CHAPITRE YI
Des Yxlles hanséatiques
Pendant que les républiques italiennes faisaient le com
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inerce du midi, quelques villes du nord s'unissaient, à la ffti du douzième siècle, pour la défense du leur, et rapprochaient la mer Baltique de la Méditerranée. Sans cesse menacées par les pirates qui infestaient leurs côtes, et par les seigneurs des châteaux qui désolaient leurs grands chemins, elles formèrent une vaste confédération connue sous le nom de Grande hanse, ou de société teutonique, qui se donna un grand-maître et s'érigea en république. Hambourg, Lubeck et Brunswick en furent les principales cités. Elles établirent des magasins immenses où les marchands de l'Allemagne venaient s’approvisionner de denrées étrangères, et déposer les produits de leur industrie,*qui étaient exportés par les navires de la confédération. Ce fut le premier plan systématique de commerce adopté dans le moyen âge. Bientôt le succès en fut si considérable que les principales villes du nord voulurent y prendre part, et elles entrèrent dans la ligue. On en compta jusqu’à quatre-vingts, depuis Riga jusqu’à Francfort : elles se divisèrent en quatre classes, présidées, chacune, par une ville importante. Lubeck, la première de toutes, dépositaire du trésor et des archives de l’union, était aussi la capitale de la première classe; Cologne le fut de la seconde, Brunswick de la troisième, Dantzick de la quatrième; celle-ci comprenait Berghen en Norwége, Riga et Revel en Livonie.
Ainsi organisées, les villes hanséatiques donnèrent la plus grande extension à leur commerce. Elles établirent des relations régulières avec le midi, par la Flandre et par l’entrepôt de Bruges. Les Lombards et les peuples d’Italie y envoyèrent leurs produits et les marchandises de l’Inde qui se répandaient de là par toute l’Allemagne. En échange, la ligue hanseatique leur portait du hareng. Le poivre, le girofle et la cannelle n’ont pas donné plus d’activité à la marine des Portugais et des Hollandais que la pêche de ce poisson grossier n’en a communiqué à- la navigation des villes de la grande hanse. L’Europe chrétienne, fidèle observatrice des jeûnes et des carêmes, se trouvait heureuse d’échanger son
DU COMMERCE ET DE L INDUSTRIE
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or et ses richesses pour un aliment aussi misérable; et les pêcheurs de la Baltique embellissaient leurs maisons de tout le luxe de l’Italie, tandis que cette même Italie consommait leurs harengs. Les ports de l’union furent aussi fréquentés que ceux de plusieurs villes du midi, et ils gagnèrent beaucoup par leur commerce avec les Hollandais. L’Allemagne, sûre de ses débouchés, exporta les toiles, les coutils, les fils de Silésie, l’azur de Saxe, les faulx et les faucilles de Francfort, l’arsenic, le plomb et l’antimoine de Hongrie, les fers de la Suède, les chanvres, la cire, la rhubarbe, les peaux de la Russie. La confiance s’établit, les billets d’une ville hanséatique étaient payés sans difficulté dans les autres, et tous les affluents de la Baltique se couvrirent de vaisseaux attirés par la prospérité de l’union.
Hambourg, sur l’Elbe, à dix-huit lieues de la mer, s’éleva promptement au rang des villes de commerce du premier ordre. Ses fabriques de velours, ses toiles imprimées, ses nombreuses raffineries de sucre, ses ateliers pour la préparation des viandes salées, des approvisionnements de la marine, ses grands magasins de bois de charpente et de construction, furent autant de branches d’industrie qui contribuèrent à sa fortune. Lubeck, Brême, Dantzick eurent peu de chose à lui envier. Mais, pour leur malheur, les chevaliers de l’ordre teutonique n’ayant pas su conserver la paix, malgré les privilèges qu’ils avaient obtenus dans les Etats voisins, compromirent l’existence de la société par leurs guerres avec la Prusse, la Suède et les princes de l’Empire. Trois villes seules ont survécu aux démembrements successifs de la confédération, et conservent encore de nos jours le titre d’hanséatiques.
L’Allemagne doit à ces vieilles cités la naissance de son commerce et les franchises municipales dont jouissent plusieurs de ses villes modernes. Elles avaient répandu l’esprit de liberté dans tout le nord de l’Europe, et pendant les longues guerres qui ont si souvent désolé ces contrées, elles seules, tranquilles au milieu des révolutions, se sont toujours
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présentées pour en réparer les ravages. Ainsi, dans tous les temps, il était réservé au commerce de ramener à leur véritable destination les nations industrielles, en les sauvant ou en les guérissant de leurs propres excès.