DU REVENU TERRITORIAL
mille francs, par exemple, que lorsqu'on est sûr d’en retirer cette somme, et non parce qu’on s'est imaginé qu'elle la valait. Pour en donner vingt mille francs, il a lallu que l'acheteur l'ait reconnue capable de services productifs équivalents, c’est-à-dire qu’il ait jugé pouvoir en obtenir un produit égal à celui qu'aurait pu lui procurer le capital de vingt mille francs. Le service productif rendu par la maison en est le revenu , de même que le revenu d’un champ n’est autre chose que le service productif résultant de son exploitation. Chaque industrie a ses revenus, que M. Say distingue de ce qu'il en appelle les profits. Selon lui, dans l'industrie agricole, il y a le profit du fonds de terre et le profit industriel de l'agriculteur : ces deux profits réunis forment le revenu territorial. Il admet également deux espèces de profits dans l’industrie manufacturière; l'un appartient au fabricant, l’autre au capital qu'il fait valoir. Plusieurs économistes on contesté ce double profit, et il existe en ce moment toute une école qui partage leurs doctrines. Essayons de présenter la question en peu de mots, en commençant par les fonds de terre.
SECTION PREMIERE-
Du revenu territorial et du fermage.
La terre, avons-nous dit, est un véritable outil entre les mains de l’homme. Sans elle, il ne saurait rien produire ; à son tour, elle ne produirait pas sans lui. L'action qu'elle exerce rend donc un service productif, aussi bien que le travail de l’homme. Mais de quelle nature sont les profits de cette terre? Voici comment on l'explique. « Le pouvoir productif du sol n'a aucune valeur quand ses produits ne sont pas demandés. Or, la civilisation, la population, accroissent la demande, et alors la valeur des produits s'établit à un taux qui excède celui du simple intérêt. C’est cet excédant (|ui forme le produit du fonds de terre et qui permet au fer-
DES REVÈNUS INDUSTRIELS. Ud
mille francs à un capital de même valeur, par les agréments attachés à la possession du sol, par Hnfluence qui en revient au propriétaire, par l’impossibilité de détruire le fonds.
Cependant, comme c’est d’un revenu qu’on se nourrit, et que le capital n’importe qu’autant qu’on en retire plus de valeurs, ou le moyen d’acheter une plus grande quantité de produits, la question devient très-difficile à résoudre. Si j’ose avoir un avis entre des adversaires que je regarde comme mes maîtres, il me semble qu’on' ne doit pas adopter leurs théories respectives d’une maniéré absolue. En Grece, en Écosse , en Espagne , en Italie , en France même , il est des fonds de terre, des pâturages, dont on retire un fermage sans travail et seulement parce qu’on en est propriétaire (et certes, en pareil cas, c’est bien la terre qui donne le protit) j tandis que dans le département d’Eure-et-Loir, dans les plaines de celui du Loiret, sur les bords de la Loire, on voit des cabanes de chaume eparses sur une terre feitile et remuee par des hommes laborieux, qui manquent souvent du nécessaire pour avoir dû payer à des maîtres oisifs, sous peine d’émigration, un fermage hors de proportion avec le revenu- brut
de la terre affermée.
inier de payer un fermage à son propriétaire, même après qu’il a prélevé l’intérêt de ses avances et le salaire de ses travaux. De plus, les produits agricoles étant bornés par la nature, et la quantité demandée excédant la quantité offerte mesure que les populations se multiplient, la terre acquiert une valeur nouvelle proportionnée à ses services productifs, et indépendante du travail de l’homme. »
Les adversaires de cette doctrine réjiondent : la terre, abandonnée à elle-même, ne produit pas plus que le rabot du menuisier ne fait des meubles quand on le laisse inactif. Donc, c’est le travail qui seul en tire quelque chose, et il n’y a de prolit en agriculture que celui du travailleur. Ces produits agricoles que vous croyez si rares, et dont vous faites une part si belle au fonds de terre, abondent sur les marchés de l’univers : vous êtes obligés de leur fermer vos ports. Palerme, Odessa, Dantzick, en sont encombrés ; c’est la pire des spéculations. Ne dites pas, au moins, pour le présent, que la demande en élève le prix; nos populations augmentent, elles ont bon appétit, et le prix du blé diminue. Grâce à votre système, ajoutent les mêmes économistes, nous avons des propriétaires oisifs et des fermiers obérés. 11 n’y a que la subdivision des propriétés qui, plaçant le consommateur près des produits, contribue à leur écoulement, et vous fasse illusion sur les erreurs de vos théories.
