‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 13 sur 71 · IDES PRODUITS IMMATÉRIELS · texte numérisé non relu

IDES PRODUITS IMMATÉRIELS

dente de la nature, c’est-à-dire de l’eau, de l’air et du sol, et à bâtir sur ces opinions des systèmes par trop nuisibles à là propriété foncière. J’ai fait voir aussi dans un chapitre précédent quelle était l’erreur de ceux qui altribuaient une influence souveraine à cette propriété, en démontrant que lés produits agricoles avaient une limite, susceptible sans doute de quelque extension, mais certaine, inévitable; tandis que ^ les produits de l’industrie manufacturière n’avaient d’autres bornes que celles du génie de l’homme. Cette proposition me conduit naturellement à parler des machines et des effets de

la division du trabail.

Toutefois, avant de traiter ces deux importantes questions, je placerai ici ce qiie je dois dire sur les produits que M. Say a nommés le premier, et avec beaucoup de bonheur, produits immatériels, te sera l’objet de la section suivante.

SECtION première.

Des produits immatériels.

M. Say est l’auteur de cette belle théorie. C’est lui qui a mis au rang des producteurs et réhabilité aux yeux des économistes cette classe de citoyens si utile et si lionorable, que nous appelons des savants, des travailleurs dans l’ordre intellectuel. H a soigneusement analysé leurs productions, et il a bien défini la part que prennent les sciences dans les différentes branches de l’industrie humaine. Davy désoxyde la potasse et met le potassium à nu : sa découverte, toute scientifique, opère néanmoins une révolution dans les arts, et se fait sentir avec avantage au commerce. Niera-t-on que ce savant soit un producteur? et le médecin qui m’a sauvé la vie ou le membre dont je ferai un usage avantageux, n’est-il producteur d’aucune utilité? L’avocat dont le sage conseil me sauve un long procès ou dont l’éloquence me le fait gagner, est-il inutile comme les mendiants dont l’unique travail est de tendre la main ?

PnODUCtlON DES ntCHESSÉS.

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La découverte du chimiste, Tordonnance du médecin, le plaidoyer de l’avocat, M. Say appelle tout cela des produits immatériels, des produits qu’on ne saurait palper, mais surtout des produits consommés au moment de leur création. La musique, le théâtre rentrent dans la même catégorie : Smith, dit M. Say, ne voulait pas qu’on donnât le nom de produits aux résultats de ces industries : cependant ces résultats sont une richesse, puisqu’ils ont une valeur échangeable, et que les industries dont ils émanent mènent souvent à la fortune le chimiste, l’avocat et le médecin.

Si Smith a nié que ces industries fussent productives, d’autres économistes ont prétendu qu’elles l’étaient beaucoup, et que par conséquent on pouvait les multiplier ad libitum, autant que toutes les autres. Malheureusement pour ces derniers, il reste démontré que les produits immatériels, n’étant point susceptibles d’accumulation, ne servent pas à augmenter le capital national. Rome ne manque ni de médecins, ni d’avocats, ni de prêtres, ni de baladins, qui soignent, défendent, prêchent et amusent fort bien le peuple romain pour son argent : mais la terre papale n’en est pas plus riche, parce que les produits de tous ces industriels sont à l’instant consommés sans reproduction.

Cependant tous les produits immatériels ne sont pas condamnés à une stérilité universelle. 11 mi est qui, sans être eux-mêrdes susceptibles d’accumulation, ne laissent pas que d’être fort productifs. Tels sont les travaux du savant, qui, par la simplification d’un procédé compliqué, par exemple, diminuerait les frais de fabrication d’une substance auparavant beaucoup plus chère. Au reste, ces produits sont toujours eux-mêmes le résultat d’un capital précédemment employé. 11 a fallu dépenser de l’argent pour l’éducation du chimiste, du médecin ou de l’avocat : sa personne ou son talent représente ce capital, dont on peut considérer Vinvention, y ordonnance, le conseil comme un produit réel, quoique éloigné.

