‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 15 sur 71 · DE LA DIVISION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DE LA DIVISION DU TRAVAIL

I ciens, n’ont été bien analysés que de nos jours par Adam ! Smith, et entrevus par le marquis de Beccaria, l’illustre auteur du Traité des délits et des peines. On sait l’exemple des épingles cité par Smith, et les conséquences que cet économiste en a tirées. Tout cela peut se résumer en peu de mots, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire, dans l’état actuel de la science, de se livrer à de plus amples développements.

Une pièce de drap, avant d’être mise en état de consommation, a nécessité l’emploi de plusieurs mains. Elle a existé -r préalablement sous forme de laine brute sur le dos d’un mouton; cette laine a été lavée, lilée, teinte et travaillée au métier; elle a été soumise à l’action du foulon, des tondeurs; enfin elle est entrée dans le magasin du marchand de draps.

! 11 est certain que si le même individu s'était chargé des

diverses opérations qui ont donné tour à tour une façon noui velle à celte marchandise, il n’en aurait fabriqué qu’une quantité fort petite; et l’on peut aisément supposer qu’il n’aurait pas également réussi dans chacun des travaux qui lui ont ajouté de la valeur. Mais le berger a borné ses soins à l’entretien du troupeau ; le laveur ou le dégraisseur a préparé les laines; le lilateur les a réduites en écheveaux; le teinturier leur a donné une couleur, le fabricant en a fait un tissu, le tailleur un habit. Telle est la division des travaux dans toutes les branches de l’industrie humaine. Chaque ouvrier s’étant spécialement appliqué à la portion de travail qui s’est trouvée le plus en harmonie avec son talent ou avec ses goûts, a dû réussir dans celte partie, et faire mieux qu’un autre ce qu’il s’est habitué à faire tous les jours. Cette cir- * constance lui a permis de mettre un prix moins élevé aux produits de son industrie ; et un phénomène absolument semblable se représentant continuellement dans la plupart des productions, il en est résulté pour la société de nouvelles facilités de les acquérir.

Voilà pourquoi nous avons des tailleurs, des cordonniers, des boulangers, des horlogers, etc. Celui qui voudrait faire. ■ lui-même ses habits, ses souliers, son pain, et qui cherche* ‘ ‘ 3-

rait à raccommoder sa montre, serait obligé d'apprendre ces diirérentes professions, c’est-à-dire de passer sa vie en apprentissage, sans espérer jamais d’avoir des habits convenables, une chaussure solide, du pain bien fait, ou une montre bien réglée. Mais il se fait tailleur, et il échange contre ses habits, ou le prix qu’il en a retiré (et qui représente leur valeur), les souliers et les vivres qui lui sont nécessaires. La division du travail, si avantageuse aux hommes, est donc une nécessité de la civilisation, et celui qui en étudierait les progrès dans l’histoire du genre humain, s'apercevrait sans peine que les âges les plus ignorants et les plus malheureux sont ceux où cette division a éprouvé le plus d’entraves. De nos jours, dans les villages où le commerce et la fabrication sont encore dans l’enfance, le même homme est souvent meunier, épicier, marchand de draps et restaurateur; le maître d’école ajoute à ses fonctions d’oflicier de l’état civil, celles de cabaretier, d’apothicaire et de chantre au lutrin; tandis que dans les villes, centres des grandes industries, l’on connaît des marchands-droguistes, des papetiers, des libraires, des quincailliers, etc., c’est-à-dire qu’on y observe une division mieux entendue du travail, en même temps qu’une prospérité plus générale. Je n’ai pas besoin de faire remarquer que le consommateur trouve des assortiments plus complets et à meilleur compte, dans les magasins consacrés à des articles spéciaux, que dans les boutiques de village où de chétifs échantillons et des marchandises de rebut sont assujetties aux chances d’une consommation bornée, et d’une demande qui dépend trop souvent de la quotité des produits agricoles, naturellement très-variable. Ces considérations fort simples suffisent pour faire apercevoir les nombreux avantages attachés à l’emploi des machines et à la division des travaux.

Il est pourtant, parmi ces avantages, quelques inconvénients inévitable^ et trop réels, pour que je les passe sous silence. On a reproché aux machines d’abrutir l’intelligence humaine et d’en gêner le développement. L’ouvrier qui passe

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