« Parce que certains cantons, et des meilleurs peut-être, ne produisent que deux ou trois pour cent de leur prix d’achat, répliquent les partisans des profits du fonds de terre, ce n’est pas une preuve que les profits du sol y sont peu de chose : c’est une preuve que les terres y sont fort chères. Une terre qui ne donne par arpent que vingt sous de protit rapporte autant de rente qu’une terre qui donne cinquante francs par arpent, si chaque arpent de la première a coûté cinquante fois moins que chaque arpent de l’autre L » On explique aussi la différence de rapport d’une terre valant cent
des profits du savant, de l’entrepreneur et de Pouvrier.
Des revenus industriels
C’est peut-être de l’industrie manufacturière qu’on pourrait dire avec plus de raison qu’elle donne des profits bien distincts et plus considérables que ceux de l’industrie agricole. En effet, ces profits doivent représenter l’intérêt des capitaux consacrés à l’éducation de l’industriel, à ses études généralement plus longues et plus difficiles que celles de l’agriculteur, et le revenu des capitaux actuellement engagés dans son exploitation.
’ J. -B. Say, Traité d’Èconomie politique, livre U, chap. ix
Le savant occupe le premier rang dans Tordre industriel, parce que c^est lui qui invente, qui perlectionne, qui simplifie les procédés, et qui met ainsi X entrepreneur en position de faire exécuter le plus de produits, au meilleur marché possible, par les ouvriers. Cependant, le savant iTest pas celui qui retire les plus grands bénéfices de ses travaux, à moins que, comme Tillustre Walt, muni d’un brevet d’invention et soutenu par des capitalistes, il n’entre en partage des profits qui résulteront de ces découvertes. Le plus souvent, il se contente d’une couronne civique et se croit payé quand on a rendu justice à son génie. Sa générosité, compagne inséparable du vrai talent, le porte à répandre ses connaissances, à les communiquer, à les rendre utiles le plus rapidement possible, même à son détriment. Elles deviennent alors comme la lumière que personne ne paye, et dont ceux qui en profitent ne songent pas toujours à remercier le Créateur.
V entrepreneur d’industrie, manufacturière surtout, indépendamment des dangers qui attendent ses entreprises, a besoin de posséder une foule de qualités qu’on ne rencontre pas communément. C’est lui qui est chargé de mettre en œuvre les conceptions du savant, en faisant concourir au même but les capitalistes qui lui fourniront des fonds, s’il n’est pas capitaliste lui-même, et les ouvriers qui lui prêteront des bras. Probité, sagesse, économie, activité, intelligence, il faut qu’il réunisse tout ce qui peut contribuer au succès de ses travaux, et qu’il ne soit pas plus étranger aux notions du savant qu’aux fonctions du manœuvre. La ruine ou la prospérité d’uu établissement dépend généralement de son plus ou moins d’aptitude à le diriger, et c’est ce qui explique les fortunes colossales de quelques-uns d’entre eux. Plus ils couraient de hasards, plus ils avaient d’heureuses chances, parce que ce sont précisément les hasards qui écartent les concurrents, et par suite diminuent la quantité demandée de services de leur compétence.
Le sort de l’ouvrier est moins digne d’envie. Dépourvu de