On range encore dans la classe des produits immatériels la

I jouissance qu’on retire d’un jardin, d’une maison de campagne, d’un parc, d’un château, d’une belle vaisselle, d’une quantité de bijoux, d’un tableau, etc.

J’aurais une occasion bien favorable de faire une disgression, si j’examinais ici de quelle utilité peuvent être , pour j l’État, certaines usines où Ton fabrique à grands frais des I produits immatériels, sous forme de ballets et d’opéras cbè- I rement payés par le public. Je pourrais demander pourquoi j le budget est surchargé, chaque année, d’une foule de sinécures, de places inutiles ou nuisibles, qui absorbent une partie considérable de la richesse nationale : mais quelle matière délicate ! et qu’on est heureux de la pouvoir seulement montrer du doigt, sans être obligé de marcher sur ces charbons ardents !

SECTION II

Des machines.

Le concours des capitaux et du travail de l’homme étant nécessaire , comme on a pu le voir , pour la production des richesses, j’ai exposé d’abord la théorie des capitaux, c’est-à-dire leur mode d’action dans le phénomène de la ^ production ; puis , j’ai donné la définition du travail , en 1 montrant comment l’homme pouvait, à Taide des capitaux ,

i exploiter dans son propre intérêt la nature extérieure.

Cette dernière question a dû être subdivisée pour être convenablement approfondie. Nous avons donc considéré en premier lieu comment l’industrie du savant devenait productive ; cette circonstance nous a conduits à parler des produits immatériels, et à expliquer la nature des services rendus à la société par les artistes, les médecins, les avocats, les prêtres, etc. 11 nous reste maintenant à examiner le résultat du travail de l’ouvrier, celui des machines qui le simplifient, et la division des travaux qui simplifient dans plus d’un cas les machines elles-mêmes, La question intéressante de la

propriétp foncière^j considérée comme Rgent naturel , sera traitée dans une section suivante.

L'ouvrier est placé au dernier degré de l’échelle des travailleurs, dont 011 peut dire que le savant occupe le point le plus élevé. Il exécute ce que celui-ci a conçu, et ce que l’entrepreneur s’est chargé de faire confectionner au moyen de ses capitaux. Le savant prête son génie ; l’entrepreneur, ses fonds j l’ouvrier, ses bras. Les ouvriers ne sont guère susceptibles de division en plusieurs classes, car il en faudrait établir une pour chaque genre de fabrication, depuis le fondeur qui coule un cylindre de fer, jusqu’à l’artisan qui façonne la tête d’une épingle. C’est principalement à cette grande subdivision du travail que Smith attribuait les effets surprenants qu’on remarque de nos jours dans le phénomène de la production, et que nous examinerons dans la section suivante.

L’ouvrier emploie des outils pour augmenter la puissance des organes qu’il a reçus de la nature. Dans l’enfance des sociétés, ces outils sont ordinairement fort grossiers, tels que les haches de silex qu’on remarque chez quelques peuplades sauvages ; mais à mesure que les sociétés se civilisent, les instruments se perfectionnent, et les machines en prennent la place. Nous ne les considérons que comme des outils compliqués dont le service a pour résultat de nous donner plus de produits pour une même somme de travail moins pénible. Ainsi les machines à vapeur appliquées aux moulins ont remplacé d’une manière bien avantageuse le travail fatigant ■que les Romains faisaient faire à leurs esclaves. En général, le résultat des machines est de produire une grapde baisse dans le prix des objets manufacturés, et de les mettre plus à portée de toutes les classes de consommateurs.

Toutefois, ce bienfait ne se fait point sentir sur-le-çhamp, et pendant un temps l’aveugle ignorance des hommes en a contesté jusqu’à la possibilité. L’intro.duclion des machines a souyept été suivie de révoltes d’ouvriers, de menaces et même de destruction, sous prétexte (ju’elles nuisaient au travail, et laissaient pjusjcufs bras dans l’inaction. On ne

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