‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 22 sur 71 · DES TRAITÉS DE COMMERCE, ETC · texte numérisé non relu

DES TRAITÉS DE COMMERCE, ETC

Une prohibition est toujours un malheur, comme un impôt est toujours une charge. Mais ces nécessités peuvent devenir avantageuses, quand on en sait employer le produit avec intelligence, et lorsqu’on s’attache à en diminuer les inconvénients inévitables, par une sage prévoyance. Le plus prudent est de proscrire autant que possible les prohibitions absolues, et de les remplacer par des droits d’entrée proportionnés à ceux dont sont frappées les productions indigènes, jusqu’à leur suppression complète, insensiblement amenée par le temps. Car toutes les fois qu’on est privé de commercer avec une nation, quelles que soient les représailles qu’on puisse exercer envers elle, il en résulte, des deux côtés, des pertes presque égales, quoique de diverse nature. On dirait deux individus, dont l’un casse la jambe à l’autre parce que celui-ci lui a cassé le bras. Où est le bénéfice dans cette affaire?

Napoléon, en établissant le système continental^ avait voulu fermer l’Europe aux Anglais, par un règlement prohibitif (lu’il espérait faire exécuter depuis Lisbonne jusqu’à Saint- Pétersbourg ; et pourtant cette folie a eu quelques bons résultats. Elle a réalisé une hypothèse de la science économique, celle de la séparation du continent européen des colonies, et prouvé que le travail pouvait suppléer, jusqu’à un certain point, la puissance du climat et de la nature. On a extrait le sucre des betteraves ; on a perfectionné la partie de la chimie relative aux matières colorantes, jadis tirées du Nouveau- Monde, et les manufactures de l’empire ont dù lutter avec celles de l’Angleterre, en attendant le moment de les surpasser. Ce n’est pas tout : les lignes de douanes étant devenues inutiles dans l’intérieur de la monarchie universelle de Napoléon, on a vu les effets de la liberté du commerce et les grandes conséquences d’une complète facilité de communications. Quant aux Anglais, le mal qu’ils éprouvèrent consista principalement dans la privation de leurs débouchés habituels; mais ils finirent par s’acheter eux-mêmes leurs produits, sans compter les compensations de la contrebande, et

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le commerce qu’ils firent en Asie et dans les deux Amériques. Si c’était le moment d’examiner à fond les conséquences de ce système, je prouverais peut-être qu’il en est découlé moins de maux qu’on ne l’imagine, et que, sans y songer, l’empereur a développé dans l’Europe et dans la Grande- Bretagne une activité dont on a profité pour se défaire de lui : mais ce phénomène est une véritable exception. C’est ainsi qu’une bourrasque violente pousse (juelquefois au port les navires qu’elle semblait devoir engloutir.

Les douanes sont une miniature du système continental. Elles ne servent pas seulement à nous priver de certains produits des deux mondes. Le système continental a perfectionné, par exception, quelques branches de fabrication : le système des douanes en a fait languir un très-grand nombre. C’est une manière de remplir les caisses du fisc aux dépens de la nation : rien de plus. Et encore, est-ce une manière maladroite; car les bénéfices du Trésor n’étant qu’un prélèvement sur les bénétices des particuliers, le gouvernement est intéressé à ce que ceux-ci s’enrichissent; or, il les appauvrit évidemment par des prohibitions ou par des droits exorbitants qui restreignent la consommation. Plus on a de droits à payer pour s§ procurer une chose, plus on éprouve de difliculté ou de répugnance à l’acquérir, et le fisc perd son profit pour l’avoir voulu exagérer. C’est ce que le ministère britannique a parfaitement senti; et il marche aujourd’hui d’un pas rapide et ferme dans la voie des améliorations. « Les gouvernements du continent, disait M. Huskisson dans le parlement d’Angleterre ne sont point encore assez éclairés sur leurs véritables intérêts; ils ne savent pas combien est savante et commode la politique qui augmente le revenu public par la réduction des taxes, et combien ils auraient à gagner s’ils laissaient aux peuples plus de latitude pour commercer avec leurs voisins. »

Avec un système de prohibitions ou de droits excessifs, on

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