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CHAPITRE II

Du commerce chez les Grecs et les Romains.

La Grèce, ouverte de toutes parts à la mer, devait prospérer par le commerce. En effet, si l’on jette les yeux sur la carte de cette belle contrée, on verra, dans un pays assez

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resserré, une vaste étendue de cotes. Scs colonies formaient une immense circoniéreiice autour d’elle,et ce qu’il y avait d’admirable, les îles sans nombre de l’Archipel, situées comme en première ligne , l’entouraient encore. L’île de Rhodes, par son heureuse position, lui servait de communication avec l’Égypte. Corinthe séparait deux mers, ouvrait et fermait le Péloponnèse, comme elle est de nos jours la clef de la Morée. « Elle fut une ville de la plus haute importance, « dit Montesquieu, dans un temps où la Grèce était un monde c( et les villes grecques des nations. » Elle avait un port au sud pour recevoir les marchandises de l’Asie, un autre au nord pour les produits de l’Italie, et son importance commerciale égala celle de Palmyre, qui joignait l’orient au couchant au travers du désert. On lui attribue l’invention des poids et mesures. Athènes, victorieuse de Xerxès, devint sur mer l’arbitre de toutes les républiques rivales : les flottes de la Syrie, de Chypre, des Phéniciens, disparurent devant elle. Les côtes d’Afrique, de l’Asie Mineure, de la Sicile, de II-

talie, furent peuplées par ses colonies.

L’expédition d’Alexandre en Orient étendit considérablement la sphère du commerce et de la navigation chez les Grecs. Ce grand homme pénétra assez avant dans l’Inde pour s’affermir dans l’opinion qu’il avait de l’importance de son commerce , et pour s’apercevoir des richesses immenses qu’il pourrait retirer d’un pays où les arts avaient été cultivés de très-bonne heure. Une flotte commandée par Néarque reconnut les parages depuis l’embouchure de l’Indus jusqu’au golfe Persique, découvrit le flux et le reflux, et pour avoir navigué constamment trop près des côtes perdit tout l’avantage des vents périodiques qui régnent dans cette partie de l’Océan. Mais on venait de faire un pas immense : les Grecs étaient en rapport avec l’Inde ; les cataractes formées aux bouches de l’Euphrate par la jalousie des Perses étaient détruites ; Tyr avait succombé, l’Égypte était conquise ; la haute destinée d’Alexandrie commença à s’accomplir ; elle devint l’entrepôt de l’Orient.

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victorieux de ses ennemis et des pirates, sur la Méditerranée, réparant avec une célérité incroyable les pertes essuyées dans les naufrages ou dans les batailles. Carthage succomba, la liberté n'eut plus d'asile, et, par une singulière conséquence de l'asservissement général, le commerce reprit une grande activité. On était esclave, mais on avait la paix. Le peuple-roi se laissa approvisionner par les nations vaincues : l’Afrique lui apportait de l’or, du blé, des animaux féroces, devenus presque aussi nécessaires pour ses plaisirs du cirque; l’Espagne, du fer, de la laine et des fruits; la Perse, des étoffes et des perles; la Syrie, des vins, de la pourpre et des bois de cèdre ; l’Arabie, de l’encens, de la myrrhe et des parfums : en retour, Rome donnait des lois. Ce peuple de soldats aurait cru déshonorer le nom romain, s’il se fut appliqué au commerce. Montesquieu ^ cite une loi de Constantin qui confondait les femmes de boutique avec les filles de joie. Le monde entier, comme on voit, était devenu le fournisseur de quelques milliers d’hommes qui ne connaissaient du commerce que l’art de faire valoir l’argent, et d’en retirer d’énormes intérêts. Leurs proconsuls, leurs préteurs, étaient de véritables pachas ; ils revenaient, chargés des dépouilles des provinces, étaler dans Rome un luxe oriental; et ce n’est pas un spectacle indigne de réflexion que celui de Cicéron écrivant, sur une table de citronnier qui lui avait coûté vingt mille francs, l’acte d’accusation de Verrès qui avait volé quinze millions à la Sicile. Voilà le peuple qui appelait les Carthaginois des mangeurs de bouillie I Cette puissance prédominante faisait agir et dirigeait l'industrie des hommes pour jouir du fruit de leurs travaux réunis. Toutes les nations commerçantes confondues sous le même joug, travaillaient de concert à la fortune des Romains. Ceux-ci n’eurent pas plus tôt pris du goût pour les délices de l’Orient, que le commerce avec l’Inde, par la voie de l’Égypte, reprit une vigueur nouvelle. La botanique et

méditations. En disant ce qu’elle vient de faire, nous jugerons mieux ce qu’elle a fait jadis ; le commerce d’Hydra n’aura rien à envier à celui d’Athènes. Dépourvue de ses jeux fréquentés par tous les peuples, de ses temples où les rois envoyaient des offrandes, de ses oracles ouverts à la faiblesse humaine, cette noble terre des arts a retrouvé le secret de se faire admirer du monde : tout nous fait espérer qu’elle ne le perdra plus.

Les découvertes des Romains, et leurs progrès dans la navigation, furent encore moins considérables que ceux des Grecs. Leur génie, leur éducation militaire, leurs lois contribuèrent à les détourner du commerce et de la marine. Ce fut

comme nation rivale et non comme nation commercante

qu’ils attaquèrent Carthage; car ils favorisaient des villes qui faisaient le commerce, quoiqu’elles ne fussent pas leurs sujettes. C’est ainsi qu’ils augmentèrent, par la cession de plusieurs pays, la puissance de Marseille, lis comprirent bientôt que, pour arriver à la domination universelle , il fallait se rendre maîtres de la mer; mais ils regardèrent toujours ce service comme une profession inférieure, tout au plus convenable, dit Polybe, à ceux qui n’étaient pas d’un rang assez distingué pour être admis dans les légions. Les gens de mer étaient ordinairement des affranchis; et cette déconsidération s’explique par le peu de connaissances qu’on leur supposait. Ils dépendaient des duumvirs, fonctionnaires chargés du matériel, de l’entretien et du commandement des années navales.

Bientôt ce nouvel instrument de despotisme se fit sentir à toutes les puissances maritimes. Le pavillon romain flotta

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