‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 14 sur 71 · DES MACHINES · texte numérisé non relu

DES MACHINES

saurait nier cette conséquence j mais en examinant la question avec toute l’attention qu’elle réclame, on s’apercevra facilement qu’elle présente bien moins d’inconvénients que d’avantages. Il est certain que la découverte d’une machine qui permettrait d’obtenir par le travail de deux hommes ce qu’on ne pouvait se procurer que par l’emploi de six ouvriers, condamnerait quatre travailleurs à la réforme ; mais ce mal est passager; d’abord, parce que les machines s’exécutent avec lenteur, et que leur usage ne devient général qu’après beaucoup d’hésitations et de répugnances ; ensuite, parce que la baisse qui en résulte dans le prix de plusieurs objets de consommation produits par elles, se fait sentir avantageusement aux ouvriers qui sont eux-mêmes consommateurs.

M. Say a très-bien observé, du reste, que l’introduction d’une machine nouvelle déplaçait seulement le revenu des travailleurs sans nuire aux intérêts du pays, et il a cité à cet égard un exemple concluant : « Quand pour abreuver une ville, dit-il, on substitue une machine hydraulique à l’approvisionnement à bras, les habitants n’ont pas moins d’eau à consommer. Le revenu (fes porteurs d’eau diminue, mais celui des mécaniciens et des capitalistes qui fournissent les fonds, augmente. » Il en est ainsi pour la plupart des autres industries; et si, comme nous le prouverons par la suite, la diminution du prix d’une seule branche des productions humaines suffît pour favoriser la circulation et l’échange de plusieurs autres, en permettant aux conspmmateurs de leur consacrer ce qu’ils ne sont plus obligés de donner pour se procurer la première, on doit reconnaître que les machines contribuent beaucoup au bien-être de l’espèce humaine.

Il faut considérer aussi que les bénéfices résultant de la découverte d’un procédé mécanique sont partagés à la fois par le consommateur et par le producteur. Celui-ci fabricant davantage et à moins de frais que par le passé, augmente naturellement ses ateliers, ses relations, et il ne tarde pas à rappeler au travail, souvent en plus grand nombre, ces mêmes ouvriers qui semblaient enchaînés à une perpétuelle inaction.

Limprimerie a ruiné deux mille copistes , mais elle a fait prospérer deux cent mille personnes, sans compter les services d’une nature supérieure qu’elle a rendus au genre humain. La mull-Jenny a frappé de mort les quenouilles du vieil âge; mais elle a centuplé les produits de l’industrie du lilateur ; elle a mis le linge à la portée des plus malheureuses classes de la société, et donné des chemises aux enfants de ceux dont les seigneurs regardaient ce vêlement comme un luxe. On peut dire que les ouvriers sont peut-être plus intéressés que les autres citoyens au perfectionnement et à la ’ multiplication des machines, parce qu’en faisant baisser le prix des objets de leur consommation habituelle, elles leur permettent d’en acquérir un plus grand nombre, c’est-à-dire, de se procurer une somme de jouissances plus considérable. Qui sait de quelle utilité a été l’inventeur du métier à faire les bas, et de combien d’incommodités sa découverte a préservé les ouvrières tricoteuses, qui l’ont dû maudire dans le fond de leur âme?

Que sera-ce si nous examinons, sous le rapport des arts et de la perfection des produits, la révolution opérée par l’introduction des machines? Assurément, c’est la plus brillante conquête que 1 homme ait pu faire encore sur cette masse de résistances que nous rencontrons dans la nature. Jusque-là, il n avait agi sur elles que comme individu; parle moyen des machines, il s’est armé de ces résistances même pour les neutraliser ou les employer activement à son service; et l’on ne saurait dire lequel de Newton ou de Watt a rendu un plus grand service à l’espèce humaine, le premier en découvrant la gravitation universelle, le second en appliquant à la mécanique les forces longtemps stériles ou négligées de la vapeur.

SECTION III

De la division du travail.

Les phénomènes de la division du travail, connus des an

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