‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 35 sur 71 · DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

DE LA POPULATION

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disparaître parmi nous en France, en Angleterre, en Allemagne : d’où vient ce malheur? de ce que les classes inférieures manquent souvent des choses les plus indispensables à la vie, d’un vêtement, d’une chaussure, d’un peu de feu dans la saison rigoureuse ; de ce que les pères de ces familles infortunées, sur qui repose leur destinée de chaque jour, ne produisent pas assez de valeurs échangeables contre les aliments nécessaires à leur existence. A côté d’eux, pourtant, l’opulence gaspille souvent sans plaisir des produits qui ranimeraient des vieillards éteints, des mères épuisées, des enfants languissants : c’est que la richesse est trop inégalement distribuée, et que l’industrie, mère-nourricière des travailleurs, n’est pas suffisamment développée. Il faut avouer aussi que l’ignorance, l’incurie, les préjugés, la malpropreté, font périr beaucoup de nouveau-nés. Que dirai-je de ceux que l’indifférence ou la débilité de leur mère confie à des nourrices mercenaires, et de ceux que moissonnent le fer des combats ou les maladies contagieuses, dans ces inutiles colonies entretenues à si grands frais par les métropoles ?

Plus on examine cette question, plus on s’aperçoit que le mal est artificiel, qu’on pourrait, sinon l’éviter, du moins en atténuer les ravages. Mais ce n’est point en encourageant les mariages que vous diminuerez Ma mortalité; Malthus a prouvé, au contraire, que plus il y avait de morts, plus il y avait de mariages ; et l’on a vu, en France, après la peste de Marseille, les tristes survivants à cette catastrophe, saisis d’une incroyable ardeur d’hymen, en allumer le flambeau près des cadavres encore infects de leurs concitoyens. C’est que le penchant à la reproduction lutte avec une grande violence contre le génie de la destruction, surtout dans les moments où celui-ci semble vouloir l’éteindre pour jamais.

Il faut donc demander au travail, source des produts, les moyens de soutenir et d’augmenter la population, car elle est toujours proportionnée à leur abondance. Alors, au lieu

de se plaindre qu’il naît trop d’hommes pour s’arroger le droit d’en détruire par les guerres, on s’occupera des moyens de les nourrir, en ouvrant de nouvelles routes à leur industrie, en les éclairant sur leurs véritables intérêts, et en faisant tourner à leur avantage cette fécondité si longtemps stérile ou funeste dont la nature les a gratifiés.

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