.
Ce sont mes observations, longtemps et souvent renouvelées, mes expérimentations souvent répétées qui m’ont amené progressivement à la compréhension de l’importance du mouvement pour la réparation des os dans la thérapeutique des fractures.
Il est singulier de constater que le traitement des fractures, dont l’institution remonte si haut dans la nuit des temps que nous n’avons aucune idée de l’époque où les appareils et l’immobilisation ont été inventés, est resté constamment établi sur les mêmes données, sur les mêmes principes depuis que la science chirurgicale est constituée.
Lisez tous les Traités des fractures, depuis les plus anciens jusqu’aux plus modernes, depuis Hippocrate jusqu’à Ambroise Paré, depuis Ambroise Paré jusqu’à Dupuytren, Malgaigne, Hamilton et toutes les Encyclopédies que je ne puis même énumérer, tous vous signalent le mouvement comme l’ennemi de la formation du cal, de la réparation osseuse. C’est un obstacle à cette formation. Aussitôt que l’on observe
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un défaut de consolidation, c’est le mouvement que l’on accuse.
Pour guérir, tous les médecins ne tiennent compte que d’un fait. L’os est un levier rigide. S’il est brisé, il faut fixer ses fragments en place, dans la position de l’os normal, et les immobiliser. Réduire et immobiliser sont les seuls actes qui retiennent [l’attention .
Ambroise Paré, le premier chirurgien qui ait noté avec une grande hardiesse ses observations personnelles, et dont l’imagination est toujours en éveil pour créer quelque chose de nouveau, hésite souvent entre son imagination et les traditions anciennes relatives aux fractures, mais il conclut toujours par des remarques qui l’amènent à être plus exact et plus violent pour assurer la réduction et la contention des fractures.
Il ajoute seulement à cela l’indication des médicaments qui doivent favoriser la production du cal et le recoliement des os.
Sauf ce point, les vues de Dupuytren, de Malgaigne ou de Hamilton sont exactement les mêmes. Pourtant, comme tous les auteurs du xixe siècle sont convaincus qu’ils ont sur l’anatomie et sur la physique des notions bien plus précises que les auteurs anciens, ils appliquent avec plus de rigueur les procédés de réduction
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et de contention, et imaginent de nouveaux détails pour les réductions et pour les appareils.
Chose singulière, ils sont tellement persuadés qu'ils réduisent réellement les fractures, et qu’ils favorisent le recollement par l’immobilisation, qu’ils ne tiennent guère compte des observations cliniques. Ils n’ont pas l’idée d’essayer de moyens différents. Si les résultats qu’ils obtiennent sont mauvais, ils n’ont qu’une pensée : les attribuer à l’insuffisance des moyens de réduction et d’immobilisation qu’ils ont prescrits.
Dans les publications sur les fractures on constate bien que, çà et là, de grands observateurs ont été troublés par les faits qui les frappaient malgré eux.
Malgaigne a bien vu les accidents dûs aux contractures musculaires autour des fragments dans le membre inférieur. 11 a pensé trouver un moyen de les prévenir en employant le plan incliné.
Hamilton, parlant des fractures du coude, donne le conseil de mobiliser immédiatement les fragments, au risque de ne pas avoir une bonne fixation des fragments, parce qu’il faut prévenir l’ankylose.
Velpeau recommandait de ne jamais serrer les appareils de fracture du radius, de peur de déterminer des ankylosés persistantes.
Ces hésitations montrent que les inconvénients de l’immobilisation ne pouvaient toujours leur rester